Bois de grève

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Une plage sur la côte ouest de la Nouvelle-Zélande recouverte de bois de grève.
Un bois de grève fournit un perchoir pour un pygargue à tête blanche sur Fir Island, Washington .
Ces bûches Sequoia sempervirens de grand diamètre ont été érodées par l'action des vagues, avant d'être poussées dans l'embouchure d'un ravin étroit, par les vagues de tempête. La teneur élevée en tanin du Sequoia résiste à la pourriture, de sorte que ces bûches conservent leur résistance structurelle pendant des décennies. Les débits d'orage dans le Shorttail Gulch sont insuffisants pour ramener les billes à la mer. Cet habitat unique à l'embouchure des petits estuaires de la côte californienne est menacé par la diminution de la quantité de gros bois de séquoia disponibles dans les eaux en crue depuis l'exploitation des forêts indigènes.

Le bois de grève ou bois de marée[1] ou bois flotté (mais ce n'est pas sa seule signification) est du bois qui a été emporté sur une rive ou la plage d'une mer, d'un lac ou d'une rivière par l'action des vents, des marées ou des vagues.

Dans certaines zones littorales, le bois de grève est une nuisance majeure. Cependant, le bois lorsqu'il flotte dans l'océan, fournit abri et nourriture aux oiseaux, aux poissons et à d'autres espèces aquatiques. Les limnories, les teredos et les bactéries décomposent le bois et le transforment progressivement en nutriments réintroduits dans le réseau trophique. Parfois, le bois partiellement décomposé échoue à terre, où il abrite également des oiseaux, des plantes et autres espèces. Le bois de grève peut devenir la base des dunes de sable .

La plupart du bois de grève sont les restes d'arbres, en tout ou en partie, qui ont été emportés par l'océan, des suites d'inondations, de vents violents ou d'autres événements naturels, ou à la suite de l'exploitation forestière. L'érosion et l'action des vagues peuvent rendre difficile, voire impossible, de déterminer l'origine d'un morceau particulier de bois de grève.

Le bois de grève peut être utilisé dans le cadre de meubles décoratifs ou d'autres formes d'art, et est un élément populaire dans les paysages d'aquariums.

Terminologie[modifier | modifier le code]

L'anglais utilise driftwood ou drift-wood;il existe également un sous-ensemble de bois de grève (en anglais : drift lumber) comprenant les restes d'objets en bois fabriqués par l'homme, tels que les bâtiments et leur contenu jetés à la mer pendant les tempêtes, les objets en bois jetés dans l'eau depuis le rivage, les fardages (en) tombés, ou la cargaison perdue des navires (jetsam), et les restes de naufrages de navires et bateaux en bois (flotsam).

Bois Flottés, au Pied du Vogelberg (Ile Jan-Mayen). Georges Clerc-Rampal. La mer: La mer dans la nature, la mer et l'homme (1913)

L'OQLF traduit driftwood par « Bois de grève » — bois jeté à la grève par la marée[2] — ou « bois de marée »[1]. Dans la traduction française des récits de voyage de Lord Dufferin, Letters From High Latitude en 1856, drift-wood est traduit par « bois flotté ». Le bois trouvé abondement sur les grèves du Spitzberg, est l’œuvre du Gulf-Stream, les murs des maisons sont lambrissées de ce bois[3],[4]. Les Annales hydrographiques de 1866 renseignent sur des masses de « bois flotté »: aux îles Seven; aux iles de Castren; au cap Loven et aussi mais en moindre quantité le long de route la côte nord de la Terre Nord Est; sur l'île Low, à la pointe Shoal, à la côte de Driftwood, dans la baie Lomme, sur la côte du Frith de l'Ouest, dans la baie Wijde, sur le promontoire de sable bas à Moffen, et au cap Sud[5]. Les bois flottés intriquent, et la mission géographique Rabot sur l'Île Jan Mayen et au Spitzberg en 1891, ramène des échantillons de bois flotté pour investigations ultérieures.

Le bois flotté ou bois de flottage[6] est selon les définitions les plus anciennes, un bois qui a été transporté par flottage[7]: au lieu d'avoir été transporté par terre, il « a été mis à flot sur une rivière pour être conduit des forêts à son lieu de destination »[8]. On l'amène en trains ou éclusées, liés avec des perches ou des rouettes sur des rivières navigables;[9]. « Bois flotté » se dit aussi d'un bois à brûler qui est venu par flottage[10], c'est la définition retenue par le CNTRL[11]. Bois flotté vient avec d'autres termes comme « bois perdu » , celui que l'on jette ordinairement dans les petites rivières qui n'ont pas assez d'eau pour porter des trains ni des bateaux;: « bois échappé » ou « bois volant » pour les bois abandonnés à la rivière; ou perdus au cours du flottage[12]: le bois volant est celui qui par le flot vient droit au port où on le recueille; les bois échappé sont ceux qui par les inondations s'échappent dans prés & terres. Enfin les bois canards sont ceux qui demeurent au fond de l'eau ou qui s'arrêtent sur le bord des ruisseaux où l'on a jeté un « flot de bois » à bois perdu[9].

