Déportation des Tatars de Crimée

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Monument à la mémoire de la déportation des Tatars de Crimée à Soudak en République autonome de Crimée.

La déportation des Tatars de Crimée est une opération planifiée par le gouvernement de l'Union soviétique et exécutée en 1944 sur les ordres de Staline et Beria. Expulsés de la Crimée, les Tatars ont majoritairement été déportés vers la Sibérie, principalement en République socialiste soviétique d'Ouzbékistan. En tatar de Crimée, cet évènement est appelé « Sürgünlik », qui signifie « exil ».

Histoire[modifier | modifier le code]

Évolution de la population des Tatars de Crimée entre 1897 et 2001, comparativement aux populations des Russes ethniques et des Ukrainiens vivant en Crimée.

En 1944, sous prétexte[1] d'une prétendue collaboration entre les Tatars de Crimée et les Nazis pendant l'occupation allemande de la Crimée de 1941 à 1944, le gouvernement soviétique expulse les Tatars de la Crimée sur l'ordre de Joseph Staline et Lavrenti Beria.

La déportation commence le 18 mai 1944 dans tous les lieux habités de la Crimée[2]. Plus de 32 000 membres du NKVD participent à cet effort. Les futurs déportés reçoivent un préavis de 30 minutes pour ramasser leurs effets personnels, avant d'être embarqués dans des trains et amenés hors de la Crimée[3]. 193 865 Tatars de Crimée sont déportés, 151 136 expédiés en République socialiste soviétique d'Ouzbékistan, 8 597 en République socialiste soviétique autonome des Maris, 4 286 en République socialiste soviétique kazakhe, les 29 846 restants vers des oblasts de la République socialiste fédérative soviétique de Russie. Pendant la déportation, la plupart des Tatars de Crimée qui combattent dans les rangs de l'Armée rouge sont démobilisés et envoyés dans des camps de travail en Sibérie et dans les régions montagneuses de l'Oural[3].

La déportation est mal planifiée et mal exécutée, les autorités locales dans les régions d'accueil ne sont pas informées de l'importance du mouvement de masse, ni ne reçoivent suffisamment de ressources pour accueillir les déportés. Le manque d'espaces d'accueil et de nourriture, la quasi-impossibilité de s'adapter au nouveau climat pour les Tatars et la rapide propagation des maladies ont de graves conséquences sur les Tatars pendant les premières années de la déportation[3].

À cause de la faim, de la soif et des maladies, environ 45 % de l'ensemble de la population déportée meurt[4]. Selon des informations présentées par des dissidents soviétiques, plusieurs Tatars de Crimée sont enrôlés dans des projets de grande envergure supervisés par le Goulag[5]. Des militants tatars de Crimée ont tenté d'évaluer les conséquences démographiques de la déportation. Ils ont mené des sondages dans toutes les communautés tatares pendant les années 1960. Selon leur analyse, 109 956 (46,2 %) sur les 238 500 déportés sont morts entre le 1er juin 1944 et 1er janvier 1947[6].

Des militants de Crimée demandent que le Sürgünlik soit reconnu comme un génocide[7].

Retour en Crimée[modifier | modifier le code]

Bien qu'un décret soviétique datant de 1967 retire les accusations portées contre les Tatars de Crimée, le gouvernement soviétique n'a rien fait pour faciliter leur réinstallation en Crimée et leur verser des réparations pour les pertes en vies humaines et les biens confisqués. Les Tatars de Crimée ne seront autorisés à rentrer en Crimée qu'au milieu des années 1980 (début de la politique de perestroïka).

Le 11 mars 2014, le Conseil suprême de Crimée approuve un décret garantissant la restauration des droits des Tatars de Crimée et leur réintégration dans la société de Crimée tout en reconnaissant le « sort tragique » du peuple tatar[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Deportation of the Crimean Tatars » (voir la liste des auteurs).

  1. (en) « Sürgün: The Crimean Tatars’ deportation and exile - Online Encyclopedia of Mass Violence », Online Encyclopedia of Mass Violence (consulté le 27 février 2014)
  2. (en) « Ukraine to Investigate Crimean Tatar Deportation », Voice of America,‎ (lire en ligne)
  3. a, b et c (en) « Sürgün: The Crimean Tatars’ deportation and exile - Online Encyclopedia of Mass Violence », Online Encyclopedia of Mass Violence (consulté le 27 février 2014)
  4. (en) « Crimean Tatars », UNPO,‎ (consulté le 27 février 2014)
  5. (en) « Russia: The Muzhik & the Commissar », Time,‎ (lire en ligne) (frais de consultation requis)
  6. (en) Online Encyclopedia of Mass Violence, « Sürgün: The Crimean Tatars’ deportation and exile », Online Encyclopedia of Mass Violence (consulté le 27 février 2014)
  7. (en) « Crimean Tatars Call On Kyiv To Restore Their Rights », Radio Free Europe,‎
  8. (en) Crimean Parliament approves a decree on Crimean Tatar rights, QHA, 11 mars 2014

Annexes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]