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Les Noirs font partie du paysage québécois depuis les premières explorations. À travers les époques, ils ont contribué à construire le Québec d’aujourd’hui et à enrichir son patrimoine culturel. Pensons seulement aux talents musicaux d’Oscar Peterson, d’Oliver Jones et plus récemment de Marie-José Lord, aux œuvres littéraires marquantes de Dany Laferrière et aux accomplissements politiques de Michaëlle Jean, de Yolande James et de Dominique Anglade. Leur histoire demeure encore mal connue, en partie à cause du manque de documents les concernant, mais de plus en plus d’historiens tentent de combler ce vide historique à l’aide d’archives et de sources primaires. À travers les siècles, la communauté noire est passée de l’esclavage à la liberté, mais toujours en demeurant sous le joug de la discrimination. Les réformes en matière d’immigration et la reconnaissance de leur contribution à la société québécoise sont survenues tardivement, mais aujourd’hui la communauté noire milite activement pour son épanouissement.

Les Noirs sous le régime français[modifier | modifier le code]

Sous le régime français, les Noirs ont été acquis dans les colonies anglaises et ils sont arrivés dans la colonie grâce à la contrebande ou encore comme prisonniers de guerre.

Les premiers Noirs en Nouvelle-France[modifier | modifier le code]

Mathieu Da Costa, 1589-1619

Il est faux de croire que l’histoire des Noirs en Nouvelle-France débute avec l’établissement de l’esclavage dans la colonie. En effet, le premier Noir connu à mettre les pieds au Canada, Mathieu Da Costa, était un homme libre. En 1606, deux ans avant la fondation de Québec, Samuel de Champlain l’avait choisi comme membre de son équipage en raison de son don pour les langues. Il connaissait en effet plusieurs langues autochtones et maîtrisait bien la langue des Micmacs d’Acadie. Il a également travaillé au service de Pierre Du Gua de Mons, fondateur du premier établissement permanent au Canada, à Port-Royal, en 1605.

L'esclavage en Nouvelle-France[modifier | modifier le code]

Bien que l’esclavage soit déjà bien en place dans d’autres colonies françaises, l’arrivée de Noirs au Québec fût extrêmement limitée, et ce, jusqu’à la fin du XVIIe siècle. Les premiers esclaves étaient des Autochtones, appelés Panis, et ils n’apparaissent qu’à partir de la deuxième moitié du XVIIe siècle. L’esclavage africain fut lentement introduit en Nouvelle-France à partir de 1628 (Williams). Olivier Le Jeune est le premier esclave noir recensé en Nouvelle-France. Il est arrivé à bord d’un bateau de David Kirke lors de l’occupation anglaise du Saint-Laurent en 1629. Pour des raisons religieuses, c’est le père jésuite Paul Le Jeune, qui s’occupait alors de son éducation, qui lui a transmis son nom. Après Olivier Le Jeune, il faut attendre jusqu’en 1686 pour trouver un autre Noir en Nouvelle-France.  

