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L'Ami du peuple (1789)

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L'Ami du peuple
Numéro attaquant Necker.
Format
Langue
Fondateur
Genre
Date de création
Périodicité
Quotidien irrégulier
Date de fin
23 septembre 1792
Date de dissolution
Pays
France
ISSN
1967-4473
2418-5671Voir et modifier les données sur Wikidata
Sites web

L'Ami du peuple est un journal politique français fondé par Jean-Paul Marat en septembre 1789 et publié jusqu'en 1792. D'abord intitulé Le Publiciste parisien pour ses cinq premiers numéros, il adopte le titre de L'Ami du peuple accompagné de la devise Vitam impendere vero (« Consacrer sa vie à la vérité »). Entièrement rédigé par Marat, ce quotidien radical devient l'un des organes les plus influents de la presse révolutionnaire populaire, servant de guide aux revendications des masses parisiennes lors des grandes journées révolutionnaires.

Sous la menace constante de poursuites judiciaires, le journal connaît une parution irrégulière marquée par de longues interruptions. Élu député à la Convention nationale en septembre 1792, Marat transforme sa publication en Journal de la République française, puis Publiciste de la République française. Le dernier numéro paraît le 14 juillet 1793, au lendemain de son assassinat par Charlotte Corday.

Le journal paraissait également sous forme de placards, signés « L'Ami du peuple », affichés sur les murs de Paris.

Ligne éditoriale et contenu

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Le journal porte le sous-titre : « Journal politique, libre et impartial, par une société de patriotes et rédigé par M. Marat ». Cette mention collective est toutefois trompeuse : L'Ami du peuple est avant tout l'œuvre d'un seul homme, fait assez rare dans la presse révolutionnaire[1].

Au-delà du simple titre d'un périodique, l'Ami du peuple désigne également un personnage incarnant les vertus du patriote révolutionnaire idéal : courageux, déterminé, dévoué à la justice et doté d'un « sixième sens » politique infaillible capable de percer les mensonges pour révéler la réalité sous-jacente[2].

Marat s'adresse explicitement aux classes populaires : « les cultivateurs, les petits marchands, les artisans & les ouvriers, les manœuvres & les prolétaires, comme les appelle la richesse insolente »[3]. Dès les premiers numéros, il dénonce les nouvelles inégalités qui se dessinent : « l'aristocratie des riches remplacerait donc l'aristocratie des nobles »[4]. L'Ami du peuple établit ainsi une opposition systématique entre « les riches qui forment les suppôts du despotisme » dans toutes les institutions et « les pauvres qui réclament les premiers contre la tyrannie »[5], construisant ainsi une rhétorique de combat de classe au service de la mobilisation populaire.

La répression de la mutinerie de Nancy à l'été 1790 et le sort réservé aux soldats suisses du régiment de Châteauvieux consolident la réputation de Marat comme lanceur d'alerte prompt à dénoncer les complots[6]. Il est l'un des rares précurseurs du journalisme d'investigation à l'époque révolutionnaire[7]. Cette posture lui confère un statut de protagoniste de premier plan. Son engagement en faveur de l'égalité sociale, son hostilité envers les autorités constituées et sa capacité à braver l'impopularité et l'isolement en font un des modèles du journalisme radical révolutionnaire. Refusant de se soumettre à la répression, Marat mobilise un réseau de soutiens pour diffuser son périodique et faisant tout son possible pour cultiver de bonnes relations avec des vendeurs fiables[8].

L'Ami du peuple se distingue par le radicalisme de ses positions et la violence de ses appels à l'action directe contre les modérés, servant de guide aux revendications et manifestations des masses populaires parisiennes. Le journal pratique la dénonciation nominative virulente de personnalités politiques. Ainsi, Lafayette est accusé d'avoir « fait massacrer les patriotes de Nancy », « voulu massacrer les Parisiens » opposés à la fuite du roi, et « fait égorger les femmes et les enfants des patriotes du Champs-de-Mars »[9]. L'Ami du peuple mène une guerre de plume contre les journalistes rivaux, dénonçant « tous les Brissot, les Beaulieu, les Robin » comme « fripons soudoyés » et « endormeurs affidés »[10], tout en revendiquant le monopole des « vérités incontestables ».

