Tapisseries de Tournai

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La tapisserie de Tournai est le nom donné à la production des nombreux ateliers de tapisserie de haute-lisse actifs à Tournai du début du XIVe siècle jusqu'au début du XVIIIe siècle.

Historique[modifier | modifier le code]

Pendant longtemps, les tapissiers d'Arras ou de Tournai ont été les plus productifs. Tournai a été une ville d’obédience politique française jusqu’au siège de Tournai en 1521 et son annexion par Charles Quint.

Les premières mentions de tapissiers à Tournai datent de 1295. En 1352, Jean Capars, un ouvrier de haute lisse originaire d'Arras, vient s’établir à Tournai. Un premier règlement portant sur l'organisation des tapissiers est établi à Tournai en 1398, un second, en 1408, concernant les « ouvriers à la marche » (tisserands de basse lisse), « ouvriers de hauteliche » et « draps nommés hauteliche »[1]. En 1423, les hautelissiers de Tournai se sont séparés de la guilde des merciers et ont créé leur propre corporation. Bien que Tournai appartienne au domaine royal et soit un enclave dans les possessions du duc de Bourgogne, le duc de Bourgogne Philippe le Bon a commandé aux ateliers de Tournai la tenture réputée être le chef-d'œuvre de cette époque, la fameuse tenture de l'Histoire de Gédéon ou de la Toison d'or, commandée en 1448 et terminée 1452, destinée à décorer les lieux de réunion du chapitre de l'ordre de la Toison d'or.

Les ateliers de tapisserie de Tournai ont réalisé d’importantes tentures historiées illustrant un même sujet d’inspiration biblique, historique, mythologique ou romanesque, reprenant les idéaux chevaleresques de la cour de Bourgogne. Philippe le Bon a commandé à Robert Dary et Jean de L’Ortye en 1448 la tenture de l'Histoire de Gédéon ou de la Toison d'or à livrer en quatre ans, et qui était, d'après Eugène Soil, « la pièce la plus fameuse sortie des ateliers tournaisiens ».

La ville est occupée par les Anglais en 1513 pendant une courte période et une épidémie de peste va entraîner la mort de la moitié de la population.

Vers 1530, Tournai qui avait ravi la première place à Arras dans la production des tapisseries depuis la prise d'Arras par Louis XI en 1477, voit de nouveaux concurrents se développer, Bruxelles, Lille, etc. La production de tapisseries va cesser à Tournai en 1720.

Principales tentures réalisées dans les ateliers tournaisiens[modifier | modifier le code]

Tentures réalisées dans les ateliers de Tournai
Années Sujet Atelier Peintre Image
1446 Chambre de tapisserie de verdure
avec des enfants allant à l'école
Jehanne de Pottequin
Milieu de XVe siècle Histoire d'Hercule Tournai vie hercule.JPG
1448-1452 Histoire de Gédéon ou
de la Toison d'or[2]
Robert Dary et
Jean de L’Ortye
Bauduin de Bailleul[3]
1459 Histoire d'Alexandre le Grand[4] Pasquier Grenier Tournai, arazzo con giovinezza di alessandro magno, 1460 ca, probab. fatti fare da pasquier grenet per filippo il buono, 01.JPG
1461 Passion de Notre Seigneur Pasquier Grenier
1462 Histoire d'Esther et d'Assuérus Pasquier Grenier
1462 Histoire du Chevalier au cygne Pasquier Grenier Jacques Daret Knight of the Swan.jpg
1466 Chambre de tapisserie avec
personnages et orangers
Pasquier Grenier
1468-1472 Guerre de Troie Pasquier Grenier The Battle with the Sagittary and the Conference at Achilles' Tent (from Scenes from the Story of the Trojan War) MET DT4744.jpg
Entre 1497 et 1501 Tapisserie héraldique
de John Dynham, 1er baron Dynham
Atelier Grenier DynhamTapestryMMANewYork.JPG
1504-1530 Histoire de Calicut[5]
(voyage de Vasco de Gama)
Tapisserie à la manière de Portugal et de l'Inde
Jean Grenier ou
Arnould Poissonier[6]
Tournai, la scoperta dell'india, 1504-30 ca.jpg
vers 1507 Cité des Dames
1510 Bûcherons[7] Jean Grenier Tournai, atelier di jehan grenier, i boscaioli, 1510 ca..JPG
vers 1515 Judith et Holopherne Arnould Poissonier

