Salle du Manège

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La salle du manège sur le Plan de Turgot (1739).

La salle du Manège, au Jardin des Tuileries à Paris, a été le lieu de réunion des assemblées parlementaires pendant la Révolution française de 1789 à 1798. Louis XVI y a été jugé et condamné à mort le 21 janvier 1793.

Une école d'équitation aux Tuileries de Henri IV à Louis XVI[modifier | modifier le code]

L'emplacement[modifier | modifier le code]

Le premier projet d'un lieu d'exercice pour les chevaux des écuries royales aux Tuileries remonte à Catherine de Médicis[1]. La construction de la Grande Écurie, dite Écurie du Roi et l'implantation du manège qui y est annexé le long du mur Nord du jardin des Tuileries ne se réalise que dans les années 1560. Tandis que la charpente des écuries par Philibert Delorme[2] est célébrée par Viollet-le-Duc[3], le manège reste un espace d'exercice ouvert pris sur le jardin.

Le bâtiment[modifier | modifier le code]

Le bâtiment du manège couvert est érigé à l’extrémité ouest de la carrière de l'écurie des Tuileries en 1721 pour la formation à l'équitation du jeune Louis XV. La salle en forme de parallélogramme mesure, d'après le plan ci-dessous, 51 m de long, environ 14 m de large, 9 m de haut. Elle est éclairée par 6 croisées de chaque côté, large chacune d'environ 1,4 m. Une galerie court le long des côtés.

Mais Louis XV part pour Versailles dès 1722 et le manège devient dépôt de voitures et des corbillards de la Cour pendant près de 20 ans[4],[5]

L'académie d'équitation[modifier | modifier le code]

En 1743, Charles de Lorraine, comte d'Armagnac, Grand écuyer de France, accorde à François Robichon de La Guérinière, écuyer du roi, le droit d'utiliser le manège pour y créer et y exploiter une académie d'équitation. La Guérinière équipe à ses frais la salle d'un logement "de fonction", de chambres de domestiques, de remises et d'une écurie pour 50 chevaux. Il meurt en 1751 et le manège est repris par son adjoint François-Ignace Lesieurre, sieur de Croissy, qui démissionne en 1758. Le Manège de Paris passe sous la direction de Jacques-Philippe Dugard, descendant d'une longue lignée d'écuyers du Roi. C'est Louis Dugard, son neveu, écuyer en chef titulaire du Manège en 1767 qui le transmet à Jean-Baptiste Grimoult de Villemotte, son adjoint, en 1776. L'académie royale d'équitation compte alors une quarantaine d'élèves dont la moitié de pensionnaires.

En octobre 1789 c'est donc Villemotte, occupant du manège et directeur de l'académie d'équitation, que la commission Guillotin expulse sans indemnités malgré ses nombreuses requêtes et la présentation des justificatifs des frais engagés lorsqu'il avait pris possession des lieux[6].

Les Assemblées parlementaires au Manège de 1789 à 1798[modifier | modifier le code]

Quatre assemblées parlementaires siègent successivement au Manège[7]  :

Le Manège, « au plus près du Roi »[modifier | modifier le code]

Les 5 et 6 octobre 1789, des milliers de femmes parisiennes marchent sur Versailles et envahissent le château. Le roi et sa famille n'ont pas d'autre choix que de se soumettre à l'injonction de la foule et doivent immédiatement s'installer à Paris, au Palais des Tuileries[8]. L'assemblée nationale ne peut faire moins que de suivre le roi, encore dépositaire du pouvoir légitime. Le 6 octobre, à l'invitation du roi, elle décrète le principe de son transfert à Paris « au plus près de sa personne », puis, dans sa séance du matin du 9 octobre 1789 elle nomme une commission chargée de rechercher « le local qui lui convient ». Sont membres de cette commission MM. Guillotin, le duc d'Aiguillon, de Colbert de Seignelay, évêque de Rodez, MM. Lapoule, le marquis de Gouy-d'Arsy, Le Peletier de Saint-Fargeau[9].

Aucune salle du Palais ne pouvant accueillir les travaux des quelque 1 200 députés composant l'assemblée, la commission jette son dévolu sur la Salle du Manège. En attendant que les aménagements nécessaires soient terminés, l'assemblée va siéger provisoirement dans une salle de l'archevêché de Paris où des gradins sont installés à la hâte. Les pièces attenantes sont rapidement aménagées pour les bureaux et les comités. L'assemblée s'installe à l'Archevêché le lundi 19 octobre 1789. Mais la chute de quelques appuis de la galerie et les dommages et blessures qui s'ensuivent amènent l'assemblée à quitter l'archevêché le 7 novembre pour prendre possession du Manège le lundi suivant[10].

