Jacques Coulais

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Jacques Coulais
une illustration sous licence libre serait bienvenue
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 56 ans)
NiortVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité

Jacques, Paul, Firmin Coulais est un artiste peintre français né le à Fenioux (Deux-Sèvres) et mort à l’âge de 56 ans, le à Niort (Deux-Sèvres). Né dans une famille d’agriculteurs, il était le septième de huit enfants.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Devenu brutalement tétraplégique à l’âge de six ans à la suite d’une poliomyélite, il a surmonté ce handicap en construisant avec détermination une vie autonome centrée sur la pratique artistique et une intense vie sociale. Pendant plus de trente ans sa maison et son atelier ont été le pôle d’attraction de très nombreux artistes, amateurs d’arts ou simplement amis de Niort et de toute la France. À propos de jacques Coulais, l’historien et critique d’art Paul Ardenne a écrit : « l’art ne nous sauve pas du désastre mais du moins, il convertit le désastre en espérance ».[réf. nécessaire]

Après une enfance et une adolescence passée dans des instituts médicaux spécialisés et des établissements scolaires adaptés, il revient dans sa famille à l’âge de dix-neuf ans sans véritable formation.

Débuts[modifier | modifier le code]

De retour dans sa famille, il se met à peindre avec la bouche, en autodidacte. En 1978, il fait la connaissance d'un professeur d’art plastique qui le conseille et l’engage sur le chemin de l'aquarelle. La liberté que lui accorde cette technique ainsi que la souplesse de son application le fascinent. Cette rencontre et l’amitié partagée avec son professeur, l’entraînent et orientent très rapidement son travail du figuratif à l'abstraction dans une manière qu’il explore et qu’il retrouvera ensuite dans les travaux de Kandinsky et de Paul Klee.

Admis à l’école des Beaux Arts d’Angoulême, il en suit l’enseignement de 1981 à 1984 et obtient le Diplôme National Supérieur d'Expression Plastique à 31 ans.

Confirmation[modifier | modifier le code]

Quelques années plus tard, Jacques Coulais expose au Musée de Niort et depuis lors, son parcours est ponctué par sa participation à de nombreuses expositions organisées très régulièrement dans différentes villes françaises ainsi qu’à l’étranger.

Dans les années 1990, l’AAPBP, Association des Artistes Peignant de la Bouche et du Pied, lui ouvre ses portes. Elle donne aux artistes la possibilité de subvenir eux-mêmes à leurs besoins et de se consacrer à leur art, libérés de tout souci et préoccupation.

Jacques Coulais devient boursier de l'Association. Deux ans plus tard, il obtient le statut de membre associé. Il est membre titulaire depuis 1998. Cette remarquable association organise chaque année de nombreuses manifestations artistiques.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Jacques Coulais laisse une très abondante production aussi bien à l’aquarelle qu’à l’acrylique. Ses œuvres qui sont souvent de grand format sont chez des collectionneurs privés en France et en Europe ainsi qu’à l’AAPBP[1].

La peinture de jacques Coulais est une peinture le plus souvent abstraite nourrie de sa formation, de sa culture étendue et précise et des rêves, ou plus fréquemment des cauchemars, qui peuplaient ses nuits et dont il a conservé le souvenir au travers de quatre carnets qu'il a lui-même rédigés. Sa peinture est réalisée soit avec la bouche soit directement au sol avec les roues de son fauteuil.

Technique[modifier | modifier le code]

Peinture avec la bouche : aquarelle et peinture calligraphique[modifier | modifier le code]

Il faisait installer à sa table un papier très épais ou une toile, le plus souvent carrée, les pinceaux, les couleurs. Toute personne présente pouvait préparer ses couleurs. Il donnait en tout des instructions extrêmement précises et obtenait exactement la nuance recherchée. On lui tendait le pinceau qu’il tenait avec la bouche. Pour les grands formats, le pinceau était fixé sur une baguette qui pouvait atteindre un mètre de long.

Maîtrisant une technique très élaborée de l’aquarelle, il réalise ses œuvres avec la bouche avec une méticulosité acharnée : une peinture « pensive » faite de « gestes répétitifs et patients » qui « relèvent du travail sur soi[2] ». Cette peinture se réfère soit au mandala - une multitude de tâches et de couleurs couvrent la surface et lui donnent son rythme et sa lumière – soit à la peinture calligraphique, une écriture singulière, dépourvue de signification dont l’inconscient est le principal moteur, une écriture abstraite qui n’exprime que sa propre esthétique. « Il n’est question que d’une seule chose, à savoir, l'impossibilité fondamentale de décrire, d’écrire une représentation du monde. Peut être ne s’agit-il que d’une tentative de gestuelle poétique !… Pour quelqu’un que le corps a abandonné, le geste est vital[3]. »

Travaux au sol[modifier | modifier le code]

S’il a pratiqué cette technique très régulièrement depuis l’école des Beaux-Arts le plus souvent à l’occasion de performances publiques, dans ses dernières années sous l’influence de la galeriste Barbara Polla il s’y consacra davantage, imaginant de nouvelles formes d’expression.

