Amenominakanushi

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Dans la mythologie japonaise et le Shintoïsme, Amenominakanushi (天御中主 ou 天之御中主神) est le premier kami à venir à l'existence dans la plaine du ciel en tant que « kami solitaire » (hitorigami). Il est reconnu comme un des trois zōka sanshin (« trois kamis de la création ») et un des cinq kotoamatsukami (en) (« divinités célestes séparées »).

Tant comme avertissement, conclusion et préambule à cet article wikipedia, au sujet de l'étude de ce Kami particulièrement mystérieux, on se rappellera des paroles de Engelbert Kaempfer disant que les anciens maîtres du shintoïsme mystique et ésotérique faisaient s'engager par serment écrit, signé et authentifié, à ne pas profaner les "mystères aussi sacrés que sublimes" de Ame-no-Minaka-Nushi "en les faisant connaître aux ignorants et aux incrédules". Ce que l'on remarquera - au passage - comme une démarche inverse de celle du Protestantisme original (en tant que retour au Mysticisme).


Genèse Shintoïste[modifier | modifier le code]

Les Kotoamatsukami (ou plus exactement : Koto-Ama-tsu-Kami-Itsubashira) sont non seulement des kami nés seuls et solitaires (Hitorigami) mais en outre, ils dissimulent leur présence (mimio kakushi tamaïnu).

D'après Hirata Atsutane, cela signifie que ces déités célestes sont séparées des Kami qui en vinrent à exister ultérieurement, et tout particulièrement isolé de Kuni-no-Toko-Tachi-no-Kami : ils sont séparés et s'ils ont à voir avec la création de l'Univers en général, ils n'ont en revanche rien à voir avec la création du "monde", c'est à dire de la matière terrestre "grossière" de notre planète (par rapport à une matière céleste plus éthérée, plus pure ou plus métaphysiques). Mason les considère aussi comme "les éléments initiaux de l'Esprit Divin".

Pour comprendre ce qu'est Ame-no-Minaka-Nushi-no-Kami, il faut également décrire certaine des autres déités primordiales ayant participé à la Création dans le mythe Shintoïste : Kamiyonao. Cet article suit principalement la version du Kojiki, légèrement différente dans le Nihongi.

Ame-no-Minaka-Nushi vint en premier, puis apparurent Takami-Musubi-no-Kami et Kami-Musubi-no-Kami.

La notion de "musubi" est difficile à traduire, mais elle représente à peu près l'acte de création, dans la métaphysique shintoïste. On remarquera également que bien que dissimulant leurs présences et assexués, Takami-Musubi est plus lié à la notion masculine et aux Amatsukami, tandis que Kamimusubi est davantage lié à la féminité et aux Kunitsukami : ils sont comparable à une version japonaise du Yang et au Yin (respectivement). Certains y voient aussi le Développement du Mental et le Développement de la Vie, respectivement. D'après Herbert, Takami-Musubi-no-Kami est également nommé Taka-Mi-Musuki-Kissaki-kimi-no-Mikoto (le Dieu [qui] Fend l'Arbre [et qui est] le corps de l'Arbre).

D'après le fameux théologien Hirata Atsutane, ils résident alors dans Ō-zora (litt. Grand Sunyata, vacuité infinie), une interprétation de Takamagahara non pas comme des plaines se trouvant dans le ciel de la Terre, ni comme la Voie Lactée, ni comme une sorte de jardin d'Eden situé quelque part au Japon ou en Corée ; mais plutôt comme un "Grand Vide originel dénué de de toute entité individualisée". Nonobstant, tout comme le Dieu Judéo-Chrétien, les mythes shintoïste donnent une certaine personnification à Takami-Musubi (par exemple, Maïmonide considère les personnifications de Dieu dans la Bible comme des à peu près du langage et des métaphores).

