Crise de nerfs
Une crise de nerfs (ou crise nerveuse ou état d'agitation aiguë)[1] est une expression courante, non médicale, désignant un épisode bref, bruyant et spectaculaire de perte momentanée de contrôle émotionnel, marqué par des signes paroxystiques de détresse psychologique tels qu'une grande agitation, des cris et pleurs, des tremblements, une anxiété intense et parfois de la colère. Cet effondrement émotionnel extériorisé est interprétée différemment selon l’âge, le contexte et les risques associés (quand l'individu devient une menace pour lui ou son entourage). Historiquement associée aux femmes, elle a servi à invisibiliser ou décrédibiliser des situations de détresse réelle, en les ramenant à une supposée fragilité émotionnelle féminine[1],[2].
Importance du contexte sociétal
[modifier | modifier le code]On ne parle de « crise de nerfs » que quand la crise est socialement observée ou possiblement vue ou entendue par des tiers, et l'on dit parfois, sans empathie, que la personne qu'elle a ses nerfs ou qu'elle fait une scène.
Des psychiatres comme Christophe Dejours notent que ces effondrements deviennent des « crises » quand ils interrompent une interaction ou perturbent un cadre ou un processus collectif, ce qui leur confère une dimension publique et relationnelle[3]. La crise de nerf peut alors être — au delà d'un symptôme de souffrance de la personne — le symptôme d'un dysfonctionnement de la famille, d'un groupe, de l'entreprise, de la société. Cette approche inscrit cette crise dans la scène sociale et donc dans la « clinique psycho-sociale », telle qu'imaginée par le psychiatre Jean Furtos[4],[5].
Des études rappellent que cette visibilité sociale a historiquement contribué à stigmatiser les femmes, dont les émotions publiques étaient interprétées comme des débordements irrationnels et hystériques[6],[7],[8]. Ainsi, la « crise de nerfs » apparaît moins comme une catégorie clinique que comme une étiquette sociale appliquée aux manifestations émotionnelles rendues publiques ou relationnelles.
Histoire
[modifier | modifier le code]La notion de « crise de nerfs » a des origines anciennes, avec depuis l’Antiquité, une association des troubles émotionnels intenses souvent faite avec un déséquilibre des humeurs, supposément chez les femmes (en lien avec l’« hystera », l’utérus supposé errant, ce qui a durablement associé ces manifestations à une prétendue fragilité psychique féminine, et parfois à la Paranoïa, la folie ou la neurasthénie) ; plus tard, dans les contextes religieux notamment animistes, la possession est aussi fréquemment évoquée.
Ces constructions culturelles ont été renforcées au XIXe siècle par la médecine occidentale qui fait de la crise de nerf un « désordre névrotique » et/ou « hystérique », des diagnostics appliqués quasi-exclusivement aux femmes (et parfois aux jeunes enfants), plutôt dans les milieux bourgeois.
Cette vision est relayée par la littérature et le cinéma qui ont continué à lier la « crise de nerfs » à la féminité, comme en témoignent de nombreuses œuvres, avec par exemple Un tramway nommé Désir, Femmes au bord de la crise de nerfs de Pedro Almodóvar (dont la mise en scène inscrit la “crise de nerfs” dans un registre plus psychédélique et jubilatoire que pathologique), certaines comédies ou comédies dramatiques, françaises notamment, où l’effondrement émotionnel est féminin, banalisé, ou tourné en dérision.
le film Coup pour coup de Marin Karmitz, utilise et montre la crise de nerf d'une ouvrière, qui "craque" face à la pression du temps de travail, de la cadence, de la surveillance hiérarchique et de la fatigue nerveuse — l'expression d'une souffrance d’abord niée ou psychologisée par la hiérarchie, puis progressivement réapproprié par les ouvrières comme un signe tangible de la violence du travail avant de susciter un mouvement de grève, de solidarité et d’action collective. Selon Fanny Gallot, par ce renversement, les ouvrières subvertissent la dimension sexiste du terme et transforment un stigmate en instrument de résistance, rendant visible une souffrance au travail souvent ignorée ou minimisée[9],[10].
Causes
[modifier | modifier le code]Les causes de la crise de nerfs sont variées. Une étude de 1996 ayant couvert une période de 40 ans aux États-Unis montre que des problèmes liés à la famille, comme le divorce ou la séparation matrimoniale, auraient contribué à 24 % des crises de nerfs[11]. Des problèmes au travail ou à l'école ont contribué à 17 % des cas, et des problèmes financiers à 11 % des cas. Bien que la crise de nerf soit considérée comme un « problème de santé » par la majorité des spécialistes, des sondages suggéreraient qu'aux États-Unis, les problèmes de santé auraient diminué grâce aux crises de nerfs[11].
