Masculinisme

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Le masculinisme (ou, très rarement, masculisme) est un mot qui recouvre plusieurs significations et dont l'emploi fait l'objet de luttes politiques[1]. Il est assez largement considéré comme une forme d'antiféminisme[2]. En réponse au féminisme, ceux qui appartiennent à ce mouvement affirment dénoncer des atteintes aux droits des hommes. Terme absent de la plupart des dictionnaires[3], une exception notable étant le Grand dictionnaire terminologique[4], le masculinisme chercherait à promouvoir les droits des hommes et leurs intérêts dans la société civile.

Origines du terme[modifier | modifier le code]

Le terme masculinisme fait son apparition dans un périodique féministe, Freewoman (en), en tant que complément hypothétique de « féminisme » en 1911 :

« Masculinism and feminism are relative terms, and when one is strong enough to equate the other both will become merged in a common doctrine of humanism. »[5]

Après une longue ellipse, le terme réapparaît en anglais dans les années 1980 pour décrire un mouvement minoritaire et réactionnaire. Le dictionnaire Oxford atteste que c'est un quasi-synonyme d'antiféminisme et de machisme.

La philosophe féministe Michèle Le Dœuff dans son livre de 1989 L’étude et le rouet[6] reprend le terme en affirmant l'avoir forgé. Elle y écrit : «Pour nommer ce particularisme, qui non seulement n’envisage que l’histoire ou la vie sociale des hommes, mais encore double cette limitation d’une affirmation (il n’y a qu’eux qui comptent et leur point de vue), j’ai forgé le terme de masculinisme.»

Des militants pour les droits des pères ou des "droits des hommes" se refusent à l'endosser, le considérant comme inadapté, voire caricatural. D'autres, en revanche, estiment qu'il faut répliquer à l'appropriation du mot « par les féministes » en le revendiquant, et non pas en créant des termes moins connotés, comme Yvon Dallaire le fait en préconisant le terme hominisme. Ainsi, un masculiniste affirme :

Certains hommes disent utiliser « hoministe » parce que « masculiniste » possède une connotation négative aux yeux de plusieurs, surtout les féministes. Ce sont d’ailleurs les féministes qui se sont [approprié] le terme « masculiniste » et se sont dépêchées à y accoler une perception négative. Je crois qu’il est beaucoup plus constructif de réhabiliter le qualificatif « masculiniste » que d’en utiliser un autre et diviser le mouvement, diluer les forces [...] Le masculinisme doit devenir l’équivalent – aux yeux de tous et toutes – du féminisme et être considéré positivement [...] Moi, je suis fier d’être masculiniste. (Anonyme, cité par Dupuis-Déri[1]).

Depuis 2010, on assiste dans la presse à un glissement dans le sens du terme, qui, tout en reprenant l'historique des mouvements masculinistes aux États-Unis et au Canada, fait un amalgame entre ce terme et des revendications de retour à plus de virilité[7] ou, au contraire, à la diminution des différences de genre[8].

Les men’s studies, une réponse critique universitaire aux mouvements masculinistes, n'ont pas d'équivalent dans la francophonie, ce qui explique en partie le flottement sur les buts des « études sur la condition masculine ».

Dénonciations et revendications[modifier | modifier le code]

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Le masculinisme entend dénoncer un certain nombre d’éléments des sociétés occidentales modernes, que le mouvement estime être discriminatoires envers les hommes :

