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Conditionnel passé en français

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En conjugaison française, le conditionnel passé est la forme composée du conditionnel.

Comme pour tous les temps de l'indicatif, on distingue deux formes : le conditionnel présent (il chanterait) et le conditionnel passé (il aurait chanté). Le conditionnel passé se forme à partir de l’auxiliaire être ou avoir conjugué au conditionnel présent auquel on ajoute le participe passé.

La tradition a autrefois associé au conditionnel passé « première forme » (il aurait chanté), un « conditionnel passé deuxième forme » (il eût chanté). Cette « deuxième forme » est en réalité le plus-que-parfait du subjonctif, qui dans la langue classique pouvait exprimer une supposition portant sur le passé. Son usage est devenu littéraire ou archaïsant. L’appellation « conditionnel passé deuxième forme » est désormais abandonnée par les grammairiens.

Comme le conditionnel présent, le conditionnel passé connaît des emplois temporels et modaux. Dans leurs emplois temporels, le conditionnel présent et le conditionnel passé s'opposent sur le plan aspectuel. Le conditionnel présent décrit un procès non accompli (elle promettait qu'elle réaliserait le travail), le conditionnel passé décrit un procès accompli dans l'avenir, toujours par rapport au passé (elle promettait qu'elle aurait réalisé le travail avant midi). Dans les emplois modaux, ils s'opposent sur le plan chronologique, l'un marquant le présent ou le futur, l'autre le passé.

Conjugaison

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Le conditionnel passé se forme à partir de l’auxiliaire être ou avoir conjugué au conditionnel présent auquel on ajoute le participe passé.

Conjugaison de laver au conditionnel passé[1]
j’ aurais lavé /oʁɛ lave/
tu aurais lavé /oʁɛ lave/
il / elle aurait lavé /oʁɛ lave/
nous aurions lavé /oʁjɔ̃ lave/
vous auriez lavé /oʁje lave/
ils / elles auraient lavé /oʁɛ lave/

La tradition a autrefois associé au conditionnel passé « première forme » (il aurait chanté), un « conditionnel passé deuxième forme » (il eût chanté). Cette « deuxième forme » est en réalité le plus-que-parfait du subjonctif, qui dans la langue classique pouvait exprimer une supposition portant sur le passé. Son usage est devenu littéraire ou archaïsant[2]. Ceci trouve son explication dans le fait que le conditionnel dans les langues romanes a le plus souvent remplacé le subjonctif de certains tours latins et concurrencé ce mode en français. L’appellation « conditionnel passé deuxième forme » est désormais abandonnée ; et Jacques Bres parle même à son sujet d'une « grossière bévue d'inversion[3] ».

Comme le futur simple et le futur antérieur, les conditionnels présent et passé connaissent à la fois des valeurs temporelles et des valeurs modales[4]. Le conditionnel temporel est celui qui sert à exprimer l'avenir vu à partir d'un moment du passé[2]. Le conditionnel modal est celui qui traduit un certain type d'attitude du locuteur par rapport à son énoncé (par exemple, l'expression du doute)[5].

Dans chacun de ces emplois, le conditionnel présent et le conditionnel passé ont un fonctionnement parallèle. Dans les emplois temporels, l'un et l'autre s'opposent sur le plan aspectuel. Dans les emplois modaux, ils s'opposent sur le plan chronologique, l'un marquant le présent ou le futur, l'autre le passé[2].

Valeur d'aspect accompli dans le conditionnel temporel

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L'aspect est la manière dont le procès (c'est-à-dire le contenu sémantique d'un verbe : action, état, processus, etc.) est envisagé en lui-même, sous l'angle de son propre déroulement interne[6],[7]. Indépendamment de la chronologie dans laquelle se situe l'action, le procès, celle-ci implique elle-même une durée plus ou moins longue pour se dérouler ou se réaliser : les expression il se met à chanter, et il chante, toutes deux au présent, s'opposent sur le plan aspectuel, la première expression saisit le procès à son début[8].

Quand le conditionnel est employé avec une valeur de futur dans le passé, le conditionnel présent et le conditionnel passé s'opposent sur le plan aspectuel. Le conditionnel présent décrit un procès non accompli (elle promettait qu'elle réaliserait le travail), le conditionnel passé décrit un procès accompli dans l'avenir, toujours par rapport au passé (elle promettait qu'elle aurait réalisé le travail avant midi)[9]. L'aspect accompli envisage le procès au-delà de sa fin, comme étant achevé[10].

