Théorie sur la construction des pyramides égyptiennes à base de pierres moulées

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La théorie selon laquelle des pierres moulées ont été utilisées pour certaines parties de la construction des pyramides égyptiennes est soutenue depuis 1978 notamment par l'ingénieur chimiste Joseph Davidovits. Elle suggère que les blocs de pierre des pyramides d'Égypte n'auraient pas été taillés, mais moulés, à la manière du béton.

Cette théorie n'est pas validée par les égyptologues, qui font remarquer que la provenance des pierres constituant les pyramides et les techniques de taille sont parfaitement renseignées. Par ailleurs les quantités nécessaires en matériaux (chaux...) dépassent largement les capacités historique de production du pays (essentiellement par manque absolu de bois).

Théorie remettant en cause la taille[modifier | modifier le code]

Théorie de Joseph Davidovits[modifier | modifier le code]

Selon Joseph Davidovits, le calcaire argileux, naturellement présent sur les lieux de la construction, a été désagrégé dans l'eau, puis mélangé à un liant essentiellement constitué de natron et de chaux. Ce mélange, versé sur place dans des moules, se serait alors solidifié pour former une pierre réagglomérée, aussi solide qu'une pierre naturelle. Joseph Davidovits et son équipe ont procédé à des expériences de moulage de pierres en grandeur nature qui ont montré la faisabilité de la méthode[1].

Cette théorie tente d'apporter des réponses aux difficultés liées au transport, au levage, ou à l'ajustement très serré des blocs, ainsi qu'à d'autres questions réputées insolubles, comme la fabrication de statues et de vases de pierre dure aux formes fines et à l'aspect de surface soigné, qui semblent impossibles à réaliser par des méthodes de taille, surtout à une époque où l'outillage était de pierre et de cuivre.

La revue scientifique Journal of the American Ceramic Society a publié, le 30 novembre 2006, les résultats d’une recherche[2] effectuée sur des pierres des pyramides d’Égypte à l'aide de microscope optique et spectroscopie par résonance magnétique nucléaire. Elle met en évidence que les échantillons contiennent des micro-constituants avec des quantités appréciables de silicium en combinaison avec des éléments, tels que le calcium et le magnésium, dans des rapports qui n’existent dans aucune des sources potentielles de calcaire et sous des formes inconnues dans les pierres naturelles[réf. nécessaire]. Cependant, Dipayan Jana, un pétrographe, a fait une présentation à l'ICMA (International Cement Microscopy Association) en 2007[3] et a publié un article[4] qu'il conclut ainsi : « Nous sommes loin d'accepter même ne serait-ce que l'infime éventualité d'une origine humaine des pierres des pyramides[5] ».

Une autre analyse publiée en 2011 conclut : « On a comparé les spectres de résonance RMN 29Si, 27Al et 43Ca d’une pierre de revêtement extérieur de la pyramide rhomboïdale à Dahchour, Égypte, avec deux carrières de pierre calcaire de la région. Les résultats de la RMN suggèrent que les pierres des revêtements sont constituées par des grains de calcaire provenant des carrières de Tura, cimentés par un gel amorphe de silicate de calcium artificiellement fabriqué par l’homme, peut-être par addition de silice, comme la terre de diatomée originaire du Fayoum ».[réf. nécessaire]

Une étude paléomagnétique d'une équipe de deux scientifiques slovaque et égyptien publiée en 2012 dans la revue Europhysics News conclut que certaines pierres sont artificielles du fait de l'orientation nord-sud des moments magnétiques (production in situ par la technique du béton geopolymère) et d'autres sont naturelles[6].[réf. insuffisante]

Théorie de la pyramide reconstituée[modifier | modifier le code]

De son côté, Joël Bertho, spécialiste des moulages et de la transformation des matériaux, propose depuis 2001 sa propre théorie sur la pyramide en pierre reconstituée, avec le soutien de Suzanne Raynaud, géologue au laboratoire de techno-physique de Montpellier II[7].

Selon lui, d'importants blocs de pierre concaves et convexes s'assemblent parfaitement au millimètre ce qui est quasiment impossible à faire en taillant les pierres, cet argument a convaincu la revue Science et Vie en décembre 2001 de faire sa une sur « l'hypothèse des fausses pierres »[8].

Validité de ces théories[modifier | modifier le code]

Le monde scientifique ne valide pas ces théories. Selon l'égyptologue Rosemarie Klemm et le géologue Dietrich Klemm, auteurs d'une étude sur la provenance des pierres des pyramides, ces théories sont des absurdités[9].

