Bataille de Falloujah

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33°21′N 43°47′E / 33.35, 43.783

Bataille de Falloujah
Fallujah 2004 M1A1 Abrams.jpg
Un char des Marines en action
Informations générales
Date Du 6 novembre 2004 au 29 novembre 2004
Lieu Falloujah, dans le centre de l’Irak
Issue Victoire tactique des États-Unis
Belligérants
Flag of the United States.svg États-Unis
Flag of Iraq.svg Irak
Djihadistes internationaux,
Guérilla irakienne
Commandants
Flag of the United States.svg Général George Casey commandant les forces en Irak
Flag of the United States.svg Général John Sattler (USMC) commandant les forces à Falloujah
Abou Moussab Al-Zarqaoui
Abdullah al-Janabi
Forces en présence
10 000 à 15 000 hommes Environ 3 000 hommes au départ, probablement moins de mille hommes
restants au 15 novembre
Pertes
95 soldats américains et 11 soldats irakiens tués[1] 2 130 morts, insurgés et civils
1 600 prisonniers
Guerre d'Irak
Batailles
Guerre conventionnelle (2003) : Opération Southern FocusOpération libération de l'IrakBataille d'Umm QasrBataille d'Al FawBataille de BassorahBataille de NassiriyaBataille de NadjafBataille de KerbalaBataille de Bagdad

Guérilla (2004-2011) : Opération Cajun Mousetrap IIBataille de FalloujahSiège de Tall AfarOpération Restore Peace IIIOpération Bashaer al-KheirOpération New Dawn

La bataille de Falloujah est une bataille urbaine opposant un des bastions de la guérilla irakienne et les forces armées des États-Unis et l’armée irakienne gouvernementale. Elle est déclenchée dans la nuit du 6 au 7 novembre 2004 sous le nom d’opération Phantom Fury (al-Fair pour le gouvernement irakien), et se termine par la reprise de contrôle officielle de la ville par les Américains, qui est achevée le 29 novembre 2004.

Sommaire

Situation

Falloujah, deuxième ville de la province d'Al-Anbar, est au cœur du triangle sunnite baassiste, au centre de l’Irak. Elle est située à 65 km de Bagdad et elle forme une sorte de carré de 3 km de large sur 3,5 km, soit une surface de 10,5 km2 comprenant plus de 50 000 bâtiments. C’est également une ville abritant de nombreux « contrebandiers ». Enfin, la doctrine islamiste sunnite salafiste y est aussi très suivie.

Attaque du printemps

La ville est depuis longtemps identifiée comme un bastion baassiste et des fidèles de Saddam Hussein et un refuge pour les résistants salafistes, à l'époque alliés aux Baasistes. Les États-Unis avaient, à partir du 4 ou 5 avril 2004, lancé une offensive contre la ville nommé l'opération Vigilant Resolve à la suite du lynchage de quatre contractuels de la société militaire privé Blackwater Worldwide le 31 mars 2004[2],[3],[4].

2 000 Marines et deux bataillons de la nouvelle armée irakienne avaient conquis les deux tiers de la ville dans ce combat urbain et tué 600 combattants adverses pour 15 morts américains dans leur camp. Toutefois, selon des renseignements recueillis par l'armée française, les deux bataillons irakiens qui participaient à cette opération s'étaient « évanouis » au premier accrochage[5], et n'avaient pas participé à l'opération. Néanmoins, après 3 semaines de combats, le commandement américain avait renoncé devant les pertes civiles (et moyennant la promesse des chefs des insurgés de se « soumettre ») et le 30 avril retire ses forces de la ville se contentant de boucler les itinéraires routiers menant à celle-ci.

Une unité spécifique irakienne, la brigade de Falloujah de 1 600 hommes, fut officiellement mise sur pied par le gouvernement irakien le jour du repli américain[6],[7] mais elle se débanda rapidement et supprimé le 20 septembre et la guérilla irakienne continua d'avoir le contrôle de la ville. Les gouvernements américain et irakien préparèrent pendant plusieurs mois une contre-attaque.

Pour éviter les pertes civils, ils annoncèrent longtemps à l’avance cette offensive ce qui permit aux trois-quarts de la population de quitter la ville (le nombre de résidents passa de 300 000 à 70 000 en novembre 2010)[8].

Déroulement

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Un rue de Falloujah après une frappe aérienne.

Les Britanniques ont envoyé des troupes pour contrôler Bagdad, ce qui a permis aux Américains de libérer des unités pour le combat.

