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Chrysippe (mythologie)

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Zeuxo verse du vin à Chrysippe. Intérieur d'un kylix attique à figures rouges, ca. 490-480 av. J.-C. De Capoue.

Dans la mythologie grecque, Chrysippe (en grec ancien Χρύσιππος / Khrúsippos) est un héros divin, fils de Pélops (roi de Pise en Élide) et de la nymphe Danaïs.

Chrysippe était le fils illégitime de Pélops, roi de Pise dans le Péloponnèse occidental, et de la nymphe Axioche (en)[1] ou Danaïs[2]. Chez Hellanicos, cependant, il était considéré comme un fils légitime issu d'un précédent mariage[3].

Il était le demi-frère d'Atrée, Thyeste, Pitthée, Dias, Cynosure, Corinthe, Hippalme (ou Hippalcimus), Hipassus, Cléon, Argeius, Alcathoos, Aelius, Dimoète, Trézène, Nicippé, Coprée, Sciron, Eurydice, Astydamée et Lysidice[4]. Selon le Pseudo-Plutarque, de tous les enfants de Pélops, Chrysippe était son préféré[2].

Chrysippe emporté par Laius, Cratère à cloche à figures rouges des Pouilles (vers 350-340 av. J.-C.), conservé à l'Altes Museum de Berlin.

Lorsque Laïos, chassé de Thèbes, se réfugie à la cour de Pise, Pélops le charge d'apprendre à son fils Chrysippe à conduire un char. Mais Laïos s'éprend de son jeune élève, l'enlève et le viole ; cet acte pédérastique est à l'origine de la malédiction d'Apollon, que Pélops avait appelée sur Laïos et sa descendance.

Les traditions divergent sur sa mort :

  • Soit Chrysippe se suicide par honte en se pendant ou par l'épée[5] ;
  • Soit il est tué par ses demi-frères Atrée et Thyeste sur la demande de leur mère, Hippodamie, qui le jettent dans un puits ;
  • ou Hippodamie le tue elle-même puis se suicide.

Un scholiaste des Olympiques de Pindare résume plusieurs traditions concernant la mort de Chrysippe. Il mentionne explicitement la version où Hippodamie, sa belle-mère, jalouse, tue Chrysippe ou le pousse au suicide pour éliminer le rival qu’il représente dans la succession de Pélops. Selon le scholiaste, Hippodamie craignait que Pélops fît de Chrysippe son héritier au détriment de ses propres fils (Atrée et Thyeste). Par jalousie (ζῆλος), elle tua Chrysippe ou le poussa à se tuer, puis accusa Laïos, ou du moins fit peser le blâme sur lui[5].

La légende n’est racontée nulle part de façon continue, mais est dispersée dans plusieurs œuvres (Pindare, Olympiques, I, v. 23–28, Pseudo-Apollodore, Bibliothèque, II, 4, 11...). Les sources antiques sont ainsi fragmentaires ou tardives, la version la plus connue et la plus développée étant celle de la tragédie d'Euripide Chrysippe dont il ne reste que des fragments, rendant parfois les reconstitutions du mythe hypothétiques[5].

Iconographie

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Le garçon agenouillé identifié comme Chrysippe par certains sur le fronton oriental du temple de Zeus à Olympie, Ve siècle avant J.-C.

Chrysippe n'apparaît pas dans l'art grec archaïque. Lui et son mythe devinrent très populaires sur les vases d'Italie du Sud vers le IVe siècle av. J.-C., clairement influencés par la pièce de théâtre d'Euripide dont les œuvres étaient très appréciées dans le sud de l'Italie[6]. Plusieurs vases montrent Laïos saisissant Chrysippe par la taille et l'emmenant sur un char, tandis que le garçon lève les bras et implore l'aide des différents personnages qui poursuivent le char : un pédagogue, Pélops et deux jeunes hommes qui pourraient être Atrée et Thyeste[7],[8]. Des scènes pouvant être interprétées comme l'enlèvement de Chrysippe se retrouvent également sur des céramiques étrusques[8]. Il est intéressant de noter la petite taille de Chrysippe par rapport aux autres personnages représentés : cette petite taille suggère un âge de dix à treize ans et souligne sa vulnérabilité et son statut de victime face à Laïos adulte[6].

Parallèlement, une subversion est présente dans une amphore panathénaïque datée entre 340 et 330 av. J.-C. représentant Chrysippe agrippé au char sur lequel plane Éros sans chercher à échapper à l'étreinte de Laïos, tandis qu'Aphrodite calme un pédagogue qui les poursuit. Il s'agissait probablement d'une interprétation personnelle de l'artiste bien que la présence d'Éros puisse également symboliser le succès de Laïos[7],[8]. Un vase juxtapose les actions de Laïos au Jugement de Pâris, établissant un parallèle entre deux mythes ayant tous deux abouti à un enlèvement érotique fatal[8].

Un garçonnet agenouillé, non identifié et vêtu d'un manteau, assis aux côtés de Pélops sur le fronton oriental du temple de Zeus à Olympie, a été identifié, parmi de nombreuses autres figures, comme étant Chrysippe[8]. L'atmosphère inquiétante de la scène du fronton peut laisser supposer que le sculpteur avait l'intention de représenter les malheurs de ces maisons royales, les Labdacides et les Pélopides, bien que nous ne puissions pas savoir quelle version de Chrysippe il avait en tête[8].

Références

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  1. Scholie sur la tragédie Oreste d'Euripide, 5; ad Pindare, Olympian Odes 1.144
  2. a et b Pseudo-Plutarque, Parallela Minora 33
  3. Fowler 2000.
  4. Bell 1991.
  5. a b et c (en) Timothy Gantz, Early Greek Myth, Baltimore: Johns Hopkins University Press, 1993
  6. a et b Hubbard 2011.
  7. a et b Rodrigues 2023.
  8. a b c d e et f Schefold 1986.

Bibliographie

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Sources antiques

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Sources modernes

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