Arithmomètre

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Arithmomètre construit par Louis Payen en 1887.

L'arithmomètre est le nom donné à une machine à calculer inventée en 1820 par Charles-Xavier Thomas de Colmar. C'est la première machine à calculer à avoir été produite en série (près de 5000 exemplaires de 1850 à 1915) et commercialisée dans le monde. Entièrement mécanique, l'arithmomètre est capable d’effectuer les quatre opérations de l’arithmétique avec une rapidité non égalée pour l’époque. Il régnera en maître pendant pratiquement toute la seconde moitié du 19e siècle et sera cloné par de nombreux constructeurs européens. Cette concurrence impitoyable et l'arrivée de nouvelles machines plus performantes et moins chères auront raison de l’arithmomètre Thomas.

Évolution[modifier | modifier le code]

Des débuts difficiles : 1820-1849[modifier | modifier le code]

Détail d'un arithmomètre d'avant 1851. Le curseur de multiplication à un chiffre est à gauche.

Le 18 novembre 1820, sieur Charles-Xavier Thomas, directeur et fondateur de la compagnie du Phénix, dépose un brevet pour une machine appelée arithmomètre, "propre à suppléer à la mémoire dans toutes les opérations d'arithmétique". Aucun exemplaire issu du brevet n'a, à ce jour, été retrouvé. Peut-être était-il trop imparfait. Très rapidement, l'inventeur demande à un horloger de renom, Jean-Pierre Devrine, de perfectionner la machine. Il construit en 1822 le premier arithmomètre recensé de l’histoire, aujourd’hui conservé à la Smithsonian Institution de Washington. La communauté scientifique est enthousiaste. Le « Bulletin de la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale » lui rend hommage en proposant dans son bulletin de septembre 1822 une description remarquablement détaillée de la machine.

Malgré cela, l’arithmomètre tombe un peu dans les oubliettes. A l'exposition des produits de l'industrie française de 1823, l’arithmomètre est tout juste mentionné. Rien aux expositions de 1827, 1834 et 1839.  Il y a plusieurs hypothèses à cela. D’une part, Charles-Xavier Thomas est absorbé par ses affaires. Il fonde en 1828 la compagnie d’assurances Le Soleil, ce qui lui demandera beaucoup d’énergie. D’autre part, l’arithmomètre reste fragile et nécessite beaucoup d’attention, voire d’ajustements. Le remplacement d’un comptable par une machine suppose que cette dernière soit fiable. Elle doit être en mesure de fonctionner toute la journée sans défaillir, ce qui n’est pas encore le cas.

L’exposition Nationale de 1844 marque un tournant dans l’histoire de l’arithmomètre qui refait surface. Aux dires des visiteurs, le palais d’exposition ressemblait à une grande baraque en bois de 20 000 m2 et manquait terriblement de lumière. « Il y avait juste de petits soupiraux placés très en hauteur. Il  fallait se munir de lanternes ou demander à ce que les exposants allument des lampions pour espérer pendant les jours de grisaille y discerner le moindre objet ». L’arithmomètre de Thomas passe pratiquement inaperçu. Il est juste mentionné dans le rapport du Jury à côté d’un autre inventeur de talent: David-Didier Roth. Ce dernier reçoit une médaille de bronze pour ses machines à calculer. L’arithmomètre quant à lui n’est pas primé. On imagine la désillusion de l’inventeur.

Il n’existe à ce jour aucune information sur le modèle présenté à l’exposition. En revanche, on sait que David-Didier Roth, lui, a présenté un additionneur d’une simplicité tout à fait remarquable. C’est un peu une version miniaturisée et améliorée de la Pascaline. Il utilise un système de came pour emmagasiner petit à petit l’énergie et la restituer d’un coup au passage de la retenue (9+1). Ce petit additionneur connut un certain succès auprès des Administrations françaises et fut vendu à plusieurs dizaines d’exemplaires. Cela reste néanmoins un additionneur, peu enclin aux calculs comptables et scientifiques. Notons que Roth construisit deux multiplicatrices, qui restèrent malheureusement des prototypes.