Quoi qu'il en soit, Takami-Musubi et Kamimusubi sont clairement définis comme à l'origine de l'origine, de la création et de la croissance de toutes choses... Ame-no-Minaka-Nushi excepté, mais aussi eux-même ! Le texte du Kojiki les dit êtres apparus ou étant devenus (are-mase-ru), bien que l'on traduit le plus souvent comme "naquirent" et ce de façon erronée.

De l'action concertée de ces divinités naquirent encore Umashi ashikabi hikoji no kami (宇摩志阿斯訶備比古遅神), considérée comme une personnification de l'énergie, ainsi que Ame-no-Tokotachi-no-kami (天之常立神, le Kami qui réside éternellement dans les Cieux), considéré comme la personnification des Cieux, du Paradis, ou comme l'Essence même du Ciel. Certains voient aussi dans Ame-no-Tokotachi un autre nom ou une autre identité de Ame-no-Minaka-Nushi. Comme s'ils n'étaient pas assez troubles comme ça, la nature du mot "toko" est sujette elle aussi à caution : Chamberlain le traduit à partir du chinois, mais Hirata Atsutane et Motoori Norinaga considèrent qu'il s'agit d'un synonyme de "soko" (le fond) et interprètent en conséquence. Etrangement, le kanji 常 se lisant "Toko" ou "Tsune" en Kun'yomi, signifie aussi "éternel" ou "permanent", ce qui corrobore la théorie d'Aston, présentée plus bas.

Au sujet de ces théologiens, on remarquera que Motoori et Hirata n'avaient pas connaissance de ce que les prêtres shintoïstes appellent un "enseignement secret", ésotérique... de la même manière que dans le Catholicisme d'avant l'impression de la Bible et de sa traduction dans une autre langue que le Latin, les prêtres shintoïstes ont un monopole du mysticisme par rapport à leurs ouailles, qui quant à elle doit se contenter de suivre leurs interprétations et enseignements. Cela a sans doute participé dans les stages de développement du Bouddhisme Japonais au succès de cette nouvelle religion et de sa quasi-fusion avec le Shinto, jusqu'à ce que des puristes arrivent, tel que les chantres du Yoshida Shintō. Aussi, ignorant ces détails maintenus secrets et les interprétations ésotériques, les Kokugaku-sha de l'époque Edo allaient jusqu'à nier l'existence des enseignements secrets... alors que la nature ésotérique et mystique de Ame-no-Minakanushi et les interprétations multiples à son sujet sont clairement preuves de son existence.

Du bourgeonnement de Umashi-Ashikabi-Hikoji, représenté métaphoriquement par une pousse de roseau, apparurent ensuite Sept Générations Divines, dite Tenjin Shichidai.

Kuni-no-tokotachi-no-kami (国之常立神, le Kami qui réside éternellement dans la Terre ou le Kami de l'Essence du Pays) ; Toyo-kumo-no-no-kami (豊雲野神, le Kami Maître Luxuriant et Intégrant) ; U-hiji-ni-no-kami (宇比邇神, Kami Seigneur de la Terre-Boue) & Su-hiji-ni-no-kami (須比智邇神, Kami Dame de la Terre Boue) ; Tsunu-guhi-no-kami (角杙神, Kami Intégrateur du Germe) & Iku-guhi-no-kami (活杙神, Kami Intégrateur de la Vie) ; Ō-to-no-ji-no-kami (意富斗能地神, Dieu Aîné du Grand Lieu) and Ō-to-no-be-no-kami (大斗乃弁神, Déité Féminine Aînée du Grand Lieu) ; Omo-daru-no-kami (淤母陀琉神, Dieu du Parfait Extérieur) & Aya-kashiko-ne-no-kami (阿夜訶志古泥神, Kami Dame Oh! Terrifiante/Vénérable) ; et enfin les plus célèbres, Izanagi-no-kami et Izanami-no-kami, l'homme et la femme qui invitent.

