Subjonctif imparfait en français

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Système historique du récit et du discours au subjonctif

Le subjonctif imparfait (ou imparfait du subjonctif) est un temps de la conjugaison des verbes français. Il s'emploie lorsque le mode requis est le subjonctif dans un système au passé. Toutefois, au mépris de la concordance des temps, il a presque disparu à l'oral, de même que son usage est devenu rare à l'écrit ; on lui préfère le subjonctif présent. Le déclin de son emploi a commencé vers le milieu du XIXe siècle et s'est fortement accentué dans la deuxième moitié du XXe siècle.

Utilisation[modifier | modifier le code]

Traditionnellement, le subjonctif imparfait est employé à la place du subjonctif présent dans les propositions subordonnées requérant le subjonctif et introduites par une principale au passé simple, à l'imparfait, au plus-que-parfait, au passé antérieur, au passé composé (s'il n'a pas une valeur purement aspectuelle), ou au conditionnel présent à valeur d'irréel du présent. Cependant, son usage a considérablement reculé depuis le début du XIXe siècle[1], sous l'effet de la complexité de ses formes et de leur ressemblance, voire leur homophonie avec celles du passé simple[2]. Aujourd'hui, il est presque disparu à l'oral, dans la norme parisienne comme en Amérique du Nord, où son remplacement par le subjonctif présent est complètement achevé. Cependant, il est encore employé dans certains textes littéraires, discours formels ou écrits journalistiques, quoique son usage soit généralement limité à la 3e personne. Il peut être employé à des fins humoristiques, à cause des jeux de mots par homophonie qu’il permet. Ainsi la phrase « Il est insensé qu'il puisse autant » devient au passé « Il était insensé qu'il pût autant ».

Exemples :

  • La phrase « Il est nécessaire qu'il parle. » devient à l'imparfait « Il était nécessaire qu'il parlât. »
  • La phrase « Je veux que tu viennes. » devient à l'imparfait « Je voulais que tu vinsses. »
  • La phrase « Ils voudront que la France redevienne un Empire. » devient au passé « Ils voudraient que la France redevînt un Empire. »

Cas spécial du conditionnel présent[modifier | modifier le code]

L'arrêté ministériel du 31 juillet 1900 (modifié par l'arrêté ministériel du 26 février 1901) indique, à propos des copies d'élèves[3] :

« On tolérera le présent du subjonctif au lieu de l'imparfait dans les propositions subordonnées dépendant de propositions dont le verbe est au conditionnel. Exemple : il faudrait qu'il vienne ou qu'il vînt »

En 1976, un nouvel arrêté permettra aux mêmes d'utiliser le subjonctif présent en lieu et place du subjonctif imparfait[4].

Le conditionnel présent pouvait être suivi soit du subjonctif présent, ou du subjonctif imparfait. Il y avait cependant à l'usage une différence entre les deux, que l'on pouvait percevoir plus clairement en se référant aux deux valeurs qu'il pouvait prendre. En effet, le conditionnel présent en français recouvre les deux notions de potentiel et d'irréel du présent en grammaire latine. Dans le premier sens, on pouvait le faire suivre du subjonctif présent, alors que dans le second l'imparfait s'imposait. Ainsi, la différence entre « Mieux vaudrait que le comité se prononçât en toute sérénité. » et « Mieux vaudrait que le comité se prononce en toute sérénité. » résidait dans le degré de probabilité de la subordonnée. Dans le premier exemple, il s'agissait d'un vœu pieux (le locuteur pense que le comité est incapable de se prononcer en toute sérénité), tandis que le deuxième était plus optimiste (le locuteur a bon espoir de voir l'événement se réaliser).

Exemples :

  • « Il faudrait que tu rangeasses ta chambre. » laissait la liberté à la personne à qui l'on s'adresse de ranger sa chambre ou non. Il s'agissait plutôt d'un conseil.
  • « Il faudrait que tu ranges ta chambre. » avait une valeur plus impérative. Le locuteur pensait très sérieusement que la personne à qui il s'adresse va ranger sa chambre, ou du moins lui ordonnait plus vivement que dans la première phrase. Il s'agissait plutôt d'un ordre.

Formation du conditionnel passé[modifier | modifier le code]

Le conditionnel passé se construit usuellement avec être ou avoir conjugué au conditionnel présent et suivi d'un participe passé. Il existait une autre forme du conditionnel passé dans laquelle l'auxiliaire conjugué au subjonctif imparfait.

« je n'eusse osé les soumettre à la foiblesse de mes raisonnements »

— René Descartes, Discours de la méthode

Recul et disparition[modifier | modifier le code]

Dès le XVIIIe siècle, le subjonctif imparfait tendait à disparaître dans la langue courante. On pourrait citer « Nicolas Beauzée qui, revenant chez lui après une séance de l'Académie, surprend sa femme avec un Allemand. — Quand je vous avertissais, madame, qu'il fallait que je m'en aille…, s'écrie l'étranger. — Eh ! Monsieur, dites au moins : Que je m'en allasse ! reprend l'académicien[4] ». Au siècle suivant, il prêtait à rire. Dans son Théâtre en liberté, Victor Hugo fait dialoguer la tragédie et la comédie : « L'imparfait de la vie » revendique la première — « Et moi du subjonctif », réplique la seconde.

