Les Dépossédés

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Les Dépossédés (titre original : The Dispossessed) est un roman de Ursula K. Le Guin publié en 1974. Il fait partie d'un cycle intitulé le Cycle de l'Ekumen.

Qualifié par son auteure d'« utopie ambiguë », ce roman décrit la vie des habitants d'Anarres, un monde fondé sur les principes du communisme libertaire et ceux de son pendant capitaliste sur Urras à travers l'histoire d'un physicien, Shevek.

L'idéologie politique anarchiste qui sous-tend l'œuvre a été inspirée par les écrits de Kropotkine, Murray Bookchin et Paul Goodman.

Résumé[modifier | modifier le code]

L'histoire se déroule sur la planète Urras et sa lune Anarres (ou sur Anarres et sa lune Urras). L'ensemble est souvent décrit comme un système de planètes jumelles orbitant autour de l'étoile Tau Ceti. La population des deux planètes est appelée « cétienne » par l'Ékumen. Les Cétiens présentent la particularité d'être très velus : leur corps est entièrement couvert d'un duvet dense.

Afin d'empêcher une rébellion des ouvriers anarcho-syndicalistes (menés par une femme, Odo, décédée depuis, mais dont les réflexions animent le livre), les principaux états urrasti ont donné Anarres et une garantie de non-ingérence aux révolutionnaires odoniens, approximativement 200 ans avant les évènements décrits dans « les Dépossédés ».

Shevek, le personnage principal, est un physicien anarresti cherchant à développer une Théorie Temporelle Générale. Pour la science physique cétienne le temps est doté d'une structure beaucoup plus complexe et profonde que nous ne l'envisageons. Les physiciens cétiens utilisent les mathématiques et ce que nous appelons la physique, mais également la philosophie et l'éthique. L'exposé des théories se mêle bien au déroulement du livre, décrivant non seulement des concepts physiques abstraits, mais aussi les évolutions des vies des personnages, ainsi que la transformation de la société annaresti. Une citation revenant souvent dans le livre est « le vrai voyage est le retour ».

La société d'Annares ne connaît, en théorie, ni gouvernement ni institutions autoritaires coercitives. Pourtant Shevek commence à se heurter à des murs bien réels lorsque ses idées commencent à dévier des opinions majoritaires de ses compatriotes et de ses collègues scientifiques. Graduellement il comprend que la révolution qui a créé son monde stagne, et que des structures de pouvoir commencent à exister là où il ne devrait y en avoir aucune. Il entreprend donc le voyage risqué vers la planète originale, Urras, cherchant à ouvrir le dialogue inter-cétien et à diffuser librement ses théories à l'extérieur d'Annares. Le roman détaille ses luttes sur Urras et sur son monde natal, Anarres.

Le livre explore aussi l'hypothèse Sapir-Whorf : sur la planète anarchiste l'usage du possessif est fortement découragé. Un exemple est donné lorsque la fille de Shevek, le rencontrant, lui dit « Nous pouvons partager le mouchoir que j'utilise ». (Le Guin 69), au lieu de « vous pouvez emprunter mon mouchoir ». L'idée est que le mouchoir n'est pas possédé par la fille, simplement porté par elle. La langue parlée sur Anarres, le Pravique est une langue construite qui reflète beaucoup d'aspects des fondations philosophiques d'un anarchisme utopique.

Les Dépossédés est considéré par quelques socialistes libertaires comme une bonne description des mécanismes qui seraient développés par une société anarchiste, mais aussi des dangers de la centralisation et de la bureaucratie qui reprendraient facilement place dans une telle société sans le prolongement de l'idéologie révolutionnaire. Une partie du pouvoir de ce livre est qu'il nous présente une gamme de personnages assez bien développés qui illustrent beaucoup de types de personnalités, toutes instruites dans un environnement qui mesure une personne non pas par ce qu'il ou elle possède, mais par ce qu'il ou elle peut faire, et comment il ou elle entre en relation avec les autres êtres humains. Le meilleur exemple en est probablement le caractère de Takver, la partenaire du héros, qui illustre beaucoup de vertus : la loyauté, l'amour de la vie et des choses vivantes, la persévérance, et le désir d'un vrai partenariat avec une autre personne.

Cet ouvrage est parfois présenté comme une des rares renaissances modernes du genre utopique, il y a certainement beaucoup de caractéristiques d'un roman utopique à trouver dans ce livre. On retrouve notamment de nombreux aspects utopiques dans la société d'Anarres, qui est présentée comme une société en adéquation avec ses propres théories et ses propres idéaux, d'autant plus en raison de la proximité d'Urras. Cependant ce n'est pas aussi simple : Annares n'est pas présenté comme une société parfaite, des aspects réalistes diminuent l'aspect utopique de ce roman. La rudesse de la vie due au manque de ressources, les mensonges dus au voisinage avec Urras et la révélation du caractère bureaucratique de la société d'Annares la distinguent clairement d'une société parfaite. On peut interpréter ceci comme la volonté de l'auteure de démontrer qu'une telle société est impossible. Il est en tout cas notable qu'un des thèmes majeurs de ce travail est l'ambigüité de la notion d'utopie.

Citations[modifier | modifier le code]

Les numéros de page sont ceux de l'édition parue au Livre de Poche.

... Si c'est vers le futur que vous vous tournez, alors je vous dis qu'il faut aller vers lui les mains vides. Vous devez y aller seul, et nu, comme l'enfant qui vient au monde, qui entre dans son propre futur, sans aucun passé, sans rien posséder, dont la vie dépend entièrement des autres gens. Vous ne pouvez pas prendre ce que vous n'avez pas donné, et c'est vous-même que vous devez donner. Vous ne pouvez pas acheter la Révolution. Vous ne pouvez pas faire la Révolution. Vous pouvez seulement être la Révolution. Elle est dans votre esprit, ou bien elle n'est nulle part. (p. 348)

Prix littéraires[modifier | modifier le code]

Les Dépossédés a remporté les prix Hugo en 1975, Nebula en 1974, et Locus en 1975.

Classique de la science-fiction[modifier | modifier le code]

Ce roman est considéré comme un grand classique de la science-fiction dans les ouvrages de références suivants :

  • Denis Guiot, La Science-fiction, Massin, coll. « Le monde de... », 1987 ;
  • Enquête du Fanzine Carnage mondain auprès de ses lecteurs, 1989 ;
  • Lorris Murail, Les Maîtres de la science-fiction, Bordas, coll. « Compacts », 1993 ;
  • Stan Barets, Le science-fictionnaire, Denoël, coll. « Présence du futur », 1994.

Notes et références[modifier | modifier le code]