Amicus curiae

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L'Amicus curiae est une « notion de droit interne anglo-américain désignant la faculté attribuée à une personnalité ou à un organe non-partie à une procédure judiciaire de donner des informations de nature à éclairer le tribunal sur des questions de fait ou de droit »[1].

Il s'agit d'une personnalité ou d'un organisme, non directement lié à une affaire, qui se porte volontaire pour offrir des informations et assister une cour dans le but de trancher l'affaire portée devant elle. L'information fournie peut être une opinion juridique sous la forme d'un mémoire (qui est appelé un amicus lorsqu'il est offert par un amicus curiae). C'est un témoignage qui n'a pas été sollicité par une des parties, ou un document qui traite d'un sujet qui porte sur le cas. La décision sur l'opportunité d'admettre les informations est à la discrétion de la cour.

Plus généralement, l'amicus curiae est devenu une possibilité de règlement des différends au sein de certaines instances internationales, telles que l'Organisation mondiale du commerce.

L'expression amicus curiae vient du latin et signifie littéralement « ami de la cour ».

Histoire[modifier | modifier le code]

L'amicus curiae figure à l'origine dans la loi romaine[2]. Au IXe siècle, la notion a été incorporée dans la loi anglaise, et plus tard, elle a été étendue à la majorité des systèmes de loi. Par la suite, elle a aussi été introduite dans la loi internationale, en particulier concernant les droits humains. À partir de ce moment-là, elle a été intégrée dans la plupart des systèmes de loi (elle a récemment été intégrée dans le système de loi de l'Argentine et le code de procédures civiles du Honduras en 2010).

Aujourd'hui, c'est une notion utilisée par la Cour européenne des droits de l'homme[3], la Commission interaméricaine sur les droits de l'homme , et la Cour de justice de l'Union européenne.

Présentation[modifier | modifier le code]

Le rôle d'un amicus est souvent confondu avec celui d'un intervenant. Le rôle d'un amicus a été défini par Salmon LJ (en tant que Lord Salmon) dans Allen v Sir Alfred McAlpine & Sons Ltd (1968) : « J'ai toujours défini que le rôle d'un amicus curiae était d'aider la cour par une exposition de la loi impartialement, ou, si une des parties n'est pas représentée, par un avancement d'arguments légaux en son nom ».

La situation la plus souvent mentionné dans la presse, c'est quand un groupe d'avocats dépose un mémoire dans une affaire devant une cour d'appel à laquelle il n'est pas partie à un litige. Ces cas d'appel sont normalement limités à l'enregistrement des faits et arguments venant d'un cas présenté à la cour avant un appel ; les avocats se concentrent sur les faits et les arguments les plus favorables à leurs clients. Si l'affaire peut avoir des implications plus larges, les mémoires d'amicus curiae sont une manière d'introduire la préoccupation de ces implications, de sorte que les éventuels effets juridiques généraux des décisions de justice ne dépendent pas uniquement des parties directement impliquées dans l'affaire.

Dans les affaires importantes, les amici curiae sont généralement des organisations avec de considérables budgets juridiques. Aux Etats-Unis, par exemple, les organisations de défense juridique à but non lucratif, comme l'Union civile pour la Liberté américaine, la Fondation de repère juridique, la Fondation juridique pacifique, la Fondation Frontière électronique, le Centre américain sur le droit et la justice (ou NORML), présentent souvent des mémoires pour plaider pour ou contre un changement ou une interprétation légale particulière. Si une décision peut affecter une industrie entière, des compagnies autres que les litigants peuvent souhaite faire entendre leurs préoccupations. Aux États-Unis, la cour fédérale a souvent entendu des cas impliquant la constitutionalité des lois de l'État. C'est pourquoi les États peuvent déposer des mémoires, en tant qu'amicus curiae, quand leurs lois sont susceptibles d'être affectées, comme dans le cas McDonald contre Chicago à la Cour suprême, quand trente-deux États sous l'égide du Texas (et de la Californie indépendamment), ont déposé ces mémoires[4].

