Théorie sur la construction des pyramides égyptiennes à base de pierres moulées

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Selon plusieurs auteurs, les blocs de pierre des pyramides d'Égypte n'auraient pas été taillés, mais moulés, à la manière du béton :

  • depuis 1978, le professeur Joseph Davidovits, ingénieur chimiste, développe une théorie selon laquelle les pyramides égyptiennes ne seraient pas faites de blocs de pierre taillée, mais de pierre réagglomérée : du calcaire naturel désagrégé, mélangé à un liant, puis moulé.
  • depuis 2001, Joël Bertho, spécialiste des moulages et de la transformation des matériaux, propose une autre théorie sur la pyramide en pierre reconstituée.

Théorie de Joseph Davidovits[modifier | modifier le code]

Selon Joseph Davidovits, le calcaire argileux, naturellement présent sur les lieux de la construction, a été désagrégé dans l'eau, puis mélangé à un liant essentiellement constitué de natron et de chaux. Ce mélange, versé sur place dans des moules, se serait alors solidifié pour former une pierre réagglomérée, aussi solide qu'une pierre naturelle. Joseph Davidovits et son équipe ont procédé à des expériences de moulage de pierres en grandeur nature qui ont montré la faisabilité de la méthode.

Cette théorie tente d'apporter des réponses aux difficultés liées au transport, au levage, ou à l'ajustement très serré des blocs, ainsi qu'à d'autres questions réputées insolubles, comme la fabrication de statues et de vases de pierre dure aux formes fines et à l'aspect de surface soigné, qui semblent impossibles à réaliser par des méthodes de taille, surtout à une époque où l'outillage était de pierre et de cuivre.

Théorie de la pyramide reconstituée[modifier | modifier le code]

De son côté, Joël Bertho, spécialiste des moulages et de la transformation des matériaux, propose depuis 2001 sa propre théorie sur la pyramide en pierre reconstituée, avec le soutien de Suzanne Raynaud, géologue au laboratoire de techno-physique de Montpellier II[1].

Selon lui, d'importants blocs de pierre concaves et convexes s'assemblent parfaitement au millimètre ce qui est quasiment impossible à faire en taillant les pierres, cet argument a convaincu la revue Science et Vie en avril 2002 de faire sa une sur « l'hypothèse des fausses pierres »[2].

De possibles confirmations scientifiques[modifier | modifier le code]

La revue scientifique internationale de référence Journal of the American Ceramic Society a publié, le 30 novembre 2006, les résultats d’une recherche[3] effectuée sur des pierres des pyramides d’Égypte à l'aide de microscope optique et spectroscopie par résonance magnétique nucléaire.

Elle met en évidence que les échantillons contiennent des micro-constituants avec des quantités appréciables de silicium en combinaison avec des éléments, tels que le calcium et le magnésium, dans des rapports qui n’existent dans aucune des sources potentielles de calcaire et sous des formes inconnues dans les pierres naturelles[4].

Une autre analyse publiée en 2011 conclut :

« On a comparé les spectres de résonance RMN 29Si, 27Al et 43Ca d’une pierre de revêtement extérieur de la pyramide rhomboidale à Dahchour, Égypte, avec deux carrières de pierre calcaire de la région. Les résultats de la RMN suggèrent que les pierres des revêtements sont constituées par des grains de calcaire provenant des carrières de Tura, cimentés par un gel amorphe de silicate de calcium artificiellement fabriqué par l’homme, peut-être par addition de silice, comme la terre de diatomée originaire du Fayoum[5]. »

Une étude paléomagnétique d'une équipe de deux scientifiques slovaque et égyptien publiée en 2012 dans la revue Europhysics News conclut que certaines pierres sont artificielles du fait de l'orientation nord-sud des moments magnétiques (production in situ par la technique du béton geopolymère) et d'autres sont naturelles[6],[7].

Contestations de ces théories[modifier | modifier le code]

Selon l'égyptologue Rosemarie Klemm et le géologue Dietrich Klemm, auteurs d'une étude sur la provenance des pierres des pyramides, ces théories sont des absurdités[8].

Jean-Claude Golvin (CNRS) déclare :

« La provenance de toutes les sortes de pierre constituant la pyramide est parfaitement connue, les pierres des assises sont en calcaire siliceux et proviennent de Gizeh même (les carrières sont encore visibles), le parement de calcaire fin vient de Tourah et le granite des chambres funéraire est issu des carrières d'Assouan (certes lointaines). Je ne vois pas pourquoi les Égyptiens se seraient compliqué la tâche en fabriquant de la pierre alors qu'ils en avaient à revendre [9]. »

Joël Bertho rétorque qu'il n'a jamais prétendu que toutes les pierres étaient moulées, mais que c'est beaucoup plus facile de mouler une pierre sur place en montant du sable, de l'eau et un liant tiré du Nil que de hisser des blocs de plusieurs tonnes.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dossier presse Editions Unic sur la théorie des pierres reconstituées de Joël Bertho incluant l'article qui lui est consacré dans Science et Vie
  2. citant Science et Vie avril 2002 L'hypothèse des fausses pierres
  3. M. W. Barsoum, A. Ganguly & G. Hug, (2006), Microstructural Evidence of Reconstituted Limestone Blocks in the Great Pyramids of Egypt, Journal of the American Ceramic Society 89 (12), 3788- 3796
  4. Lire le résumé en français
  5. http://www.geopolymer.org/fr/archeologie/pyramides/pierre-de-pyramide-artificielle-nouvelle-analyse-2
  6. (en) Igor Túnyi et Ibrahim A. El‐hemaly, « Paleomagnetic investigation of the great Egyptian pyramids », Europhysics News, vol. 43, no 6,‎ , p. 28-31 (ISSN 0531-7479 et 1432-1092, DOI 10.1051/epn/2012604, lire en ligne) :

    « The paleodirections of three sampling locations (2 from Khafre and 1 from Khufu pyramid) exhibit the common north-south orientation, suggesting that they may have been produced in situ by a concrete technique. (...) Finally, we conclude that even if the concrete technique was used, the pyramids were constructed from a mixture of natural and artificial limestone blocks. »

  7. http://www.geopolymer.org/fr/archeologie/pyramides/pyramide-le-paleomagnetisme-demontre-la-nature-artificielle-des-pierres
  8. Dietrich D. Klemm, Rosemarie Klemm, The Stones of the Pyramids: Provenance of the Building Stones of the Old Kingdom Pyramids of Egypt, De Gruyter, Berlin et New York, 2010, p. 81 : « it must be emphasized that such theories are nonsense ».
  9. http://jfbradu.free.fr/egypte/LES%20TOMBEAUX/LES%20PYRAMIDES/CHEOPS/CHEOPS.php3 l'hypothèse des fausses pierres

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Joseph Davidovits, Ils ont bâti les pyramides, Paris, éd. J-C. Godefroy, 2002 (ISBN 2-86553-157-0) ;
  • Joseph Davidovits, La nouvelle histoire des pyramides, Paris, éd. J-C. Godefroy, 2004 (ISBN 2-86553-175-9) ;
  • Joël Bertho, La pyramide reconstituée, Unic, 2001 (ISBN 2-95176-870-2) ;
  • Article intitulé Pyramides en fausses pierres : ça se confirme ! dans la revue mensuelle Science et Vie, n° 1071, décembre 2006.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]