En 1843,  Thomas de Colmar fonde une seconde compagnie d’assurance: la Compagnie de L’Aigle. Sa gestion est plutôt moderne.

Il est à l’origine :

·        Du contrat à durée illimitée avec clause de tacite reconduction.

·        De la garantie Incendie même en cas d’émeute ou de guerre.

·        De l’assurance par participation, où l’assuré pouvait être mis à contribution si besoin, ou recevoir un intéressement sur les bénéfices.

·        Il savait récompenser les employés performants avec des primes.

C’est aussi le moment où Thomas de Colmar décide d’investir dans le développement de son arithmomètre. D’autres inventeurs commencent à proposer des machines à calculer fonctionnelles. Vers 1846,   il trouve la perle rare en la personne de Pierre-Hippolyte Piolaine, un jeune ouvrier de talent qui est le fils d’un horloger de Neuilly. Il eut la charge de fabriquer une machine entièrement nouvelle. Après un différend, il quitta l’atelier et partit travailler en Angleterre. Thomas prit un autre ouvrier mais celui-ci était peu talentueux et au final la machine ne fonctionnait pas.

Moyennant une confortable augmentation, il fait revenir Piolaine et lui demande de terminer son œuvre. En  juillet 1848, la machine sort des ateliers. Piolaine mourra quelques mois plus tard. Le brevet de cette machine ne sera déposé qu’un an plus tard, en 1849. C’est un brevet étonnant, car en introduction, il y parle de ses relations avec son ouvrier, et explique pourquoi il a déposé son brevet postérieurement à la construction de la machine.

C’est que, dans plusieurs journaux de 1849, il est fait mention d’une machine extraordinaire, qu’on appelle l’Arithmaurel. C’est la contraction d'Arithmomètre et de Maurel, du nom de son inventeur. En fait, ils seront deux à travailler sur la machine: l’horloger Timoléon Maurel et l’ingénieur Louis Jayet.

La presse est enthousiaste et la machine reçoit tous les encouragements. L’Arithmaurel remporte la médaille d’or à l’Exposition Nationale de 1849. Thomas de Colmar crie au plagiat car la machine utilise comme entraîneur des cylindres dentés très proches de ceux de l’arithmomètre. Il oublie dans doute que ces mêmes cylindres ont été inventés par Leibniz…

Malgré ses qualités impressionnantes, l’Arithmaurel aura une durée de vie très courte. On estime à moins de 20  exemplaires le nombre de machines construites entre 1846 et 1855. Son défaut principal réside dans son extrême fragilité. Dérivant directement des techniques horlogères, le mécanisme est trop fin pour résister longtemps à des vitesses de rotation importantes. D’autre part, sa rapidité dans les multiplications est limitée par le nombre de 4 chiffres au multiplicateur. Le manque de développement et de financement auront raison de l’Arithmaurel et laissera la voie libre à l’arithmomètre Thomas !

Création d'une industrie : 1850-1887[modifier | modifier le code]

Une des premières machines à numéro de série unique (à partir de 500) construite vers 1865.

Le multiplicateur à un chiffre est abandonné. Cette simplification permet la commercialisation de l'arithmomètre car il est enfin adapté aux moyens de production de l'époque[1]. Ce nouvel arithmomètre est décrit dans le Bulletin de la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale de [2] et il est présenté au grand public à l'Exposition universelle de Londres de 1851[3].

Chaque machine est dotée d'un numéro de série et des notices d'instructions sont publiées. Au début, Thomas différencie les machines par leurs capacités et c'est ainsi que l'on trouve le même numéro de série pour des machines de capacités différentes. Il corrige ceci en 1865 et commence une nouvelle numérotation unique, indépendante de la capacité de la machine, avec 500 comme premier numéro.