En 1685, l’esclavage se voit accordé une certaine sanction légale avec l’adoption du Code Noir, mais c’est le 1er mai 1689 qui marque le début officiel de l’esclavage africain au Canada. C’est lors de cette journée que le roi de France, Louis XIV, accordait « à contrecœur » le droit à ses sujets de Nouvelle-France d’importer des esclaves africains[1]. En 1688, le gouverneur de la Nouvelle-France, Brisay de Denonville, et l’intendant Bochart-Champigny réclament au roi l’autorisation de faire introduire au Canada des esclaves noirs afin de remédier au problème de pénurie de main-d’œuvre dans la colonie et favoriser les défrichements et la culture des terres[2]. Il n’existe aucun recensement permettant de connaître précisément le nombre d’esclaves au Québec à cette époque, bien que des statistiques locales l’établissent à 3604 individus en 1759 ; de ce nombre, 1132 sont des Noirs[3]. Bien que nous n’en sachions que très peu sur ces individus, quelques noms sont connus, dont Mathieu le bourreau et Marie-Josèphe-Angélique. Mathieu Léveillé dit « le bourreau » était un esclave de Martinique qui est devenu le bourreau du roi sous l’intendant Gilles Hocquart vers 1733. Toutefois, il a dû être hospitalisé dès son arrivé en Nouvelle-France. Mathieu Léveillé, qui, jusqu’à l’âge de 24 ans, avait vécu sous le chaud climat des Antilles, eut beaucoup de difficulté à s’adapter aux brusques changements de température du Canada. Il dut faire de nombreux séjours à l’Hôtel-Dieu de Québec jusqu’à sa mort en 1743. Après la mort de l’Antillais, il sembla évident qu’un Noir des « Isles » pouvait difficilement s’adapter au climat rigoureux du Canada. Aussi Maurepas conseilla-t-il à Hocquart de remplacer « le Nègre Me des hautes œuvres qui est mort » par « un Blanc »[4]. Pour sa part, Marie-Josèphe-Angélique était une jeune esclave noire, propriété de Thérèse de Couagne, qui a été torturée et condamnée à mort pour avoir déclenché un incendie qui ravagea une partie de la ville de Montréal en 1734. Certains historiens, dont Denyse Beaugrand-Champagne, mettent en doute la version selon laquelle Marie-Josèphe-Angélique aurait mis le feu volontairement. Par ce geste, elle est devenue « la première esclave noire à se révolter contre sa situation et les mauvais traitements de sa maîtresse[5]. » Cependant, tout porte à croire que la jeune Noire, condamnée sur le témoignage d’un enfant de cinq ans alors qu’aucune preuve tangible ne semblait la reconnaître coupable, a servi de bouc émissaire[6].

Les Noirs sous le régime anglais[modifier | modifier le code]

Si l’origine de l’esclavage noir au Canada est le fait de quelques hauts fonctionnaires français, il faut toutefois retenir qu’il ne devient important que sous le régime anglais. En effet, sous le régime anglais, la plupart des propriétaires d’esclaves se conforment aux dispositions du Code noir en vigueur aux Antilles, mais c’est après la Conquête, et avec l’entrée en vigueur des lois et des institutions britanniques que l’esclavage a pris un nouvel essor. La population noire augmente considérablement durant cette période. Cette affluence augmente encore, alors l’empire britannique promet la liberté aux esclaves qui combattaient à ses côtés lors de la guerre d’Indépendance des États-Unis. Des milliers d’anciens esclaves noirs s’enrôlent dans la milice et se réfugient ensuite au Canada, dont certains au Québec, lorsque la défaite britannique devient évidente. D’autres Noirs arrivent aussi en tant qu’esclaves accompagnant leurs maîtres, loyaux à la couronne[7]. L’historien Marcel Trudel évalue qu’il y eut, sur une période de quarante ans, tout au plus 400 esclaves noirs à Montréal, sous le régime britannique[8].

Les conditions de vie des esclaves au Bas-Canada[modifier | modifier le code]

Les conditions des vies et l’aspect social démontrent que les relations entre les maîtres et les esclaves ne sont pas meilleures dans la vallée du Saint-Laurent que sur un autre territoire colonial[9]. Toutefois, le contexte social et économique de la colonie a probablement favorisé en partie des relations bienveillantes et a permis, plus globalement, à certains Noirs de vivre comme toute personne libre. Puisque que les familles de la vallée du Saint-Laurent ne possédaient qu’un seul esclave en moyenne, ceux-ci demeuraient dans le foyer familial. L’historien Marcel Trudel qualifie le caractère des maîtres de plus humain dans la colonie canadienne puisque l’esclave habite dans la même maison que son propriétaire[10]. Cependant, d’autres historiens tels que Jean-Pierre Le Glaunec et Allan Greer rappellent que la violence et l’inhumanité dans les domiciles des maîtres font partie du quotidien des esclaves[11][12]. Il faut rappeler que l’esclave était possédé comme un animal ou un objet. À ce titre, il pouvait être donné, prêté, échangé ou simplement vendu selon la volonté de son propriétaire. Dans l’ensemble, force est de reconnaître que s’il y eut conflits entre maîtres et esclaves, ceux-ci n’ont pas vraiment fait les manchettes et se sont limités au cadre privé[13]. Les esclaves africains occupaient un rang supérieur en tant que main-d’œuvre dans les villes, car on les retrouvait dans les résidences des fonctionnaires du gouvernement ou des riches marchands et seigneurs. Ceux-ci étaient considérés comme des propriétés de valeur et comme symbole de prestige social pour leurs propriétaires. Compte tenu de leur état domestique, de leur coût élevé et de la difficulté à s’en procurer, la plupart des esclaves africains bénéficiaient d’un traitement « indulgent » tout simplement parce qu’on voulait les garder longtemps à son service[14].

