Homo
- Cet article porte sur l'Homme en tant que genre.
Homo
Comparaison des crânes
d’Homo sapiens (à gauche) et
d’Homo neanderthalensis (à droite)
| Règne | Animalia |
|---|---|
| Embranchement | Chordata |
| Sous-embr. | Vertebrata |
| Classe | Mammalia |
| Ordre | Primates |
| Sous-ordre | Haplorrhini |
| Infra-ordre | Simiiformes |
| Super-famille | Hominoidea |
| Famille | Hominidae |
Position :
Homo est le genre qui réunit l'Homme moderne et les espèces apparentées. Le genre est apparu il y a environ 2,3 à 2,4 millions d'années[1],[2].
Homo habilis, une des deux premières espèces du genre Homo, est le descendant direct de l'Australopithecus garhi qui vivait il y a 2,5 millions d'années.
Toutes les espèces du genre Homo sont aujourd'hui éteintes sauf Homo sapiens ; les dernières espèces apparentées, Homo floresiensis et Homo neanderthalensis, ont disparu respectivement il y a 18 000 et 28 000 ans, bien que des éléments récemment découverts suggèrent que Homo floresiensis ait pu survivre jusqu'à il y a 12 000 ans, et qu'un métissage ancien entre les hommes de Néandertal et les humains anatomiquement modernes aurait été découvert[3],[4].
Sommaire |
Étymologie[modifier]
Homo, en latin, signifie « homme, être humain », au sens générique, tandis que vir désigne l'« homme » au sens de « mâle de l'espèce humaine », opposé à femina, « femme ». Le mot dérive lui-même du latin archaïque hĕmo, lui-même de l'indo-européen *dʰǵʰm̥mō (« [chose / fils] de la terre »).
C'est Carl von Linné qui nomma ce genre en 1758.
Noms d'espèces tombés en désuétude[modifier]
- Homo sapiens sapiens et Homo sapiens neanderthalensis, deux noms de sous-espèces remplacées aujourd'hui par deux noms d'espèces distinctes Homo sapiens et Homo neanderthalensis.
- Homme de Cro-Magnon
- Homme de Piltdown (supercherie)
Classification phylogénétique[modifier]
Certains zoologistes, minoritaires, considèrent que les deux espèces de chimpanzés et les gorilles (habituellement classés respectivement dans les genres Pan et Gorilla) doivent également être inclus dans le genre Homo. La classification phylogénétique permet aujourd'hui de positionner de façon très précise le genre Homo au sein des huit genres (non-éteints) de Singes qui forment la super-famille des Hominoïdés :
- le regroupement des diverses espèces d'hommes (genre Homo, à 46 chromosomes) avec les diverses espèces d'australopithèques forme la sous-tribu des Hominines ;
- le regroupement de la sous-tribu des Hominines avec celle des Paninés (genre Pan, à 48 chromosomes) forme la tribu des Hominiens ;
- le regroupement de la tribu des Hominiens avec celle des Gorillinés (genre Gorilla, à 48 chromosomes) forme la sous-famille des Homininés ;
- le regroupement de la sous-famille des Homininés avec celles des Pongidés (famille maintenant limitée au seul genre Pongo, à 48 chromosomes, comprenant l'espèce orang-outan) — le groupement de ces deux sous-familles, qui possèdent cinq chromosomes {6, 19, 21, 22, X} pratiquement identiques, étant parfois appelé Hominidés — et des Hylobatidés (quatre genres : le genre Hylobates, à 44 chromosomes, qui comprend les espèces de gibbons, le genre Hoolock, à 38 chromosomes, le genre Nomascus, à 52 chromosomes, et le genre Symphalangus, à 50 chromosomes) forme la super-famille des Hominoïdés ;
- au delà, le regroupement de la super-famille des Hominoïdés avec celle des Cercopithécoïdes forme le groupe zoologique des Catarhiniens (Singes du Vieux-Monde) ;
- le regroupement du groupe zoologique des Catarhiniens avec celui des Platyrhiniens (Singes du Nouveau-Monde) forme l'infra-ordre des Simiiformes (Singes), etc.