Si les avis sont partagées quant à la nature de ces dieux (certains y voient par exemple des divinités stellaires), la chose qui frappe immédiatement est sa ressemblance avec la Genèse ! La principale différence c'est que plutôt que qualifier de "jours" les étapes de la création, le Kojiki les déifient. Le Gûji (grand prêtre) du Wada-jinja, consacré à Ame-no-Minaka-Nushi lui-même, abonde dans ce sens, voyant dans les 7 Générations des combinaisons progressives du Divin originel, pour descendre sous des formes progressivement plus concrètes et matérielles, et ainsi donc, l'action de la génération précédente cause l'apparition de la génération suivante. Puis, les dieux cessèrent de naître seuls, et apparaissant en tant que couples constitué de frère et soeur, ils concertèrent leurs actions pour donner naissance à la génération suivante de kami.

Accessoirement, on remarquera au sujet de Izanagi et Izanami que s'ils apparaissent initialement avec le prédicat de "kami", ils utilisent ensuite celui de "Mikoto", qui bien que presque synonymes, indiquent qu'un changement s'est produit dans leurs... "fonctions". On remarquera également qu'il semble que les "disputes de couple" et autres divorces pré-datent ces deux là, malgré leur réputation dans le folklore japonais. Néanmoins, si certains savants voient dans 15 et quelques premiers Kami une influence chinoise, réelle ou non, il ne fait aucun doute que Izanagi et Izanami sont des dieux purement indigènes.

Comme tous les premiers dieux cités dans la genèse shintoïste, l'identité de Ame-no-Minaka-Nushi est quelque peu trouble, et s'apparente à des "manifestations célestes", mais à la différence des autres kami, il peut être considérée comme la manifestation d'un monothéisme primitif, et ce bien que son caractère distant ne lui a guère valut les ardeurs des foules japonaises, recherchant traditionnellement une relation utile, pratique et fonctionnelle avec leurs dieux (agriculture, guerre, prospérité, longévité...). Il est en tout cela similaire à Brahma dans l’Hindouisme, surnommé Bonten (梵天) en japonais.

Théories sur la nature de Amenominkanushi[modifier | modifier le code]

D'après William George Aston, le nom de Ame-no-Minaka-Nushi pourrait signifier "la divinité par laquelle le Ciel subsiste éternellement".

Parmi les autres théories avancées, celle de Hirata Atsutane dit qu'il est le chef des kami des sept étoiles principales de la constellation de la Grande Ourse, une opinion qui eut une influence prépondérante sur son assimilation à Myōken Bosatsu pendant les réformes Kokugaku de l'ère Meiji. À ce sujet, on remarquera que les japonais ont des noms pour chacune des étoiles de cette constellation, ainsi que pour la constellation dans son ensemble également.

En sino-japonais traditionnel, l'ensemble est appelé Hokuto Shichisei (北斗七星), ou simplement Hokuto. Puis viennent Tonrō (貪狼, aka Dubhe), Bukyoku (武曲 aka Mizar), Rokuson (禄存, aka Phecda), Monkoku (文曲, aka Merak), Renjō (廉貞, aka Allioth), Komon (巨門, aka Megrez), et enfin Hagun (破軍, aka Alkaid). Les deux étoiles se trouvant aux extrêmes, Tonro et Hagun, sont considérées comme les étoiles maîtresses de la constellation : les pôles de l'étoile polaire.

Ainsi, on constate immédiatement que Ame-no-Minaka-Nushi n'en fait pas partie... attendu que c'est justement un système que les japonais tiennent des chinois ; dans le cadre de la théorie où Ame-no-Minaka-Nushi serait d'inspiration chinoise, cela contredit le fait qu'il soit un dieu de l'étoile polaire... à moins qu'il ne soit, justement, le dieu de l'étoile polaire du moment (puisque celle-ci change avec la danse des astres). Puisque ces noms étaient justement utilisés par les Onmyōji, longtemps avant le Shinbutsu bunri, et que cette religion / magie syncrétique et son influence à la Cour Impériale ne furent pas pour rien dans l'influence de la culture et de la philosophie chinoise sur le Shinbutsu shūgō, on peut les considérer comme fiable pour éliminer le fait que Ame-no-Minaka-Nushi soit le dieu du Hokuto : sinon, il aurait été mentionné par les anciens, au moins pour, à l'instar des autres dieux shinto indigènes, être assimilé à Myōken, déité d'origine étrangère. En effet, le prestige certain de Ame-no-Minaka-Nushi à de quoi laisser perplexe sur le fait qu'il ait été laissé de côté par les premiers théoriciens du Shinbutsu-Shugo.