L'utilisation constante de certaines des machines de production permet d'exposer deux faiblesses de conception : l'organe de retenue qui pouvait lever la platine mobile dans certaines circonstances, avec une première solution adéquate mise en œuvre dès 1856, et une tendance des cylindres de Leibniz à tourner un peu plus quand la manivelle est tournée trop rapidement, qui fut résolue par l'introduction d'une croix de malte[4]. Un brevet décrivant ces perfectionnements est déposé en 1865[5].

C'est pendant cette période que sa simplicité, sa fiabilité et sa robustesse amènent les banques, les compagnies d'assurances, les bureaux du gouvernement et tant d'autres à l'utiliser de plus en plus dans leurs opérations journalières (au lieu d'utiliser des calculateurs humains)[6]. Vers 1873, pour la première fois dans l'histoire des machines à calculer, les ateliers de production d'arithmomètre dépassent la barre des 1 000 machines construites[7]. En 1880, vingt ans avant la concurrence, un système de déplacement automatique du chariot est développé[8], et des machines en sont dotées[9], mais cette innovation n'est pas intégrée à la production.

L'âge d'or : 1887-1915[modifier | modifier le code]

Presque cent ans de perfectionnements sont représentés dans cette machine construite vers 1914.

Sous la direction de Louis Payen, et plus tard de sa femme veuve L. Payen, l'arithmomètre évolue rapidement avec une mécanique plus fiable, des effaceurs plus maniables, un système d'inclinaison des boites, des curseurs plus faciles à lire et un couvercle amovible.

Le nombre de fabricants de clones se multiplie surtout en Allemagne et en Angleterre (une vingtaine de compagnies au total). Toutes les compagnies de clones sont européennes, mais elles vendront leurs machines dans le monde entier.

Cependant vers 1910, après avoir été le plus grand fabricant de l'industrie des machines à calculer de bureau pendant cinquante ans, il commence à être dépassé en volume de production par quatre machines, plus faciles à construire, moins encombrantes et moins chères. Ce sont deux machines à clavier aux États-Unis, le comptomètre et la machine de Burroughs[10] et deux arithmomètres à roues à nombre variable de dents en Europe avec l'arithmomètre d'Odhner[11] en Russie et la Brunsviga en Allemagne.

La construction de l'arithmomètre s'arrêta au milieu de la Première Guerre mondiale.

Les difficultés économiques et le manque de main d’œuvre spécialisée de l'après guerre empêchèrent Alphonse Darras, qui avait acheté la compagnie en 1915, d'en reprendre la production[12] mettant un point d'arrêt à une épopée qui aura duré presque cent ans.

Héritage et héritiers[modifier | modifier le code]

Parce que c'est la première machine à calculer à avoir été produite en masse et à avoir été massivement copiée, sa production marque le début de l'industrie des calculateurs mécaniques, qui évoluera ensuite vers l'industrie des calculatrices électroniques et qui, à travers l'invention accidentelle du premier microprocesseur, le 4004 d'Intel, durant le développement d'une calculatrice pour Busicom en 1971, nous amènera au premier ordinateur personnel, l'Altair 8800 en 1975.

Son mode opératoire sera utilisé tout au long des 120 ans de l'industrie des calculateurs mécaniques. D'abord avec ses propres clones, puis avec l'arithmomètre d'Odhner et ses clones (Odhner améliora l'arithmomètre en remplaçant ses cylindres de Leibniz par des roues à nombre variable de dents[13]).

Son nom, ou des parties de son nom, furent utilisés par beaucoup de machines, comme l'arithmomètre d'Odhner, ou l'Arithmaurel, ou le comptomètre et aussi par des machines mécaniques de poches dans les années 1940. La compagnie américaine Burroughs, commença avec le nom American Arithmometer Company en 1886. Dans les années 1920 c'était le nom utilisé pour designer tous ses clones, avec 20 compagnies de clones dont, Burkhardt, Layton, Saxonia, Gräber, Peerless, Mercedes-Euklid, XxX, Archimedes, etc.

