Marronnage

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Marronnage (homonymie), Marron et Cimarron.

Le marronnage était le nom donné à la fuite d'un esclave hors de la propriété de son maître en Amérique, aux Antilles ou dans les Mascareignes à l'époque coloniale. Le fuyard lui-même était appelé Marron ou Nègre Marron, Negmarron, voire Cimarron (d'après le terme espagnol d'origine).

Étymologie[modifier | modifier le code]

Cimarrón

Le terme de « marron » vient de l’espagnol cimarrón : « vivant sur les cimes » ; (cima = cime) qui apparaît dès la conquête d’Hispaniola ; c’est un mot emprunté aux Arawaks et qui désigne des animaux qui de domestiques retournent à l'état sauvage comme le cochon. À partir de 1540, ce terme désigne les esclaves fugitifs. Ce terme sera initialement appliqué aux Indiens fugitifs et finira par désigner peu à peu le sauvage, celui qui retourne vers l’état de nature.

Article détaillé : Marronnage (animaux).

Lieux de fuite[modifier | modifier le code]

Gravure de William Blake représentant un esclave pendu par un crochet, probablement extrait d'un ouvrage de John Gabriel Stedman racontant une expédition de 5 ans (1772 à 1777) au Guyana contre les esclaves noirs révoltés du Suriname[1]. De telles gravures, en informant le public européen des traitements infligés aux révoltés, ont probablement renforcé les courants abolitionnistes

Les Marrons se réfugiaient généralement dans des lieux inaccessibles. À la Réunion, par exemple, ils fuyaient notamment dans les Hauts de l'île, dont ils furent les premiers habitants. À Maurice, ils se cachaient dans une montagne du sud-ouest de l'île, le Morne Brabant.

Les Nègres Marrons qui se sont réfugiés loin dans les forêts (et montagnes) ont su sauvegarder et transmettre leurs modes de vie africains et même partiellement leurs langues d'origine.

Communautés d'origine Marron[modifier | modifier le code]

Parfois, ils parvenaient à se regrouper en de véritables communautés clandestines organisées dont les membres étaient alors appelés Nègres marrons. On peut citer à titre d'exemple les sociétés fondées par les Alukus et les Djukas au Suriname.

À la Réunion, ce seraient même de véritables royaumes qui auraient émergé de leur regroupement : on dit de Cimendef qu'il fut roi.

On note en tout cas que de nombreux sites naturels des trois cirques de l'île portent toujours le nom de Marrons. Ainsi, Anchaing a laissé son nom à un sommet de Salazie.

Les communautés qui ont perduré se trouvent :

Elles habitent généralement sur les bords des fleuves qui constituent les seules voies de circulation en forêt profonde.

En Jamaïque[modifier | modifier le code]

Les premiers Marrons de Jamaïque furent les indiens Taïnos, rescapés du génocide pratiqué par les conquistadores espagnols lorsqu'ils s'emparèrent de l'île en 1494. Des 60 000 Taïnos qui y vivaient à l'époque, il ne resta plus cinquante ans plus tard que quelques centaines d'individus[2]. Une partie des Taïnos survivants s'enfuit et se cacha dans les montagnes. En Jamaïque, en 1738, les Marrons tiennent tête à des troupes britanniques. Nanny est une des personnalités d'envergure de la résistance jamaïcaine. Ils obtiennent un territoire encore aujourd'hui indépendant en contre-partie de leur collaboration avec le gouvernement. Certains vieillards descendant des Nègres marrons (Neg'Marrons) parlent encore d'anciens dialectes africains tel le coromanti. Les Marrons de Moore Town ont aussi conservé d'autres traditions comme la cérémonie du Kromanti Play et la médecine traditionnelle d'origine africaine. La symbolique des Neg'Marrons est très présente dans le reggae car elle véhicule, elle aussi, une image de rébellion.

En Guyane et au Suriname[modifier | modifier le code]

Les Bushinengués sont estimés à plus de 70 000 en Guyane et à près de 120 000 au Suriname (où ils sont appelés Bosneger). Ils ne reconnaissent généralement pas la frontière entre le Suriname et la France. Ils sont les descendants d'esclaves noirs révoltés ou enfuis des plantations avant l'abolition de l'esclavage, ou d'esclaves libérés. Leurs ancêtres ont été capturés, puis vendus le long des côtes africaines aux négriers puis déportés aux Amériques pour servir de main-d'œuvre, essentiellement dans les plantations de canne à sucre et de café. D'abord réfugiés en forêt profonde pour éviter d'être repris, ils se sont ensuite installés sur les rives des grands fleuves, surtout sur le Maroni.

Les Bushinengués sont constitués de 6 groupes ethniques : les Alukus (ou Bonis), les Saramaca, les Paramacas, les Djukas, les Kwintis et les Matawais.

Culture en évolution[modifier | modifier le code]

Meurtre d'esclave en fuite, Gravure John Gabriel Stedman

La culture marron fait encore vivre une partie des traditions des ancêtres africains : vocabulaire, peintures, danses, musiques, vie communautaire bien qu'ayant évolué différemment. Couleurs vives et formes géométriques symboliques et/ou décoratives caractérisent l'art Noir-Marron appelé art Tembé. On les trouve sur les portes, les pirogues, les sièges sculptés, les fresques et certains objets vendus aux touristes (sculptures, sièges pliants… présentant des formes originales qui diffèrent des sculptures africaines traditionnelles). L'accès à l'école reste parfois difficile, mais est mieux réalisé que pour les populations amérindiennes de la forêt. Il modifie la perception et les comportements des jeunes, comme le football, la télévision, la voiture, le téléphone portable, le quad qui deviennent objets d'intérêt éloignant les enfants de la culture de leurs parents.