À la fin du XIXe siècle, Alphonse Allais écrivit une complainte amoureuse sur ce thème :

« Oui, dès l’instant que je vous vis,
Beauté féroce, vous me plûtes !
De l’amour qu’en vos yeux je pris,
Sur-le-champ vous vous aperçûtes.
Mais de quel air froid vous reçûtes
Tous les soins que pour vous je pris !
Combien de soupirs je rendis ?
De quelle cruauté vous fûtes ?
Et quel profond dédain vous eûtes
Pour les vœux que je vous offris !
En vain je priai, je gémis,
Dans votre dureté vous sûtes
Mépriser tout ce que je fis.
Même un jour je vous écrivis
Un billet tendre que vous lûtes,
Et je ne sais comment vous pûtes
De sang-froid, voir ce que je mis.
Ah, fallait-il que je vous visse,
Fallait-il que vous me plussiez,
Qu’ingénument je vous le disse,
Qu’avec orgueil vous vous tussiez !
Fallait-il que je vous aimasse,
Que vous me désespérassiez.
Et qu’en vain je m’opiniâtrasse
Et que je vous idolâtrasse,
Pour que vous m’assassinassiez ! »

Conjugaison[modifier | modifier le code]

Principe général de formation[modifier | modifier le code]

Le subjonctif imparfait est plus précieux que véritablement difficile à construire. Sa construction ne requiert que la connaissance du passé simple, souvent intuitive dans la mesure où ce temps est d'emploi plus courant dans la littérature, temps dont il emprunte exactement le radical, et ce pour la totalité des verbes français. Il suffit d'ajouter à ce radical les terminaisons :

  • (je) -sse
  • (tu) -sses
  • (il) ^t
  • (nous) -ssions
  • (vous) -ssiez
  • (ils) -ssent

La conséquence de cette règle est qu'un verbe qui n'a pas de passé simple (par exemple, le verbe éclore), n'a, ipso facto, pas d'imparfait du subjonctif.

Verbes du premier groupe[modifier | modifier le code]

  • Que j'aimasse
  • Que tu aimasses
  • Qu'il, qu'elle, qu'on aimât
  • Que nous aimassions
  • Que vous aimassiez
  • Qu'ils, qu'elles aimassent

Verbes du deuxième groupe[modifier | modifier le code]

  • Que je finisse
  • Que tu finisses
  • Qu'il, qu'elle, qu'on finît (Exception: Qu'il, qu'elle, qu'on haït)
  • Que nous finissions
  • Que vous finissiez
  • Qu'ils, qu'elles finissent

Verbes du troisième groupe[modifier | modifier le code]

Radical en -i[modifier | modifier le code]

  • Que je misse
  • Que tu misses
  • Qu'il, qu'elle, qu'on mît
  • Que nous missions
  • Que vous missiez
  • Qu'ils, qu'elles missent

Radical en -u[modifier | modifier le code]

  • Que je connusse
  • Que tu connusses
  • Qu'il, qu'elle, qu'on connût
  • Que nous connussions
  • Que vous connussiez
  • Qu'ils, qu'elles connussent

Radical en -in[modifier | modifier le code]

Ce modèle ne concerne que les verbes venir, tenir et leurs composés :

  • Que je vinsse
  • Que tu vinsses
  • Qu'il, qu'elle, qu'on vînt
  • Que nous vinssions
  • Que vous vinssiez
  • Qu'ils, qu'elles vinssent

Avoir[modifier | modifier le code]

  • Que j'eusse
  • Que tu eusses
  • Qu'il, qu'elle, qu'on eût
  • Que nous eussions
  • Que vous eussiez
  • Qu'ils, qu'elles eussent

Être[modifier | modifier le code]

  • Que je fusse
  • Que tu fusses
  • Qu'il, qu'elle, qu'on fût
  • Que nous fussions
  • Que vous fussiez
  • Qu'ils, qu'elles fussent

Notes[modifier | modifier le code]

  1. On en a un exemple chez Nicolas Maximilien Sidoine, marquis Séguier de Saint-Brisson, qui écrit, dans De l'emploi des conjonctions suivies des modes conjonctifs dans la langue, paru chez Eberhart à Paris en 1814, « un abus de langage que nous entendons fréquemment dans la conversation, il fallait que J'AILLE, pour il fallait que J'ALLASSE (faute que j'ai l'idée d'avoir rencontrée quelquefois chez nos bons auteurs…) ». Mais, dès le XVIIIe siècle, Chamfort nous raconte, dans ses Maximes et Anecdotes : « Madame Beauzée couchoit avec un maître de langue allemande. M. Beauzée les surprit au retour de l'académie. L'Allemand dit à la femme : Quand je vous disois qu'il étoit temps que je m'en aille. M. Beauzée, toujours puriste, lui dit : que je m'en allasse, monsieur. ».
  2. Cf. cette phrase, tirée d'un texte écrit par Arthur Rimbaud en 1864, à l'âge de dix ans : « Ils [mes parents] n'avaient pour tout bien qu'une petite maison, qui leur avait toujours appartenu et qui était en leur possession vingt ans avant que je ne fus encore né » (cf. Arthur Rimbaud, Poésies complètes, Le Livre de Poche, Paris, 1966).
  3. Liste annexée a l'arrêté du 31 juillet 1900, Verbes, Concordance ou correspondance des temps, Léon Flot. «Orthographe». dicoFB.
  4. a et b [1] Un article de l'Académie française.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]