Les partisans des calculateurs de Babbage ou de l'Arithmaurel ont, à certains moments, ridiculisé la simplicité de l'arithmomètre, mais c'est cette simplicité même, parfaitement adaptée aux limitations des outils de production du XIXe siècle, qui lui a permis d'être le seul d'entre eux à devenir un succès commercial[1].

Chronologie des machines à calculer de bureau en production au XIXe siècle.

Historique[modifier | modifier le code]

Dessin de la machine de 1822 : le multiplicateur à un chiffre est à gauche et le multiplicande à 3 chiffres est à droite.
Dessin de la machine de 1822 : les trois cylindres de Leibniz sont à gauche et le ruban d'exécution est à droite.

Origines[modifier | modifier le code]

Thomas eut l'idée de sa machine durant son service dans l'armée française, car il était responsable de l'approvisionnement et donc avait beaucoup de calculs à faire. Il s'inspira principalement des machines de Leibniz et de Blaise Pascal. Il déposa son premier brevet le [14].

Avec ce premier arithmomètre il suffit de tirer sur un ruban pour multiplier un nombre inscrit sur les curseurs par un chiffre multiplicateur et, comme sur la Pascaline, un changement de lucarnes faisant apparaître le complément à neuf du résultat est utilisé pour les opérations de soustractions. Ces deux caractéristiques ne seront plus présentes dans les machines commercialisées en 1851.

Première machine[modifier | modifier le code]

La fabrication du premier modèle, commencée en 1820, prit à peu près un an car il n'existait pas d'artisans spécialisés dans la confection de telles pièces. C'est Devrine, un horloger parisien, qui construisit ce premier prototype et le délivra à la Société d’encouragement pour l’industrie nationale qui en fit les éloges dans un rapport du [15]. Connu sous le nom de machine de 1822, ce premier modèle n'était qu'un prototype mais il fonctionnait parfaitement et comportait déjà les parties essentielles des arithmomètres qui allaient être produits en série. La seule machine connue de cette époque est aux USA, dans la ville de Washington, au musée du Smithsonian.

Production[modifier | modifier le code]

Quelques-uns des logos utilisés.

La production de série commença en 1851 et se termina vers 1915. À peu près 5 500 machines furent fabriquées pendant cette période ; 40 % de la production était vendue en France et le reste était destiné à l'exportation.

La production des arithmomètres fut sous la responsabilité de :

  • Thomas de Colmar jusqu'à son décès en 1870, puis de son fils, Thomas de Bojano jusqu'en 1881, et le fils de celui-ci, Mr. de Rancy jusqu'en 1887. Messieurs Devrine (1820), Piolaine (1848), Hoart (1850) et Payen (vers 1875) en furent les principaux constructeurs. Toutes ces machines ont le logo Thomas de Colmar.
  • Louis Payen, leur dernier ingénieur constructeur, qui acheta l'affaire en 1887 et continua la fabrication jusqu'en 1902. Toutes ces machines ont le logo L. Payen.
  • Veuve Louis Payen qui reprit l'affaire à la mort de son mari et continua jusqu'au début de la Première Guerre mondiale avec les logos L. Payen, Veuve L. Payen et V.L.P.. Alphonse Darras en fut le principal constructeur.
  • Alphonse Darras qui acheta l'entreprise en 1915 et construisit les dernières machines (il ajouta un logo avec les lettres A et D entrelacées).

Au début de la production, Thomas différencie les machines par leur capacité et c'est ainsi que l'on trouve le même numéro de série pour des machines de capacités différentes. Il corrige ceci en 1865 et commence une nouvelle numérotation unique, indépendante de la capacité de la machine, avec 500 comme premier numéro. C'est ainsi qu'il n'y a pas de machine avec un numéro de série entre 200 et 500.