L’installation très délicate du dispositif de travail fait de toile et de bâche, la préparation et la disposition des couleurs nécessitaient une grande rigueur et étaient, le plus souvent, assurées par la plasticienne Martine Hoyas.

Pour pinceau, il se servait des roues de son fauteuil qu’il enduisait d’acrylique en avançant et en reculant dans la peinture jusqu’à ce qu’elles soient recouvertes de la bonne manière. Ce travail met en jeu tout son corps. Selon la galeriste Barbara Polla (Analix Forever, Genève) : « Ce que Jacques Coulais peint c’est le mouvement dans une dynamique extrêmement physique mais aussi dans une élévation spirituelle. Jacques Coulais nous ouvre à la hauteur, une hauteur qui est, dans le mouvement, un dépassement de soi même[4] ».

À travers Painter, une vidéo inspirée par le travail de Jacques Coulais, le vidéaste Ali Kazma rend hommage aux capacités créatrices du corps humain. Pour lui : « le corps de Jacques Coulais, peintre, n’est pas ici celui d’un homme assis sur un fauteuil roulant électrique, mais un corps totalement intégré dans le processus du travail pictural, de la tête aux pneus[5] ».

Le carré[modifier | modifier le code]

Que ce soient les mandalas, les signes ou les travaux au sol, les œuvres de Jacques Coulais s’inscrivent généralement dans un format carré : « une figure simple où l’on peut jeter toute son énergie, explorer tout son espace » ; « où peuvent s’inscrire des figures symboliques, christiques, archétypales de l’ordre de la puissance [6] »

Représentation du corps[modifier | modifier le code]

La représentation du corps est une tentation permanente dans la vie et l’œuvre de Jacques Coulais, artiste abstrait que le corps a abandonné.

Il n’est pas uniquement cérébral, tous ses sens le sollicitent. Bien plus, jusqu'à la fin de sa vie il a éprouvé le souvenir et la sensation de courir.

Une de ses toutes dernières œuvres offerte à la personne qui l'a assisté dans ses années de maladie, est une tentative de représentation de son propre corps dont les membres sont représentés sous la forme de filaments.

On trouve dans ses travaux plusieurs portraits qui évoquent très précisément les personnes qu’il représente, les cheveux, les yeux, la bouche étant très caractéristiques.

Toute une série d’aquarelles de petit format représentent aussi des nus féminins souvent à la plage. Ces aquarelles sont caractérisées par des couleurs éclatantes et joyeuses.

Archives[modifier | modifier le code]

Ses archives comprennent environ 800 études dont certaines sont des œuvres très abouties représentant des personnages, des corps, des paysages, des maisons. Il en est aussi beaucoup qui traduisent l’angoisse et la violence des cauchemars qui habitaient ses nuits.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Société d'édition des Artistes Peignant de la Bouche et du Pied
  2. Citation de Paul Ardenne in Art, le présent : la création plastique au tournant du XXIe siècle, Éditions du Regard, 2009
  3. Citation de Jacques Coulais in CONTINUUM, voir la bibliographie.
  4. Citation de Barbara Polla dans son discours de présentation de l’exposition CONTINUUM – 16 mai 2011 - Niort.
  5. Citation de Artnet.com à propos de l’exposition de Jacques Coulais et Ali Kazma PAINTER présentée à Genève à la Galerie Analix Forever le 17 mars 2011.
  6. Citation de Jacques Coulais reprise du portrait documentaire de Marin Raguz (DVD dans Jacques Coulais Pictor Maximus, Corps & Toile, voir la bibliographie).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Opus, Paul Ardenne, Jacques Coulais, Éditions du Figuier, 1988.
  • Catalogue de l’exposition au Musée du Donjon, Niort, 1991.
  • In absentia, texte de Ami Barak, œuvres de Jacques Coulais, ACAPA Éditeur, 1992.
  • Du signe, de l'interprétation, de l'incomplétude : entretien de Paul Ardenne et Jacques Coulais, Revue La Licorne no 23, 1992.
  • Art, l’Âge Contemporain, Paul Ardenne, Éditions du Regard, 1997.
  • Une petite grammaire de signes, Jacques Coulais, Action Culturelle de l’Université de Poitiers, 2002.
  • Portfolio de 18 aquarelles, texte de Dominique Moncond’huy, 2003.
  • Peintures Please, Pay Attention, Please, Barbara Polla & Paul Ardenne, Éditions Le Bord de l’Eau – collection La Muette, 2010.
  • Jacques Coulais Pictor Maximus, Corps & Toile. textes de Barbara Polla et Paul Ardenne, entretien avec Ali kazma, Éditions TAKE FIVE - collection Trait d’Union, 2011.
  • Continuum, textes de Jacques Coulais et Régis Busschaërt, Éditions Le Courtil des Roses, 2011.

Lien externe[modifier | modifier le code]