Hypothèse de la vitre brisée

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L'hypothèse de la vitre brisée, souvent appelée théorie de la vitre brisée[1], à son tour également dite de la fenêtre brisée ou du carreau cassé, est une explication statistique mise en avant pour établir un lien direct de cause à effet entre le taux de criminalité et le nombre croissant de fenêtres brisées à la suite d'une seule fenêtre brisée que l'on omet de réparer. Ce paradigme[2], c'est-à-dire cet ensemble de notions et de réalités se rattache concrètement à la criminologie, et même reprise en sociologie de la déviance et en sociologie urbaine, voire en sciences sociales en général.

Il s'agit d'un concept ou plutôt d'une analogie, voulant que les petites détériorations que subit l'espace public suscitent nécessairement un délabrement plus général des cadres de vie et des situations humaines qui en relèvent. Souvent utilisée par les partisans de la tolérance zéro, ce principe est fondé sur l'exemple d'un édifice dont une vitre brisée n'est pas immédiatement remplacée. Partant, toutes les autres seront cassées peu de temps après parce que la première laisse entendre que le bâtiment est abandonné, ce qui constitue l'amorce d'un cercle vicieux.

Parfois, on utilise l'exemple de la voiture rayée pour illustrer le fait que celle-ci se fasse beaucoup plus rayer qu'une voiture n'ayant aucune rayure. Selon Rudolph Giuliani, ancien maire de New York, un immeuble aux carreaux cassés est signe de délabrement et d'abandon et, s'il est abandonné, il sera utilisé par des trafiquants de drogue et les drogués fréquenteront le quartier, y faisant grimper le taux de criminalité. Donc, en imposant une forte amende aux propriétaires qui laissent leurs immeubles pourrir, on fera chuter la criminalité[réf. souhaitée].

Histoire de la théorie de la vitre brisée[modifier | modifier le code]

La théorie de la fenêtre brisée (Broken window theory) est née d’un article de James Q. Wilson (né en 1931, professeur de science politique à l’université de Californie) et George L. Kelling (professeur de criminologie à l’université de Rutgers dans le New Jersey) paru en 1982 dans une revue grand public sous le titre « Broken windows. The police and neighborhood safety ».[3]. La théorie sera développée en 1996 dans un ouvrage coécrit par Georges Kelling[4]

L’article évoque une expérience à Newark ayant consisté à remplacer les patrouilles de police motorisées par des patrouilles de police à pied. Si la pratique n’eut aucun effet sur le taux de criminalité, elle inspira pourtant aux habitants le sentiment que le voisinage était devenu plus sûr et la présence régulière d’officiers de police expérimentés parvint à restaurer une sorte d’ordre public (par ex., les mendiants pouvaient s’asseoir mais pas s’allonger, les alcooliques pouvaient boire en public mais dans des sacs en papier et pas aux croisements… sous peine d’une réaction sociale ou d’un appel aux îlotiers).[5].

Conséquences[modifier | modifier le code]

La théorie de la vitre brisée démontre que ce n’est donc pas la délinquance qui engendre le sentiment d’insécurité mais au contraire ce dernier, provoqué par les incivilités, qui engendre un sentiment d’impunité favorable au passage à l’acte. L'article conclut également que ce n’est pas dans des facteurs sociaux profonds (pauvreté, culture d’exclusion, recul des lieux de socialisation) qu’il convient de rechercher les causes de la criminalité mais dans de petits détails du quotidien qui peuvent transformer un paisible quartier en une véritable « jungle »[6]. Ces actes peuvent même ne pas constituer des infractions pénales. Selon George L. Kelling il faut y remédier le plus tôt possible, tant qu’ils sont peu nombreux et avant qu’ils ne s’accumulent, en réparant, nettoyant, évacuant, etc. ce qui doit l’être. Appeler la police une fois l’infraction commise ne sert à rien et les habitants qui souffrent du sentiment d’insécurité répètent d’ailleurs que la police ne peut rien faire. La théorie de la vitre brisée met en évidence la nécessité pour la Police de maintenir intactes des communautés sans vitres brisées[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Theory of the broken window
  2. Das "Broken-Windows"- Paradigma: kriminologische Anmerkungen zu einem neuen Präventionsansatz, Franz Streng, Friedrich-Alexander-Universität Erlangen-Nürnberg, 1999
  3. [Wilson, J. Q., & Kelling, G. L. (1982). Broken windows. Critical issues in policing: Contemporary readings, 395-407]
  4. [G. L. Kelling et Catherine Coles, Fixing Broken Windows: Restoring Order and Reducing Crime in Our Communities, 1996]
  5. La théorie de la fenêtre brisée
  6. [Frédéric, O. (1994). Sebastian Roché, Le Sentiment d'insécurité. Genèses, 16(1), 164-166]
  7. « Vitres brisées: la police et la sécurité de proximité », Revue française de criminologie et de droit pénal, vol. 5,‎ (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Fixing Broken Windows: Restoring Order And Reducing Crime In Our Communities, George L. Kelling et Catherine M. Coles, Free Press, 1998 (ISBN 978-0684837383).
  • (de) Das "Broken-Windows" - Paradigma: kriminologische Anmerkungen zu einem neuen Präventionsansatz, Franz Streng, Friedrich-Alexander-Universität Erlangen-Nürnberg, 1999.
  • (en) Breaking Away from Broken Windows: Baltimore Neighborhoods and the Nationwide Fight Against Crime, Grime, Fear, and Decline, Westview Press, 2000 (ISBN 978-0813397580).
  • (en) Illusion of Order: The False Promise of Broken Windows Policing, Bernard E. Harcourt, Harvard University Press, 2005 (ISBN 978-0674015906).
  • (en) Pockets of Crime: Broken Windows, Collective Efficacy, and the Criminal Point of View, Peter K. B. St. Jean, University of Chicago Press, 2007 (ISBN 978-0226774992).

Liens externes[modifier | modifier le code]