  • Une législation et une application des lois discriminatoires[réf. nécessaire]. Pour les masculinistes, il existe une application des lois plus sévère à l'égard des hommes qui à délit égal seraient condamnés à des peines de prisons plus longues que les femmes, et plus souvent à des peines de prison ferme. À titre d'exemple les masculinistes demandent[réf. nécessaire] une législation beaucoup plus sévère vis-à-vis des fausses accusations, une neutralité des personnels judiciaires et policiers notamment dans les affaires de violence sexuelle, la prise en compte des hommes victimes de violence par des femmes en tant que victimes à part entière et une application plus ferme de la notion de présomption d'innocence.
  • Une négligence de la part de la société vis-à-vis de la sécurité physique, matérielle, émotionnelle et morale des hommes[réf. nécessaire]. Le suicide masculin, les violences subies par les hommes, les problèmes de santé, ceux liés aux conditions de travail, aux conditions d'extrême pauvreté, la représentation souvent jugée négative[réf. nécessaire], voire humiliante des hommes dans les médias, sont autant de thématiques masculinistes.
  • Un conditionnement dont sont victimes les hommes. Pour le masculinisme, certains hommes sont éduqués dans le but d'en faire des pourvoyeurs, des protecteurs (galanterie) . Certains garçons sont depuis l'enfance élevés à prendre des risques, à être plus violents, à être considérés comme sacrifiables, à être prêts à risquer leur vie dans le but de protéger les autres. Cet aspect est également dénoncé par les féministes.
  • Un rôle étriqué accordé aux pères dans la société. Pour les masculinistes, lors des divorces, la garde des enfants est trop systématiquement accordée aux mères, alors que les deux parents sont également importants pour le développement d'un enfant. De même certains masculinistes posent la question sur les droits liés à l'enfantement : la création d'une procédure administrative qui libérerait les hommes des obligations liées à un enfant conçu contre leur volonté (par exemple par une femme qui prétendrait faussement être sous contraception) ou un enfant simplement non désiré (par exemple lors de l'inefficacité d'un moyen de contraception), le développement d'une « pilule pour hommes », la gratuité de tests ADN pour déceler les éventuelles fraudes parentales, etc.
  • Les difficultés qui seraient artificiellement créées pour les garçons par le système éducatif actuel au niveau des résultats scolaires[réf. nécessaire]. Les masculinistes dénoncent un manque d'intérêt vis-à-vis de ces problèmes, de la nécessité d'aides spécifiques et les difficultés rencontrées dans un milieu « hautement féminisé » qui serait de plus, particulièrement chez les plus jeunes, hostile aux garçons.

Oppositions au masculinisme[modifier | modifier le code]

Opposition au discours[modifier | modifier le code]

Plusieurs militants anti-sexistes, féministes ou pro-féministes manifestent leurs craintes devant la « montée du discours masculiniste »[9]. En 1998, dans un article pour Nouvelles Questions féministes, Martin Dufresne, membre du Collectif masculin contre le sexisme, analysant des items qu'il considère être des constituantes du discours masculiniste aux États-Unis et au Canada, retient que ce discours place les hommes en position de victimes et d'opprimés dans le but, croit Dufresne, de justifier « de nouveaux modes d'exercice de l'oppression des femmes par les hommes, en exploitant un discours libertaire ». Il s'efforce de montrer comment l'activité de lobbying et le discours du mouvement, centré sur la sphère familiale, a des effets sur les législateurs[10] et sur la criminalité sexiste[11].

En 2002, une membre des Chiennes de garde reprend cette analyse en France en l'appliquant aux forums Internet et dénonce les mêmes positions, dont la dénégation des violences sexistes[12].

Pour la chercheuse Pierrette Bouchard, en 2003, le masculinisme vise à défendre des privilèges masculins dans la société, au détriment des droits des femmes[13].

Rejoignant ces analyses, en 2009, Hélène Palma constate que le discours masculiniste est plus revendicatif que politique. Il vise en premier lieu à contester les dis­po­si­tions post-divorce re­la­ti­ves aux en­fants et aux pensions alimentaires ; à nier les vio­lences conjugales, contes­ter les sta­tis­tiques sur ces violences et af­fir­mer que les hommes se­raient autant, voire plus battus que les femmes ; et enfin à contester le droit à l’avortement et à la contraception, et à remettre en cause le droit du divorce. Les moyens utilisés pour défendre le discours passent par le réseautage sur Internet, le lobbying auprès des organes législatifs, l'entrisme dans les instances para-judiciaires, et la médiatisation en utilisant au besoin la calomnie ou l'intimidation. Selon elle, les résultats conduisent non seulement à des modifications de la législation favorables aux thèses du petit groupe d'hommes revendiquant ces évolutions, mais interdirait « de pro­téger les en­fants de la vio­lence d’un conjoint » et engagerait la « res­pon­sa­bi­lité pé­nale pour toute per­sonne es­sayant de se­courir femmes et en­fants vic­times de mal­trai­tances » selon son analyse du procès de l’association SEDIRE[14]

Dans tous les cas analysés, la constante qui revient est que le masculinisme ne viserait pas tant à défendre le droit des hommes, que de lutter contre un féminisme ayant permis aux femmes « d'aller trop loin »[15] alors que le féminisme leur aurait permis de tendre vers l'égalité des droits.

