Massacre de Gardelegen

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
La grange incendiée durant le massacre de Gardelegen
Prisonniers morts

Le massacre de Gardelegen est un massacre de travailleurs forcés, principalement polonais, perpétré par les troupes allemandes SS et de la Luftwaffe à la fin de la Seconde Guerre mondiale dans le nord de l'Allemagne.

Le 13 avril 1945, sur le domaine Isenschnibbe à proximité de la ville de Gardelegen (située entre Berlin et Hanovre, au nord de Magdebourg), les troupes ont rassemblé 1 016 travailleurs, pour la plupart Polonais, évacués des camps de concentration de Mittelbau-Dora et de Hanovre-Stöcken, dans une grange qui a ensuite été incendiée. La plupart des prisonniers ont été brûlés vifs ; certains ont été abattus en essayant de s'échapper. Le crime a été découvert deux jours plus tard par la Compagnie F du 2e Bataillon du 405e Régiment[1] de la 102e Division d'Infanterie des États-Unis, lorsque l'armée américaine a occupé la région.

Détails[modifier | modifier le code]

Des soldats américains près des corps dans la grange
Sous la direction d'un soldat américain, des civils de Gardelegen portent des croix de bois à l'endroit où ils ont reçu l'ordre d'enterrer les corps des prisonniers des camps de concentration tués par les SS dans une grange juste à l'extérieur de la ville.

Le massacre semble avoir été découvert par hasard : Le Lieutenant américain Emerson Hunt, officier de liaison entre le QG de la 102e division et le 701e Bataillon blindé, a été capturé le 14 avril 1945, et a fait croire aux forces allemandes défendant Gardelegen que les chars américains approchaient, provoquant ainsi la reddition du commandant allemand[1],[2]. Les Américains sont arrivés sur le site avant que les Allemands aient eu le temps d'enterrer tous les corps.

Les 3-4 avril, après la traversée du Rhin par l'armée américaine et la poussée vers l'Allemagne, l'administration SS du camp de Mittelbau-Dora avait ordonné l'évacuation des prisonniers du camp principal et de plusieurs camps secondaires. L'objectif était de déplacer les détenus par train ou à pied vers les autres camps de concentration d'Allemagne du Nord : Bergen-Belsen, Sachsenhausen, ou Neuengamme.

En quelques jours, environ 4000 prisonniers de Mittelbau-Dora, de ses camps satellites, et du camp de Hanovre-Stöcken, un camp extérieur de Neuengamme, sont arrivés dans la région de Gardelegen, débarqués des wagons car les trains ne pouvaient plus avancer à cause des voies endommagées par les raids aériens alliés. Beaucoup moins nombreux que les prisonniers, les gardes SS ont commencé à recruter des renforts parmi les pompiers de la ville, l'armée de l'air, la Milice Populaire (Volkssturm), les Jeunesses hitlériennes et d'autres organismes pour surveiller les détenus[3].

Le 13 avril, plus d'un millier de prisonniers, la plupart malades et trop faibles pour continuer à marcher, ont été déplacés de la ville de Gardelegen vers une grande grange sur le domaine Isenschnibbe, et rassemblé de force à l'intérieur du bâtiment. Les gardes ont alors barricadé les portes et mis le feu à la paille imbibée d'essence[3]. Les prisonniers qui ont échappé à l'incendie en creusant sous les murs de la grange ont été tués par les gardes. Le lendemain, les SS et les auxiliaires locaux sont retournés sur les lieux pour effacer les traces de leur crime. Ils avaient prévu d'incinérer ce qui restait des corps et de la grange, et de tuer tous les survivants de l'incendie. L'avance rapide de la 102e division d'infanterie américaine a cependant empêché la SS et ses complices de mener à bien ce plan[3].