Sir James Monk (1745/1746-1826)

Abolition de l'esclavage au Bas-Canada[modifier | modifier le code]

Au Bas-Canada, aucune loi ne sanctionnait l’esclavage dans la colonie. Or, l’abolition de l’esclavage ne s’est pas faite par une loi, mais par le refus des tribunaux d’accorder le droit de posséder un autre être humain. La vraie lutte visant l’abolition de l’esclavage au Québec s’amorça en 1789, après que le juge en chef Sir James Monk, de la Cour du Banc du Roi, eut rendu la liberté à deux esclaves sur la base d’un argument de droit vieux de deux cents ans, en affirmant que « l’esclavage n’existait pas dans la province[15]. » Le juge Monk ne déclarait pas l’esclavage illégal, mais prenait pour prétexte un vice de procédure. Selon la loi, on les esclaves qui s’enfuyaient devaient être placés dans des maisons de correction et forcés de travailler. Or, comme il n’y avait pas de maisons de correction au Québec à cette époque, le juge Monk estimait que la seule solution était de libérer les esclaves.

Dans l’Empire britannique, l’abolition officielle de l’esclavage fut décrétée par le Parlement de Londres le 28 août 1833. Il est cependant assez difficile de dire exactement comment l’esclavage a prit fin au Canada français. La dernière vente d’esclave [par acte notarié] a eu lieu en 1797 ; en 1798, les registres d’état civil font usage du mot « esclave » pour la dernière fois ; après 1803, on ne parle plus jamais du problème de l’esclavage dans la Chambre d’Assemblée[16]. Comme c’était une pratique qu’aucune loi n’avait sanctionnée au Bas-Canada, l’esclavage n’aurait existé que par le seul fait d’un intendant, par le seul fait d’un abus d’autorité[17].

La période 1834-1950[modifier | modifier le code]

La situation des Noirs, à la suite de l’abolition officielle de l’esclavage dans l’Empire britannique en 1834, est particulièrement instable. La faiblesse de l’immigration noire et les législations discriminatoires à leur endroit ont perduré jusque dans les années 1960. Il existe peu de documents attestant de l’établissement des Noirs au Québec après l’affranchissement des esclaves dans l’Empire britannique. Or, cette période demeure quelque peu obscure. Selon plusieurs observateurs, les Noirs auraient littéralement disparu de la province après que l’abolition de l’esclavage eut été prononcée en 1833. En ce qui concerne le nombre proprement dit, la population noire après 1833 était évaluée à quelques centaines de personnes en milieu urbain, mais aussi dans quelques villages. Après 1834, les Noirs de Montréal faisaient partie d’un bassin croissant de main-d’œuvre, rivalisant pour des emplois avec les Irlandais, les Écossais et les Français. Ils travaillaient comme barbiers, cireurs de chaussures, domestiques, garçons d’ascenseurs, chasseurs, porteurs d’eau et porteurs[18].

La discrimination raciale[modifier | modifier le code]

Afin de préserver leurs institutions anglo-saxonnes et leur culture britannique blanche, les dirigeants du pays ont marginalisé les Noirs, et ce, dès le début de la Confédération. L’Acte de l’Amérique du Nord Britannique de 1867 confirme cette marginalisation des Noirs au sein du pays en ne les intégrant pas. Si le Canada peut être fier d’avoir servi de refuge aux nombreux Noirs américains qui, fuyant l’esclavage, ont emprunté le « chemin de fer clandestin » pour entrer au pays, il peut, en revanche, s’interroger sur l’attitude discriminatoire qu’il a observée à l’égard de la population noire en général[19]. En effet, malgré l’affranchissement des Noirs, de nombreux préjugés sont demeurés bien ancrés dans les consciences collectives. Les théories racistes qui avaient cours depuis le 19e siècle en Europe ont aussi été entendues et répétées au Canada. Le sentiment de supériorité des Blancs s’exprimait au Québec, comme ailleurs. L’image des personnes noires paresseuses et sans ambition était colportée, malgré les preuves concrètes du contraire[20].