Mais peut-être Hirata aurait-il vu en « Hokuto » un nom pour l'ensemble, tandis que pour Ame-no-Minaka-Nushi le maître de cet ensemble ? Quoi qu'il en soit, Hirata le considère comme le dieu suprême du Shintoïsme et créateur de l'Univers, et c'est ainsi qu'il tend à être vu dans le Shintō moderne.

Kujiki mentionne également une obscure déité nommée Ame Yuzuru Hi Ame no Sagiri Kuni Yuzuru Tsuki Kumi no Sagiri no Mikoto qui serait soit antérieure à Ame-no-Minaka-Nushi, soit un autre nom pour celui-ci.

L'auteur John Warren Teets Mason considère les 5 premiers Kami (de Ame-no-Minaka-Nushi à Ame-no-Toko-Tachi) comme les principes élémentaires initiaux de l'esprit divin et voit en cette première déité la "totalité unifiée de l'esprit divin", c'est à dire le Dieu Cosmique par excellence. En ce sens, il se rapproche également du concept de Monade, et de la notion d'un Monothéisme primitif, ou plutôt de Monolâtrie antique. On se rappellera le caractère flou de l'antique Elohim d'Abraham, d'Ashera, de la différence subtile entre les divers noms du dieu Islamo-Judéo-Chrétien (de celui qui semble le plus antique, Adonaï, au plus récent, Allah... qui signifie simplement "dieu" tout comme le terme "Kami-sama" étrangement choisi par l'Eglise Catholique pour succéder au Deus des Jésuites, attendu ne serait-ce que le manque de différenciation singulier-pluriel dans le terme sus-mentionné) de l'hypothèse qui veut que comme les démons identifiés par le Concile de Latran les Anges pourraient êtres ce qui reste de divinités antérieures aux panthéons assimilées, ainsi que des théories cyniques plaidées par Mencken).

D'après d'éminents prêtres shintoïstes, il est le "centre de tous les kami, plus universel et éternel que tous les [autres] kami" (ce qui corrobore en partie ou explique son association au Hokuto) et il aurait été découvert à une époque relativement tardive, lorsque la pensée de l'Homme était devenue plus claire et profonde, par le biais d'une recherche intellectuelle plutôt que par les pratiques religieuses. Il est à noter que cela coïncide "étrangement" avec certaines des théories avancées par Mencken dans Treatise on the Gods, mais d'une façon quelque peu positive, comparée aux sarcasmes de cet auteur.

Kakehi K. [Katsuhiko ?], un autre grand théoricien du shintoïsme, en dit aussi que Ame-no-Minaka-Nushi est à la fois créateur et création du monde phénoménal, exerçant simultanément une fonction passive et active, car la Vie n'est pas uniquement une chose qui créer mais est aussi une chose créée, tout à la fois. Aussi, Ame-no-Minaka-Nushi est décrit, empruntant le vocabulaire bouddhiste du Shinbutsu shūgō, comme Fushō Fumetsu Fuzō Fugen, c'est à dire sans commencement (ou sans naissance), sans fin (ou sans mort), sans croissance et sans décroissance. Ame-no-Minaka-nushi est donc le fondement immuable du flux dans le monde phénoménal, transcendant tous changements.

