Carte d'Oronce Fine

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Mappemonde en forme de cœur montrant la Terre australe (Recens et integra orbis descriptio), par Oronce Fine, en 1534-1536.

La mappemonde d’Oronce Fine (Recens et integra orbis descriptio) est une représentation cartographique de la sphère terrestre réalisée selon une projection cartographique cordiforme (en forme de cœur) en 1534-1536[1],[2],[3]. Outre ce type de projection, rare, elle présente aussi l'originalité de représenter des « terres australes » (« Terra Australis »), selon une conception du monde propre à cette époque[2]. Autre particularité de cette mappemonde : l'Amérique du Nord et l'Asie sont largement reliées.

La représentation de terres australes à la Renaissance[modifier | modifier le code]

La conception de terres australes apparaît avec la naissance de la représentation de l'Ecoumène dans l'Antiquité grecque et s'est transmise tout au long du Moyen Âge[4]. Les voyages d'exploration ont relancé à la Renaissance l'intérêt pour ces spéculations géographiques : ainsi en 1529, Franciscus Monachus fait figurer des terres australes dans sa représentation du monde[5]. La reprise de la Géographie de Ptolémée (astronome et astrologue grec de l'Antiquité) a poussé les cartographes de la Renaissance à représenter ces continents supposés avec des profils de côtes en apparence précis, et à les peupler[6]. Cependant, les connaissances réelles sur la géographie du monde étaient partielles et les savants se basaient sur des hypothèses plus ou moins fondées.

La mappemonde d'Oronce Fine présente donc le globe terrestre avec cette particularité d'une terre australe telle que la pensaient les savants de l'époque[2] : la Terra Australis de ce globe est ainsi un continent imaginé pour faire contrepoids à la masse des terres septentrionales. Il écrit de ces terres qu'elles sont « terra australis nuper inventa sed nondum plene examinata » (terres australes autrefois découvertes mais pas encore explorées)[2].

Interprétations pseudo-scientifiques[modifier | modifier le code]

À la suite de Charles Hapgood [7], on a parfois considéré que la mappemonde d'Oronce Fine représente avec précision les côtes rocheuses de l'Antarctique. Ce qui serait une précision anachronique est parfois expliquée par l'hypothèse extra-terrestre. Les hypothèses de Charles Hapgood ont été infirmées par les études géologiques, historiques et climatologiques des dernières décennies [réf. nécessaire]. Elles sont toutefois reprises dans nombre de spéculations et de conceptions fantastiques ou controversées sur le passé et l'archéologie, sans recevoir une approbation scientifique générale [8]. Elles sont décrites comme de la « pseudo-science » par Gordon L Herries Davies, historien de la géologie, qui considère par ailleurs que les cartes analysées par Hapgood ne sont pas nécessairement d'une précision dépassant leur époque [9].

Il faut toutefois noter que, tel ne fut pas l'avis du Lieutenant Colonel Z. Ohlmeyer, Commandant du 8e Escadron de Reconnaissance Technique de l'United States Air Force (USAF), à la base de Westover, Massachusetts, États-Unis, ni celui du Capitaine Lorenzo W. Burroughs, Chef de la Section Cartographique de ce même escadron. D'après ces officiers, la côte Antarctique dessinée sur la carte de Piri Reis de 1513 « a été cartographiée avant d'avoir été recouverte par la calotte glaciaire », et « les cartes sources originelles (compilées dans une antiquité éloignée) furent préparées quand l'Antarctique était probablement libre de glaces. » [10]

Par ailleurs, il est important de remarquer que la carte d'Oronce Fine que Charles Hapgood présente et analyse dans son livre, n'est pas la mappemonde cordiforme de 1536, mais une carte datée de 1531 [11].

En ce qui concerne la représentation de l'Antarctique, cette autre carte d'Oronce Fine est bien plus stupéfiante que la mappemonde cordiforme de 1536, et prête bien plus difficilement le flanc aux critiques évoquées ci-dessus.

En effet, sur cette carte de 1531, sont dessinés avec précision les contours de l'Antarctique, en projection polaire cordiforme telle qu'elle apparaîtrait en cas de fonte de la banquise ainsi que de fonte d'une partie de la calotte glaciaire antarctique (la partie située à l'ouest de ce continent).