De 1897 à 1912, durant la plus grande vague d’immigration au pays, moins de mille Noirs furent admis au Canada. Alors que les travailleurs blancs étaient accueillis à bras ouverts, le gouvernement canadien prenait position contre l’immigration noire. Les individus ou les groupes noirs étaient refusés à la frontière et retournés aux États-Unis. Durant cette période, au Canada, il existait une grande phobie des Noirs et beaucoup de préjugés à leur endroit. Alors que cette « négrophobie » était à son apogée, la Loi sur l’immigration de 1910 fut adoptée. Cette loi discriminatoire avait pour but d’empêcher toute immigration non-blanche. Certains fonctionnaires soutinrent même un argument vieux de trois cents ans qui prétendait que les Noirs ne pourraient survivre au rude climat de l’hiver. Avec l’Acte d’immigration de 1910, l’exécutif avait le pouvoir de réglementer l’origine ethnique des immigrants, ainsi que les critères d’exclusion et de déportation.

Dans les années 1930, lorsque le chômage accable l’ensemble de la société et que l’emploi devient une denrée rare, les Noirs sont les premiers touchés mais aussi les premiers blâmés. Ce sont eux, estiment les Blancs, qui accaparent les quelques emplois disponibles[21]. Rejetés également par l’État, l’Église et l’armée, les Noirs se voient alors interdire l’accès à plusieurs établissements publics. Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale en 1939 fut à l’origine de l’amélioration de la situation des Noirs montréalais. Hormis la possibilité de s’engager, un élargissement des perspectives d’emploi s’offraient aux Noirs du Québec, ce qui entraîna une réduction du chômage au sein de la communauté.

La communauté noire du Québec[modifier | modifier le code]

La période qui s’étend de 1897 à 1930 est marquée par les débuts d’une communauté noire à Montréal. Acceptant de moins en moins l’état d’infériorité à laquelle la société blanche les confinait, de nombreux Antillais se sont organisés en communauté et ont jeté les bases d’une organisation sociale stable. C’est en effet avec l’établissement des Noirs canadiens et antillais qu’est née la communauté noire de Montréal en 1880. Ces travailleurs résidents avaient décidé de s’installer à Montréal pour y travailler. Dans nombre de villes nord-américaines, une relation d’interdépendance s’était développée entre le rail et les hommes. Montréal ne faisait pas exception. C’est à l’intérieur de la zone entre les rues Windsor et De la Montagne qu’apparurent les premiers signes d’une communauté noire distincte. Dès 1897, Saint-Antoine est devenu le quartier « naturel » des Noirs parce que les logements y étaient peu coûteux et que les besoins des habitants et des porteurs de passage pouvaient être comblés sans trop de difficulté[22].

Le premier organisme fondé par la communauté noire, celui du Coloured Women’s Club, fut fondé en 1902 dans le quartier Saint-Henri. Cette organisation de femmes noires du Québec a vu le jour à l’initiative des épouses de porteurs noirs et garçons de cabine venus travailler pour le compte du Canadian Pacific[23]. Comme elles n’étaient admises dans aucun organisme parce qu’elles étaient Noires, elles entreprirent de fonder leur propre association. Bien qu’il fût un club social pour femmes, le CWCM répondait concrètement aux besoins matériels urgents comme le logement, l’alimentation, l’habillement, et ses membres tentaient d’assumer un rôle de direction morale et de soutien psychologique et émotif indispensables au sein de la communauté noire[24]. Une conscience sociale commence à se manifester par la fondation de nombreux organismes et Églises qui ont comme objectif commun d’aider les Noirs montréalais à surmonter la discrimination et l’isolement.