Un amicus curiae qui ne dépose pas de mémoire présente souvent une perspective académique sur le cas. Par exemple, si la loi donne une déférence à l'histoire de la législation sur un certain sujet, un historien peut choisir d'évaluer la demande de compétences spécialisées. Un économiste, un statisticien, ou un sociologue peut choisir de faire la même chose. Des éditoriaux de journaux, des blogs et d'autres articles d'opinion ont aussi la capacité d'influencer les décisions de la Cour suprême comme un amicus curiae[5]. Ils ne sont, cependant, pas techniquement considéré comme un amicus curiae, car ils n'ont pas à soumettre des documents à la Cour, ils n'ont pas besoin de demander pour partir et n'ont aucune garantie qu'ils seront lus[6].

Règles définissant l'utilisation aux États-Unis[modifier | modifier le code]

La Cour suprême des États-Unis a des règles spéciales pour les mémoires d'amicus curiae, généralement couvertes par la règle 37 de la Cour Suprême. La règle stipule, en partie, qu'un tel mémoire doit porter sur une « question pertinente », non traitée par les parties, qui « peut être une aide considérable »[7]. La couverture du mémoire d'un amicus curiae doit identifier quelle partie le mémoire supporte, ou si un mémoire supporte seulement une affirmation ou un revers : règle 37.3(a). de la Cour suprême. La cour, entre autres, exige aussi que tous les amici non gouvernementaux identifient ceux qui fournissent une contribution monétaire à la préparation ou à la soumission du mémoire : règle 37.6 de la Cour Suprême. Le mémoire doit être préparé sous forme de brochure, et 40 copies doivent être servies à la Cour[8].

En général, à moins que le mémoire de l'amicus ne soit déposé par le gouvernement fédéral (ou un de ses dirigeants ou agents) ou un État des États-Unis, l'autorisation du tribunal (par le biais d'une motion pour une autorisation) ou le consentement mutuel des parties est requis. Cela permet à un amicus curiae de présenter une plaidoirie orale considérée comme « extraordinaire »[9].

Les évolutions actuelles et les dangers qui en découlent[modifier | modifier le code]

L'amicus curiae était à l'origine une procédure exceptionnelle mise à la disposition des tribunaux dans le monde anglo-saxon, pour éviter les erreurs et pallier les insuffisances de procédure. Mais il est désormais utilisé de manière systématique par des groupements d'intérêts pour donner leur avis sur une question en litige. Cette évolution, apparue devant la Cour suprême des États-Unis, se retrouve devant les mécanismes internationaux de règlement des différends sous l'impulsion des acteurs de la société civile dont l'ambition n'est pas de se mettre au service du tribunal, mais de s'imposer comme un nouvel acteur de la procédure.

Par une utilisation répétée des groupements d'intérêts, l'amicus curiae risque de rompre avec ses fondements procéduraux classiques pour devenir un droit de participation au profit des tiers. Sous couvert d'amitié, des étrangers à la procédure cherchent à l'instrumentaliser à leur profit en jouant sur la méconnaissance du mécanisme. Si cette évolution se confirmait, cela présenterait de réels dangers pour l'intégrité de la procédure et risquerait de s'opérer au détriment des parties au litige[10].

Des communications d'amicus curiae ont été fréquemment présentées dans les procédures de l'Organe d'appel de l'Organisation mondiale du commerce[11].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Salmon (dir.), Dictionnaire de droit international public, Bruxelles, Bruylant, AUF, 2001, pp. 62-63
  2. Judithanne Scourfield McLauchlan (2005), La Participation au Congrès au titre d'amicus curiae devant la Cour suprême américaine, publication scolaire LFB p. 266. ISBN 1-59332-088-4
  3. Ludovic Hennebel, Le rôle des amici curiae devant la Cour européenne des droits de l'homme
  4. Alan Gura (7 juillet 2009), Trente-quatre états régis par le second amendement ChicagoGunCase
  5. Rachel C. Lee (avril 2009), L'éthique juridique de plaidoirie devant la Cour suprême dans l'ère de l'Internet, Revue de loi de Stanford (6): 1535-1571
  6. Keith Dawson (8 mai 2009), L'Impact des bloggers sur le monde du contentieux, Slashdot
  7. Loi 37
  8. règle de la Cour suprême des États-Unis
  9. FRAP 29
  10. Séverine, Menétrey, L'Amicus curiae, vers un principe de droit international procédural ?, p. 8
  11. Participation à une procédure de règlement des différends - Les communications d’amici curiae

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Séverine Menétrey, L'Amicus curiae, vers un principe de droit international procédural ?, thèse de doctorat en cotutelle présentée à la Faculté des études supérieures de l'Université Laval, Québec