Haïdouk

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Un haïdouk, orthographié aussi haïduk en France, était un brigand de grand chemin opérant en Europe du Sud-Est et principalement dans les Balkans sous domination ottomane.

Haïdouk, 1703.

Dénomination[modifier | modifier le code]

Le nom Haïdouk, signifiant « hors-la-loi » en turc (haydut), diverge très peu d'une langue à l'autre : hajdú en Hongrie, haiduc en Roumanie et Moldavie, хајдук/hajduk en Albanie, Croatie, Bosnie et Serbie, ајдук/ajduk en Macédoine, хайдутин ("haïdoutine") en Bulgarie… Et pour les autres pays étrangers aux Balkans, ce terme a aussi été réutilisé: ainsi l'on parle d'aiducco en Italie, de hayadut en Arménie et de гайдук ("gaïdouk") en Russie. En Grèce on les appelle κλέφτες (klephtes) : « voleurs ».

La signification du terme n'est pas clairement définie, mais sa présence depuis la Hongrie jusqu'à l'Arménie indique son origine ottomane[1] : si en turc il signifie « hors-la-loi », « brigand », « scélérat », en revanche le terme est synonyme de « rebelle », « homme libre » dans les autres pays, et hajdú désigne en Hongrie un fantassin irrégulier luttant contre les Turcs ottomans. En Hongrie la majorité de ces fantassins étaient des Serbes qui avaient migré et colonisé le sud de la Grande Hongrie (voir migrations serbes et Confins militaires).

Généralités[modifier | modifier le code]

Plus que de simples brigands, les haïdouks sont représentés en rebelles, généreux pour les pauvres du voisinage, dans de nombreux pays assujettis aux sultans Ottomans, mais aussi en Pologne ou en Croatie. Ils sont à ces pays ce que Robin des Bois est à la Grande-Bretagne, ou Thierry la Fronde à la France.

Plusieurs raisons entretenaient les groupes de haïdouks („družine“ en serbe, „čete“ en croate, en bulgare ou en roumain) : sécheresses, guerres, répression ottomane, différences religieuses assorties de discriminations fiscales (voir le statut des confessions dans l'Empire ottoman et la double-imposition des non-musulmans) et de l'enlèvement des garçons pour les janissaires („tribut de sang“ ou „rapt des enfants“ : сакупљање ou παιδομάζωμα). On pouvait devenir haïdouk par conviction, et/ou par intérêt : manger à sa faim, échapper aux mauvais traitements dans les timars turcs (domaines agricoles), éviter un jugement, gagner de l'argent rapidement pour se marier, ou plus simplement porter des armes et être bien habillé, les ottomans ayant interdit aux „Gyaours“ ou „Roumis“ (les non-musulmans) le droit de porter des armes et d'avoir une tenue recherchée. Il était possible d'être haïdouk à temps partiel. Beaucoup de paysans étaient haïdouks en hiver, et revenaient au travail de la terre au printemps ou en été. Les haïdouks permanents n'étaient pas actifs en hiver, la neige rendant les routes impraticables et arrêtant les caravanes, leur principale source de revenus.

Les Haïdouks ne sont pas seulement des brigands, mais aussi des chefs de guerre indépendants, des mercenaires au service du plus offrant, pourvu qu'il combatte contre les Turcs. Il exista des armées entières composées de haïdouks, sur lesquels comptaient l'Autriche, Venise, Dubrovnik, la Transylvanie, la Moldavie, la Valachie ou le Monténégro, puis la Russie, dans leurs guerres contre l'Empire ottoman. Entre deux campagnes, les Haïdouks servaient à ces états chrétiens de sources de renseignements et comme cinquième colonne. Ils harcelaient fréquemment les forces ottomanes, préfigurant en cela les Comitadjis de Macédoine, les Kaçaks du Kosovo, les Tchetniks serbes et les Partisans de Tito.

La présence des Haïdouks rendait périlleux les déplacements dans les Balkans pour les Turcs (qui ne circulaient que groupés en caravanes), et la Sublime Porte utilisa, pour les réprimer, les redoutables troupes de janissaires locaux qui vivaient en contact avec eux.

L'écrivain franco-roumain Panaït Istrati a conté les aventures des haïdouks d'une troupe des bouches du Danube : menés par le géant Cosma, ils ont un mode de vie nomade, s'adonnent à la contrebande, harcèlent les caravanes et abordent les caïques des marchands turcs, redistribuent le tissu et les outils à la population, utilisent l'argent volé pour corrompre les hommes de garde et ceux chargés de les poursuivre, pêchent, chassent et élèvent chèvres et moutons, s'allient parfois aux Saracatsanes et aux Roms et ont pour devise « la liberté ou la mort » (ελευθερία ή θάνατος, slobozirea sau moartea) ; il n'y a pas de vieux haïdouk, presque tous meurent violemment... mais une mort choisie[2].