Par son journal, Marat souhaite exprimer les aspirations des sans-culottes à une remise en cause radicale de l'ordre social. L'Ami du peuple devient ainsi l'organe lors des grandes journées révolutionnaires : les 5 et 6 octobre 1789, le 17 juillet 1791, le 10 août 1792, les massacres de septembre 1792 et la chute des Girondins au printemps de 1793.

Production et diffusion

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L'Ami du peuple est une publication de huit à seize pages de petit format (in-8°), rédigée entièrement par le seul Marat. Le journal suit d'abord l'actualité de l'Assemblée nationale, puis l'actualité politique en général. Il paraît quotidiennement, même le dimanche, et se compose souvent de lettres de lecteurs et de « brèves »[11].

L'imprimerie de Marat ne disposant que de deux presses en janvier 1790, les tirages ne pouvaient excéder 5 000 à 6 000 exemplaires ; les estimations contemporaines évaluent les ventes réelles à environ 3 000 exemplaires[12], chiffres modestes comparés à l'influence politique du journal.

Paradoxalement, le journaliste radical qui avait le plus instamment appelé à une insurrection populaire contre la monarchie et l'Assemblée législative se trouve largement marginalisé à l'approche du 10 août 1792 : occupé à échapper à la police, Marat ne parvient à publier que trente numéros de son journal durant les quatre-vingt-dix jours précédant la journée révolutionnaire, et aucun entre le 22 juillet et le 7 août[13].

Le premier numéro, daté du , le journal porte le nom de Le Publiciste parisien[14]. Après cinq numéros et une évolution de son contenu, il change de titre et devient L'Ami du Peuple, le [15]. Ce nom va se confondre avec celui de son créateur et rédacteur.

Contexte et création (1789)

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Dès le , Marat propose au Comité du district des Carmes dont il est membre « d'avoir une presse et de trouver bon que sous ses auspices, [il] servît la patrie, en rédigeant l'histoire de la Révolution »[16]. Sa proposition rejetée, il quitte le comité électoral.

A la faveur de la nuit du 4 août, il rédige une critique virulente et dénonce une manœuvre politique. Devant le refus du comité de police de la Commune de Paris de l'autoriser à imprimer et les réticences des imprimeurs, ce texte ne devait paraître qu'en septembre dans les numéros 11 et 12 de L'Ami du peuple[16]. Sa comparution devant la Commune le le place déjà sous la menace d'une arrestation.

Le Marat lance à ses frais un premier périodique, Le Moniteur patriote. À partir de ce moment, l'acteur politique et le journaliste se confondent, chaque écrit entraînant un positionnement politique nouveau par le jeu de la censure et des poursuites[16].


Interruptions

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Marat porté en triomphe par le peuple après son acquittement par le Tribunal révolutionnaire. Gravure anonyme de 1793.

Marat est cité à comparaître devant le tribunal du Châtelet pour « excitations aux violences ». Ses insultes dans le no 97 () contre M. Bouchet d'Argis, conseiller au Châtelet chargé de l'affaire, lui valent un décret de prise de corps (arrestation) signé par le maire de Paris Jean Sylvain Bailly. Trois mois durant, Marat se cache à Paris, puis s'exile à Londres, pour revenir entre le 10 et le . Pendant son absence, des exemplaires contrefaits sont publiés, en particulier par un M. Vaudin qui a publié trente numéros.

Marat commence à publier un second journal, le Junius français, dont le premier numéro est daté du , et imprimé par Anne Félicité Colombe, de juillet 1790 à mars 1791[17].

Le , jour de l'acceptation de la constitution par Louis XVI, Marat quitte la France pour échapper au graveur Maquet dont il a séduit la femme pendant que celui-ci lui donnait asile, pour s'établir à Londres. L’Ami du peuple du est daté de Clermont-de-L'Oise, celui du 23 de Breteuil, celui du 27 d'un hameau proche d'Amiens, puis il revient à Paris.