La salle et ses aménagements[modifier | modifier le code]

C'est à Pierre-Adrien Pâris, architecte de l'Académie, que revient le soin de dresser les plans de la salle et de surveiller l'exécution des travaux. Suivant les indications générales données par les parlementaires membres de la commission d'installation, Pâris place au milieu de chacun des grands côtés du rectangle les deux tribunes de prise de parole. La tribune du Président de séance adossée au mur du côté de la terrasse des Feuillants domine l'estrade où sont posées, d'après les gravures d'époque, une grande table ovale et quatre chaises pour les députés chargés à tour de rôle du secrétariat de séance. L'orateur leur fait face. Toutes les personnes, non parlementaires, que l'Assemblée souhaite ou accepte d'entendre, pétitionnaires, députations de villes ou de quartiers, témoins, officiers, ministres, le souverain lui-même, prennent la parole "à la barre" sous la tribune de l'orateur. Cette disposition doit permettre à la plus grande partie de l'assistance d'entendre, et si possible de comprendre, les propos du président, des orateurs et des non-parlementaires. D'après les acteurs[11]et les témoins de l'époque, cet objectif est loin d'être atteint [12].

Plan de la Salle du Manège des Tuileries en 1789 par Pierre-Adrien Pâris, architecte de l'Académie Voir version agrandie


Les parlementaires s'installent librement sur les banquettes posées sur six rangées de gradins élevés tout autour de la salle. Ces banquettes, pourvues d'un dossier, ont une assise rembourrée recouverte de maroquin vert[13].

Séance à la salle du manège.

Les tribunes situées sur les petits côtés du rectangle aux deux extrémités de la salle sont ouvertes au public qui y accède librement par des escaliers extérieurs. Sur le grand côté Nord, au-dessus des gradins des députés, la tribune est réservée aux suppléants et aux députés des villes de commerce et à ceux de la Commune de Paris. On y accède, sur invitation d'un député et avec une carte, par un escalier extérieur au bout du passage couvert installé dans le jardin des Feuillants. La tribune Sud, côté terrasse des Feuillants est occupée par des députés et des personnes admises par le président. Ces quatre tribunes, elles-mêmes équipées de quelques gradins, bien entendu montés en bois, sont propices aux manifestations diverses et toujours bruyantes de celles et ceux qui n'hésitent pas à commenter les travaux de l'Assemblée[14]

La salle est équipée de quatre ventilateurs, de deux gros poëles, de diffuseurs d'aromates, tous équipements destinés, selon les commissaires de la salle, à assurer un minimum de salubrité dans un local assez confiné où se tiennent chaque jour pendant une dizaine d'heures entre 500 et 1500 personnes.

De nombreux journalistes sollicitent l'autorisation d'assister aux séances et de prendre des notes. Ils sont accrédités nominativement par les commissaires de l'Assemblée Nationale et bénéficient de places réservées soit dans des loges aux quatre coins du plancher soit dans la tribune à côté du président. Un emplacement spécial est réservé aux rédacteurs de la Société du Logographe au motif qu'étant capables d'utiliser une toute nouvelle méthode de sténographie ils déclarent pouvoir prendre en note l'intégralité des débats et en remettre le texte au président. Le 15 novembre 1790, l'Assemblée les autorise à s'installer sur la tribune construite près du président, dans une petite loge grillagée qui, comme on l'indique ci-dessous, joue un rôle historique le 10 août 1792 [15].

Entretemps, des projets de transformation de la salle ont été étudiés pour tenir compte de la diminution du nombre de députés lors de la création de l'Assemblée législative. Le 1er octobre 1791, de 1200 à la Constituante les députés ne sont plus que 740. Quatremère de Quincy pense que le moment est donc venu d'adapter la configuration de la salle pour améliorer la compréhension des discours et débats[16]. Sa proposition, ajournée et réexaminée le 8 décembre débouche le 27 décembre 1791 sur la décision de reconfigurer la salle, échanger l'emplacement des tribunes du président et de l'orateur, rapprocher les banquettes des députés et diminuer leur nombre. Il n'est pas certain que les dispositions proposées par Calon au nom du comité des inspecteurs de la salle et adoptées en séance aient été mises en œuvre. On peut en douter au vu des descriptions du procès de Louis XVI et en observant les gravures de cet événement[17].

Autour du Manège : Les services des assemblées[modifier | modifier le code]

La salle, elle-même déjà trop petite pour des réunions rassemblant potentiellement plus d'un millier de personnes, ne peut héberger aucun des services indispensables à une assemblée d'élus, à l'exception de deux salles situées du côté Est, vers les Tuileries, où, comme l'indique le plan ci-dessus, peuvent se tenir le président et les secrétaires de séance.

Accès au Manège en 1790 par les ex-couvents des Capucins et des Feuillants. Agrandir l'image.