Valeur de passé ou d'irréel dans le conditionnel modal

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Quand le conditionnel a une valeur modale (emploi en corrélation avec l'expression d'une hypothèse, valeur d'information incertaine ou d'atténuation), le conditionnel présent et le conditionnel passé s'opposent simplement sur le plan chronologique : l'un marquant le présent ou le futur, l'autre le passé[2].

Quand il est employé en corrélation avec une hypothèse, formulée par une proposition subordonnée hypothétique introduite par si, l'emploi du conditionnel passé situe la situation dans le passé, comme ne s'étant pas réalisée, et traduit sans confusion possible avec le potentiel, l'irréel du passé[11], comme dans la phrase « Quand tous mes rêves se seraient tournés en réalités, ils ne m'auraient pas suffi » de Jean-Jacques Rousseau. Autrement dit, la situation désignée par le conditionnel passé, n'est plus simplement présentée comme possible, avec plus ou moins de nuance pessimiste, comme le faisait le conditionnel présent, mais présentée comme une situation qui ne s'est pas réalisée[12].

Références

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  1. Abeillé 2021, II-1-3-4.
  2. a b c et d Riegel, Pellat et Rioul 2009, p. 555.
  3. Bres 2018, p. 6.
  4. Arrivé 1997, p. 147.
  5. Riegel, Pellat et Rioul 2009, p. 975.
  6. P. Imbs, L'emploi des temps verbaux en français moderne : Essai de grammaire descriptive, Klincksieck,
  7. Riegel, Pellat et Rioul 2009, p. 517.
  8. Riegel et Pellat Rioul, p. 519.
  9. Riegel, Pellat et Rioul 2009, p. 556.
  10. Riegel, Pellat et Rioul 2009, p. 519.
  11. Lazard 1998.
  12. Riegel, Pellat et Rioul 2009, p. 559.

Articles connexes

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Bibliographie

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Grammaires de référence

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  • Jacques Damourette et Edouard Pichon, Des mots à la pensée : essai de grammaire de la langue française, t. 5, Éditions d'Artey, (BNF 37374990, lire en ligne).
  • Martin Riegel, Jean-Christophe Pellat et René Rioul, Grammaire méthodique du français, Paris, Presses universitaires de France, (1re éd. 1994) (ISBN 978-2-13-055984-9), p. 554-561.
  • Anne Abeillé et al., La Grande Grammaire du français, Arles, Actes Sud, (ISBN 978-2-330-14239-1).
  • Grammaire du français : terminologie grammaticale, Paris, Ministère de l'éducation nationale et de la jeunesse, (ISBN 978-2-11-155900-4, lire en ligne).
  • Michel Arrivé, Bescherelle, la conjugaison pour tous, Paris, Hatier, (ISBN 2-218-71716-6)
    Édition entièrement revue sous la responsabilité scientifique de Michel Arrivé

Monographies

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  • Jean-Paul Confais, Temps, mode et aspect, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, , p. 287.
  • P. Dendale et L. Tasmowski, Le conditionnel en français, Metz, Université de Metz, (ISBN 978-2-909498-12-6).
  • Jean-Marie Merle, Étude du conditionnel français, Ophrys, coll. « Linguistique contrastive et traduction », (ISBN 2-7080-0983-4, HAL hal-00671215), p. 7-71.
  • Pierre Patrick Haillet, Le conditionnel en français : une approche polyphonique, Paris, Ophrys, (ISBN 978-2708010154).

Articles relus par les pairs

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  • P. Dendale, « Le conditionnel de l’information incertaine : marqueur modal ou marqueur évidentiel ? », dans G. Hilty (éd.), Actes du XXe Congrès International de Linguistique et de Philologie Romanes, t. 1, Tübingen/Basel, Francke Verlag, , p. 163-176.
  • M. L. Donaire, « La mise en scène du conditionnel ou quand le locuteur reste en coulisse », Le français moderne, no 56,‎ , p. 204-227.
  • P. Kreutz, « Les factifs et l'autoconditionnalité », Revue romane, no 33,‎ , p. 39-65.
  • Adeline Patard, « Du conditionnel comme constructions ou la polysémie du conditionnel », Langue française, vol. 194, no 2,‎ , p. 105-124 (DOI 10.3917/lf.194.0105).
  • Jacques Bres, « Le conditionnel en français : un état de l'art », Langue française, no 200,‎ (DOI 10.3917/lf.200.0005, lire en ligne).