Unités alignées :

  • 2 000 hommes des forces de sécurité irakienne ;
  • 10 à 15 000 hommes du IIIe corps américain répartit en 6 bataillons, dont :

La bataille débute par des bombardements aériens et d’artillerie après un bouclage de la ville par la coalition. La première offensive terrestre est la prise de l’hôpital de Falloujah, et l’occupation des ponts orientaux. La progression des troupes irako-américaines se fait du nord au sud, à partir du quartier de Chahuda, lentement, gênée par les ruines. Le commandement cherche également à éviter les pertes au maximum.

Dès le premier jour, la gare (nord de la ville) est prise.

Des caches d’armes, des bunkers et des réseaux de tunnels sont découverts.

Au 15 novembre, il reste quelques centaines de rebelles combattants bien équipés. L’essentiel des combats porte alors sur la réduction de poches de résistance.

Cette fois, les unités irakiennes sont en deuxième échelon, elles aident à s'emparer de points critiques comme les mosquées et, surtout, à occuper les territoires conquis. Malgré ce retrait, le comportement des soldats irakiens ne se serait amélioré que très lentement, et les jugements portés par les Marines sur leurs alliés à Falloujah en novembre restent très sévères[5].

Au 15 décembre, l’armée des États-Unis lutte encore pour réduire les derniers résistants, dont elle estime les effectifs à 200 hommes environ. Ceux-ci auraient encore eu 45 morts entre le 11 et le 14 décembre.

Dans la mesure du possible, les Américains s’efforcent de confier la fouille et le nettoyage des lieux de culte aux troupes irakiennes pour éviter tout litige sur d’éventuelles dégradations ou des accusations d’« utilisation excessive de la force ».

Les autorités militaires ont annoncé avoir utilisé des « armes à précision chirurgicale ». Un article du Washington Post a dénoncé l’utilisation de bombes au phosphore blanc, confirmée par plusieurs médecins irakiens présents sur place, et par de nombreux témoignages de corps humains trouvés « fondus » dans les rues[9]. Le film documentaire italien Falloujah, le massacre caché, décrit notamment les effets de ces armes[10]. Selon le même document, l'armée américaine aurait également utilisé du napalm. Il Manifesto a publié plusieurs témoignages de soldats confirmant cette utilisation. Le lieutenant-colonel Steven Boylan, porte-parole de l’armée américaine à Bagdad, a déclaré ne pas se souvenir de « l’utilisation de phosphore blanc lors de l’offensive à Falloudjah à l’automne 2004 »[11].

Tireurs de précision à Falloujah

Les deux camps mirent à contribution les tireurs de précision de manière intensive.

Du côté des insurgés, on estime à une cinquantaine le nombre de snipers, certains d’entre eux firent preuve d’un courage indiscutable. On cite le cas d’un (ou plusieurs) homme qui continua à tirer sur les militaires américains alors que l’immeuble depuis lequel il tirait avait subi deux raids aériens et avait reçu 35 obus d’artillerie de 155 mm, 10 obus de char de 120 mm ainsi que 30 000 projectiles tirés par des armes légères. Son action a bloqué la progression d’une compagnie de 150 Marines pendant une journée entière.

Du côté de l’USMC, ses tireurs d’élites se sont également distingués. Ainsi l’un d’entre eux a été crédité de ce qui était alors le plus long tir au but confirmé pour une arme de calibre 7,62 × 51 mm OTAN en Irak. Le Chief scout sniper Herbert Hancock, réserviste de 35 ans, policier dans le civil, appartenant à la Company B, 1st Battalion, 23rd Marine Regiment abattit avec son M40 A3 deux servants de mortier à 960 mètres de distance, distance ayant été confirmée après-coup grâce à un relevé GPS. Un autre, le sergent John E. Place, tua 32 insurgés en treize jours d’engagement et reçut la Silver Star pour sa participation à ces combats.

Pour la coalition, lutter contre les tireurs embusqués ennemis se résumait occasionnellement à un dilemme politiquement sensible : les minarets furent souvent utilisés comme poste de tir par les insurgés. Or les mosquées sont, en terre d’Islam, choses sacrées, d’où l’obligation dans laquelle le commandement américain se trouva souvent de publier un communiqué de manière à faire savoir que le sacrilège de tirer à l’arme lourde sur un lieu de culte était parfois inévitable en temps de guerre.

À cette seule anecdote, on saisit à quel point la bataille de Falloujah se joua certes sur le terrain mais également et surtout sur le terrain médiatique.

Suites et conséquences

Des hommes de la 1ere division de cavalerie avant d'entrer prudemment dans une bâtisse.