Une théorie avance qu'il serait la divinité iranienne Zervanem Akaranem, personnification de l'éternité, importée au Japon lors de temps reculés. Une théorie qui n'est pas sans rappeler la théorie de l'anthropologue C. Scott Littleton sur la légende du Prince Yamato Takeru, la qualifiant d'Arthurienne et proposant des origines iraniennes communes à ces deux mythes. Pour réductrice quelle soit, elle concède - ironiquement - par ses recoupements un caractère à la fois Antique et Universel à cette déité, attendus l'influence des antiques civilisations du Croissant Fertile sur toutes les races, peuples, mythologies et sociétés humaines ultérieurement développée. On se souviendra également du nom de "Shinkoku", le Pays des Dieux, revendiqué par les nationalistes japonais, au titre de la myriade de déités reconnues par son polythéisme.

Certains zélotes se réclamant du courant Gekū Shintō de Ise, vénérant la déesse Toyo-uke-bime, ou Toyo-uke-no-ōmikami (déesse de l'agriculture et du travail industrieux, le site internet de Ise-jingū la présente comme faisant offrande à Amaterasu des produits de la Civilisation : nourriture, vêtements, abris... les prêtres lui dédient "sans fautes et deux fois par jour" de la nourriture sacrée depuis des temps immémoriaux), la perçoivent comme une personnification de Ame-no-Minaka-Nushi, allant même jusqu'à dire que c'est Toyo-Uke-Hime qui est la déité originelle et maîtresse du Geku de Ise ! Une opinion tout particulièrement à contre-courant de la version officielle, où Toyouke est justement déplacée à la demande de Amaterasu... Mais peut être n'est-ce qu'une contradiction apparente. En effet, H. L. Mencken dans son Treatise on the Gods, affirme que la tendance dans l'Histoire des Religions est que la plus ancienne forme de divinité soit une déesse de la Terre mère et nourricière, puis que les déités solaires sont venus plus tard avec les civilisations, dieux de la Royauté. Peut être pour les anciens Japonais, la Grande Déesse Toyouke reflétait une vision de la Nature nourrissant les humains et reflétant leurs efforts pour survivre dans la Nature et construire sociétés et civilisations.

Herbert cite d'ailleurs Amaterasu comme une déesse de la Paix (c'est à dire de l'ordre et de l'harmonie social). Or, si Amaterasu est elle aussi une personnification de Amenominakanushi... cela signifierait ça ne serait pas la première fois que les dieux shintô ont des troubles d'identités. Toyouke Omikami pourrait donc être la déesse représentant l'aspect nourricier de Ame-no-Minaka-Nushi, tandis qu'Amaterasu assume le rôle de déité astrale et de divinité de la lumière.

Au sujet de Ise-Jingū, Gunther Nitschke affirme que son véritable Go-Shintai ne serait pas le miroir Yata-no-Kagami d'Amaterasu mais un pilier sacré, Shin-no-Mi-Bashira, autour duquel est construit (ou plutôt renouvelé) le Sanctuaire de Ise tous les 20 ans. Un pilier. Axis Mundi. L'une des théories avancées au sujet de Ame-no-Minaka-Nushi est qu'il ne serait pas un kami à proprement parler, mais plutôt le "pilier central de l'univers, qui est apparu dans le chaos [primordial], venu nul ne sait d'où". C'est à dire la théorie de l'Anima mundi dans l'Histoire des Religions et dans le chamanisme.

Quoi qu'il en soit, étant cité en premier dans le Kojiki, Ame-no-Minaka-Nushi-no-kami occupe une place prestigieuse, quoique controversée, puisqu'il n'y est plus cité ensuite, et que son nom n'apparaît même pas du tout dans le Nihon Shoki. Néanmoins, ce prestige singulier fit de Amenominakanushi une divinité centrale du Daikyōin au début de l'ère Meiji, où la théorie de Hirata servit de base théologique à la conversion shintoïste de temples bouddhistes vénérant Myōken Bosatsu, le dieu bouddhiste de la constellation de la Grande Ourse.