Le 14 avril, la 102e est entrée dans la ville de Gardelegen et, le lendemain, a découvert l'atrocité. Ils ont trouvé les cadavres de 1016 prisonniers dans la grange et dans des tranchées à proximité encore fumantes, où les SS avaient déposé les restes carbonisés[3]. Ils ont également interrogé plusieurs des prisonniers qui avaient réussi à échapper à l'incendie et aux tirs. Les photographes de l'US Army Signal Corps ont documenté le crime nazi, et le 19 avril 1945, l'histoire du massacre de la ville de Gardelegen a commencé à apparaître dans la presse occidentale. Ce jour, le New York Times et le Washington Post ont publié l'histoire du massacre, citant un soldat américain[4] :

« Avant, je ne savais pas vraiment pourquoi je me battais. Avant cela, vous auriez dit que ces histoires étaient de la propagande, mais maintenant vous savez que ce n'en était pas. Il y a les corps et tous ces gars sont morts. »

Une dizaine de prisonniers ont survécu à l'incendie de la grange et ont été retrouvés vivants par les soldats américains[3].

Le 21 avril 1945, le commandant local de la 102e a ordonné à 200-300 hommes de Gardelegen de donner une sépulture convenable aux prisonniers assassinés. Les jours suivants, les civils allemands ont exhumé 586 corps des tranchées et récupéré 430 corps de la grange, en plaçant chacun dans une tombe individuelle.

Le 25 avril, la 102e a donné une cérémonie pour honorer les morts et a érigé une plaque commémorative pour les victimes, qui déclarait que les habitants de Gardelegen devront « garder ces tombes vertes pour toujours, comme sera conservée la mémoire de ces malheureux dans le cœur des hommes épris de liberté partout dans le monde ». Le 25 avril également, le Colonel George Lynch a adressé aux civils allemands de Gardelegen la déclaration suivante :

« On a dit au peuple allemand que les histoires d'atrocités allemandes étaient de la propagande des Alliés. Ici, vous pouvez voir par vous-même. Certains vont dire que les Nazis étaient responsables de ce crime. D'autres vont montrer du doigt la Gestapo. La responsabilité ne leur incombe pas — c'est la responsabilité du peuple allemand....Votre prétendue Race supérieure a démontré qu'elle est supérieure seulement en criminalité, cruauté et sadisme. Vous avez perdu le respect du monde civilisé. »

Enquête[modifier | modifier le code]

Erhard Brauny

Une enquête a été menée par le Lieutenant-Colonel Edward E. Cruise, de l'unité Crimes de Guerre de la Neuvième Armée.

Le texte du rapport du Lieutenant-Colonel Cruise et d'autres pièces sont archivés dans le fichier 000-12-242 de l'armée américaine.

Le SS-Untersturmführer Erhard Brauny (de), chef du transport des détenus évacués du camp de concentration de Mittelbau-Dora vers la ville de Gardelegen, a été jugé en 1947 par un tribunal militaire américain et condamné à la prison à perpépuité. Il est mort en 1950.

Le Kreisleiter Gerhard Thiele, responsable local du Parti nazi, qui a confirmé l'ordre d'exécution des détenus, échappa aux poursuites en prenant une fausse identité. Il est mort en 1994[3].

Les déclarations des survivants ont été recueillies par l'écrivain polonais Melchior Wańkowicz et publiées en 1969.

Monuments[modifier | modifier le code]

La ville de Gardelegen est maintenant un mémorial national, qui a été restauré par l'ancienne République démocratique allemande à partir de 1952 jusqu'en 1971.

Panneau au cimetière

Le panneau du cimetière, érigé par l'Armée américaine, est ainsi libellé :

« 

Gardelegen
Cimetière Militaire

Ici reposent 1016 prisonniers de guerre alliés qui ont été assassinés par leurs ravisseurs.

Ils ont été inhumé par les habitants de Gardelegen, responsables de garder ces tombes vertes pour toujours, comme sera conservée la mémoire de ces malheureux dans le cœur des hommes épris de liberté partout dans le monde.

Établi sous l'autorité de la 102e Division d'Infanterie de l'Armée des États-Unis. Le vandalisme sera puni par les peines maximales selon les lois du gouvernement militaire.

