Adalbert de Prusse

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Adalbert de Prusse.

Adalbert Ferdinand Berengar de Prusse (en allemand : Adalbert von Preußen), né le 14 juillet 1884 à Potsdam, mort le 22 septembre 1948 à La Tour de Peilz (Suisse), est un prince de la Maison de Hohenzollern. Il est le troisième fils de l'empereur Guillaume II et de sa première femme, l'impératrice Augusta-Victoria. Son prénom est choisi en hommage du prince Heinrich Wilhelm Adalbert, fondateur de la marine prussienne. Adalbert de Prusse appartient à la première branche de la Maison de Hohenzollern, lignée qui donne des électeurs au Brandebourg, des rois et des empereurs à la Prusse et à l'Allemagne. Le prince passe pour être le fils le plus réservé, le plus calme des fils du Kaiser.

Enfance[modifier | modifier le code]

Adalbert de Prusse naît le 14 juillet 1884 au Nouveau Palais de Potsdam, résidence d’été de ses parents le prince Guillaume (futur Guillaume II) et sa femme, Augusta-Victoria. Il rejoint ainsi les princes Guillaume de Prusse et Eitel-Frédéric de Prusse, à peine plus âgés que lui. Il est rapidement suivi par trois autres garçons et une fille, la princesse Victoria-Louise de Prusse. Dès sa naissance, son père le destine à une carrière dans la marine, à la suite de l'oncle du nouveau né, le prince Henri de Prusse. Le jeune prince a de nombreux parrains et marraines, tout comme ses frères : le roi et la reine de Wurtemberg Charles Ier de Wurtemberg et Olga Nikolaïevna de Russie ; le roi Othon Ier de Bavière, le grand-duc Frédéric II de Bade, le prince Arnulf de Bavière, l’archiduc austro-hongrois Ferdinand-Salvator d'Autriche et Louise-Sophie de Holstein-Augustenbourg. Deux de ses marraines sont issues de la proche parenté de son père : Alexandrine de Prusse, grande-duchesse de Mecklembourg-Schwerin et Charlotte de Prusse (1860-1919), duchesse de Saxe-Meiningen, sa tante.

Il reçoit une éducation stricte en compagnie de ses cinq autres frères. Le jeune prince a deux gouverneurs, l’ancien attaché militaire allemand à Vienne, le général-major von Deines, et un gouverneur civil, M. Kessler. Ceux-ci sont secondés dans leurs tâches par un professeur, Fechner, et un éducateur, le sous-lieutenant von Rauch. Chaque semaine, un sergent-major du premier régiment d’infanterie vient enseigner aux garçons le maniement d’armes. Adalbert apprend l’anglais, dispensé par Miss Atkinson, et le français, par M. Girardin. Les princes ont également une gouvernante anglaise Ethel Howard, qui laisse des mémoires sur sa vie à la Cour impériale allemande ainsi que des notes sur ses différents élèves qu'elle a à sa charge. L’empereur Guillaume II leur donne lui même des leçons d’équitation : c'est un professeur d'une patience très limitée... L’instruction musicale n’est pas oubliée puisque les princes étudient le violon et le piano.

Leur mère, l'impératrice Augusta-Victoria tempère quelque peu par son indulgence cette éducation stricte. Elle assiste aux leçons, aux repas et au coucher de ses sept enfants, tous nés entre 1882 et 1892. À l'inverse, leur père ne se prive pas de les punir ou de leur distribuer des corrections ! Adalbert, comme le reste de ses frères, reste sous la coupe de son aîné, le Kronprinz, très autoritaire envers ses petits frères.

Les enfants ont quelques instants de récréation et s'amusent avec des soldats de plomb (prévu pour leur apprendre les multiples uniformes de l'armée impériale) ou se promenent sur les toits du palais impérial où ils s'amusent l'hiver... Ils jouent aussi dans une forteresse construite pour eux, près du Nouveau Palais. Trois dates par an sont importantes dans leur vie de jeune prince de la couronne allemande : Noël, Pâques et leur anniversaire. La fête de Noël est l'occasion d'une grande fête en famille où les enfants reçoivent quelques cadeaux et des biscuits en pain d'épice.

Lorsque sa mère, l'impéatrice, fait enregistrer sa voix à l'aide d'un phonographe en 1891 trouve que le jeune prince a la même voix que son arrière grand-père le Kaiser Guillaume 1er, ce que l'assistance semble confirmer ! [2]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Le prince Adalbert fait son entrée officielle dans la marine en 1894, suivant le souhait de son père. Il s'est déjà un peu familiarisé avec ce milieu auparavant : à l'école militaire de Plön un yacht était à sa disposition et il devait essayer de le faire manoeuvrer dans un lac. Le 18 avril, à l'occasion d'une brillante fête dans la rade de Kiel, Adalbert prête serment auprès du chef du cabinet de la marine, après un service religieux, sur le cuirassé Kaiser-Wilhelm. Il monte ensuite sur le bâtiment-école Charlotte où il va poursuivre son instruction. Le jeune garçon est alors See cadet et reçoit des cours théoriques et pratiques pour obtenir son brevet d'officier de marine. Ensuite, le prince va suivre le périple suivant : courte croisière dans la Baltique, participation à la régate estivale de Kiel, passage dans la Méditerranée vers le canal de Suez et visite des diverses colonies allemandes[1]...