De 1865 à 1907 les numéros de série furent consécutifs (de 500 à 4 000) puis la veuve L. Payen, après avoir déposé un nouveau brevet en 1907, commença une nouvelle numérotation en ajoutant son nom au logo des machines et en utilisant 500 comme numéro de série de départ (le nombre de machines qu'elle avait construites sous le nom L. Payen) et elle continuera jusqu'au numéro 1 700 en 1914. Alphonse Darras reprit l'ancienne numérotation en 1915, en tenant compte approximativement des machines construites par la veuve L. Payen, avec un numéro de série de 5 500.

Modèles[modifier | modifier le code]

Un arithmomètre de 20 chiffres construit vers 1875.

Les modèles avaient une capacité de 10, 12, 16 et 20 chiffres au totalisateur ce qui permettait de travailler sur des nombres allant de dix milliards (moins un) à cent milliards de milliards (moins un). Seulement deux machines furent construites avec des capacités différentes de celles-ci :

  • la machine de 1822 qui avait 6 chiffres au totalisateur (bien que le brevet de 1820 décrive une machine de 8 chiffres) ;
  • une machine de 30 chiffres, ressemblant à un piano, construite exclusivement pour l'exposition universelle de 1855 et qui fait maintenant partie de la collection IBM[16].

Ce piano a dû impressionner Jules Verne car dans Paris au XXe siècle, quand il parle de machines à calculer, après avoir cité Pascal et Thomas de Colmar, il décrit des instruments ressemblants à de vastes pianos avec des claviers à touches et qui délivraient les réponses instantanément à toute personne qui savait en jouer[17] !

Les différents modèles ne variaient qu'en longueur avec une largeur de 18 cm et une hauteur de 10 à 15 cm. La longueur d'une machine de 20 chiffres était de 70 cm et celle d'une machine de 10 chiffres était aux alentours de 45 cm.

Prix de vente[modifier | modifier le code]

En 1853, le prix d'un arithmomètre de 12 chiffres était de 300 francs, trente fois le prix d'une table de logarithmes de l'époque. Mais, à l'encontre des tables de logarithmes, un arithmomètre était assez simple pour être utilisé des heures durant par une personne sans qualifications spéciales[18].

Une publicité du magazine Cosmos de 1855 donne le prix d'une machine de 10 chiffres à 250 francs et d'une machine de 16 chiffres à 500 francs[19].

Coût de développement[modifier | modifier le code]

Thomas de Colmar dépensa trois cent mille francs pendant les trente ans qu'il passa à développer sa machine[20].

Composants[modifier | modifier le code]

L'arithmomètre est un instrument en bronze contenu dans une boite en bois, souvent de chêne ou d'acajou mais aussi, pour les plus anciennes, d'ébène ou plaquée ébène. La partie mécanique est composée de deux organes en bronze :

Vue des deux platines de l'arithmomètre.

Partie fixe : entrées — commande — exécution[modifier | modifier le code]

La partie inférieure, fixe, est composée d'une unité de commande, en général un levier, qui permet de choisir entre addition/multiplication et soustraction/division, d'un organe d'entrée des données qui se fait grâce à des curseurs que l'on peut déplacer devant des échelles numérotées de 0 à 9 et d'un organe d'exécution qui, à chaque tour de manivelle, exécute l'opération désignée par le levier de commande. Il est à noter que la manivelle ne se tourne que dans le sens des aiguilles d'une montre.

Platine mobile : affichage — accumulateur[modifier | modifier le code]

La partie supérieure, mobile, sert à l'affichage des résultats mais c'est aussi un accumulateur pour les opérations en cours. Cet accumulateur est indexé grâce au mouvement latéral de ce chariot. Chaque commande ajoute ou soustrait le nombre inscrit sur les organes d'entrée à la partie de l'accumulateur qui se trouve immédiatement au-dessus. Les machines d'après 1858 ont aussi un compteur de tours qui se trouve en dessous de l'affichage principal. Ce compteur affiche le multiplicateur à la fin d'une multiplication et le quotient à la fin d'une division.

