Agnès du Maine
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Autres noms |
Agnese del Maino |
| Père |
Ambrogio del Maino |
| Conjoint |
Philippe Marie Visconti (relation) |
| Enfants |
Agnès du Maine (Agnese del Maino en italien ; vers 1411 – ) est une noble milanaise du XVe siècle, maîtresse de Philippe Marie Visconti, dernier duc de Milan de la lignée Visconti. Elle est la mère de Blanche Marie Visconti, dont le mariage avec le condottiere François Sforza en 1441 fonde la succession sforzesque au duché. Par cette filiation, Agnès du Maine est l'ancêtre d'une lignée comprenant Ludovic Sforza, Caterina Sforza et, par descendance indirecte, Marie de Médicis, reine de France.
Biographie
[modifier | modifier le code]Famille et milieu social
[modifier | modifier le code]Agnès naît vers 1411 dans une famille de la noblesse de service milanaise. Son père, Ambrogio del Maino, occupe la fonction de questore ducal, soit chef de la police du duc, et détient le titre de comte palatin[1]. Sa mère demeure inconnue des sources contemporaines. Elle a deux frères, Lancillotto et Andreotto del Maino, qui exercent des fonctions au sein du conseil ducal[1].
La famille Del Maino appartient à la noblesse gibeline milanaise qui entretient depuis plusieurs générations des liens étroits avec la cour et les institutions religieuses de la cité[1]. Les Del Maino avaient fondé un monastère à Pavie et participé assidûment à la vie religieuse de la cité, pratiques que leur fille et sa descendance perpétueront à la cour des Sforza[1].
Il n'existe aucun lien entre la famille italienne del Maino et la maison française des comtes du Maine, bien que l'homonymie ait parfois prêté à confusion dans les sources postérieures.
À la cour de Philippe Marie Visconti
[modifier | modifier le code]Agnès entre à la cour ducale en qualité de dame de compagnie de Béatrice Lascaris de Tende, première épouse de Philippe Marie Visconti[2]. Philippe Marie, né le , avait épousé Béatrice en 1412, héritant par ce mariage d'une fortune considérable et des troupes du condottiere Facino Cane, dont elle était la veuve. Six ans plus tard, il la fit accuser d'adultère et condamner à mort : Béatrice fut décapitée au château de Binasco le [3].
Veuf et sans héritier légitime, Philippe Marie entretient dès avant 1425 une relation stable avec Agnès du Maine[2]. Selon les historiens, il s'entoure d'astrologues et de condottieri pour maintenir son duché, usant également de mariages dynastiques comme outils de politique étrangère[4]. En 1428, il contracte un second mariage officiel avec Marie de Savoie, qu'il n'ira jamais rencontrer, faisant de Blanche Marie son unique héritière[2].
Naissance et premières années de Blanche Marie
[modifier | modifier le code]Le à Settimo Pavese, Agnès donne naissance à une fille à laquelle le duc attribue les prénoms Blanche Marie[1]. L'attribution du second prénom « Marie » — usage réservé depuis Jean Galéas Visconti aux enfants portant un statut de légitimité au sein de la maison — est interprétée par certains historiens comme un marqueur de la reconnaissance paternelle, voire d'un mariage clandestin[5]. En 1426, Agnès met au monde une seconde fille, Caterina Maria, qui meurt peu après sa naissance[1].
Lorsque Blanche Marie atteint six mois, le duc installe mère et enfant au château d'Abbiategrasso, où des appartements de qualité leur sont aménagés[1]. Loin d'être recluses, les deux femmes y mènent une vie de cour retirée mais active : elles reçoivent des membres de l'aristocratie milanaise et paveuse, nouant des liens de patronage et de dévotion qui façonnent la formation de Blanche Marie[1].
Le mariage de Blanche Marie avec François Sforza
[modifier | modifier le code]Dès 1432, Philippe Marie Visconti engage des négociations pour marier Blanche Marie au condottiere François Sforza, issu d'une famille de petite noblesse de Romagne[6]. Cette union représente pour le duc un instrument diplomatique et militaire : en fiançant sa fille naturelle à son principal chef de guerre, il espère à la fois retenir Sforza à son service et résoudre la question de sa succession[7]. Le duc tentera par deux reprises de rompre les fiançailles, sans succès[8].
Le , le mariage est célébré dans l'abbaye de San Sigismondo à Crémone[9]. Agnès assiste à la cérémonie. La dot de Blanche Marie comprend les villes de Crémone et de Pontremoli, témoignant de la valeur stratégique que le duc accorde à cette union[9].