Signes et symptômes
[modifier | modifier le code]Chez un individu, une crise de nerfs peut être causée par plusieurs symptômes. Elle indique d'une manière brusque des conditions qui ne sont plus supportables chez un individu[12]. Elle se manifeste généralement à cause d'une détresse ou souffrance psychologique[1], elle-même causée par des facteurs environnementaux ou sociaux. Elle se manifeste de différentes manières. L'individu peut réagir très violemment et peut être une menace pour son entourage ainsi que pour sa propre personne[1].
Des signes physiques, mentaux et émotionnels peuvent se manifester[12]. Les signes physiques incluent battements de cœur irréguliers, muscles crispés, transpiration, étourdissements, tremblements et problèmes de digestion[12]. Les symptômes psychologiques incluent peur, phobies, problèmes sexuels, irritabilité, troubles du sommeil, impulsivité, et excès violents de colère[12]. Hormis la dépression et les troubles anxieux, les crises de nerf sont également associées au trouble bipolaire et à la schizophrénie[13]. Pour finir, les symptômes émotionnels incluent notamment complexe d'infériorité et remords[12].
Traitement
[modifier | modifier le code]Il n'existe à proprement parler aucun traitement spécifique aux crises de nerfs. Généralement causées par des facteurs sociaux et environnementaux, elles peuvent se déclencher généralement et brusquement chez des individus souffrant de troubles dépressifs et/ou anxieux[2].
Dans le cadre des premiers secours, il est impératif d'apaiser un individu en crise de nerfs ; d'adopter un comportement très calme, non agressif ; d'éloigner les personnes présentes (ex : les faire sortir sortir de la pièce) ; d'éloigner tout ce qui est susceptible de le blesser ; et de lui parler, le rassurer, lui proposer de s'allonger ou de prendre un temps de repos en position fœtale. En cas de crise autistique ou si la personne est TDAH, borderline, etc. atténuer l'éclairage et les bruits, et ne pas toucher la personne, tout en maintenant une présence rassurante, sans poser trop de questions, peut être utile[réf. nécessaire].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 4 « Crise de nerfs Fiche pratique », sur sante.journaldesfemmes.com (consulté le )
- 1 2 (en) L. J. Rapport, R. M. Todd, M. A. Lumley et S. A. Fisicaro, « The diagnostic meaning of "nervous breakdown" among lay populations », J Pers Assess, vol. 71, no 2, , p. 242–252 (DOI 10.1207/s15327752jpa7102_11)
- ↑ Christophe Dejours (1998), Souffrance en France La banalisation de l'injustice sociale, Seuil.
- ↑ Valérie Colin et Jean Furtos, « La clinique psychosociale au regard de la souffrance psychique contemporaine », dans Répondre à la souffrance sociale, érès, 99–115 p. (ISBN 978-2-7492-0382-9, lire en ligne)
- ↑ Furtos, J. (2000). Épistémologie de la clinique psychosociale (la scène sociale et la place des psy). Pratiques en santé mentale, 1, 23-32.| https://www.ch-le-vinatier.fr/documents/Publications/Articles_RECHERCHE_Orspere-Samdarra/Epistemologie_de_la_clinique_psychosociale-J_Furtos_2000.pdf
- ↑ Showalter, E. (1980). Victorian women and insanity. Victorian Studies, 23(2), 157-181..
- ↑ Showalter, E. (1993). On hysterical narrative. Narrative, 1(1), 24-35.
- ↑ (en) Fredrika Thelandersson, « A Historical Lineage of Sad and Mad Women », dans 21st Century Media and Female Mental Health, Springer International Publishing, 33–60 p. (ISBN 978-3-031-16755-3, DOI 10.1007/978-3-031-16756-0_2)
- ↑ Fanny Gallot, « La « crise de nerfs », de la souffrance à la résistance ? », Clio. Femmes, genre, histoire, vol. 29, , p. 153–164 (ISSN 1252-7017 et 1777-5299, DOI 10.4000/clio.9263, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Fanny Gallot, « Les « crises de nerfs » des ouvrières en France... dans les années 1968 : politisation d'une manifestation genrée de souffrance individuelle ? », Nouvelle revue de psychosociologie, vol. 17, no 1, , p. 31–44 (ISSN 1951-9532, DOI 10.3917/nrp.017.0031).
- 1 2 (en) Swindle, R., Jr., « Responses to nervous breakdowns in America over a 40-year period. Mental health policy implications », Am Psychol., vol. 55, no 7, , p. 740–749 (PMID 10916863, DOI 10.1037/0003-066X.55.7.740)
- 1 2 3 4 5 (en) « 'Nervous breakdown' signs and symptoms. Symptoms of a nervous or mental breakdown », sur professional-counselling (consulté le )
- ↑ (en) « What is a Nervous Breakdown? », sur WiseGeek (consulté le )