Les deux organes d'affichage ont chacun un bouton de remise à zéro ; ils sont situés aux extrémités de la platine mobile et ils servent aussi à lever la platine mobile. Chaque lucarne possède une molette qui permet de la modifier individuellement (celles-ci sont optionnelles pour le compteur d'opérations). Un bouton portatif en ivoire, ou en métal, sert à indiquer le nombre des chiffres décimaux ; il se met dans le petit trou de la platine qui existe entre chaque lucarne, et remplace ainsi la virgule qu'on emploie dans les opérations écrites.

Cylindre de Leibniz[modifier | modifier le code]

Cylindre de Leibniz.

L'animation de la figure de droite montre un cylindre cannelé de Leibniz à neuf dents qui est accouplé à une roue de compteur montée sur un axe parallèle (tous les deux de couleur rouge). Cette roue est positionnée de manière à ne toucher que les trois premières dents du cylindre et donc chaque rotation ajoute ou retranche trois au compteur.

L'organe de calcul de l'arithmomètre est composé d'un ensemble de cylindres cannelés de Leibniz accouplés à une manivelle. Chaque tour complet de la manivelle donne un tour complet aux cylindres. Chaque cylindre possède son propre curseur qui sert à positionner une roue liée à un compteur. Tous les compteurs sont reliés par un système de progression de retenue.

Dans l'arithmomètre les cylindres cannelés de Leibniz tournent toujours dans le même sens. La différence entre addition et soustraction s'opèrent dans la platine mobile d'affichage des résultats grâce à un inverseur de marche.

Les opérations[modifier | modifier le code]

Déplacement de la platine mobile[modifier | modifier le code]

Pour déplacer la platine mobile, il faut d'abord la lever en utilisant les boutons de remise à zéro qui se trouvent à ses extrémités. En partant de la position de repos, on ne peut la déplacer que vers la droite, en la relâchant elle se cale sur l'index choisi (unité, dizaine, centaine, …).

Remise à zéro des affichages[modifier | modifier le code]

Pour remettre les affichages à zéro il faut d'abord lever la platine mobile en utilisant les boutons de remise à zéro puis tourner les boutons de remise à zéro et enfin reposer la platine mobile. Le bouton de gauche remet à zéro l'accumulateur, celui de droite remet à zéro le compteur d'opérations.

Addition[modifier | modifier le code]

La manette de commande doit être sur Addition/Multiplication. Après avoir remis les affichages à zéro, on inscrit le premier nombre sur les curseurs d'entrée, puis on tourne la manivelle d'opération une fois ; ce nombre s'inscrit sur l'accumulateur (puisqu'il s'ajoute à zéro). On inscrit le deuxième nombre sur les curseurs d'entrée, puis on tourne la manivelle de nouveau, et la somme des deux chiffres est affichée sur l'accumulateur.

Multiplication[modifier | modifier le code]

La manette de commande doit être sur Addition/Multiplication. Pour multiplier 921 par 328, après avoir remis les affichages à zéro, on inscrit 921 sur les curseurs d'entrée, puis on tourne la manivelle d'opération 8 fois. La nombre 7 368 s'affiche sur l'accumulateur, et le compteur d'opérations affiche 8. On déplace la platine mobile d'un cran vers la droite. Maintenant on tourne la manivelle 2 fois, ce qui ajoute 18 420 à l'accumulateur (deux fois 921 ajouté aux dizaines de l'accumulateur) soit 25 788, le compteur d'opérations affiche 28. On déplace la platine d'un cran de plus vers la droite et l'on tourne la manivelle trois fois. 302 088 s'affiche sur l'accumulateur, et 328 (le multiplicateur) est affiché sur le compteur d'opérations.

Soustraction[modifier | modifier le code]

La manette de commande doit être sur Soustraction/Division. Après avoir remis les affichages à zéro, on inscrit le premier chiffre sur l'accumulateur à l'aide des molettes appropriées (ne pas oublier que la platine doit être levée pendant ces deux opérations). On inscrit le deuxième nombre sur les curseurs d'entrée, puis on tourne la manivelle et la différence des deux chiffres est affichée sur l'accumulateur.

