Fonctions de l'Église

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La théologie catholique attribue trois fonctions aux baptisés et à l'Église (tria munera) exercées en plénitude par la hiérarchie ecclésiastique.

  • Fonction prophétique (Munus docendi) : magistère authentique exercé à travers l'apostolat.
  • Fonction pastorale (Munus regendi) : le gouvernement papal et épiscopal guide les fidèles et leur offre l'Eucharistie
  • Fonction sacerdotale (Munus sanctificandi) : Les prêtres renouvellent la messe à travers le Christ et les fidèles sanctifient les choses terrestres

Les fondements bibliques[modifier | modifier le code]

3 fonctions importantes dans l'Ancien Testament[modifier | modifier le code]

La triade "prêtre, prophète et roi" est rarement mentionnée dans un même verset biblique. Néanmoins, lorsque le prophète Jérémie dénonce les errements de son peuple, il dénonce ceux de leurs responsables: les prêtres, les prophètes et les rois (Je 2,8-9[1]).

C'est l'onction (Chrismatos), qui est le point commun entre ces trois fonctions. Le prêtre est oint (Ex 29,7; Lv 4,3), le roi aussi, à la suite de l'onction de Saul (1 Sa 9,16) et Elie reçoit l'ordre de oindre Elisée comme prophète à sa place (1 R 19,16[2]).

Les 3 fonctions du Christ[modifier | modifier le code]

Ces trois fonctions de l'Église lui viennent des trois fonctions du Christ.

Cette conception du Christ comme prêtre, prophète et roi provient d'une exégèse antique qui interprète les onctions de l'Ancien Testament comme annonces de l'onction du Christ. On peut citer Eusèbe de Césarée :

Cela montre clairement que, de tous ceux qui ont autrefois reçu l'onction symbolique, pas un, prêtre, roi ou prophète n'a possédé la force de la vertu divine à un aussi haut degré que notre Sauveur et Seigneur Jésus, l'unique et vrai Christ, (Eusèbe, Histoire Ecclésiastique, L.1, ch.3, §37(9), lire en ligne)

Cette lecture perdure et au XIIIe siècle, saint Thomas d'Aquin affirme aussi que le Christ fût "roi, prophète et prêtre", lorsqu'il commente le verset 5 du Psaume 44[3], ou le premier verset de l’Évangile selon saint Matthieu[4]. Dans sa leçon inaugurale sur la Bible, il propose ainsi de distinguer les Évangiles synoptiques selon les trois fonctions ou dignités du Christ[5]. Cette conception et reprise et largement répandue par les Protestants. On la retrouve ainsi dans le Catéchisme de Heidelberg (Question 31) :

Pourquoi est-il appelé "Christ", c'est-à-dire "oint"? Parce qu'il a été institué de Dieu le Père et oint du Saint-Esprit (Hébreux 1.9): pour être notre souverain prophète et docteur (Deutéronome 18.15; Actes 3.22), qui nous a pleinement révélé le conseil secret et la volonté de Dieu qui sont de nous délivrer (Jean 1.18; 15.15); pour être notre unique grand-prêtre (Psaumes 110.4; Hébreux 7.21), qui nous a délivrés par le sacrifice unique de son corps et qui, continuellement, par son intercession, plaide pour nous auprès du Père (Romains 8.34; 5.9s.); et pour être notre roi éternel, qui nous gouverne par sa parole et par son Esprit et qui nous garde et nous maintient dans la délivrance qu'il nous a acquise (Psaumes 2.6; Luc 1.33; Matthieu 28.18). (lire en ligne)

Les 3 missions du baptisé dans l’Église Catholique[modifier | modifier le code]

Le concile Vatican II intègre les tria munera à l'ecclésiologie catholique, dans la Constitution Dogmatique sur l'Église, Lumen Gentium, (§§34-36, lire en ligne).

Par la suite, le Code de Droit Canon de 1983 reprend ce concept pour introduire son second livre sur le peuple de Dieu. Il décrit ainsi les fidèles :

Can. 204 - § 1. Les fidèles du Christ sont ceux qui, en tant qu'incorporés au Christ par le baptême, sont constitués en peuple de Dieu et qui, pour cette raison, faits participants à leur manière à la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ, sont appelés à exercer, chacun selon sa condition propre, la mission que Dieu a confiée à l'Église pour qu'elle l'accomplisse dans le monde. (lire en ligne)

Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Congar, Yves. o.p. "Sur la trilogie Prophète-Roi-Prêtre." Revue des Sciences Philosophiques et Théologiques Paris 67.1 (1983): 97-116.
  • de la Soujeole, Bernard-Dominique o.p.. "Les tria munera Christi: Contribution de saint Thomas à la recherche contemporaine." Revue thomiste 99.1 (1999): 59-74.
  • Tourneau, Dominique, Les mots du christianisme, Fayard, 2005.