Durant la période communiste, les haïdouks, perçus comme des émules balkaniques de Spartacus ou de Pougatchev, ont été magnifiés dans l'appareil éducatif et présentés non comme des combattants anti-ottomans mais comme des prolétaires en lutte contre les classes dominantes et en premier lieu contre les boyards et le clergé des riches monastères. Même si la réalité était plus nuancée, la philosophie du haïdouk, dans cette manière de présenter les choses, lui interdisait de voler les pauvres : si le riche n'avait pas d'argent sur lui mais était accompagné de ses femmes ou enfants, le haïdouk les prenait en otage et réclamait une rançon. Il les traitait mieux que leur mari, père et maître, et certains ne voulaient plus rentrer ; si la rançon n'était pas versée, la famille du riche était intégrée aux groupes de haïdouks[3]. C'est ce point de vue qui est adopté dans le feuilleton télévisuel franco-roumain « La Révolte des haïdouks ».

En Hongrie[modifier | modifier le code]

Portrait d'Étienne II Bocskai, joupan du Bihar, voïvode de Transylvanie et hajdú hongrois.

En Hongrie, le territoire des hajdúk a donné naissance au Hajdúság, petite région située dans le comitat de Hajdú-Bihar. De nombreux toponymes témoignent de cet héritage, les anciennes villes hajdú notamment : Hajdúnánás, Hajdúdorog, Hajdúszoboszló, Hajdúsámson, Hajdúböszörmény, Hajdúhadház, Hajdúbagos et Hajdúszovát.

En Serbie[modifier | modifier le code]

C'est à partir du XIVe siècle que apparaissent les premiers groupes de haïdouks en Serbie et Monténégro. Les haïdouks serbes se rassemblaient le jour de Đurđevdan, le 6 mai („hajdučki sastanak“) et se séparaient pour Mitrovdan début novembre („hajdučki rastanak“ ).

Les haïdouks serbes et monténégrins étaient organisés en hajdučke družine (communautés itinérantes d'au moins 1000 haïdouks), avec à leur tête un harambaša qui était élu par la majorité des membres de la hajdučka družina. Il était souvent le plus âgé et le plus expérimenté, et avait aussi une plus riche tenue, facilement reconnaissable au sein de la troupe. Une troupe d'une centaine de haïdouks serbes était appelée un hajdučijom.

L'influence des haïdouks fut si importante, qu'ils furent à l'origine de deux dynasties royales serbes, les Obrenović et les Karađorđević.

Les plus connus des Haïdouks serbes sont :

En Macédoine[modifier | modifier le code]

Le plus connu des haïdouks de Macédoine est Petar Karpoch (Петар Карпош), qui a conduit une révolte contre les autorités ottomanes lors de la Guerre austro-turque, entre 1683 à 1699. Sa date de naissance et ses origines sont inconnues. En 1689 il offre son soutien à l'armée autrichienne, arrivée dans le sud de la Serbie, et le 25 octobre, Skopje est prise aux Ottomans. Les haïdouks prennent le contrôle total de la région et établissent leurs quartiers à Kriva Palanka, une importante place forte turque. À la fin du mois, cependant, les Ottomans, aidés par l'armée du Khan de Crimée, reprennent du terrain et défont les haïdouks à Koumanovo. En décembre, Karpoch est arrêté puis empalé sur le pont de Skopje et les Turcs repoussent les Autrichiens au nord du Danube[4].

Dans les pays roumains[modifier | modifier le code]

Dans les principautés transylvaine et danubiennes où vivaient les roumains (appelés, à l'époque, « valaques » par les peuples voisins) la situation était différente car ces trois pays n'étaient pas (comme le montrent à tort beaucoup de cartes historiques modernes) des provinces de l'Empire ottoman dirigées par les turcs, mais des principautés chrétiennes ayant leurs propres princes, gouvernements, troupes et lois, et où les chrétiens n'étaient soumis à aucune des obligations qui étaient les leurs en territoire ottoman : ces états étaient simplement vassaux de l'Empire ottoman et lui versaient un tribut. Mais celui-ci était élevé, et les impôts, taxes et jours de corvées imposés par les voïvodes, l'aristocratie magyare transylvaine, les hospodars et les boyards moldaves ou valaques provoquèrent, ici aussi, la prolifération des haïdouks[5]. Les plus connus furent[6] :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Il est également soutenu que le mot en turc ottoman et dans les langues des Balkans viendrait du mot hongrois hajtó « conducteur (de troupeau) », au pluriel hajtók, dérivé d'une racine ougrienne haj- « courber / inciter » : (hu) István Tótfalusi, Magyar etimológiai nagyszótár [« Grand dictionnaire étymologique hongrois »], Budapest, Arcanum Adatbázis, coll. « Arcanum DVD Könyvtár » (no 2),‎ 2001 (ISBN 9639374121), « Hajdú »
  2. Oeuvres, Panaït Istrati, Gallimard, 1933.
  3. Dan Cârlea, Ziarul Lumina sur De la haiducie la eroism du 26 janvier 2013.
  4. (en) Andrew Rossos, Macedonia and the Macedonians: A History, Hoover Press,‎ 2008 (ISBN 978-0-8179-4882-5), p. 54
  5. Adrian Bucurescu, România liberă sur Haiduci, panduri si partizani du 26 février 2009
  6. Dan Cârlea, Ziarul Lumina sur Istorii și legende cu haiduci celebri du 19 janvier 2013.

Voir aussi[modifier | modifier le code]