Division entière[modifier | modifier le code]

La manette de commande doit être sur Soustraction/Division. En premier lieu on inscrit le diviseur sur les curseurs d'entrée, et puis, on lève la platine pour remettre les affichages à zéro, pour inscrire le dividende sur l'accumulateur à l'aide des molettes appropriées, justifié à droite, et pour déplacer la platine de façon que le premier chiffre du dividende et le premier chiffre du diviseur soient l'un au-dessus de l'autre. On repose la platine.
On tourne la manivelle jusqu'à ce que le nombre directement au-dessus du diviseur (et à sa gauche) soit inférieur au diviseur, puis on déplace la platine d'un cran vers la gauche et l'on répète cette opération jusqu'au moment où l'on ne peut plus déplacer la platine. Le quotient est alors affiché dans les lucarnes du nombre d'opérations et le reste est dans l'accumulateur (le diviseur est toujours affiché sur les curseurs).

Division décimale[modifier | modifier le code]

De manière à augmenter la précision des divisions entières, il suffit d'ajouter des zéros au dividende sans oublier de placer les virgules mobiles à droite de la partie décimale du dividende et du quotient.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Cosmos, janvier 1854, document scanné par Valéry Monnier.
  2. Bulletin de la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale, 50e année, no 560.
  3. Exposition universelle de 1851, Tome III, seconde partie, Xe Jury, pp.3-9 le procédé de multiplication décrit est celui des nouvelles machines (par additions successive pour chaque chiffre du multiplicateur), il en est de même pour la division; le rapporteur parle des anciennes machines qui avaient une multiplication à un chiffre sur la page 3 de l'introduction.
  4. Bulletin de la société d'encouragement pour l'industrie nationale, 78e année, 3e série, t. VI, août 1879, p. 403-404, Le Conservatoire numérique des Arts & Métiers.
  5. Brevet de 1865, document scanné par arithmometre.org.
  6. René Taton, Le calcul mécanique, coll. « Que sais-je ? », PUF, 1949, p. 351.
  7. (en) Ernst Martin, The Calculating Machines, Charles Babbage Institute, 1992, p. 54.
  8. Brevet de 1880, document scanné par arithmometre.org.
  9. Bulletin de la société d'encouragement pour l'industrie nationale, 78e année, 3e série, t. VI, août 1879, p. 405, Le Conservatoire numérique des Arts & Métiers.
  10. (en) James Cortada: Before The Computer, Princeton University Press, 1993, p. 34.
  11. (en) Georg Trogemann: History of Computer Devices in Russia, GWV-Vieweg, 2001, p. 43.
  12. La revue du bureau, 1921, p. 340.
  13. (en) Georg Trogemann: History of Computer Devices in Russia, GWV-Vieweg, 2001, p. 40-41.
  14. Brevet de 1820, document scanné par arithmometre.org.
  15. Bulletin de la société d’encouragement pour l’industrie nationale, février 1822, p. 36, sur arithmometre.org.
  16. (en) Piano arithmometer, Collection de machines à calculer d'IBM.
  17. Jules Verne, Paris au XXe siècle, Hachette, , p. 58.
  18. Annales de la Société d'émulation du département des Vosges, 1853 sur Gallica.
  19. Cosmos July 1855, sur arithmometre.org.
  20. L'ami des Sciences 1856, p. 301, sur arithmometre.org.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Jean Marguin, Histoire des instruments et machines à calculer, page 106-115, Hermann, 1994
  • Robert Ligonnière, Préhistoire et Histoire des ordinateurs : des origines du calcul aux premiers calculateurs électroniques, Paris, Robert Laffont, , 356 p. (ISBN 978-2-221-05261-7)

Article connexe[modifier | modifier le code]

Calculatrice

Liens externes[modifier | modifier le code]