Bilan tactique

La ville est conquise : il continue cependant d’y avoir quelques combats sporadiques. La conquête a permis de découvrir des salles de torture et de libérer des otages (dont le chauffeur syrien Mohammed Al-Joundi, interprète de Christian Chesnot et Georges Malbrunot, otages français), et de mettre au jour les plus grosses caches d’armes alors jamais découvertes en Irak par l’armée américaine[12], ainsi que près de 1 000 tonnes d’explosifs. 60 des 100 mosquées de la ville auraient été utilisées comme caches d’armes et points d’appui pour les rebelles[13].

Une grande partie des insurgés a pu s’échapper et s'est dispersée dans l’ouest irakien, menant en septembre 2005 au siège de la ville de Tall Afar. D’autres sont revenus quelques semaines après la fin de la bataille[14].

Pour certains experts militaires[15], cette bataille est l’illustration du fourvoiement idéologique du commandement américain en Irak, qui consiste à rechercher une bataille décisive à la Jomini, ce qui, dans une guérilla, est un non-sens, et de tuer un nombre important de bad guys (illustré par le nom d’une opération similaire menée en mai 2005, l’opération Matador). Ce nombre de victimes ennemies est atteint plusieurs fois, ce qui prouve que les deux camps n’ont pas les mêmes conceptions de victoire et de défaite, et que le nombre de combattants potentiels du côté de la guérilla est sous-évalué par les États-Unis. Une tactique de pacification progressive à la Hubert Lyautey est préconisée.

Victimes et conséquences sanitaires

Les chiffres officiels font état de 470 morts et 1 200 blessés, parmi lesquels 243 femmes et 200 enfants (le 12 décembre, les combats font encore 12 morts dans les rangs américains), mais plus de 1 350 morts (sans distinction subtile entre « insurgés » et « civils »)[16] et/ou de 4 000 à 6 000 civils tués selon d'autres sources[17] (nombre de blessés inconnu), et 106 morts du côté de la coalition, au 23 décembre 2004[16].

Polémiques sur les malformations des nouveaux nées

Dans les années qui ont suivi la bataille, le nombre de malformations congénitales graves et de cancers aurait augmenté de façon très importante d'après la maternité de l’hôpital et des médecins de Falloujah[18]. Selon l'enquête de la journaliste Angélique Férat, chaque famille de Falloujah a son « bébé monstre »[19]. Ses malformations pourraient être dues à l'utilisation de munitions à l'uranium appauvri ou enrichi[19],[20],[21].

Cette thèse est peu crédible, même si l'uranium appauvri peut avoir des effets terratogènes[22], il ne peut expliquer à lui seul des niveaux de prévalence aussi important:

  • Les composants chimiques des armes conventionnelles (plomb, mercure, divers composés des poudres explosives) sont connus pour leurs effets tératogène et cancérigène.
  • Après 1995 le taux de malformation a explosé en Irak, bien avant l'invasion de 2003. L'état sanitaire très dégradé de la population irakienne (système de santé inexistant, pénurie alimentaire sous l'effet de l'embargo puis de la guerre) peuvent aussi expliquer ces malformations. Certains virus, une mauvaise hygiène, les carences en vitamine B9 peuvent provoquer des malformations.
  • Les études sur les survivants d'Hiroshima (bombe à l'uranium) n'ont pas montré de taux de malformation anormaux chez les descendants des irradiés[23]

. Il faut néanmoins noter qu'une bombe à l'uranium ne contient que quelques dizaines de kg d'uranium et qu'une partie est détruite par la fission. L'utilisation à grande échelle de munitions met en jeux des quantités d'uranium très supérieurs.

  • Les munitions à l'uranium appauvri sont utilisées pour la lutte contre les blindés ou éventuellement des bunkers, pas pour le combat de rue où l'infanterie allié est engagées comme ce fut le cas durant cette bataille.
  • Les lésions provoqués par l'uranium appauvri sont très différentes des malformations foetales[24]. L'uranium est notamment un puissant néphrotoxique[25], hors aucune étude ne fait état d'une explosion des pathologies ou des atteintes rénales à Falloujah, à l'inverse de ce qui est observé chez les vétérans de la première guerre du Golfe.
  • Aucune donnée ne met en évidence des effets chez les populations exposés à des forts taux d'uranium naturel dans l'eau potable.

Cette théorie a été lancée par Christopher Busby[26], militant antinucléaire britannique, qui s'est distingué dans le passé par des publications bidonnées sur les leucémies autour des centrales nucléaires galloise (falsifications de données)[27] où des déclarations inventés de toutes pièces sur des épandages de matériaux radioactifs organisés par le gouvernement japonais suite à l'accident nucléaire de Fukushima. Ces épandages auraient été destiné à fausser les résultats de futures études sur l'impact de la catastrophe en provoquant des cancers en dehors de la zone contaminé. Il propose aussi à la vente des kits d'analyses des radionucléïdes particulièrement dispendieux qu'il propose aux victimes de Fukushima ainsi que des pilules antiradiations aussi couteuse qu'inutile[28]. L'article sur l'utilisation de l'uranium à Falloudjah qu'il devait faire paraître dans la revue The Lancet n'a jamais été publiée.