La crise de la succession viscontéenne
[modifier | modifier le code]Philippe Marie Visconti meurt le sans héritier masculin légitime, provoquant une crise dynastique[10]. La ville de Milan proclame la République ambrosienne, tentative républicaine qui survivra moins de trois ans sous la pression des forces sforziennes et des factions nobiliaires[11].
Dans ce contexte, Agnès du Maine joue un rôle politique documenté : elle convainc Matteo da Bologna, le condottiere qui tient la ville de Pavie, de remettre la cité à son gendre François Sforza[7].
Le , après une famine qui avait provoqué des soulèvements, François Sforza et Blanche Marie font leur entrée solennelle dans Milan en recevant le sceptre, l'épée et les clefs de la cité[12]. La République ambrosienne prend fin et la dynastie Sforza s'installe, gouvernant le duché jusqu'en 1535[6].
À la cour des Sforza
[modifier | modifier le code]Après l'accession de sa fille au duché, Agnès demeure une présence active à la cour de Milan. Les registres romains des suppliques conservent la trace de sa participation aux pratiques dévotionnelles de la cour : le , elle obtient auprès du pape Pie II une indulgence en faveur du monastère de l'Annunciata de Pavie, fondé par ses ancêtres[1]. Cette démarche s'inscrit dans le cadre du pèlerinage de la duchesse Blanche Marie à Mantoue pour la diète convoquée par le pontife en vue d'organiser une croisade contre les Ottomans[13].
Sa présence est également attestée dans la correspondance entretenue par Blanche Marie avec Barbara de Brandebourg, marquise de Mantoue. Ces échanges épistolaires font apparaître Agnès comme un lien de sociabilité entre les deux cours, associée aux alliances matrimoniales entre les maisons Sforza et Gonzague scellées à partir de 1450[5].
Blanche Marie et Agnès partagent une relation mère-fille décrite par les sources comme un lien à la fois affectif et politique. Ippolita Maria Sforza, fille de Blanche Marie, écrira à sa mère pour lui faire part de sa douleur à l'annonce de la mort de sa grand-mère[14].
Fin de vie et mort
[modifier | modifier le code]Dans ses dernières années, Agnès obtient la permission pontificale de se retirer dans un couvent féminin tout en conservant l'habit laïque et en gardant le droit d'y recevoir des visites[1]. Elle se retire au couvent de Sant'Orsola de Milan, où elle est ensevelie après sa mort le , à l'âge d'environ cinquante-quatre ans. Sa fille Blanche Marie lui survit moins de trois ans : elle meurt le à Melegnano[14].
Descendance
[modifier | modifier le code]Par sa fille Blanche Marie Visconti, duchesse de Milan de 1450 à 1468, Agnès du Maine est l'ancêtre d'une descendance qui marque durablement l'histoire européenne. Blanche Marie et François Sforza eurent notamment pour enfants Galéas Marie Sforza (1444–1476), Ludovic Sforza (1452–1508), mécène de Léonard de Vinci, et Ippolita Maria Sforza (1446–1484)[12].
Bianca Maria Sforza, petite-fille de Blanche Marie, épouse l'empereur Maximilien Ier en décembre 1493[15]. Caterina Sforza (vers 1463–1509), fille naturelle de Galéas Marie Sforza, est connue pour son rôle dans la politique romaine de la fin du XVe siècle en tant que comtesse de Forlì[16]. Par cette arrière-petite-fille, la lignée aboutit à Marie de Médicis (1575–1642), reine de France et régente du royaume[16].
Dans les arts
[modifier | modifier le code]Portraits
[modifier | modifier le code]Deux tableaux contemporains représentant Agnès du Maine sont parvenus jusqu'à nos jours, dont les auteurs restent inconnus. La pratique du portrait de profil, dominante dans les cours italiennes du XVe siècle, est documentée par les collections ducales conservées partiellement à la Bibliothèque nationale de France[17]. La bibliothèque ducale des Visconti et des Sforza, dont les manuscrits enluminés sont entrés en France à la suite de l'expédition de Louis XII en 1499, constitue l'un des ensembles documentaires les mieux étudiés par l'érudition française[18].