La période de 1950 à nos jours[modifier | modifier le code]

Drapeau d'Haïti

À partir des années 1950, de nombreux immigrants provenant de pays à population noire ont modifié le portrait du Québec. Une prise de conscience en faveur des Noirs a permis une modification de la politique d’immigration et une législation moins discriminatoire. Même si le gouvernement canadien s’opposait fermement à l’immigration des Noirs, on la permettait pour les emplois de domestiques. Pour cette raison, la majorité des immigrants antillais étaient des femmes. Dans les années 1950-60, un nouveau programme pour le travail domestique se met en place et les Antillaises répondent à l’appel. Ces femmes s’engagent à travailler pendant un an comme domestiques, elles peuvent ensuite s’installer au pays et parrainer les membres de leurs familles, afin qu’ils les rejoignent[25]. Il leur a été demandé de suivre une formation spéciale pour être domestique, étant donné que la plupart d’entre elles étaient issues des classes moyennes urbaines et qu’elles avaient acquis une éducation les destinant surtout à des emplois de cols blancs[26].

Dans les années 1960 et 1970, de plus en plus d’étudiants africains et antillais, anglophones et francophones, arrivent au Québec. Le Québec conclut des ententes internationales afin d’attirer des étudiants dans ses universités. En 1965, Montréal compte plus de 3000 étudiants universitaires noirs. La ville devint une terre d’accueil pour beaucoup d’étudiants, bien qu’il leur fût difficile de rester au Canada compte tenu de la politique d’immigration de cette époque.

Entre 1950 et 1968, environ deux milles Haïtiens arrivent au Québec. Ils sont des intellectuels pour la majorité, qui fuient le régime politique dictatorial de Duvalier. Ils arrivent comme réfugiés politiques.

Entre 1968 et 1974, environ dix milles Haïtiens fuient le régime de Duvalier et de ses tontons macoutes et immigrent au Québec. La dictature de Duvalier pousse ses citoyens à l’exil vers le Québec, au moment où se met en place un vaste réseau d’écoles publiques et laïques. Les enseignants Haïtiens sont alors invités à prendre part à la scolarisation massive des Québécois[27].

La participation des Noirs à l'édification du Québec moderne[modifier | modifier le code]

Les personnes noires, notamment d’Haïti, ont joué un rôle important dans la mise en place des structures issues de la Révolution tranquille.  On peut également dire que les enseignants Haïtiens ont contribué à l’éducation de la population québécoise à un moment charnière de son histoire. Quel que soit leur nationalité, les immigrants qualifiés ou non qui vont arriver au Québec dans les années 1960 et 1970 vont être particulièrement sollicités, car on allait leur demander de contribuer à l’édification du Québec moderne[28]. Comparativement à la plupart des Noirs anglophones établis au Québec, ces Haïtiens constituaient un groupe mieux pourvu financièrement. Ils allaient en outre embrasser « la cause du nationalisme québécois ainsi que d’autres causes liées à la francophonie à l’échelle nationale et internationale[29]. Dans d’autres secteurs, comme celui de l’ingénierie, des affaires économiques, sociales et politiques, les Haïtiens ont aussi apporté une contribution appréciable. Aussitôt arrivés dans la province, médecins, professeurs ou ingénieurs pouvaient immédiatement entrer en action. De plus, des professionnels et des ouvriers sont arrivés au Québec pour aider la province à entrer en mode accéléré dans l’ère de la modernité[30].

Portrait des Noirs au Québec aujourd'hui[modifier | modifier le code]

La population noire du Québec se compose aujourd’hui de trois groupes culturels et linguistiques principaux, qui sont, par ordre d’importance : les Haïtiens francophones ou de langue créole, les Antillais et les Noirs anglophones d’origine canadienne, et les Africains qui, en plus de leur langue maternelle respective, parlent souvent deux autres langues[31].

