Françoise Mézières

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Françoise Mézières
Mezieres.jpg

Françoise Mézières en 1985

Biographie
Naissance
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Voir et modifier les données sur Wikidata (à 82 ans)
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Activité

Françoise Mézières est une kinésithérapeute française (1909-1991), inventeur du concept de chaîne musculaire et de la Méthode Mézières. Aux yeux de nombreux professionnels, elle a révolutionné la rééducation et apporté une nouvelle vision de la mécanique humaine.

Biographie[modifier | modifier le code]

Mise à la porte du foyer familial à l’âge de 16 ans par un père autoritaire, la jeune fille doit s’assumer toute seule. Parallèlement à de nombreux petits boulots, elle s’essaye, avec succès, à l’escrime et à l’équitation. Véritable autodidacte, c’est presque par hasard qu’elle est amenée à entreprendre des études de kinésithérapie, tout en travaillant la nuit pour payer ses études.

Fruit de la Seconde Guerre mondiale et de l’épidémie de poliomyélite qui la suivit, la profession est naissante. L’optique de cette kinésithérapie originelle est fondée sur la récupération de la force musculaire, les grands blessés, puis les paralysés ne laissant guère d’autres options.

Par la suite, cette option thérapeutique se transforme en dogme, en pensée unique. Toutes les douleurs, toutes les dysfonctions sont attribuées à un hypothétique manque de force, toutes les déformations sont causées par une improbable inaptitude à résister à la néfaste gravité.

Les traitements ne consistent qu’à renforcer, encore et toujours. Les divergences entre les différentes écoles se cantonnant à des points de détail, des variantes autour du thème sans cesse revisité de la musculation et du gain de force.

Françoise Mézières fait ses études à l’École Française d’Orthopédie et de Massage de la rue Cujas à Paris, sous la direction de Boris Dolto. Elle obtient son diplôme d’état à la veille de l’évacuation de Paris devant l’avancée des troupes allemandes. Elle y apprend les techniques de l’époque, en particulier la « gymnastique corrective », fondée exclusivement sur le renforcement musculaire

Naissance d'une méthode[modifier | modifier le code]

Au lendemain de la guerre, l’école de la rue Cujas retrouve sa trace et lui demande de venir enseigner. Au printemps 1947, alors qu’elle vient juste de terminer la rédaction d’un opuscule, une sorte de compilation de la gymnastique médicale de l’époque[1], elle fait ce qu’elle appellera par la suite son « observation princeps ».

Observation princeps[modifier | modifier le code]

Lorsqu'un fastueux matin de printemps 1947, nous vîmes entrer dans notre cabinet une patiente présentant une superbe « cyphose », nous étions bien loin de nous douter que notre profession et le sort de légion de malades allaient être changés. Il s'agissait d'un sujet longiligne, très grande et maigre. Un corset de cuir et fer avait causé, non l'enraiement attendu des progrès, décidément inexorables, de son mal, mais des ecchymoses sur les hanches et autour des épaules, et encore sept vertèbres étaient à vif ainsi que l'angle inférieur des omoplates. Mais la malade ne s'en plaignait pas et elle venait parce qu'elle ne pouvait plus lever les bras ni travailler. Nous essayâmes, naturellement, les exercices de « redressement » et le travail des dorsaux en vue de fortifier les « extenseurs » du dos, mais la raideur était telle que rien n'était possible. Étendant alors notre malade à terre, en décubitus dorsal, nous appuyâmes sur les épaules et nous vîmes, à notre stupéfaction, se produire une énorme lordose lombaire alors que, examinée debout, la malade ne présentait absolument qu'une cyphose dorsale. Pour éviter d'ajouter un mal à celui qui existait déjà, nous basculâmes le bassin en arrière en amenant les genoux sur l'abdomen et, à notre nouvelle stupeur, nous vîmes l'hyperlordose lombaire ainsi effacée se reporter à la nuque, la tête se renversant en arrière sans qu'il fût possible de ramener le menton près du cou.

La porte sur la vérité était, devant nous, grande ouverte mais nous refusions de nous y engager et, doutant de nos yeux, nous renouvelâmes plusieurs fois l'expérience et, finalement, devant une consœur.

[…] Notre observation princeps était si inattendue, les faits constatés si surprenants pour un praticien pétri de théories orthodoxes, si admiratif envers ses maîtres qu'il tenait, jusque-là, pour de vrais savants, qu'il n'en voulut pas croire ses yeux. Mais l'insolente vérité était si évidente qu'il chercha alors, désespérément, à y voir une exception qui aurait confirmé la sacro-sainte règle. Il fallut se résigner au sacrilège et reconsidérer les bases de l'orthodoxie. Restait à dégager les lois de cette physiologie absolument méconnue, en découvrir les mécanismes. Alors succédèrent aux affres de l'apostasie les délices de l'hérésie. C'est en effet une ineffable joie que de vérifier à chaque instant, et de mille façons, le bien-fondé d'une théorie, telle qu'elle explique lumineusement les causes de tous les dysmorphismes et sur quoi peut être édifiée une technique à coup sûr curative[2].