La découverte récente d'un crâne attribué à Sahelanthropus tchadensis, un hominoïdé dont l'âge est estimé à 7 millions d'années environ et dont certaines caractéristiques diffèrent sensiblement de celles des Paninés (Gorilla et Pan), suggère cependant une séparation antérieure des deux lignées. Chronologiquement, la séparation des différents genres d'Hominoïdés, dont le genre Homo, s'est faite par des successions d'embranchements binaires (bifurcations), le dernier en date pour les Hominoïdés ("Grands Singes") ayant été la bifurcation entre Homininés et Paninés (par fusion des deux paires de chromosomes {2p, 2q} de l'ancêtre commun aux humains, aux chimpanzés et aux bonobos en la paire de chromosomes {2} du genre Homo qui a par suite 46 chromosomes, le genre Pan ayant conservé les deux paires de chromosomes {2p, 2q} de l'ancêtre commun et donc 48 chromosomes), il y a moins de 6,3 millions d'années[5].
Toutefois, ces travaux indiquent également que cette séparation ne semble pas avoir été brutale mais au contraire progressive. Cependant au niveau du phénotype les études menées dans le cadre du paradigme Evo-Devo avec les gènes homéotiques (gènes architectes nécessaires à l'embryogenèse) montrent que certaines modalités évolutives ont été saltationnistes, même si la comparaison des chromosomes X de l'Homo sapiens et du chimpanzé montre des similitudes qui semblent refléter une longue "ré-hybridation" entre des Homininés et des Paninés ; par suite, bien qu'un métissage entre l'Homo sapiens et le chimpanzé soit impossible (en plus des chromosomes sexuels X, Y} qui sont très voisins, il subsiste 13 autres paires de chromosomes {3, 6, 7, 8, 10, 11, 12, 14, 16, 19, 20, 21, 22} qui semblent pratiquement identiques entre les deux espèces, ainsi que 6 paires qui sont restées proches à la suite d'insertions {1}, d'inversions {4, 5, 17} et de délétions {13, 18} relativement simples et facilement identifiables, mais deux paires de chromosomes {9, 15} ont été plus profondément différenciées à la suite de mutations complexes probablement échelonnées dans le temps au sein des tribus Homininés et/ou Paninés), un métissage significatif entre au moins une espèce de chimpanzé d'une part, des espèces d'australopithèques et probablement des espèces d'hommes d'autre part, conduisant à des échanges de gènes entre les deux tribus (98,8 % des gènes sont communs entre les humains et les chimpanzés), a dû exister pendant peut-être 4 millions d'années selon les auteurs de ces travaux.
Espèces connues du genre Homo[modifier]
La taxinomie des espèces du genre Homo est encore en évolution et sujette à débat[7], de même que le statut d'espèce de certaines des espèces listées ci-après, certaines pouvant être considérées plutôt comme des sous-espèces.
- Homo antecessor (1,2 et 0,7 million d’années)
- Homo cepranensis
- Homo erectus : Afrique australe (1,8 Ma). Il est relativement grand par rapport à ses prédécesseurs. Son volume crânien est compris entre 800 et 1 200 cm3. Il y a réduction de l'appareil masticateur. Il présente un bourrelet sus-orbitaire bien marqué, mais la face est moins prognathe qu'auparavant. Les outils se perfectionnent. Il est présent en Asie et en Europe, notamment en France vers -600 000 ans.
- Homo ergaster (2,2 millions d’années et 1 million d’années)
- Homo floresiensis (Homme de Florès — découvert en 2003 — disparu il y aurait 18 000 ans.)
- Homo rudolfensis (2,4 millions d'années)
- Homo georgicus (-1,8 million d'années) il est le premier représentant du genre Homo attesté hors d'Afrique avec Homo erectus si l'âge de l'enfant de Modokerto (Java) est de 1,8 million d'années.
- Homo habilis : premier fossile découvert en Tanzanie dans les gorges d'Olduvai. Des fossiles d'H. habilis sont connus de 2,45 à 1,5 Ma. Sa capacité crânienne est de 700 cm³.