Les contributions des communautés noires sont multiples et présentes dans tous les domaines de la vie sociale. Depuis le début des années 1950, elles ont eu une influence sur la société québécoise aux niveaux culturel, sportif et politique. Aujourd’hui, malgré les contraintes sociales toujours présentes, plusieurs membres des communautés noires souhaitent se sortir de l’image de victime et du statut d’esclave dans lequel ils ont été enfermés trop longtemps. Ainsi, ils prennent de plus en plus la place qui leur revient dans l’espace public québécois.

Jackie Robinson, Brooklyn Dodgers, 1954

La question de la sous-représentation des minorités visibles dans les médias, les productions culturelles et les instances de pouvoir revient périodiquement dans l’espace public québécois. L’absence relative des personnes noires à la télévision ou au cinéma pourrait donner l’impression qu’elles sont moins créatives. Consciente de leur importance, l’Assemblée nationale du Québec a adopté, en 2006, la loi visant à faire du mois de février le Mois de l’histoire des Noirs afin de souligner la contribution historique des communautés noires à la société québécoise[32]. Mentionnons quelques Noirs qui se sont distingués dans différents domaines et qui ont contribué au rayonnement de la province à l’échelle internationale :

  • 1946 : Jackie Robinson est le premier Noir à jouer dans le baseball majeur aux États-Unis.
  • 1976 : Élection de Jean Alfred, premier député noir, élu au Québec pour le Parti Québécois de René Lévesque. Jean Alfred était enseignant de français, originaire d’Haïti.
  • 1997 : Parution du premier album rap québécois. Le groupe Dubmatique vent alors 150 000 exemplaires de son album La force de comprendre.
  • 1999 : Élection de la première juge noire. Juanita Westmoreland-Traoré est la première personne noire à être nommée juge au Québec. Elle a également reçu maintes distinctions pour son engagement pour les droits et libertés.
  • 2003 : Élection de Yolande James. Députée élue pour le Parti Libéral de 2004 à 2014, elle est la première personne noire nommée ministre au Québec. Le Parti Libéral la nommera ministre de la Famille (2010-2012) et ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles (2007- 2010).
  • 2005 : Michaëlle Jean devient gouverneure générale du Canada entre mai 2005 et septembre 2010.
  • 2010 : Yolande James devient ministre de la Famille au Québec.

Chronologie[modifier | modifier le code]

  • 1606 : Mathieu Da Costa est le premier Noir à mettre les pieds au Canada.
  • 1629 : Olivier Le Jeune est le premier esclave noir recensé en Nouvelle-France.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Beaugrand-Champagne, D. (2004). Le Procès de Marie-Josèphe Angélique. Outremont : Libre Expression, 296 p.
  • Bessières, A. (2012). La contribution des Noirs au Québec. Quatre siècles d’une histoire partagée. Québec : Les Publications du Québec.
  • Cooper, A. (2019). Marie-Joseph Angélique, dans l'Encyclopédie Canadienne. Repéré à https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/marie-joseph-angelique
  • Gay, D. (2004). Les noirs du Québec, 1629-1900. Sillery : Septentrion. Cahiers des Amériques.
  • Greer, A. (1998). Brève histoire des peuples de la Nouvelle-France, Montréal (Québec) : Boréal, 165 p.
  • Lachance, A. (1974). « LÉVEILLÉ, MATHIEU », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3, Université Laval/University of Toronto,
  • http://www.biographi.ca/fr/bio/leveille_mathieu_3F.html.
  • Le Glaunec, J., PICHÉ, G. (2010). Quand le passé ne passe pas, Histoires et mémoires de l’esclavage : Québec, États-Unis, France et Afrique. Sherbrooke : Éditions G.G.C.
  • Mackey, F. (2013). L’esclavage et les Noirs à Montréal, 1760-1840. Montréal : Hurtubise.
  • Moisan S. et S. Hirsch (2015). Enseigner l’histoire des Noirs au Québec. Réalisé en collaboration avec la Direction des services d’accueil et d’éducation interculturelle au Ministère d’Éducation et d’Enseignement supérieur.
  • Trudel, M. (2004). Deux siècles d’esclavage au Québec. Montréal : Hurtubise.
  • Trudel, M. (1963). L’esclavage au Canada français. Québec : Les Presses Universitaires Laval.
  • Viau, R. (2003). Ceux de Nigger Rock : Enquête sur un cas d’esclavage des Noirs dans le Québec ancien. Outremont : Les Éditions Libre Expression.
  • Walker, J. W. (1985). La discrimination raciale contre les Noirs au Canada. Ottawa : Société historique du Canada. Brochure historique no. 41.
  • Williams, D. (1998). Les noirs à Montréal. Montréal : VLB.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