Dans les années qui suivent, elle vérifie que son observation princeps a valeur scientifique, c’est-à-dire qu’elle se reproduit immanquablement dans les mêmes conditions d’expérimentation. En 1949, elle publie « Révolution en gymnastique orthopédique »[3], un article fondateur qui reçoit un accueil mitigé, pour ne pas dire franchement hostile, de la part du monde médical français.[non neutre]

Elle quitte la rue Cujas et s’installe en libéral pour mettre en pratique ses principes et continuer sa recherche. Ce n’est que bien plus tard, en 1984, qu’elle énoncera les six lois qui expliquent les phénomènes observés lors de l’observation princeps de 1947. Elle élabore une méthode qui, bien que balbutiante, est déjà à ses yeux plus efficace que les techniques classiques qu’elle enseignait elle-même peu de temps auparavant.

La curée[non neutre][modifier | modifier le code]

Faute de mieux,[non neutre] elle donne son propre nom à sa méthode naissante. Le monde médical accueille ses découvertes avec peu d’enthousiasme quand il ne lui témoigne pas une franche hostilité. Le « système Mézières » est-il par trop différent pour l’établissement médical souvent réputé conservateur ? Cette femme est-elle trop atypique et trop peu diplomate ? Sans doute y a-t-il un peu de tout cela dans le rejet qu’elle perçoit et qui l’affecte. C’est la traversée du désert.[non neutre]

Dans le même temps, les patients viennent de très loin pour se faire soigner et quelques kinésithérapeutes commencent à la harceler pour qu’elle organise un enseignement. Ce qu’elle réalisera, presque à contrecœur, dans le Marais Poitevin d’abord, dans le Gers ensuite.

Les années 1970 sont marquées par un coup de tonnerre :[non neutre] la sortie du livre de Thérèse Bertherat Le Corps a ses raisons (Ed Seuil). Quelques pages y sont consacrées à Mézières et à sa méthode. L’ouvrage connaît un succès international et Mézières, bien malgré elle,[non neutre] devient une célébrité. Elle est décorée de la Légion d’honneur, on l’entend à la radio, on la voit à la télévision. Dès lors, son œuvre est plagiée, scotomisée, dénaturée. C’est la curée.[non neutre] La profession conservatrice prend le train en marche et tente de phagocyter le message, en le présentant comme « une arme de plus dans le large éventail des thérapeutiques corporelles ». Elle se défend comme une furie : si sa théorie est exacte, elle est la négation même de cet éventail thérapeutique et de la doctrine classique.[non neutre]

Les écoles fantaisistes, arborant son nom tel un viatique, foisonnent. Elles ont parfois davantage le sens du marketing que de réel talent. Cela participera de la terrible amertume de la fin de sa vie.[non neutre]

Afin de ne pas laisser le champ libre, elle enseignera presque jusqu’à son dernier souffle.[non neutre]

Elle meurt à Noisy-sur École le 17 octobre 1991 sans avoir cautionné une seule école, un seul groupe ou une seule association se réclamant de son nom.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Mézières n’a écrit que trois opuscules et quelques articles. Ils sont tous épuisés et son légataire universel ne les a pas fait rééditer. Un seul ouvrage retrace sa vie et son œuvre[4].

Livres
  • La gymnastique statique, Paris, Vuibert, 1947 ; introuvable
  • L’Homéopathie française, Ed. G. Doin, avril 1972 no 4 p. 195 ; introuvable
  • Révolution en gymnastique orthopédique, Amédée Legrand et compagnie, 1949 ; introuvable
  • Originalité de la Méthode Mézières, Maloine, 1984 (95) 15-16 ; (épuisé)
Articles
  • « Le réflexe antalgique a priori » in Cahiers de la méthode naturelle 1970, p. 15-25
  • « Méthodes orthopédiques et kinésithérapiques et fonction du sympathique » in Cahiers de la méthode naturelle 1971, p. 18-28 et même travail en communication présentée aux Journées de travail post-universitaire du CHF (octobre 1971)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michaël Nisand, Sylvie Geismar, La méthode Mézières, un concept révolutionnaire, Ed. J.Lyon, (septembre 2005)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Françoise Mézières, La gymnastique statique, Paris, Vuibert, 1947 ; introuvable
  2. Françoise Mézières, L’Homéopathie française, Ed. G. Doin, avril 1972 no 4 p. 195 ; introuvable
  3. Françoise Mézières, Révolution en gymnastique orthopédique, Amédée Legrand et compagnie, 1949 ; introuvable
  4. Michaël Nisand, Sylvie Geismar, La méthode Mézières, un concept révolutionnaire, Ed. J.Lyon, 286p. (septembre 2005)

Liens externes[modifier | modifier le code]