Utilisation comme bois de chauffage[modifier | modifier le code]

L'EPA inclut le bois de grève dans sa liste des «articles que vous ne devriez jamais brûler dans votre appareil [au bois]», car il «dégagera des produits chimiques toxiques lorsqu'il est brûlé»[13].

Bois de grève dans l'histoire[modifier | modifier le code]

Selon la mythologie nordique, les premiers humains, Ask et Embla, furent formés de deux morceaux de bois de grève, un frêne et un orme, par le dieu Odin et ses frères, Vili et Vé[14]. Les Vikings jetaient du bois dans la mer avant de toucher terre. L'emplacement du bois serait une indication de l'endroit où construire leurs salles d'hydromel (en). Le bois utilisé fonderait les piliers hauts de la nouvelle salle[15].

Alice Gray, la légendaire " Diana of the Dunes (en) ", qui s'est battue pour préserver les Dunes de l'Indiana [16] qui contiennent quantités de bois de grève, a appelé son collège "Driftwood" et a fabriqué tous ses meubles en bois de grève[17].

Bois de grève ou bois flotté en Arctique[modifier | modifier le code]

Le bois de grève transporté par les rivières de l'Arctique était la principale, ou parfois la seule, source de bois pour certaines populations inuits et autres populations de l'Arctique vivant au nord de la limite des arbres, jusqu'à ce qu'elles entrent en contact régulier avec les commerçants européens. Le bois flotté provenait du sud de la baie d’Hudson et de la baie James, et s’échouait sur les plages à la fin de l’été ou en automne. À l’extrême nord du Nunavik, le bois flotté est petit et grêle, les Inuit le collectaient durant l’été par umiaq ou qajaq ; plus au sud, il était collecté en hiver, en utilisant des traîneaux à chiens[18].

Les bateaux traditionnels inuits comme le kayak étaient fabriqués à partir de cadres en bois de grève recouverts de peaux. Les Inuits ont classé le bois de grève en sept types différents, chacun possédant ses propres propriétés matérielles et visuelles uniques[19]. Le bois de grève pouvait être utilisé pour fabriquer des arcs s'il était à fil droit et en assez bon état; ceux-ci ont été renforcés avec des câbles tendus. Les Inuits fabriquaient même des flèches avec du bois de grève[20]; celles-ci étaient souvent courtes et munies de pointes (foreshafts) en os ou en bois. Les copeaux sec produites par le travail de ce matériau étaient collectées, stockées et utilisées pour allumer des feux toute l'année par les Inuits. Le bois brûlé aujourd'hui dans ces régions est principalement constitué de restes de structures en bois condamnées. Le bois de grève est encore utilisé comme bois d'allumage par certains. Les bois aux qualités résineuses, comme le cèdre, sont préférés pour leurs durées de combustion plus longues.

Sculptures en bois flotté[modifier | modifier le code]

Sculpture en bois de grève d'un cheval par l'artiste Heather Jansch (en), Eden Project.

Les sculptures en bois flotté sont des sculptures faites de bois de grève que l'on trouve sur les plages ou le long des berges.

Déclin[modifier | modifier le code]

Avec l'avènement des pratiques d'exploitation forestière industrielle, la quantité mondiale de bois de grève a diminué. Les premières photographies de la Côte Pacifique (en)révèlent de plus grandes quantités de bois de grève sur les plages que ce qu'il y a aujourd'hui[23]. De même, en voyageant dans l'Entrée Dixon à la fin des années 1800, George Amos Dorsey (en) nota que de nombreuses plages étaient « piled high with drift, often to a height of sixty feet or more » [24] .