Il est formé à Kiel, le principal port de la marine impériale à l'époque. Après quoi, Adalbert de Prusse voyage à l'étranger où il représente son père : il fait ainsi un voyage aux États-Unis pendant l'été 1912, mais aussi en Russie, en France, au Danemark... L'empereur envisage pour son fils le poste de commandant en chef de la marine allemande, à la suite du prince Henri de Prusse. En qualité d'officier de la marine impériale allemande, le prince Adalbert réside dans une petite maison sur le port de Kiel, la villa Seelust. C'est dans cette ville qu'il donne parfois des bals, en conviant quelquefois son frère le Kronprinz, friand de mondanité.

Il est le fils le plus réservé et le plus discret des six fils du Kaiser. C'est également un homme brillant et il est le favori des cercles politiques, comparés à ses autres frères. Il est très proche de sa jeune sœur, la princesse Victoria-Louise, née en 1892, dont il est l'un des frères favoris. Il a beaucoup contribué, avec l'aide de leur belle-sœur la princesse Guillaume, née Cécilie de Mecklembourg-Schwerin, au mariage de la princesse avec le prince Ernest-August de Hanovre. Le prince est également choisit comme parrain pour le premier enfant du couple. À sa mort en 1948, le prince Adalbert ne conserve des liens avec sa famille que par elle.

Perspectives matrimoniales et romances[modifier | modifier le code]

Celles-ci ont été très nombreuses et se sont soldées par des échecs. Le journal français l'Aurore énumère les nombreux refus qu'essuie le jeune homme : la princesse Sophie-Charlotte d'Oldenbourg - sa future belle-soeur -, les princesses Dagmar et Thyra de Danemark, la princesse Patricia de Connaught, la grande-duchesse Olga Romanovna, la grande-duchesse Marie-Adélaïde de Luxembourg (1894-1924) et la princesse Adélaïde de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Glücksbourg (1889-1964), sa cousine germaine. Ces refus sont considérés comme inexplicables selon l'Aurore qui considère le prince comme élégant, aimable et mondain.[3]. Néanmoins dans son numéro du 30 juin 1913, le journal français Gil Blas montre bien que le prince n'a vraiment pas envie de se marier et souhaite surtout écouter son coeur ! C'est d'ailleurs ce qu'il fait en août 1914 en épousant la princesse Adélaïde de Saxe-Meiningen.

En 1910 il est donc question de marier le prince Adalbert avec la princesse Dagmar de Danemark (1890-1961), fille du roi Frédéric VIII de Danemark et de la reine Louise de Suède. Or les cours allemandes et danoises ne s'apprécient guère depuis la Guerre des Duchés de 1866. Le projet de mariage nourrie par le Kaiser est donc abandonné.

Cette même année le prince Adalbert souhaite se marier avec la fille d'un prince de Thuringe, son identité n'est pas précisée, et s'oppose même à ses parents qui refusent de le voir épouser cette jeune fille pour se concentrer sur sa carrière dans la marine. Le jeune homme pointe l'argument d'être déjà plus âgé que ses trois frères lors de leurs mariages mais il doit accepter la demande de son père [4]

Une union entre le jeune homme et la princesse Patricia de Connaught mais le projet n'aboutit pas non plus. Pendant l'été 1912, le prince accompagne son père lors d'une visite officielle auprès du tsar Nicolas II de Russie. Cette visite n'est pas anodine et un rapprochement entre les deux voisins est envisageable. A Berlin, des rumeurs circulent selon lesquelles le prince Adalbert se marierait avec Olga Nikolaïevna de Russie (1895-1918) fille aînée du tsar Nicolas II de Russie. Or trois obstacles importants se dressent devant ces rumeurs : l'éventuel mari est protestant alors que la grande-duchesse est orthodoxe, cette dernière n'a pas 17 ans alors que le prince Adalbert en a déjà 28 ! A l'occasion de ce nouvel échec le journal français L'Aurore dans son numéro du 7 octobre 1912, compare Adalbert au prince Paul de l'opéra-bouffe La Grande-duchesse de Gérolstein [5]. Pourtant selon le Washington Herald du 28 juillet 1912, la grande-duchesse Olga aurait confié à son père le tsar Nicolas ne pas avoir été insensible aux attentions du prince... [6]