Jean-Claude Golvin (CNRS) déclare :

« La provenance de toutes les sortes de pierre constituant la pyramide est parfaitement connue, les pierres des assises sont en calcaire siliceux et proviennent de Gizeh même (les carrières sont encore visibles), le parement de calcaire fin vient de Tourah et le granite des chambres funéraire est issu des carrières d'Assouan (certes lointaines). Je ne vois pas pourquoi les Égyptiens se seraient compliqué la tâche en fabriquant de la pierre alors qu'ils en avaient à revendre [10]. »

Joël Bertho rétorque qu'il n'a jamais prétendu que toutes les pierres étaient moulées, mais que c'est beaucoup plus facile de mouler une pierre sur place en montant du sable, de l'eau et un liant tiré du Nil que de hisser des blocs de plusieurs tonnes.


Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages critiques[modifier | modifier le code]

  • Jean-Pierre Adam, Le Passé recomposé : chroniques d'archéologie fantasque, Paris, Seuil, coll. « Science ouverte », , 251 p., 24 cm (ISBN 2-02-010363-X et 978-2-02-010363-3, OCLC 300909680, notice BnF no FRBNF36629359, LCCN 89104078)
  • (en) Dietrich D. Klemm et Rosemarie Klemm, The Stones of the Pyramids: Provenance of the Building Stones of the Old Kingdom Pyramids of Egypt, Berlin et New York, De Gruyter,

Études[modifier | modifier le code]

  • (en) Igor Túnyi et Ibrahim A. El‐hemaly, « Paleomagnetic investigation of the great Egyptian pyramids », Europhysics News, vol. 43, no 6,‎ , p. 28-33 (ISSN 0531-7479 et 1432-1092, DOI 10.1051/epn/2012604, lire en ligne) :

    « The paleodirections of three sampling locations (2 from Khafre and 1 from Khufu pyramid) exhibit the common north-south orientation, suggesting that they may have been produced in situ by a concrete technique. (...) Finally, we conclude that even if the concrete technique was used, the pyramids were constructed from a mixture of natural and artificial limestone blocks. »

  • Materials Letters 65 (2011) 350–352[11]
  • Nuclear Instruments And Methods In Physics Research B,B 226,98-109 (2004) PIXE,PIGE and NMR study oof the masonry of the pyramid of Cheops at Giza, Guy Demortier
  • Cement and Concrete Research, Vol 18 pp81-90,1988 Microstructure de mortiers provenant de trois pyramides égyptiennes par M. Regourd, J. Kerisel, P. Delitie, B. Haguenauer
  • (en) I. Liritzisa, C. Siderisb, A. Vafiadoua et J. Mitsisb, « Mineralogical, petrological and radioactivity aspects of some building material from Egyptian Old Kingdom monuments », Journal of Cultural Heritage, vol. 9, no 1,‎ janvier-mars 2008, p. 1-13 (DOI 10.1016/j.culher.2007.03.009)
  • (en) S. W. Agaiby, M. K. El-Ghamrawy et S. M. Ahmed, « Learning from the Past: The Ancient Egyptians and Geotechnical Engineering », 4th International Seminar on Forensic Geotechnical Engineering, Bangalore,‎ (DOI 10.13140/RG.2.1.2398.4164)
  • Journal of the American Ceramic Society 30 novembre 2006, les résultats d’une recherche[2].

Articles de presse[modifier | modifier le code]

Ouvrages soutenant l'hypothèse[modifier | modifier le code]

Ouvrage abordant l'hypothèse[modifier | modifier le code]

  • Les pyramides : l'enquête par Eric Guerrier, 2006, éditions Cheminements, 463 p. Voir aussi son livre ultérieur Pyramides ou le principe de l'escalier, 2012, éditions L'Harmattan, où le même auteur propose une autre théorie.

Autres mentions[modifier | modifier le code]

En 1720, Paul Lucas, un diplomate de Louis XIV écrit que le revêtement des pyramides serait en ciment et non en pierres[18]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b La Croix 23 mai 2017 Comment sont construites les pyramides d'Égypte ?
  2. a et b M. W. Barsoum, A. Ganguly & G. Hug, (2006), Microstructural Evidence of Reconstituted Limestone Blocks in the Great Pyramids of Egypt, Journal of the American Ceramic Society 89 (12), 3788- 3796
  3. http://www.cmc-concrete.com/CMC%20Seminars/2007%20ICMA%20Pyramid.pdf The Egyptian Pyramid Enigma - large pdf file
  4. http://www.cmc-concrete.com/CMC%20Publications/2007,%20The%20Great%20Pyramid%20Debate,%2029th%20ICMA.pdf « https://web.archive.org/web/20081012225941/http://www.cmc-concrete.com/CMC%20Publications/2007%2C%20The%20Great%20Pyramid%20Debate%2C%2029th%20ICMA.pdf »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), The Great Pyramid Debate: Evidence from Detailed Petrographic Examinations of Casing Stones from the Great Pyramid of Khufu, a Natural Limestone from Tura, and a Man-Made (Geopolymeric) Limestone, Proceedings of the 29th Conference on Cement Microscopy, International Cement Microscopy Association, Quebec City, Canada, May 2007 - another large pdf file
  5. « we are far from accepting even as a remote possibility of a 'manmade' origin of pyramid stones. »
  6. (en) Igor Túnyi et Ibrahim A. El‐hemaly, « Paleomagnetic investigation of the great Egyptian pyramids », Europhysics News, vol. 43, no 6,‎ , p. 28-31 (ISSN 0531-7479 et 1432-1092, DOI 10.1051/epn/2012604, lire en ligne) :