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Voir également[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « bois de grève », sur gdt.oqlf.gouv.qc.ca (consulté le )
  2. La Forêt québécoise, Association forestière québécoise., (lire en ligne)
  3. Dufferin and Ava, Frederick Temple Blackwood, Marquis of, 1826-1902. Letters from High Latitudes. Being Some Account of a Voyage in 1856 of the Schooner Yacht "Foam" to Iceland, Jan Meyen, and Spitzbergen. Lire en ligne
  4. Ferdinand Tugnot de Lanoye, Les grandes scènes de la nature, d'après les descriptions de voyageurs et d'écrivains célèbres, Hachette et Cie, (lire en ligne)
  5. Annales hydrographiques: Recueil d'avis, instructions, documents et mémoires relatifs à l'hydrographie et à la navigation, (lire en ligne)
  6. La Forêt québécoise, Association forestière québécoise., (lire en ligne)
  7. « FLOTTÉ : Définition de FLOTTÉ », sur www.cnrtl.fr (consulté le )
  8. J.M. Morisot, Tableaux détaillés des prix de tous les ouvrages du bâtiment. Vocabulaire des arts et métiers en ce qui concerne les constructions (charpenterie), Carilian, (lire en ligne)
  9. a et b Michel Antoine David (París), Dictionnaire universel d'agriculture et de jardinage, de fauconnerie, chasse, pêche, cuisine et manège: en deux parties, la premiere enseignat la maniere de faire valoir toutes fortes de terres, prés, vignes, bois ..., la seconde donnat des régles pour la volerie, la chasse & la pêche ... : deux volumes ... : tome premier, chez David le jeune, (lire en ligne)
  10. Le Dictionnaire de l'Académie française 1694, t. 1
  11. « FLOTTÉ : Définition de FLOTTÉ », sur www.cnrtl.fr (consulté le )
  12. « bois échappé », sur gdt.oqlf.gouv.qc.ca (consulté le )
  13. EPA, OAR, OAQPS, « Burn Wise - US EPA », US EPA (consulté le )
  14. « Ask », Godchecker.com (consulté le )
  15. « Pagan Religious Practices of the Viking Age », Hurstwic (consulté le )
  16. Smith, S. & Mark, S. (2009). The Historical Roots of the Nature Conservancy in the Northwest Indiana/Chicagoland Region: From Science to Preservation. The South Shore Journal, 3. « Archived copy » [archive du ] (consulté le )
  17. Smith, S. & Mark, S. (2006). Alice Gray, Dorothy Buell, and Naomi Svihla: Preservationists of Ogden Dunes. The South Shore Journal, 1. « Archived copy » [archive du ] (consulté le )
  18. (en) Stéphanie Steelandt, Najat Bhiry, Dominique Marguerie et Caroline Desbiens, « Inuit knowledge and use of wood resources on the west coast of Nunavik, Canada », Études/Inuit/Studies, vol. 37, no 1,‎ , p. 147–173 (ISSN 0701-1008 et 1708-5268, DOI 10.7202/1025259ar, lire en ligne, consulté le )
  19. Walls, « Wood use and kayak construction: Material selection from the perspective of carpentry », Études/Inuit/Studies, vol. 36,‎ , p. 49–62 (DOI 10.7202/1015953ar)
  20. Sheelandt, Bhiry, Marguerie et Desbiens, « Inuit knowledge and use of wood resources on the west coast of Nunavik, Canada », Études/Inuit/Studies, vol. 7, no 1,‎ , p. 147-174 (lire en ligne, consulté le )
  21. « Deborah Butterfield - artnet », www.artnet.com (consulté le )
  22. « Driftwood and Sand », Hokitika Driftwood and Sand (consulté le )
  23. « The use of driftwood on the North Pacific Coast: an example from Southeast Alaska », Journal of Ethnobiology, vol. 23, no 1,‎ , p. 125–141 (lire en ligne)
  24. « A cruise among Haida and Tlingit villages about Dixon's Entrance », Popular Science Monthly, vol. 53, no 2,‎ , p. 160–174

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Claire Alix, « Bois flottés et archéologie de l’Arctique: contribution à la préhistoire récente du détroit de Béring », Études/Inuit/Studies, vol. 28, no 1,‎ , p. 109–132 (ISSN 0701-1008 et 1708-5268, DOI 10.7202/012642ar, lire en ligne, consulté le )*
  • (en) Claire Alix, « Using wood on King Island, Alaska », Études/Inuit/Studies, vol. 36, no 1,‎ , p. 89–112 (ISSN 0701-1008 et 1708-5268, DOI 10.7202/1015955ar, lire en ligne, consulté le )
  • (en) Stéphanie Steelandt, Najat Bhiry, Dominique Marguerie et Caroline Desbiens, « Inuit knowledge and use of wood resources on the west coast of Nunavik, Canada », Études/Inuit/Studies, vol. 37, no 1,‎ , p. 147–173 (ISSN 0701-1008 et 1708-5268, DOI 10.7202/1025259ar, lire en ligne, consulté le )