Au Canada[modifier | modifier le code]

Le concept du « masculiniste » a été lancé par la Canadian Association for Equality (CAFE), regroupement principal du mouvement de Droits des hommes au Canada, depuis le mouvement prend de l'ampleur[16].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les enjeux[modifier | modifier le code]

  • La nécessaire compréhension entre les sexes, Paul-Edmond Lalancette, Québec, 2008

Thèses masculinistes[modifier | modifier le code]

  • Homme et fier de l'être. Yvon Dallaire. Option Santé, 2001
  • La femme est-elle vraiment l'avenir de l'homme ? John Goetelen. Marco Pietteur, 2006
  • L'homme battu. Sophie Torrent. Option Santé, 2001
  • The Legal Subjection of Men Ernest Belfort Bax, 1908
  • The Fraud of Feminism Ernest Belfort Bax, 1914
  • The Myth of the Monstrous Male and Other Feminist Fallacies John Gordon, Playboy Press, New York, 1982
  • The Myth of Male Power: Why Men Are the Disposable Sex Warren Farrell, Simon & Schuster, New York, 1993
  • Not Guilty: The Case in Defense of Men David Thomas, William Morrow and Co., Inc., New York, 1993
  • Spreading Misandry: The Teaching of Contempt for Men in Popular Culture Paul Nathanson and Katherine K. Young, McGill-Queen's University Press, Montreal, 2001
  • If Men Have All the Power How Come Women Make the Rules? Jack Kammer
  • The Masculine Mystique Andrew Kimbrell
  • "La condition masculine dans le Rouge et le Noir" Gilles Aerts, mémoire de maîtrise, University of British Columbia, 1987.

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • In Nomine Patris - Documentaire de Myriam Tonelotto et de Marc Hansmann. La bascule, (France - Allemagne, 2005, 52 min)
  • Drames de la séparation - Quand le père devient l’ennemi - Documentaire de Claudia Déjà (Allemagne, 2004, 52 min)
  • Calmos - Film de Bertrand Blier, (France, 1976)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie dédiée à ce sujet : Masculinisme.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Francis Dupuis-Déri, Le « masculinisme » : une histoire politique du mot (en anglais et en français), Recherches féministes, Volume 22, numéro 2, 2009, p. 97-123, en ligne
  2. Jean-Raphaël Bourge, « SOS Papa et autres masculinistes : l'antiféminisme comme raison d'être », sur Le Nouvel Obs — Le Plus
  3. Ainsi le Tlfi définit le masculinisme comme « présence chez la femme de caractères sexuels secondaires masculins. »
  4. « masculinisme », sur Grand dictionnaire terminologique, Office québécois de la langue française
  5. (en) « masculinism, n » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), Oxford English Dictionary Online, Oxford University Press. Consulté le 2010-11-10
  6. Michèle Le Dœuff, "L’étude et le rouet", vol.1, 15. Seuil, 1989.
  7. Le masculinisme, ou la revanche de la 'virilité' Ouest-France, 5 janvier 2010
  8. Les nouveaux machos : ces hommes qui travaillent comme des femmes France Culture, 20 janvier 2011
  9. « "Pauvres hommes": du masculinisme distillé » Virginie Martin et Coline Clavaud-Mégevand, Le Huffington Post, 8 mars 2013.
  10. Il cite le cas de l'injonction du tribunal de Longueuil (Québec) faite à une mère, en instance de divorce, de cesser d'allaiter son enfant, pour qu'elle ne puisse pas en faire un argument pour obtenir la garde de l'enfant, au nom de l'équité. Il précise que suite à une manifestation féministe de femmes venues allaiter en groupe dans le tribunal, l'arrêt a été annulé
  11. Martin Dufresne, Huguette Dagenais et Anne-Marie Devreux, « Masculinisme et criminalité sexiste », Nouvelles questions féministes, vol. 19, no 2-4,‎ 1998, p. 125-137 (ISSN 0248-4951, lire en ligne)
  12. Le discours masculiniste dans les forums de discussion Chiennes de garde, 1er août 2002
  13. Pierrette Bouchard, « La stratégie masculiniste, une offensive contre le féminisme »
  14. Hélène Palma, La percée de la mouvance masculiniste en Occident
  15. Guide d'autodéfense intellectuelle contre le masculinisme
  16. (fr) « Dans les campus, on ose le masculinisme ! », Jane Zhang, Le Journal International, 22 mars 2013