Dans l'opéra
[modifier | modifier le code]Agnès du Maine est un personnage de l'opéra tragique Beatrice di Tenda de Vincenzo Bellini, créé au Teatro La Fenice de Venise le [19]. Le livret, signé Felice Romani, traite de l'exécution de Béatrice Lascaris de Tende en 1418 et fait d'Agnès la maîtresse du duc, jouant un rôle ambigu dans la condamnation de l'épouse légitime[3]. Le rôle est écrit pour mezzo-soprano. L'œuvre est entrée au répertoire de l'Opéra national de Paris pour la saison 2023–2024, dans une mise en scène de Peter Sellars[19].
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]Références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Covini 2012.
- 1 2 3 « Milan à l'époque des Visconti », sur aparences.net (consulté le )
- 1 2 « Beatrice di Tenda à l'Opéra Bastille : l'amour, la mort, la torture et le pouvoir », sur franceinfo.fr (consulté le )
- ↑ Pierre Savy, « Pouvoir seigneurial et modèle monarchique français (Milan, XIVe-XVe siècles) », Publications de l'École française de Rome, (lire en ligne)
- 1 2 « Stili di comunicazione e lessico dei sentimenti nelle lettere tra Bianca Maria Visconti, Barbara Hohenzollern e il loro entourage femminile nella seconda metà del Quattrocento », dans Donne, emozioni e potere alla corte degli Sforza, Milan, Unicopli, (lire en ligne)
- 1 2 « La Lombardie et les Lacs – Chronologie historique », sur clio.fr (consulté le )
- 1 2 « Il matrimonio come strumento di controllo ed educazione sociale », dans Donne, emozioni e potere alla corte degli Sforza, Milan, Unicopli, (lire en ligne)
- ↑ Pierre Savy, « Les feudataires et le contrôle territorial dans le duché de Milan à l'époque des Sforza », Publications de l'École française de Rome, (lire en ligne)
- 1 2 « Côté ville et côté cour : concurrence ou complémentarité des réseaux en Italie centrale », dans Actes du CTHS, Éditions du CTHS / Sorbonne (lire en ligne)
- ↑ « Florence et la succession lombarde, 1447-1450 », Mélanges de l'École française de Rome, (lire en ligne)
- ↑ « Milan à l'époque des Sforza », sur aparences.net (consulté le )
- 1 2 « Les expressions monumentales du pouvoir princier à Milan au temps de Francesco Sforza (1450-1466) », dans Publications de la Sorbonne (lire en ligne)
- ↑ « La marchesa e il papa. Rapporti diplomatici tra Barbara di Hohenzollern, Pio II e la curia romana (1459-1461) », dans Donne, emozioni e potere alla corte degli Sforza, Milan, Unicopli, (lire en ligne)
- 1 2 « Tra madre e figlia : lettere tra Milano, Mantova e Ferrara nelle corti del XV secolo », dans Donne, emozioni e potere alla corte degli Sforza, Milan, Unicopli, (lire en ligne)
- ↑ « Un bel lavor et inextimabili quasi », dans Publications de la Sorbonne (lire en ligne)
- 1 2 « Deux femmes d'affaires du Quattrocento : Alessandra Macinghi Strozzi et Caterina Sforza », Le Moyen Âge, no 2, , p. 295 (lire en ligne)
- ↑ « Manuscrit enluminé pour le duc Filippo Maria Visconti, vers 1440 », sur archivesetmanuscrits.bnf.fr (consulté le )
- ↑ Pellegrin 1955.
- 1 2 « Beatrice di Tenda – Saison 23/24 », sur operadeparis.fr (consulté le )
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Maria Nadia Covini, Donne, emozioni e potere alla corte degli Sforza. Da Bianca Maria a Cecilia Gallerani, Milan, Unicopli,
- Élisabeth Crouzet-Pavan et Jean-Claude Maire Vigueur, Décapitées. Trois femmes dans l'Italie de la Renaissance, Paris, PUF,
- Élisabeth Pellegrin, La bibliothèque des Visconti et des Sforza, ducs de Milan, au XVe siècle, Aubervilliers, Institut de recherche et d'histoire des textes (IRHT/CNRS), , 504 p.
- Pierre Savy, « Remarques sur le pouvoir et la société politique dans le duché de Milan au XVe siècle », Mélanges de l'École française de Rome. Moyen Âge, vol. 115, no 2, , p. 987–1019 (DOI 10.3406/mefr.2003.9322)
- Patrick Gilli, « L'impossible capitale ou la souveraineté inachevée : Florence, Milan et leurs territoires (fin XIVe siècle–XVe siècle) », Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public, vol. 36, , p. 75–95
Liens externes
[modifier | modifier le code]- Manuscrit enluminé pour le duc Filippo Maria Visconti sur le site de la BnF