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  2. Bessière, Arnaud., La contribution des Noirs au Québec : quatre siècles d'une histoire partagée, Publications du Québec, (ISBN 978-2-551-25201-5 et 2-551-25201-6, OCLC 775060922, lire en ligne), p. 25
  3. Dorothy Williams, Les Noirs à Montréal, p. 24
  4. André Lachance, « LÉVEILLÉ, MATHIEU », Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3,‎ (lire en ligne)
  5. Denyse Beaugrand-Champagne, Le Procès de Marie-Josèphe Angélique, Outremont, Libre Expression, , 296 p., p. 16
  6. Bessière, Arnaud., La contribution des Noirs au Québec : quatre siècles d'une histoire partagée, Publications du Québec, (ISBN 978-2-551-25201-5 et 2-551-25201-6, OCLC 775060922, lire en ligne), p. 59
  7. Sabrina Moisan et Sivane Hirsch, Enseigner l'histoire des Noirs au Québec, Montréal, , p. 16
  8. Mackey, Frank., L'esclavage et les Noirs à Montréal, 1760-1840 (ISBN 978-2-89723-109-5 et 2-89723-109-2, OCLC 824501716, lire en ligne)
  9. Le Glaunec, Jean-Pierre. et Piché, Geneviève., Quand le passé ne passe pas : histoires et mémoires de l'esclavage : Québec, États-Unis, France et Afrique, GGC éditions, (ISBN 978-2-89444-255-5 et 2-89444-255-6, OCLC 757454423, lire en ligne), p. 87
  10. Trudel, Marcel, 1917-2011. et Trudel, Marcel, 1917-2011., Deux siècles d'esclavage au Québec, Hurtubise HMH, (ISBN 2-89428-742-9 et 978-2-89428-742-2, OCLC 54692927, lire en ligne), p. 20
  11. Le Glaunec, Jean-Pierre. et Piché, Geneviève., Quand le passé ne passe pas : histoires et mémoires de l'esclavage : Québec, États-Unis, France et Afrique, GGC éditions, (ISBN 978-2-89444-255-5 et 2-89444-255-6, OCLC 757454423, lire en ligne), p. 87
  12. Greer, Allan., Brève histoire des peuples de la Nouvelle-France, Boréal, (ISBN 2-89052-914-2 et 978-2-89052-914-4, OCLC 45574085, lire en ligne), p. 111
  13. Bessière, Arnaud., La contribution des Noirs au Québec : quatre siècles d'une histoire partagée, Publications du Québec, (ISBN 978-2-551-25201-5 et 2-551-25201-6, OCLC 775060922, lire en ligne), p. 67
  14. Williams, Dorothy W., Les Noirs à Montréal, 1628-1986 : essai de démographie urbaine, VLB, (ISBN 2-89005-674-0 et 978-2-89005-674-9, OCLC 319829260, lire en ligne), p. 26
  15. Williams, Dorothy W., Les Noirs à Montréal, 1628-1986 : essai de démographie urbaine, VLB, (ISBN 2-89005-674-0 et 978-2-89005-674-9, OCLC 319829260, lire en ligne), p. 29
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  18. Williams, Dorothy W., Les Noirs à Montréal, 1628-1986 : essai de démographie urbaine, VLB, (ISBN 2-89005-674-0 et 978-2-89005-674-9, OCLC 319829260, lire en ligne), p. 37
  19. Bessière, Arnaud., La contribution des Noirs au Québec : quatre siècles d'une histoire partagée, Publications du Québec, (ISBN 978-2-551-25201-5 et 2-551-25201-6, OCLC 775060922, lire en ligne), p. 75
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