    « The paleodirections of three sampling locations (2 from Khafre and 1 from Khufu pyramid) exhibit the common north-south orientation, suggesting that they may have been produced in situ by a concrete technique. (...) Finally, we conclude that even if the concrete technique was used, the pyramids were constructed from a mixture of natural and artificial limestone blocks. »

  7. Dossier presse Éditions Unic sur la théorie des pierres reconstituées de Joël Bertho incluant l'article qui lui est consacré dans Science et Vie
  8. citant Science et Vie avril 2002 L'hypothèse des fausses pierres
  9. Dietrich D. Klemm, Rosemarie Klemm, The Stones of the Pyramids: Provenance of the Building Stones of the Old Kingdom Pyramids of Egypt, De Gruyter, Berlin et New York, 2010, p. 81 : « it must be emphasized that such theories are nonsense ».
  10. http://jfbradu.free.fr/egypte/LES%20TOMBEAUX/LES%20PYRAMIDES/CHEOPS/CHEOPS.php3 l'hypothèse des fausses pierres
  11. Science Direct, « The NMR results suggest that the casing stones consist of limestone grains from the Tura quarry, cemented with an amorphous calcium-silicate gel formed by human intervention, by the addition of extra silica, possibly diatomaceous earth, from the Fayium area. »
  12. Extrait de l'article Science et Vie 2006
  13. New York Times 01/12/2006 Study Says That Egypt's Pyramids May Include Early Use Of Concrete
  14. Le Parisien 31/12/2006 Percez le mystère des pyramides
  15. Historia n°674 février 2003 Comment a-t-on construit les pyramides ?. « Comment, par Osiris, les Égyptiens, ont-ils construit leurs pyramides ? Depuis l'Antiquité, les historiens n'ont cessé d'échafauder des théories. Dernière en date, celle du professeur Davidovits plaidant pour une édification des monuments avec des blocs de pierre reconstitués, l'ancêtre du béton moderne. Historia ouvre le débat »
  16. La Libre Belgique, « Un professeur émérite des Facultés Notre-Dame de la Paix (FUNDP) de Namur, Guy Demortier, est capable de démontrer scientifiquement une nouvelle théorie sur la construction des pyramides d'Égypte. Les pyramides auraient été construites en béton reconstitué, et non pas à partir de blocs acheminés de l'autre rive du Nil »
  17. Cité par Science et Vie décembre 2006 page 97 dans l'article de 10 pages intitulé « Pyramides en fausses pierres, la science persiste et signe », on peut lire cet extrait page 60 de ce livre « La superficie de cette voûte est couverte d'une grosse toile sur laquelle on a répandu le mortier de pierre qui forme cette pyramide, ainsi qu'on le voit lorsqu'on détache de sa base des éclats de pierres avec des leviers & des coins de fer. On trouve dans ces éclats détachés des mamelons aux endroits qui répondoient à ces trous, & dont l'épaisseur est en proportion de l'affaissement de la toile par le poids de la matière. Cette pierre contient des grains d'une chaux grisâtre et semblable à celle qu'on fait avec les pierres et carrières voisines. Lorsqu'on met à l'épreuve du feu des éclats de cette pyramide, on ne peut en faire de la chaux, ils se rompent et se divisent, parce qu'il est entré du sable fin dans la composition de cette pierre, ainsi qu'on l'a remarqué en la décomposant par ce procédé. J'ai fait en 1774, un premier obélisque qui a souffert dans sa base parce que n'ayant point été construit sur voûte & avec les précautions que prenoient les Égyptiens pour opérer la dessiccation de la matière, la chaux qui a pompé l'humidité de la terre n'a pu prendre à la base la même consistance que dans le reste de l'obélisque. (Il a vingt huit pieds de hauteur). »
  18. Source encadré Science et Vie Décembre 2006 page 97 dans l'article de 10 pages intitulé « Pyramides en fausses pierres, la science persiste et signe »