Chasse et sanctions[modifier | modifier le code]

Le développement du marronnage a rapidement amené les maîtres à engager des chasseurs d'esclaves.

Aux Antilles, ceux qui étaient rattrapés étaient châtiés par mutilation : leur tendon d'Achille était sectionné afin qu'ils ne puissent plus courir.

À la Réunion, ils étaient parfois tués lors de la chasse. Le chasseur ramenait alors au maître une oreille et une main du fuyard en guise de preuve de la réussite de sa chasse, le corps entier ne pouvant être transporté par un homme seul le long de sentiers escarpés. Ces prises étaient parfois exhibées à l'entrée des plantations pour dissuader d'éventuels nouveaux fuyards.

Selon un épisode célèbre de l'histoire de l'île Maurice, un important groupe d'esclaves n'hésita pas à se précipiter dans le vide du haut d'un rocher élevé (le Morne Brabant dans le sud de l'île) lorsqu'ils se retrouvèrent acculés au bord d'une falaise par des hommes qu'ils prenaient pour des chasseurs. Ils n'étaient en fait que des messagers chargés de leur annoncer l'abolition de l'esclavage.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

On trouve aujourd'hui ce livre publié aux éditions Orphie. Extrait :

« Mon premier geste d'homme libre fut d'attacher mon amulette autour du cou: le sang de mon père mêlé à la terre de Bourbon. J'avais pris soin d'astiquer le cauri et, à mes yeux, il brillait comme un diamant. Je me prosternai et jurai tout haut que jamais plus ce symbole ne serait caché, dussé-je en mourir. J'avais marché toute la nuit depuis que j'avais quitté l'habitation des hauts de Saint-Paul. La terre était douce à mes pieds, et si la forêt était dense, elle se laissait facilement pénétrer. Le chant de Saphime me guidait avec précision. Il suffisait de lever les yeux et de les ouvrir en grand pour retrouver les indices de mon itinéraire, de son itinéraire. »

  • Daniel Vaxelaire, Chasseur de noirs, Orphie, 2004
  • Jean Fouchard, Gabriel Debien, Le petit marronage à Saint-Domingue autour du Cap (1790-1791), Cahiers des Amériques Latines, 1969.
  • Yvan Debbasch, Le Marronage: Essai sur la désertion de l'esclave antillais, P.U.F, 1962.
  • Danielle Miloche-Baty, De la Liberté légale et illégale des esclaves à Bourbon au dix-neuvième siècle ou le problème des affranchissements et le phénomène du marronnage dans la société réunionnaise entre 1815 et 1848, s.n., 1984.
  • Wim S. M. Hoogbergen, De Boni-oorlogen, 1757-1860: marronage en guerilla in Oost-Suriname, Centrum voor Caraïbische Studies, 1985.
  • Jean François Sam-Long, Le roman du marronnage à l'île Bourbon: Les marrons de Louis Timagène Houat (1844), Bourbon pittoresque d'Eugène Dayot (1848), Éditions UDIR, 1990.
  • Suzanne Crosta, Le marronnage créateur: dynamique textuelle chez Édouard Glissant, GRELCA, 1991.
  • Le mythe du marronnage: symbole de "résistance" à l'île de La Réunion, par Valérie Lilette et Christian Barat, s.n., 1999.
  • Amédée Nagapen, Le marronnage à l'Isle de France--Ille Maurice: rêve ou riposte de l'esclave?, Centre Nelson Mandela pour la Culture Africaine, 1999.
  • Marronnage et liberté, ouvrage collectif par Claire Mara, Anne Christiaens, Kamini Ramphul, Réunion. Conseil général, Département de la Réunion, 1999.
  • Amédée Nagapen, Esclavage et marronnage dans le roman Georges d'Alexandre Dumas: l'apport des chroniques de J.G. Milbert, University of Mauritius, 2005.
  • Elsa Dorlin, « Les Espaces-temps des résistances esclaves : des suicidés de Saint-Jean aux marrons de Nanny Town (XVIIe - XVIIIe siècles) », Tumultes, no 27, 2006, p. 37-54.
  • Paul Butel, Histoire des Antilles françaises XVIIe ‑ XXe siècle, Librairie Académique Perrin, Coll. Tempus, 2007, 566 p. (ISBN 978-2262026622)
  • Gabriel Debien, Le Marronage aux Antilles françaises au XVIIIe siècle, Caribbean Studies, 1966, 43 p.
  • Gabriel Debien, Les esclaves aux Antilles françaises, XVIIe ‑ XVIIIe siècles, Société d'histoire de la Guadeloupe & Société d'histoire de la Martinique, 1974, 529 p.
  • Jean Hurault, Africains de Guyane, la vie matérielle et l'art des Noirs Réfugiés de Guyane Éditions Mouton- La Haye - Paris (avec le concours du CNRS), dépôt légal 2e trimestre 1970.
  • Anthony Cruz, Après la rivière, il y a un bateau, Les Editions du Panthéon, 2013 (ISBN 978-2-7547-2005-2)

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Être esclave Marrons et descendant des Marrons en Guyane hollandaise (Surinam) : quelle identité Manioc
  • Être esclave Marrons et descendant des Marrons en Guyane hollandaise (Surinam) : quelle identité – Débat Manioc

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (Titre original de la gravure : A Negro Hung Alive by the Ribs to a Gallows), gravure probablement extraite de Five Years' Expedition against the Revolted Negroes of Surinam in Guiana on the Wild Coast of South America; from the Year 1772 to 1777 (2 vols)
  2. Jérémie Kroubo Dagnini: "Les origines du reggae: retour au source" (L'Harmattan 2008, p.17)