Dans un premier temps, des pièces et quelques salles des grands bâtiments voisins, le couvent des Capucins et le couvent des Feuillants sont réquisitionnées en vertu du décret du 2 novembre 1789 mettant les biens du clergé à la disposition de la Nation. Des baraquements sont construits dans le jardin des Feuillants pour héberger les comités. Le 30 juillet 1790, l'Assemblée Nationale adopte un décret autorisant la Municipalité de Paris à faire évacuer le couvent des Capucins de la rue Saint-Honoré pour être employé au logement de plusieurs services de l'Assemblée et à l'installation, dans le réfectoire, de l'imprimerie de Baudouin, concessionnaire des travaux d'impression de l'Assemblée[18].

Les archives de l’Assemblée nationale sont logées dans la bibliothèque du couvent des Feuillants[19], le trésor des dons patriotiques dans le logement du prédicateur, le bureau du géographe dans le cloître.

Pour relier les bureaux à la salle de l’Assemblée nationale on a dressé, dans le jardin des Feuillants, un passage en planches, couvert de coutil rayé, qui mène à la porte du personnel. La grande porte à l'Est ouvre sur la cour du Manège (emplacement de l'actuelle rue de Rivoli) que bordent les salles abritant les corps de garde. Voir le plan ci-dessus dressé par G. Lenôtre[20].

Le Manège, un haut-lieu de l'histoire politique de la France[modifier | modifier le code]

- Emplacements et clivages politiques
Très tôt après avoir pris possession de leur nouveau lieu de débats, la vie politique se polarisant rapidement, les Constituants se regroupent dans la salle du Manège selon les sensibilités. Bon nombre de membres du clergé et du Tiers-Etat, dont plusieurs sont membres du Clubs des Augustins ou du Club des Capucins, siègent sur les bancs placés à droite de la tribune du président. La couleur de leurs vêtements les fait surnommer "les Noirs". Les "patriotes", souvent membres du Club des Jacobins, siègent sur les bancs placés à la gauche de cette même tribune présidentielle. Fin 1789, début 1790, on observe des mouvements symboliques de députés quittant les travées à la droite du président pour s'installer sur les travées à sa gauche. Ces mouvements obligent d'ailleurs le personnel de la salle à déplacer les bancs[21].

Sous la Convention, à partir d'octobre 1792, la disposition des députés est moins évidente. Les « Montagnards » choisissent les bancs les plus élevés à droite du président. De leur côté, les Girondins placent sur les bancs à gauche du président. Enfin, le tiers parti du « Marais », également appelé la « Plaine », occupe les rangs inférieurs, entre les deux autres groupes.

- Quelques dates remarquables[22]

  • 21 octobre 1790 : Décret de l'Assemblée nationale par lequel le drapeau tricolore remplace le drapeau blanc de la royauté.
  • 28 avril 1791 : Louis XVI demande à l'Assemblée de le laisser se déplacer librement[23].
  • 14 septembre 1791 : Le roi prête serment à la Constitution devant l'Assemblée Nationale[24]. La reine est présente dans la loge du Logographe[25]
  • 9 novembre 1791 : Décret de l'Assemblée Législative enjoignant aux émigrés de revenir en France avant le 1er janvier 1792.
  • 10 août 1792 : Lors de la prise des Tuileries, la famille royale se réfugie à l'Assemblée. Vergniaud, président de séance, autorise la famille royale à occuper la loge du Logographe séparée symboliquement de la salle par une grille, car la Constitution interdit au roi de se trouver dans la salle de l'assemblée pendant une séance[26].
  • 21 septembre 1792 : Abolition de la royauté.
  • 22 septembre 1792 : Proclamation de la République par décret de l'Assemblée. Les actes publics sont désormais datés à partir de l'an I de la République.
  • 11 décembre 1792 : Début du procès de Louis XVI.
  • 17 janvier 1793 : Résultat du vote sur la peine à infliger au roi.
  • 20 janvier 1793 : Refus du sursis à l'exécution du jugement du roi par la Convention.
  • 15-16 février 1793 : Condorcet présente un projet de Constitution finalement non adopté.
  • 6 avril 1793 : Création du Comité de Salut Public par la Convention.
  • 14 frimaire an V [4 décembre 1796], le Conseil des Cinq-Cents abroge une partie de la loi du 25 octobre 1795 contre les émigrés et les prêtres réfractaires.

La fin du Manège des Tuileries[modifier | modifier le code]

Depuis le transfert du Conseil des Cinq-Cents au Palais-Bourbon en janvier 1798 la salle du Manège reste sans affectation. C'est ce qui permet à la Réunion d'amis de la liberté et de l'égalité, résurgence déguisée, et éphémère, du Club des Jacobins d'occuper le Manège pendant quelques semaines à partir du 18 messidor an VII [7 juillet 1799][27].

