Chapelle de Plaincourault

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Chapelle Saint-Jean de Plaincourault
Chapelle de Plaincourault, à Mérigny.jpg
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La chapelle de Plaincourault est une chapelle romane de la fin du XIIe siècle, faisant partie de l'ancienne commanderie de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem à Mérigny, dans l'Indre, en France[1].

Fondée entre 1110 et 1120 par les Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, qui construisent leur commanderie sur l'emplacement du château actuel (fermé au public.), elle est réservée aux membres de l'Ordre jusqu'au XIVe siècle, puis devient église paroissiale jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. En 1632, les Hospitaliers abandonnent les lieux et la chapelle est transformée en grange. Ayant résisté aux guerres, la structure subit de gros dégâts pendant la Révolution française, sa belle flèche pyramidale de pierre octogonale est détruite, et abandonnée en 1793.

En tant que faisant partie du complexe du Château de Plaincourault, elle a été classée monument historique en 1944 par le ministère de la culture[2], mais ne fut restaurée qu'après son rachat par le Parc naturel régional de la Brenne en 1994[3]. Elle est ouverte au public pendant les journées du patrimoine.

Fresques du XIIIe siècle[modifier | modifier le code]

La chapelle est célèbre pour son art Romanesque unique, notamment ses fresques Chrétiennes[4],[5]. Les peintures murales, malgré leur couleurs assez fraîches, ont été réalisées entre le XIIe et le XVe siècle. Après le XIIIe, on utilise, en plus de l'ocre, de l'oxyde de cobalt et de cuivre pour obtenir du bleu ou du vert. La fresque du jardin d'Eden est surprenante : unique représentation connue d'un arbre de la connaissance en forme de champignon géant.

Fresque du Jardin d'Eden représentant un champignon[modifier | modifier le code]

Fresque du Jardin d'Eden

À la séance du 6 octobre 1910, M. Guéguen a présenté à la Société mycologique de France, de la part d'Émile Boudier, la photographie d'une des fresques de Plaincourault représentant Eve à côté de l'Arbre du Bien et du Mal. Cet arbre est figuré sous la forme d'un Champignon bizarre dans lequel on peut reconnaître l'Amanita muscaria.

Boudier écrit à son sujet : « Cette fresque datant de plus de 600 ans est encore assez bien conservée. [...] Elle représente la chute d'Eve, le traditionnel serpent offrant la pomme, enroulé sur l'arbre du bien et du mal. Or, et c'est là ce qui peut intéresser les mycologues, l'artiste qui l'a faite, ne pouvant sans doute trouver un arbre qui eût à la fois des fruits bons et mauvais,a imaginé de le faire en champignon et, son imagination aidant, il en a fait un arbre rameux sur lequel s'enroule le serpent. Ce Champignon, malgré ses rameaux imaginaires, a dû avoir pour modèle une Amanite. Le chapeau est moucheté, le pied bulbeux et les branches qui soutiennent le chapeau principal non encore étalé, doivent leur présence à la vue de l'anneau non encore entièrement détaché. La couleur foncée du chapeau doit faire penser à l'Amanita muscaria que la photographie (monochrome) reproduirait ainsi si sur la peinture la couleur est rouge, ce qui est exact d'après une note postérieure reçue[...] À côté de l'arbre se tient Eve. La pauvre Eve a goûté le fruit défendu, cache sa nudité avec une feuille. Est-ce bien une feuille ou un chapeau de Champignon? En tout cas,ce n'est pas une feuille de Figuier. La pose me paraît intéressante parce que l'artiste me semble avoir représenté Eve plutôt souffrant de coliques que honteuse, à la manière dont elle se tient le ventre à deux mains et serre les jambes. Il avait certainement connaissance de l'effet des Champignons vénéneux, cet artiste, pour avoir pris pour modèle de son arbre de la science du bien et du mal un Champignon. A cette époque, on n'en connaissait que deux sortes, les bons et les mauvais; de là l'idée de son arbre[6] . »

Thèse d'Eric Gondart[modifier | modifier le code]

À titre d’hypothèse, l'auteur de la thèse envisage trois réflexions[7] :

  1. L’utilisation de champignons était connue à des fins médicales, hédonistes ou transcendantales à cette époque et dans cette région.
  2. La représentation des champignons compris comme arbre de la connaissance du bien et du mal, démontre leur capacité de révélation comparable à celle qui a fait chuter Adam... Sémantiquement nous nous rapprochons déjà de la différence entre « vision » et « hallucination ».
  3. La fresque fut commandée pour rappeler aux individus le pouvoir « maléfique » et satanique de la consommation de substances modificatrices de conscience. C’est ainsi que durant tout le Moyen-Âge, le rapport aux drogues devient un rapport de force mais aussi un rapport moral. La toute-puissance de la moralité religieuse renvoie l’utilisation des substances modificatrices de conscience à l’immoralité et les différentes personnes qui en usent sont perçues comme des sorcières ou des individus à la recherche de pouvoirs ou connaissances sataniques[7].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Gaudon, Constantin (1868). Histoire du Blanc et de ses environs. Ampetit. (ISBN 1295095572). pp. 290-293.
  2. Indexé dans la Base Mérimée, une base de données du patrimoine architectural établie par le Ministère français de la Culture, sous la référence PA00097393.
  3. La chapelle de Plaincourault. La commune de Mérigny. Archived on 2008-09-13.
  4. Ramsbottom, J. (1925). Edible and Poisonous Fungi. Proc R Soc Med. 18 (Sect Trop Dis Parasitol): 13–26. PMC 2202295
  5. Ruck, Carl A.P.; Jose Alfredo Gonzalez Celdran (2007). Melusina of Plaincourault. The Hidden World: Survival of Pagan Shamanic Themes in European Fairytales. Carolina Academic Press. (ISBN 1-59460-144-5). pp. 309-380.
  6. Boudier, Jean Louis Émile (1911). La fresque de Plaincourault (Indre) [archive]. Bulletin de la Société Mycologique de France 27: 31 - 33. lire en ligne
  7. a et b Eric Gondard. Les formes élémentaires de la prise de drogue: santé, sacré et déviance. Sociologie.Université Paul Valéry - Montpellier III, 2013. Français. NNT: 2013MON30057. pages 20-21 - Thèse de Sociologie soutenue le 27 novembre 2013 Lire en ligne

Références complémentaires[modifier | modifier le code]

  • Boudier, Jean Louis Émile (1911). La fresque de Plaincourault (Indre). Bulletin de la Société Mycologique de France 27: 31 - 33.
  • Samorini, Giorgio (1997). L 'Arbre-Champignon' de Plaincourault, Eleusis: Journal of Psychoactive Plants and Compounds 8: 29–37.
  • Eric Gondard. Les formes élémentaires de la prise de drogue: santé, sacré et déviance. Sociologie.Université Paul Valéry - Montpellier III, 2013. Français. Laboratoire d’Études et de Recherches en Sociologie et Ethnologie de Montpellier NNT: 2013- MON30057. pages 20-21 - Thèse de Sociologie soutenue le 27 novembre 2013 Lire en ligne

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Histoire de la Mycologie

Liens externes[modifier | modifier le code]

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