- Homo heidelbergensis (600 000 ans et 200 000 ans)
- Homo erectus reilingensis (plus exactement Pithecanthropus erectus reilingensis) : découverte récente (1991) d'un fragment de crâne d'un hominidé archaïque dans le Sud-Ouest de l'Allemagne[8].
- Homo neanderthalensis : il a un crâne allongé, large, peu élevé, avec des bourrelets sus-orbitaires marqués. La constriction rétro-orbitaire diminue encore. Le crâne, volumineux (1 600 cm3, soit légèrement plus que homo sapiens), présente un chignon occipital. La mandibule n'a pas de menton. Il mesurait de 1,50 m à 1,70 m.
Il avait des rites funéraires, des outils très variés. Il était localisé uniquement en Eurasie. La branche est éteinte. - Homo rhodesiensis (125 000 et 300 000 ans).
- Homo sapiens, l'homme de Cro-Magnon. C'est l'homme moderne. Le crâne est arrondi, présente un menton. Le volume crânien est compris entre 1400 et 1 600 cm3. La face est réduite. La base du crâne se redresse. Il mesure en moyenne 1,67 m pour les hommes et 1,50 m pour les femmes. On note un dimorphisme sexuel relativement réduit ; il est connu depuis -200 000 ans. Il développe l'industrie : les outils se perfectionnent.
On le trouve en Afrique, en Europe, en Europe centrale, au Proche-Orient et en Asie du Sud-Est avec très peu de variations. Il est l'auteur des premières œuvres d'art préhistorique connues.
L'homme de Néandertal et l'Homo sapiens ont occupé l'Europe et le Proche-Orient à la même époque et se sont sans doute côtoyés. Les derniers hommes de Néandertal connus ont été découverts vers l'extrémité sud de l'Espagne et au Portugal.
- L'hominidé de Denisova est un représentant du genre Homo défini en 2010 à partir de matériel génétique fossile. Il aurait été contemporain d'Homo neanderthalensis, d'Homo sapiens et d'Homo floresiensis.
Table comparative des espèces du genre Homo[modifier]
- Les espèces notées en gras indiquent l'existence d'un nombre important de fossiles découverts.
| Espèces | Période (millions d'années) | Répartition | Taille adulte(m) | Poids adulte(kg) | Volume cérébral(cm³) | Découverte fossile | Date de découverte / de publication du nom |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| H. habilis | 2,5 — 1,5 | Afrique | 1,0 — 1,5 | 30 — 55 | 600 | Nombreux | 1960 / 1964 |
| H. rudolfensis | 1,9 | Kenya | 1 crâne | 1972 / 1986 | |||
| H. georgicus | 1,8 — 1,6 | Géorgie | 600 | Peu | 1999 / 2002 | ||
| H. ergaster | 1,9 — 1,25 | Est et Sud de l'Afrique | 1,9 | 700 — 850 | Nombreux | 1975 | |
| H. erectus | 2(1,25) — 0,3 | Afrique, Asie (Java, Chine, Caucase), Europe | 1,8 | 60 | 900 — 1100 | Nombreux | 1891 / 1892 |
| H. cepranensis | 0,8 ? | Italie | 1 calotte crânienne | 1994 / 2003 | |||
| H. antecessor | 0,8 — 0,35 | Espagne, Angleterre | 1,75 | 90 | 1000 | 3 sites | 1997 |
| H. heidelbergensis | 0,6 — 0,25 | Europe, Afrique, Chine | 1,8 | 60 | 1100 — 1400 | Nombreux | 1908 |
| H. neanderthalensis | 0,23 — 0,03 | Europe, Ouest de l'Asie | 1,6 | 55 — 70 | 1200 — 1700 | Nombreux | (1829) / 1864 |
| H. de Denisova | 0,04 | Sud-Ouest de la Sibérie (Altaï) | Très peu | 2010 | |||
| H. rhodesiensis | 0,3 — 0,12 | Zambie | 1300 | Très peu | 1921 | ||
| H. sapiens | 0,25 — présent | Monde | 1,4 — 1,9 | 55 — 80 | 1000 — 1850 | Actuel | — / 1758 |
| H. floresiensis | 0,10 — 0,012 | Indonésie | 1,0 | 25 | 400 | 7 individus | 2003 / 2004 |
Caractères du genre Homo[modifier]
Il y a trois critères fondamentaux de la lignée humaine :
Bipédie permanente[modifier]
- 4 courbures au niveau de la colonne vertébrale.