Notes et références

  1. http://en.wikipedia.org/wiki/Operation_Phantom_Fury#cite_ref-1$
  2. Thierry Leclère, « Mais que fait la police ? Elle se privatise, et l’armée aussi… », dans Télérama, 17 décembre 2008 [texte intégral] 
  3. Thomas Devry, « Armée fantôme », dans Libération, 8 mai 2005 [texte intégral] 
  4. « Irak : l'horreur ordinaire révélée par Wikileaks », dans Le Monde, 22 octobre 2010 [texte intégral] 
  5. a et b (fr) Ministère de la Défense, Centre de doctrine de l'emploi des forces : « Irak, L'adaptation au son du canon », p. 17
  6. (fr) La coalition prudente sur la Brigade de Falloujah, Le Matin, 2 mai 2004
  7. (en) ‘Fallujah Brigade’ to Disband, Join Resistance in Control of City, The News Standard, 12 septembre 2004
  8. Pierre Pascallon, Les armées françaises à l'aube du XXIe siècle : Tome 5, Les armées françaises à l'heure de l'interarmisation et de la multinationalisation , 1er février 2007, p. 117, (ISBN 2296026877)
  9. (en) Jackie Spinner, « U.S. Forces Battle Into Heart of Fallujah », dans The Washington Post, 10 novembre 2004 [texte intégral] 
  10. (it) Sigfrido Ranucci, « The hidden massacre » sur www.rainews24.rai.it, RAI, 9 novembre 2004. Consulté le 23 octobre 2010
  11. Olivier Péguy, « L’armée américaine aurait utilisé des armes chimiques », dans [[RFI|RFI]], 9 novembre 2005 [texte intégral] 
  12. (en) Confirmed Number and Type of Weapons found, 19 novembre 2004
  13. (en) Dossier PowerPoint Operation Al Fajr�Roll Up, Multi-National Force - Iraq, 28 novembre 2004
  14. Anne Nivat, Le Point, 6 octobre 2005.
  15. Yves Rols, « Conflits asymétriques et stabilisation, l’illusion de la bataille décisive », Défense nationale et sécurité collective, mars 2006, p. 132
  16. a et b Seconde bataille de Falloujah Phantom Fury (en) Operation Phantom Fury
  17. (en) Mike Marqusee, « A name that lives in infamy », The Guardian, 10 novembre 2005.
  18. Caroline Caldier, « L’armée américaine a-t-elle utilisé l’arme nucléaire en Irak ? » sur france-info.com. Mis en ligne le 9 juin 2011, consulté le 11 juin 2011
  19. a et b Angélique Férat, Enfans de Fallujah, France Info, 9 juin 2011
  20. Thomas Baïetto, « A Fallouja, les "bébés monstres" soulèvent des questions sur les armes américaines utilisées en 2004 », dans Le Monde, 10 juin 2011 
  21. (en) Martin Chulov, « Huge rise in birth defects in Falluja », dans The Guardian, 13 novembre 2009 
  22. (en)Rita Hindin, Doug Brugge, Bindu Panikkar, « Teratogenicity of depleted uranium aerosols: A review from an epidemiological perspective » sur National Center for Biotechnology Information, 19 mai 2005. Consulté le 29 février 2011
  23. Pierre Galle et Raymond Poulain, Biophysique : Radiobiologie, radiopathologie, Éditions Masson, 2000, 253 p. (ISBN 978-2225856365) 
  24. (en)Richard Bramhall, « Risks from depleted uranium » sur The Lancet, 12 mai 2001. Consulté le 29 février 2012
  25. (en)Arzuaga X, Rieth SH, Bathija A, Cooper GS., « Renal effects of exposure to natural and depleted uranium: a review of the epidemiologic and experimental data. », 13 octobre 2010. Consulté le 29 février 2009
  26. http://en.wikipedia.org/wiki/Christopher_Busby
  27. (en)[PDF]John A Steward1, Ceri White, Shelagh Reynolds, « Leukaemia incidence in Welsh children linked with low level radiation—making sense of some erroneous results published in the media » sur IOP Publishing, 26 février 2008. Consulté le 29 février 2012
  28. George Monbiot, « Christopher Busby's wild claims hurt green movement and Green party » sur The Guardian, 22 novembre 2011. Consulté le 29 février 2012

Voir aussi

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