La salle perd à nouveau toute animation à la fin d'août 1799.

En 1802, son sort est scellé avec la décision de créer le long des Tuileries une grande artère qui doit prendre le nom de Rivoli.

Le Manège, mais aussi les couvents des Feuillants et des Capucins sont donc démolis en 1804 lors du percement de la rue de Rivoli et de la rue de Castiglione[28]. Une plaque commémorative est apposée sur la grille du jardin des Tuileries, face au débouché de la rue de Castiglione, à la hauteur de l'actuel n°230 de la rue de Rivoli (Voir la plaque).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Armand Brette, Histoire des édifices où ont siégé les assemblées parlementaires de la Révolution française et de la première République, Paris, Imprimerie Nationale, 1902, T. 1, XCII + 359 p. Lire en ligne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. A. Berty, H. Legrand, Topographie historique du vieux Paris, Région du Louvre et des Tuileries, Paris, Imprimerie Impériale, 1868, 2 tomes.
  2. J.-M. Pérouse de Lenclos, « Philibert de l'Orme à Paris, les Tuileries et l'Arsenal », Revue de l'Art, 1996, vol. 111, n°1, p. 40-50. Lire en ligne
  3. E. Viollet-le-Duc, Notice sur le palais des Tuileries, Paris, Imprimerie de Guiraudet et Jouaust, 1836, p. 45. Lire en ligne.
  4. J.-C. Daufresne, Louvre et Tuileries, architectures de papier, Pierre Madarga, Paris, 1987.
  5. J. Glikman, La belle Histoire des Tuileries, Paris, Flammarion, 2016.
  6. M. Dumolin, « Les Académies parisiennes d'équitation, III .- Le déclin », Bulletin de la Société archéologique, historique & artistique le Vieux papier, 1926-04, p. 556-572, Lire en ligne.
  7. J. Tulard, J.-F. Fayard, A. Fierro (dir.), Histoire et Dictionnaire de la Révolution française 1789-1799, Paris, R. Laffont, 1987, coll. Bouquins.
  8. J.-C. Petitfils, Louis XVI, Paris, Perrin, 2005, p. 718-739.
  9. Archives Parlementaires, t. 9, Séance du 9 octobre 1789, p. 390, Lire en ligne.
  10. Archives Parlementaires, t. 9, séance du 27 octobre 1789, p. 589 Lire en ligne.
  11. Des parlementaires comme Quatremère de Quincy ou Vergniaud cités par E. Lintilhac, « La salle du Manège », La Révolution française, revue historique, vol. 70, 1917, p. 289-295. Voir les témoignages en ligne
  12. Journal de Paris, 10 novembre 1789, N°314, p. 1459. Lire en ligne
  13. J. F. Reichardt, Un prussien en France en 1792, Paris, Perrin, 1892, Lettre XXVII du 5 mars 1792, p. 202-206Lire en ligne.
  14. A. Young, Voyages en France pendant les années 1787-1789,..., Paris, Guillaumin, 1882, t. 1, p. 352 Lire en ligne.
  15. Tuetey, A., Répertoire général des sources manuscrites de l'histoire de Paris pendant la Révolution Française, Paris, Imprimerie Nouvelle, 1890-1914, t. II, n°2840-2864, p. 309-311. Lire en ligne.
  16. Journal de Paris, 12 octobre 1791, n°285. Lire en ligne.
  17. Voir une des gravures du procès.
  18. Tuetey, Répertoire, t. III, p. xxx.
  19. Affiches, Annonces et Avis divers, ou Journal Général de France, 2 août 1790, p. 2295. Lire en ligne
  20. G. Lenôtre, Paris révolutionnaire, Paris, Firmin-Didot, 1895, 420 p. Consulter en ligne.
  21. T. Tackett, Par la volonté du Peuple. Comment les députés de 1789 sont devenus révolutionnaires, Paris, Albin Michel, 1997, p. 243-250.
  22. J. Tulard et autres dir., Histoire et dictionnaire,..., p. 320-355.
  23. Voir la gravure.
  24. Voir une gravure de cet événement.
  25. Archives parlementaires, t. 31, p. 625.
  26. Archives Parlementaires, t. 47, p. 636-637. Lire en ligne.
  27. F. A. Aulard, « Les derniers Jacobins », La Révolution française, revue historique, Vol. 26, janvier 1894, p. 389-406. Lire en ligne.
  28. Voir ces nouvelles voies en surimpression sur la carte de l'ancien parcellaire de la zone Louvre-Tuileries présentée par I. Delage et C. Prévot, Atlas de Paris au temps de Napoléon, Paris, Parigramme, 2014, p. 137.

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