- Un trou occipital avancé à la base du crâne, ce qui est en relation avec une position verticale.
- Bassin large et évasé qui permet une meilleure stabilité debout.
- Fémurs obliques par rapport à la verticale, ce qui permet aux pieds d'être à l'aplomb du centre de gravité.
- Un pouce parallèle aux orteils et l'existence d'une voûte plantaire.
- Des membres antérieurs raccourcis.
À noter que des études récentes[9] y ajoutent l'aptitude à la course, à partir de l'analyse chez les fossiles des os du pied.
L'évolution crânienne[modifier]
- Grande capacité crânienne (> 600 cm3), supérieure aux australopithèques ainsi qu'aux autres primates, avec une tendance à augmenter avec le temps (>1 500 cm3 pour l'Homme de Néandertal et l'Homme moderne), sauf dans le cas particulier de l'Homme de Florès (réduction des dimensions corporelles dues à un isolement insulaire).
- Arrondissement du crâne.
- Aplatissement de la face (plus de « museau ») :
- réduction du front fuyant,
- réduction jusqu'à absence de bourrelet sus-orbitaire chez Homo sapiens.
- disparition du prognathisme (mâchoire avancée) chez Homo sapiens. L'Homme de Néandertal ne possédait pas de menton.
Activités culturelles[modifier]
- Vie sociale.
- Outils avec le perfectionnement de la taille de la pierre, et diversification de l'outillage (bifaces, grattoirs, etc).
- Utilisation du feu (Homo erectus?), puis maîtrise du feu en foyer (attesté à partir d'Homo neanderthalensis).
- Rites funéraires (attesté à partir d'Homo neanderthalensis).
- Arts comme la peinture ou la sculpture (attesté à partir d'Homo sapiens).
- Morales discursives[10].
Notes et références[modifier]
- (en) Stringer, C.B., The Cambridge Encyclopedia of Human Evolution, Cambridge, Cambridge University Press, 1994 (ISBN 0-521-32370-3), « Evolution of early humans », p. 242 Also ISBN 0-521-46786-1 (paperback)
- (en) McHenry, H.M, Evolution: The First Four Billion Years, Cambridge, Massachusetts, The Belknap Press of Harvard University Press, 2009 (ISBN 978-0-674-03175-3), « Human Evolution », p. 265
- Science, Comparative Genomics : the Neandertal Genome
- Welcome to the family, Homo sapiens neanderthalensis, New Scientist]
- Selon des travaux récents menés sous la direction de David Reich de la Harvard Medical School à Boston et publiés dans la revue Nature N° 441, p. 1103 s. ; 17 mai 2006.
- Figure 1. Phylogeny of Primate Lice from Morphological and Molecular Data, in (en) Reed DL, Smith VS, Hammond SL, Rogers AR, Clayton DH PLoS, « Genetic Analysis of Lice Supports Direct Contact between Modern and Archaic Humans », PLoS Biol, vol. 2, no 11, 2004, p. e340 [texte intégral, lien PMID, lien DOI]
- Stringer C.B. (2003) Out of Ethiopia. Nature 423: 692–695., figure 1.
- Rapport préliminaire, "L'Anthropologie" 39, 103-112, fig. 6, cit. 17
- Articles dans la revue Nature et autres
- Georges Chapouthier, Kant et le chimpanzé - Essai sur l'être humain, la morale et l'art, Belin, Paris, 2009
Voir aussi[modifier]
Articles connexes[modifier]
- Australopithèque
- Préhistoire
- Bipédie
- Hommes de la grotte du cerf rouge (en) (espèce encore non classée)