En juin 1913, peu après le mariage de la princesse Victoria-Louise de Prusse, il est à nouveau question de marier le jeune homme avec une princesse : Olga de Hanovre (1884-1958), soeur aînée du prince Ernest-August. Celle-ci est souvent invitée à la Cour de Berlin et l'impératrice s'arrange pour faire venir son troisième fils de Kiel. Or ce dernier ne veut rien entendre et sitôt le banquet achevé le prince rentre chez lui à Kiel. L'empereur Guillaume II intervient et décide de convier la jeune femme aux régates de Kiel où Adalbert est obligé d'assister... Finalement le projet est lui aussi abandonnée quand Adalbert souhaite épouser la princesse Adélaïde de Saxe-Meiningen [7]

Tandis qu'il essuie ces multiples refus, le prince Adalbert entretient une relation avec une bourgeoise hongroise, Mlle de Csery, qu'il rencontre en 1909. Il la retrouve plusieurs fois à Marienbad, cité thermale de Bohème, notamment en août 1912 où ils jouent au tennis et flirtent. L'impératrice Augusta-Victoria les rejoint à cette occasion et le journal Gil Blas suppose que la souveraine souhaite rencontrer la jeune femme avant d'autoriser son fils à convoler avec elle... [8] Dans son ouvrage "Love intrigue of Kaiser's sons", William Le Queux note que les princes de Prusse rejettent avec mépris les femmes qu'ils séduisent...

La princesse Adélaïde de Saxe-Meiningen[modifier | modifier le code]

Le jeune prince rencontre sa future femme Adélaïde de Saxe-Meiningen (1891-1971), une connaissance de sa mère, aux débuts des années 1910. Elle est la seconde enfant de Frédéric-Jean de Saxe-Meiningen et de sa femme, née Adélaïde de Lippe-Biesterfeld et sœur du dernier duc de Lippe. La princesse Adélaïde est très malade et doit passer beaucoup de temps dans des cliniques pour suivre des cures, notamment à Hanovre en 1911. La jeune princesse est atteinte de porphyrie ce qui entraine des troubles mentaux chez la malade ainsi que quelques problèmes physiques. Adalbert la rencontre et commence à lui envoyer des lettres d'amour pendant l'année 1914. Il lui demande de l'épouser : c'est ce qu'elle fait le 3 août 1914 à Wilhelmshaven, où le prince sert dans la marine impériale au commencement de la guerre. L'union du prince Adalbert est très bien perçu par l'empereur et l'impératrice, à l'inverse de celle du prince Oskar avec Ina von Bassewitz quelques jours plus tôt. Peu après le mariage le beau-père du jeune prince meurt à la bataille de Tarcienne, près de Charleroi, le 23 août.

Le ménage est harmonieux et donne naissance à trois enfants, dont l'aînée meurt dès sa naissance :

Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Alors que le conflit a débuté depuis deux mois, une rumeur circule selon laquelle le prince Adalbert a été retrouvé mort sur un champ de bataille. Le prince aurait été la victime d'un tir allemand, ce que relaye la presse étrangère mais, peu de temps après, cette histoire s'avère fausse !The New York Times

Pendant la Première Guerre mondiale, Adalbert de Prusse est commandant à bord du SMS Dantzig, ensuite pendant trois ans il commande un navire torpilleur. Le prince se rend également à plusieurs reprises sur le Front oriental, dans l'actuelle Pologne, en tant qu'officier du régiment de grenadiers Frédéric-le-Grand. C'est à l'occasion d'une de ses visites que le jeune homme partage le quotidien des combattants, pendant deux jours. Avant de repartir, le lieutenant-colonel du régiment lui remet un billet que tout combattant doit avoir pour utiliser les chemins de fer : "Il est attesté par la présente que S.A.R le prince Adalbert de Prusse a été désinfecté et se trouve actuellement exempt de vermines". La presse française évoque le fait que le Kaiser réserverait, en cas de victoire de l'Allemagne, la couronne de Belgique pour son troisième fils[1].

Après la Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En 1919, Adalbert de Prusse et sa famille quittent Kiel pour Bad Homburg où ils vivent retirés. La mauvaise santé mentale de son épouse, Adélaïde de Saxe-Meiningen, oblige le prince et sa famille à se rendre fréquemment en Suisse. La famille finit par s'installer en 1928, sur les bords du lac Léman à La Tour-de-Peilz. Ils mènent une existence discrète sous le nom d'emprunt de comte et comtesse Lingen, sans prendre part à la politique menée par les nazis.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Extraits des Aigles foudroyés de Frédéric Mitterrand
  • Extrait des Mémoires d'exil de Frédéric Mitterrand
  • Jean-Charles Volkmann, Généalogie des rois et des princes, éd. Jean-Paul Gisserot, 1998 (ISBN 978-2-87747-374-3)
  • Extraits de Imperial Requiem: Four Royal Women and the Fall of the Age of Empires de Justin C. Vovk
  • Ethel Howard, Potsdam princes, 1915 [9]
  • William Le Queux, Love intrigues of Kaiser's sons, Londres, 1918
  • Jörg Kirschstein, Kaiserkinder: Die familie Wilhelm II. in Fotografien, 2011

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b [1], texte additionnel.

[10]

Liens internes[modifier | modifier le code]