Chevalier au cygne

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Le chevalier au cygne, enluminure tirée d'un manuscrit du milieu du XVe siècle.

Le chevalier au cygne est un personnage légendaire médiéval de l'Europe occidentale, attesté dès le XIIe siècle. Dans la version la plus condensée de l’histoire, un mystérieux inconnu en armes aborde sur un rivage dans une barque tirée par un cygne. L'inconnu fait preuve de vaillance et obtient en récompense un fief et une épouse, avec qui il a des enfants. Un jour, le cygne qui l’avait guidé réapparaît : l’inconnu saute dans la barque qui est aussitôt entraînée au large par l’oiseau et disparaît comme il était venu.

Cette légende a connu de nombreux développements en Europe entre le XIIe et le XVIe siècle. Les chansons de geste du premier cycle de la croisade, en particulier la chanson d’Antioche et la chanson de Jérusalem, font du chevalier au cygne l’ancêtre de Godefroy de Bouillon, un thème qui sera repris et développé dans les poèmes du second cycle de la croisade.

Dans Parzival, Wolfram von Eschenbach fait pour sa part du chevalier au cygne le fils de son héros éponyme, Lohengrin et le rattache à la tradition du Graal. Cette version inspirera au XIXe siècle à Richard Wagner son célèbre opéra Lohengrin.

Premières attestations[modifier | modifier le code]

Parmi les premières attestations connues du chevalier au cygne dans le dernier tiers du XIIe siècle, la plus détaillée se trouve dans le récit du cistercien Geoffroy d'Auxerre (en), dans un passage du quinzième sermon de son Commentaire sur l’Apocalypse, écrit entre 1187 et 1188 et révisé entre 1189 et 1194[1] :

«  Dans le diocèse de Cologne, se dresse au-dessus du Rhin un palais immense et fameux que l’on nomme Nimègue. C'est là que jadis, à ce que l'on dit, en présence de nombreux princes et de l'empereur, on vit aborder sur la rive une petite barque qu’un cygne tirait par une chaîne d’argent passée à son cou : tous les spectateurs se dressèrent, stupéfaits devant ce prodige. Alors un tout jeune chevalier, inconnu de tous, sauta de la barque ; et le cygne, comme il était venu, repartit en tirant la barque par sa chaîne. Le chevalier se révéla preux au combat, de bon conseil, heureux en affaires, fidèle à ses maîtres, redoutable pour ses ennemis, plein d’amabilité pour ses compagnons et de charme pour ses amis ; il épousa une femme de noble naissance, dont la dot lui apporta la richesse et la parenté la puissance. Enfin, après la naissance d’enfants, bien plus tard, alors qu’il se trouvait dans le même palais, il vit de loin son cygne qui revenait de la même manière, avec la barque et la chaîne. Sans attendre, il se leva précipitamment, monta dans le navire et ne reparut plus jamais. Mais de ses enfants sont nés bien des nobles et son lignage a survécu et s’est développé jusqu’à nos jours. »

— Geoffroi d'Auxerre, Commentaire sur l’Apocalypse[2]

Un thème décoratif et chevaleresque[modifier | modifier le code]

Atelier de Pasquier Grenier, Tapisserie du chevalier au cygne, Tournai, vers 1460

La popularité de la légende du chevalier au cygne au Moyen Âge s'est traduite dans les arts décoratifs, comme en témoignent les mentions dans les inventaires et les testaments, ainsi que les très rares objets conservés. On retrouve par exemple ce thème sur l'une des cinquante miséricordes de la cathédrale d'Exeter sculptées au XIIIe siècle[3], sur une coupe avec sa soucoupe que possédait la reine d'Aragon Éléonore de Portugal et qui passe à sa mort (1348) à sa mère Béatrice de Castille[4], sur une tapisserie en trois pièces commandée en 1462 par le duc de Bourgogne Philippe le Bon au tapissier tournaisien Pasquier Grenier (en)[5].

Le thème inspire aussi au XVe siècle les fêtes de cour. En 1454, à Lille, lors des joutes qui précèdent le Vœu du faisan, Adolphe de Clèves organise un pas d'armes où il incarne le chevalier au cygne, ancêtre mythique de la famille de Clèves. Le prix de ces joutes est un cygne d'or muni d'une chaîne d'or, à laquelle est attaché un rubis[6]. Lors du tournoi qui se tient à Evora en 1490 en l'honneur des noces du prince héritier Alphonse, le roi Jean II de Portugal y participe sous le déguisement du chevalier au cygne[7].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie complémentaire[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Datation de Ferruccio Gastaldelli, Goffredo di Auxerre, Super Apocalypsim, éd. F. Gastaldelli, Rome, 1970, Sermo XV, p. 185-186, citée par Lecouteux 1997, p. 29
  2. Traduction française de l'original latin par Laurence Harf-Lancner, dans Coudrette, Le Roman de Mélusine (texte présenté, traduit et commenté par Laurence Harf-Lancner), Flammarion, 1993, p. 175-176.
  3. G. L. Remnant, A Catalogue of Misericords in Great Britain, Clarendon Press, 1969, p. 36; Paul Hardwick, English Medieval Misericords: The Margins of Meaning, Boydell Press, 2011, p. 14, 160; Images en ligne de la miséricorde : couleur, noir et blanc
  4. Ana Maria Seabra de Almeida Rodrigues, « Un destin interrompu : Aliénor de Portugal, brève reine d'Aragon (1347-1348) », dans Christiane Klapisch-Zuber, dir., Les femmes dans l’espace nord-méditerranéen, Études roussillonnaises, 2013, t. XXV, p. 95.
  5. Guy Delmarcel, La tapisserie flamande du XVe au XVIIIe siècle, Lannoo Uitgeverij, 1999, p. 30.
  6. Evelyne van den Neste, Tournois, joutes, pas d'armes dans les villes de Flandre à la fin du Moyen Age (1300-1486), École nationale des chartes, Mémoires et documents de l'École des Chartes no 47, 1996, p. 101-102.
  7. Tibor Klaniczay, Eva Kushner et André Stegmann, Histoire comparée des Littératures de langues européennes. L'Époque de la Renaissance (1400-1600), tome I: L'avènement de l'esprit nouveau (1400-1480), Amsterdam/Philadelphie, John Benjamins Publishing Company, 1988, p. 414.