Anyon
En physique quantique, un anyon est un type de particule propre aux systèmes à deux dimensions. Ni boson ni fermion, l'anyon en est une généralisation[pas clair].
Prédits et théorisés depuis plus de quatre décennies, les premières preuves expérimentales de l'existence des anyons ne datent que de 2020.
Prédictions théoriques
[modifier | modifier le code]Le concept d'anyon est utile lorsqu’on s’intéresse à un système à deux dimensions tel que le graphène ou l’effet Hall quantique. Dans un espace à trois dimensions ou plus, les particules ne peuvent être que des bosons ou des fermions, de comportements statistiques différents : les bosons obéissent à la statistique de Bose-Einstein et les fermions à celle de Fermi-Dirac. Les états de particules liées, dans le formalisme de la mécanique quantique, s'expriment selon des formules représentant des permutations entre particules. On a en particulier, pour l'état de deux particules (avec la notation bra-ket) :
où le premier élément dans le ket correspond à l’état de la particule 1 et le second à celui de la particule 2. Le signe est « » quand les deux particules sont des bosons, et « » quand ce sont des fermions (les états composites boson/fermion ne sont pas possibles).
Cependant, dans les systèmes à deux dimensions, les quasiparticules peuvent obéir à des statistiques qui varient de façon continue entre les statistiques de Bose-Einstein et de Fermi-Dirac. Cela a été montré pour la première fois par Jon Magne Leinaas et Jan Myrheim de l’université d’Oslo en 1977[1]. Dans notre exemple de deux particules ci-dessus, on obtient :
avec l’unité imaginaire utilisée dans l’algèbre des nombres complexes et un nombre réel. Rappelons que , et que . Ainsi dans le cas , nous retrouvons bien la statistique de Fermi-Dirac (signe moins) et dans le cas ou la statistique de Bose-Einstein (signe plus). La phase est de dans les autres cas. Frank Wilczek inventa le terme « anyon »[2] pour décrire de telles particules, de l'anglais any (« n'importe quel ») signifiant que le déphasage après permutation peut prendre n'importe quelle valeur.
Vérifications expérimentales
[modifier | modifier le code]Selon les prédictions théoriques, les excitations élémentaires de l'effet Hall quantique fractionnaire au facteur de remplissage (où est un entier impair) devraient obéir à une statistique fractionnaire abélienne, avec une phase associée à l'échange de deux particules égale à . Après de nombreuses tentatives infructueuses, la signature de statistiques fractionnaires abéliennes au facteur de remplissage a été observée en 2020 en mesurant les corrélations résultant de la collision entre anyons dans un séparateur de faisceau. En analysant leur dépendance vis-à-vis du courant d'anyons on obtient , en conformité avec la théorie[3].
En 2024 et 2025, deux équipes réussissent à amener des atomes de gaz quantiques 1D à se comporter comme des anyons. Leurs implémentations expérimentales diffèrent, mais elles ont en commun la capacité d'ajuster le comportement de ces particules sur l'ensemble du continuum des fermions aux bosons[4].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Anyon » (voir la liste des auteurs).
- ↑ J.M.Leinaas, and J.Myrheim, "On the theory of identical particles", Nuovo Cimento B37, 1-23 (1977).
- ↑ F.Wilczek, Phys.Rev.Lett. 49, 957 (1982).
- ↑ (en) H. Bartolomei, M. Kumar, R. Bisognin, A. Marguerite, J.-M. Berroir et al., « Fractional statistics in anyon collisions », Science, vol. 368, no 6487, , p. 173-177 (DOI 10.1126/science.aaz5601).
- ↑ (en) Johanna L. Miller, « Anyons abound in 1D quantum gases », Physics Today, (DOI 10.1063/pt.emoi.wcib
).
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- « Paraparticule, pour un oui ou pour "anyon" », La Science, CQFD, France Culture, 8 mai 2025.
- «Particules élémentaires : la famille s’agrandit», La Méthode scientifique, France Culture, 9 juin 2020.
- (en) Interview de Frank Wilczek sur les anyons et la supraconductivité