Certes, sur cette carte de 1531, le continent austral est dessiné avec une erreur d'échelle, 4 fois plus étendu qu'il n'est en réalité. Mais, d'après Charles Hapgood, cette erreur de recopie, due au fait qu'Oronce Fine a très probablement confondu le Cercle Antarctique avec celui représentant le 80e parallèle, est justement l'indication que Oronce Fine s'est servi d'une carte plus ancienne pour dessiner la sienne. En se basant sur une analyse de la composition des sédiments présents dans des carottages géologiques, Charles Hapgood émet l'hypothèse que cette carte n'a pu être établie qu'à une date remontant à au moins 4000 ans avant Jésus-Christ [12].

D'après le Capitaine Lorenzo W. Burroughs (cité plus haut) [13] : « La projection cordiforme utilisées par Oronteus Finaeus suggère l'utilisation de mathématiques avancées. De plus, la forme donnée au continent Antarctique suggère la possibilité, sinon la probabilité, que les cartes sources originelles furent compilées sur un type de projection stéréographique ou gnomonique (impliquant l'utilisation de la trigonométrie sphérique). »

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Site de la BNF
  2. a b c et d « BNF - Carte du monde en forme de cœur montrant la Terre australe », sur expositions.bnf.fr (consulté le 15 février 2017)
  3. « Recens et integra orbis descriptio... / Orontius F[inaeus] Delph[inas], Regis[s] mathematic[us] facebiat. », sur gallica.bnf.fr (consulté le 16 février 2017)
  4. J.-P. Verdet, Voir et rêver le monde, Larousse, 2002, p. 30-36
  5. www.britannica.com
  6. J.-P. Verdet, op. cit., p. 126-127
  7. Charles Hapgood, Les Cartes des Anciens Rois des Mers, Éditions du Rocher, 1981,
  8. Garrett G. Faganéd., Archaeological Fantasies: How Pseudoarchaeology Misrepresents the Past and Misleads the Public, Routledge, 2006, p. 30, p. 34 et passim
  9. Gordon L. Herries Davies, Compte-rendu de Maps of the Ancient Sea Kings: Evidence of Advanced Civilization in the Ice Age, Imago Mundi, 37, 1985, pp. 108-109
  10. in lettres adressées à Charles Hapgood, in Charles Hapgood, Les Cartes des Anciens Rois des Mers, Éditions du Rocher, 1981, Notes no 22 A & B.
  11. Cette carte d'Oronce Fine datée de 1531, fut ensuite incluse dans l'ouvrage Novus Orbis Regionem ac Insularum Veteribus Incognitarum, Parisiis, 1532. Puis cette carte fut incluse sous un nouveau titre (qui omettait de citer l'auteur) dans l'édition de la "Géographie" de Glareanus, imprimée à Brisgae en 1536. Puis cette carte fut incluse dans une édition de "Pomponius Mela, Parisiis apud Christianum Wechelum", 1540. Et enfin, cette carte fut recopiée, avec quelques modifications, par Gérard Mercator, pour dessiner l'une de ses premières cartes. Ces informations bibliographiques sont données dans : Nordenskiöld, A.E., Facsimile-Atlas to the Early History of Cartography, with Reproductions of the Most Important Maps printed in the XVth and XVIth Centuries, translated in english from the swedish original by J.A. Ekelbf and C.R. Markham, Stockholm, 1889.
  12. Charles Hapgood, Les Cartes des Anciens Rois des Mers, Éditions du Rocher, 1981, Chapitre 4, Section 1, et Figure no 57.
  13. in lettre adressée à Charles Hapgood, in Charles Hapgood, Les Cartes des Anciens Rois des Mers, Éditions du Rocher, 1981, Note no 22 B.

Voir également[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

  • Langlois, « Étude sur deux cartes d'Oronce Fine de 1531 et 1536 », Journal de la société des américanistes, vol. 14, nos 14-15-1,‎ , p. 83-97 (DOI 10.3406/jsa.1922.3993, lire en ligne)