Frank A. Keating Major Genéral, Commandement des États-Unis d'Amérique »

Le panneau sur le mur restant de la grange, mis en place par les autorités de la République démocratique allemande, indique :

« VOUS ÊTES DEVANT LES RUINES D'UNE GRANGE, OÙ UN DES CRIMES LES PLUS CRUELS DU FASCISME A ÉTÉ COMMIS. DURANT LA NUIT DE LEUR LIBÉRATION, QUELQUES HEURES AVANT L'ARRIVÉE DES FORCES ALLIÉES, 1016 RÉSISTANTS ANTI-FASCISME DE TOUTES NATIONALITÉS ONT ÉTÉ BRUTALEMENT ET INHUMAINEMENT BRÛLÉS VIVANTS. SI JAMAIS VOUS RESSENTEZ DE L'INDIFFÉRENCE OU DE LA FAIBLESSE DANS LA LUTTE CONTRE LE FASCISME ET LA MENACE IMPÉRIALISTE DE GUERRE, SOYEZ RENFORCÉS PAR NOS MORTS INOUBLIABLES. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Daniel Blatman, The Death Marches, Harvard University Press, , 592 p. (ISBN 0674059190, lire en ligne), p. 272-279.
  2. (en) Michael Hirsh, The Liberators: America's Witnesses to the Holocaust, Random House Publishing Group, , 384 p. (ISBN 055390731X, lire en ligne), p. Chapter 9.
  3. a b c d e et f Michel Germain, Mémorial de la déportation: Haute-Savoie, 1940-1945, La Fontaine de Siloë, , 351 p. (ISBN 2842060911, lire en ligne), p. 208-209.
  4. (en) « AMERICANS SEIZE MURDERER OF 1,000 », The New York Times,‎ (lire en ligne)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Daniel Blatman: Die Todesmärsche 1944/45. Das letzte Kapitel des nationalsozialistischen Massenmords. Reinbek 2011, (ISBN 978-3-498-02127-6).
  • Andreas Froese-Karow: „Gedenken gestalten.“ Das neue Besucher- und Dokumentationszentrum der Gedenkstätte Feldscheune Isenschnibbe Gardelegen, in: Gedenkstättenrundbrief Nr. 183 (2016), S. 35–43.
  • Diana Gring: Das Massaker von Gardelegen. Ansätze zur Spezifizierung von Todesmärschen am Beispiel Gardelegen. In: Detlef Garbe, Carmen Lange (Hrsg.): Häftlinge zwischen Vernichtung und Befreiung. Bremen 2005, (ISBN 3-86108-799-5), S. 155–168.
  • Diana Gring: Die Todesmärsche und das Massaker von Gardelegen – NS-Verbrechen in der Endphase des Zweiten Weltkrieges, Gardelegen 1993.
  • Diana Gring: "Man kann sich nicht vorstellen, daß die Nacht jemals ein Ende hat": Das Massaker von Gardelegen im April 1945, in: Detlef Garbe, Carmen Lange, Carmen (Hrsg.): Häftlinge zwischen Vernichtung und Befreiung. Die Auflösung des KZ Neuengamme und seiner Außenlager durch die SS im Frühjahr 1945, Bremen 2005, (ISBN 3-86108-799-5), S. 52–56, digital abrufbar (PDF;47 kB).
  • Torsten Haarseim: Gardelegen Holocaust (en allemand). Éditions winterwork, 2013, (ISBN 978-3-86468-400-5).
  • Thomas Irmer: Neue Quellen zur Geschichte des Massakers von Gardelegen, in: Gedenkstättenrundbrief 156 (2010), S. 14–19.
  • Ulrich Kalmbach, Jürgen M. Pietsch: Zwischen Vergessen und Erinnerung. Stätten des Gedenkens im Altmarkkreis Salzwedel, Delitzsch 2001.
  • Landeszentrale für politische Bildung Sachsen-Anhalt (Hg). Verortet. Erinnern und Gedenken in Sachsen-Anhalt. Magdeburg 2004.
  • Joachim Neander: Gardelegen 1945. Das Ende der Häftlingstransporte aus dem Konzentrationslager "Mittelbau", Magdeburg 1998.
  • Ingolf Seidel: Gedenkstätte Feldscheune Isenschnibbe - Ausbau mit Hindernissen, LaG-Magazin, Sonderausgabe vom 15. März 2017.
  • Une Histoire de Soldat sur le Mal Nazi, Effingham Daily News, le .

L'article en anglais reprend le texte de l'United States Holocaust Memorial Museum, et a été publié sous la licence GFDL.

Liens externes[modifier | modifier le code]