Il est également vénéré au sein de certaines nouvelles sectes shintoïstes (教派神道, kyōha-shintō?)[1]. La secte shintō Miitsu-kai, qui le place au-dessus de tous les autres Kami, lui donne aussi le nom de Ō-Amaterasu-Ō-mi-kami. Or, l'[Amaterasu]] Omikami normale est aussi considérée comme l'incarnation japonaise de Dainichi Nyorai, le Bouddha Vairocana, tantôt considéré comme le Bouddha Universel Primordial (ce que l'on rapproche naturellement comme la "Totalité de l'Esprit Divin Unifié") tantôt comme le Bouddha de la Lumière (ce que l'on peut également rapprocher de l'interprétation de Amenominakanushi comme Divinité Stellaire par excellence). Encore une fois, Ame-no-Minaka-Nushi se retrouve lié aux thèmes de la Monade, de l'Anima Mundi, et bien sur à celui de dieu de Lumière.

Malgré son prestige et les opinions extrêmement diverses sur le culte de ce dieu, il semble qu'aucun sanctuaire shinto officiel ne consacre entièrement son temple principal au culte de Ame-no-Minaka-Nushi-no-Kami, la plupart de ceux lui étant dédiés l'étant également à d'autres kami, souvent les deux autres Kotoamatsukami, c'est à dire Takamimusubi (高御産巣日神) et Kamimusubi (神産巣日神). Le Kashiko-Dokoro du Palais Impérial de Tokyo accueil les Sanshu-no-Jingi et adore les Dieux du Musubi : Ame-no-Minakanushi-no-Kami, Takami-Musubi-no-Kami, Kami-Musubi-no-Kami, Ho-Musubi-no-Kami (feu-musubi-kami), Waka-Musubi (Jeune-Musubi), Iku-Musubi (Musubi de la Vie), Taru-Musubi (Musubi d'Abondance).

Cela dit, le clan Taira est un ardent adorateur de Myōken Bosatsu, depuis l'époque de Taira no Masakado, son plus grand héros.

D'après Genpei Tosoroku (document datant de la période Kamakura), il lui apparut sous la forme d'un adolescent, déclarant être Myōken Bosatsu d'Hanazono (c'est à dire le Sanctuaire Chichibu-jinja) en la province de Kozuke-no-kuni, et promit sa divine protection à Masakado en échange de sa vénération. Masakado accepta le deal, mais plus tard Myōken l'abandonna dès que Masakado s'autoproclama Nouvel Empereur, causant la défaite de Masakado. Depuis, plus aucun japonais ne tenta de renverser la dynastie Impériale du Japon. Malgré la trahison de leur dieu protecteur, les survivants du clan Taira continuèrent de le vénérer jusqu'à nos jours, en particulier le clan Sōma, qui lui dédie le remarquable Sōma Nomaoi, un évènement moitié manœuvre militaire, moitié cérémonie religieuse et festival populaire, dans laquelle le Japon "retourne à l'époque Sengoku", et les Daimyō héréditaires du clan Sōma prennent des titres de généraux samouraïs, et la tête d'une puissante cavalerie montée, filmée et prise en photos par les touristes.

Cette situation ambiguë s'explique par la nature abstraite et lointaine de Ame-no-Minakanushi-no-kami, alors que pour la plupart, les adorateurs shintoïstes désireraient des rapports familiers et "utiles" avec le dieu qu'ils vénèrent ; ainsi Inari, Hachiman, Kukurihime, Suwa Myōjin, les déesses de Munakata Taisha ou encore les Sept Dieux du Bonheur, et bien sur Amaterasu, à la nature plus visible et manifeste, apte à marquer l'imagination collective. Ce qui en considération de la nature ésotérique et mystique de ce dieu, ainsi que des nombreux secrets et tabous dans le Shintoïsme (par exemples, certains Go-Shintai sont abrités à l'intérieur des sanctuaires et rarement sinon jamais exposés à la vue des profanes ; certaines teintures sont secrètes et réservées à l'Empereur du Japon ; les aristocrates de haut rang et les pièces où se trouvaient de nobles dames faisant réception, notamment étaient souvent dissimulées derrières des volets de bois ; etc.) et compte tenu de la tradition rapportée par Kaempfer... n'est en fin de compte guère surprenant.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Encyclopedia of Shinto, consulté le 24 juillet 2008