La parution s'interrompt le et reparaît après une interruption de quatre mois, grâce à l'argent et l'aide de Simone Évrard, devenue sa compagne, dont le beau-frère travaillait dans un des ateliers qui l'imprimait.

Pendant l'interruption, Marat a publié le le prospectus d'un nouveau journal, l’École du citoyen dont le premier numéro n’a jamais paru.

La publication s'arrête définitivement, après trois années et 685 numéros, au numéro daté du .

Impact politique

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Postérité

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L’Ami du peuple a continué sa parution, sous le titre Journal de la République française, dont le premier numéro paraît sans date le , jour de la proclamation de la République par la Convention[18]. François-Vincent Raspail a fondé, lors de la Révolution française de 1848, un journal intitulé L’Ami du peuple[19].

  • « Aux Armes ! C'en est fait de nous ! », le



Notes et références

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  1. Popkin 2011, p. 42.
  2. Conner 2012, p. 46.
  3. Jean-Paul Marat, « Observations de l'ami du peuple à son correspondant », L'Ami du peuple, no 451, 7 mai 1791, Paris.
  4. Jean-Paul Marat, Le Publiciste parisien, no 4, 14 septembre 1789, Paris.
  5. Jean-Paul Marat, L'Ami du peuple, no 543, 2 septembre 1791, Paris.
  6. Conner 2012.
  7. Popkin 2011, p. 58.
  8. Popkin 2011, p. 70.
  9. Jean-Paul Marat, L'ami du peuple, no 543, 2 septembre 1791, Paris.
  10. Jean-Paul Marat, L'ami du peuple, no 441, 27 avril 1791, Paris.
  11. Goëtz et de Cock 1990, p. 928-930.
  12. Popkin 2011, p. 84.
  13. Popkin 2011, p. 138.
  14. Alfred Bougeart, 1865, p. 184
  15. Alfred Bougeart, 1865, p. 186
  16. a b et c Bianqui, p. 36.
  17. Frédéric Braesch, Le Père Duchesne d'Hébert : édition critique avec une introduction. Les Origines. La Constituante, t. 1, Paris, Sirey, coll. « Société d'histoire de la Révolution française », , p. 74.
  18. Funck-Brentano
  19. Jonathan Barbier, « François-Vincent Raspail ou « L’Ami du Peuple » en 1848 », dans Edward Castleton et Hervé Touboul, Regards sur 1848, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, , 416 p., 21 cm (ISBN 978-2-84867-539-8, OCLC 932068713, DOI 10.4000/books.pufc.22644), p. 339-60.

Bibliographie

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  • Alfred Bougeart, chap. XII « Journal L'Ami du peuple », dans Marat, l'ami du peuple, t. 1, Paris, A. Lacroix, Verboeckhoven & Cie, , 432 p., 21 cm (lire en ligne), p. 182-213.
  • Gaston Martin, Marat, l'œil et l'ami du peuple, Paris, Rieder, , 260 p.
  • Charlotte Goëtz et Jacques de Cock, « Editer Marat », French Historical Studies, vol. 16, no 4,‎ , p. 928-930
  • Louis R. Gottschalk, « The Radicalism of Jean Paul Marat », The Sewanee Review, vol. 29, no 2,‎ , p. 155-70
  • Jeremy Popkin, La Presse de la Révolution : Journaux et journalistes (1789-1799), Paris, Odile Jacob, coll. « Travaux du Collège de France »,
  • Hugo Rozbroj, Jean-Paul Marat (1743-1793), coll. « Historische Studien » (no 135)
  • Agnès Steuckardt, « Les ennemis selon L'Ami du peuple, ou la catégorisation identitaire par contraste », Mots. Les langages du politique, ENS éditions, no 69, Révolutions,‎ , p. 7-22 (ISSN 1960-6001, DOI https://doi.org/10.4000/mots.10023, lire en ligne).
  • Christoph Streb et al., « Les amis du peuple : La médiatisation de la communication politique et le journalisme "populaire" de 1789 », Dix-huitième siècle, no 53,‎ , p. 197-212

Liens externes

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