Notes de bas de page[modifier | modifier le code]

  1. Les prêtres n’ont pas dit : « Où est-il, le Seigneur ? » Les dépositaires de la Loi ne m’ont pas connu, les pasteurs se sont révoltés contre moi ; les prophètes ont prophétisé au nom du dieu Baal, ils ont suivi des dieux qui ne servent à rien. (Jérémie, 2, 8, traduction liturgique, lire en ligne)
  2. Tu oindras Jéhu fils de Nimshi comme roi d'Israël, et tu oindras Élisée fils de Shaphat, d'Abel-Mehola, comme prophète à ta place. (1 Roi 19,16, traduction de la Bible de Jérusalem)
  3. Dans l'Ancien Testament, les prêtres et les rois étaient oints, comme on le voit pour David et Salomon. Les prophètes aussi étaient oints, comme on le voit à propos d'Élisée, qui fut oint par Élie; et ces onctions conviennent au Christ, qui fut roi: "Il régnera éternellement sur la maison de Jacob." Semblablement il fut prêtre, lui qui s'offrit lui-même en sacrifice à Dieu. Il fut également prophète, lui qui annonça la voie du salut: "Le Seigneur ton Dieu te suscitera un prophète d'entre les fils d'Israël. Mais comment oignit-il ? Non avec de l'huile visible, car son "royaume n'est pas de ce monde." De même il ne s'est pas acquitté du sacerdoce matériel, et c'est pourquoi il fut oint non d'une huile matérielle, mais de l'huile de l'Esprit-Saint; et c'est pourquoi il dit: d'une huile d'allégresse. (Thomas d'Aquin, Commentaire du Psaume 44,v.5, §II.7.c, trad. Stroobant, éd. Cerf, 1996, lire en ligne)
  4. 21. FILS DE DAVID, FILS D’ABRAHAM. Ici se pose une double question, à savoir, sur le nombre et sur l’ordre. Et d’abord, pourquoi a-t-il nommé ces deux-là ? Pour la raison qui a été donnée dans le prologue, à savoir qu’Abraham fut un prophète : en Gn 20, 7, le Seigneur dit à Abimélech, roi de Gérar : Rends sa femme à cet homme, car c’est un prophète. Il fut aussi prêtre, Gn 15, 9, lorsqu’il accomplit la fonction de prêtre en offrant la victime au Seigneur : Prends, dit-il, ma vache de trois ans, etc. David aussi fut prophète, comme il apparaît en Ac 2, 30. Il fut aussi roi, comme il apparaît en 2 R [2 S]  2, 4. Ainsi, puisque le Christ fut roi, prophète et prêtre, c’est donc à juste titre qu’il est appelé fils de ceux-ci. Si [Matthieu] n’avait nommé qu’Abraham, il n’aurait pas été indiqué que le Christ était roi. De même, [s’il n’avait nommé] que David, la dignité sacerdotale du Christ n’aurait pas été soulignée. C’est pourquoi il a mentionné les deux. (Thomas d'Aquin, Commentaire de l’Évangile selon saint Matthieu, ch.1, v.1, leçon 1, §21, trad. Jacques Ménard, éd. Docteur Angélique, 2005, lire en ligne)
  5. D’autre part, il faut considérer dans le Christ sa double nature, c’est-à-dire divine et ceci se trouve principalement dans l’Evangile de Jean (...) et humaine: et de ceci traitent principalement les autres évangélistes qui se distinguent selon trois dignités qui s’accordent sur le Christ homme. Matthieu la détermine à sa dignité royale: puisqu’au début de son Evangile, il le montre issu de rois selon la chair et de plus, adoré des rois. Marc la détermine à sa dignité de prophète, puisqu’il commence son Evangile par la prédication. Luc la détermine à sa dignité sacerdotale, puisqu’il commence à partir du temple et du sacerdoce et termine son Evangile dans le temple et s’attarde souvent autour du temple, comme il est dit quelque part en Lc II, 46: "Ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs." (Thomas d'Aquin, Principes de la Bible, trad. Evrard, éd. Docteur Angélique, 2004, lire en ligne)