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Adolfo Salvatore Cavallo, Medieval Tapestries in the Metropolitan Museum of Art, The Metropolitan Museum of Art, New York, 1993, p. 65-66 (ISBN 0-87099-644-4)(lire en ligne)
  2. La tenture se trouvait encore à Bruxelles en 1794 quand il a été décidé de la transporter à Vienne. Depuis cette date, on ne sait ce qu'elle est devenue. La tenture avait 5,60 m de haut et une longueur totale de 98 m. D'autres suites sur le même sujet ont été exécutées, à Bruxelles en 1562 pour Cosme de Médicis, aussi perdue, une autre suite est réalisée à Audenarde en 1578 et se trouve à Hardwick Hall. La suite se trouvant à Albarracín a été exécutée à Bruxelles dans les ateliers de François Geubels (Tapices flamencos en España: Story of Gideon Series). Dans un article sur le vocabulaire ancien de la tapisserie, Francis Salet a écrit que Robert Dary et Jean de L'Ortye ont vendu à Philippe le Bon, duc de Bourgogne, les cartons de la tenture, en 1454, pour la somme de 300 écus d'or (Jules Houdoy, Les Tapisseries de haute-lisse. Histoire de la fabrication lilloise, p. 14-15). Ils sont qualifiés dans l'acte de vente de « marchands ouvriers de tapisserie » (Francis Salet, Remarques sur le vocabulaire ancien de la tapisserie, dans Bulletin Monumental, 1988, tome 146, no 3, p. 211-229).
  3. Jean Lestocquoy, L'atelier de Bauduin de Bailleul et la tapisserie de Gédéon, dans Revue belge d'archéologie et d'histoire de l'art, 1938, volume VIII, p. 119-137
  4. Villa del Principe - Palazzo di Andrea Doria: the tapestry of Alexander the Great. Pour Francis Salet, les deux tapisseries du palais Doria ne sont pas celles commandées par Philippe le Bon. Pour Françoise Joubert (Françoise Joubert, Jacques Daret et Nicolas Froment cartonniers de tapisseries, dans Revue de l'Art, 1990, tome 88, no 1, p. 39-47), les modèles de la tenture de l'Histoire d'Alexandre achetée par le duc de Bourgogne ont dû être peints par Jacques Daret et Nicolas Froment (Francis Salet, Deux cartonniers de tapisserie au XVe siècle, dans Bulletin Monumental, 1991, tome 149, p. 244-245). Par ailleurs, on sait que, dans son testament, Pasquier écrit que les cartons qu'il lègue à ses fils sont sa plus grande richesse. Ceux-ci ont reproduit et vendu des copies des tapisseries réalisées pour leur père.
  5. Une série "à la manière de Portugal et de l'Indye" est offerte à Philippe le Beau en 1504. D'autres documents citent une Histoire de Calicut ou d'une Histoire indienne à oliffans et giraffes offerte à Charles Quint en 1522.
  6. Arnould Poissonier of Tournai and his "... huit pièces du Triomphe de César" for Margaret of Austria, par Jean Michel Massing
  7. Pasquier Granier vend au duc de Bourgogne une chambre de tapisserie avec des bûcherons en 1466.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Adolphe Guesnon, Décadence de la tapisserie à Arras depuis la seconde moitié du XVe siècle, imprimerie de Lefebvre-Ducrocq, Lille, 1884 (lire en ligne)
  • Eugène Soil de Moriamé, Les Tapisseries de Tournai, les tapissiers et les hautelissiers de cette ville. Recherches et documents sur l'histoire, la fabrication et les produits des ateliers de Tournai, Vasseur-Delmée libraire-éditeur, Tournai, 1891 (lire en ligne)
  • Guy Delmarcel, La Tapisserie flamande du XVe au XVIIIe siècle, Imprimerie nationale, Paris, 1999 (ISBN 2-7433-0337-9)
  • Fernando Checa, Trésors de la Couronne d'Espagne. Un âge d'or de la tapisserie flamande, Fonds Mercator, Bruxelles, 2010, (ISBN 978-90-6153-947-6)
  • Guy Delmarcel, Ingrid De Meûter, Anne Dudant, Anne-Sophie Laruelle, Janine Michel, Aurélie Montignie, Pierre Peeters, Pierre-Hippolyte Pénet, Béatrice Pennant, Caroline Vrand, L'Art de la tapisserie. Tournai, Enghien, Audenarde, éditions Wapica, Tournai, 2017

Article connexe[modifier | modifier le code]