Thérémine

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Thérémine
Image illustrative de l'article Thérémine
Un thérémine exposé au musée Bakken (en), à Minneapolis.

Classification Instrument électronique
Instruments voisins Ondes Martenot
Croix Sonore
Instrumentistes célèbres Clara Rockmore
Lydia Kavina (en)
Articles connexes Lev Sergueïevitch Termen

Le thérémine (ou theremin en anglais) est un des plus anciens instruments de musique électronique, inventé en 1919 par le Russe Lev Sergueïevitch Termen (connu sous le nom de « Léon Theremin »). Composé d’un boîtier électronique équipé de deux antennes, l'instrument a la particularité de produire de la musique sans être touché par l’instrumentiste. Dans sa version la plus répandue, la main droite commande la hauteur de la note, en faisant varier sa distance à l’antenne verticale. L’antenne horizontale, en forme de boucle, est utilisée pour faire varier le volume selon sa distance à la main gauche.

Principe[modifier | modifier le code]

Le son est produit à partir d'un signal électrique engendré par un oscillateur hétérodyne à tubes électroniques. Deux signaux de fréquences élevées (l’un fixe à 170 kHz, l’autre variable entre 168 et 170 kHz) se combinent pour former un battement et fournir un signal audible, entre 20 et 20 000 Hz[1].

L’effet de capacité apporté par le corps de l’instrumentiste, à proximité des antennes, affecte la fréquence produite, tout comme une personne se déplaçant dans une pièce peut altérer la qualité d’une réception de radio ou de télévision. Cette caractéristique est mise à profit dans le thérémine, et la combinaison des deux mains, l’une commandant le volume et l’autre la hauteur de la note, permet d’obtenir des effets sonores insolites.

Le thérémine, disposant d’un seul oscillateur, est un instrument monodique. Son timbre, que l’on ne peut modifier, ressemble à celui de la voix humaine ou à celui de la scie musicale.

Histoire[modifier | modifier le code]

Léon Theremin.

L’invention de Léon Theremin suit de près la révolution russe de 1917. Ayant eu la chance de faire une démonstration convaincante à Lénine, son instrument fut immédiatement promu par le nouveau pouvoir. Lénine prit des leçons de thérémine, et en commanda 600 exemplaires afin qu’ils soient distribués partout en URSS. De plus, Theremin fut envoyé en tournée mondiale, comme ambassadeur de la nouvelle technologie soviétique.

Le succès fut au rendez-vous en Europe, et plus tard aux États-Unis, où l’ingénieur s’installa et obtint un brevet en 1928. Il concéda les droits de production de l’instrument à la firme RCA. Ce ne fut pas une grande réussite commerciale, mais Theremin continua ses recherches et inventa de nouveaux instruments :

  • le rhythmicon, premier générateur électronique de rythme ;
  • le terpsitone, générateur sonore commandé par le mouvement de danseurs qui utilisait le même principe que le thérémine mais dont l’antenne était dissimulée sous la piste de danse ;
  • le thérémine à clavier ;
  • le violoncelle thérémine.

En 1938, Theremin retourna brusquement en Union soviétique. À l'époque, les raisons de son retour n'étaient pas claires ; certains affirmèrent qu'il avait tout simplement le mal du pays, tandis que d'autres croyaient qu'il avait été enlevé par des agents soviétiques. Beryl Campbell, l'un des danseurs de Theremin, déclara que sa femme Lavinia « avait appelé pour dire qu'il avait été enlevé dans son studio » et que « certains Russes étaient venus » et qu'elle sentait qu'il allait être amené hors du pays[réf. souhaitée].

Plusieurs années plus tard, on a su que Theremin était retourné dans son pays natal à cause de problèmes fiscaux et financiers aux États-Unis. [réf. souhaitée] Toutefois, Theremin aurait dit à Bulat Galeyev qu'il avait décidé de partir parce qu'il était inquiet devant l'imminence de la guerre. Peu après son retour, il fut incarcéré à la prison de Boutyrka, puis déporté pour travailler dans les mines d'or de Kolyma. [pourquoi ?] [réf. nécessaire].

Bien que les rumeurs de son exécution aient été largement diffusées, Theremin fut, en fait, mis au travail dans une charachka (un laboratoire surveillé par la police secrète, dans le système des camps du Goulag), en collaboration avec Andreï Tupolev, Sergueï Korolev et d'autres scientifiques et ingénieurs. On le fit travailler sur d’autres sujets de recherche en électronique comme des appareils d'espionnage ou des brouilleurs de communications : Léon Thérémine inventa le système d'écoute Bourane, (précurseur du micro espion laser), en utilisant, à distance, un faisceau infrarouge de faible puissance pour détecter les vibrations sonores dans la vitre d'une fenêtre. Beria, le chef de l'organisation de la police secrète NKVD, (le prédécesseur du KGB), utilisera le dispositif Bourane pour espionner les ambassades européennes et américaines (The Thing), à Moscou. En 1947, Léon Thérémine recevra le prix Staline pour son invention, et cette avancée technologie de l'espionnage soviétique, et sera réhabilité en 1956.[réf. nécessaire]

À partir de 1961, Robert Moog a créé une version transistorisée du thérémine, dont de nombreux exemplaires ont été vendus et continuent à trouver des acquéreurs[2].

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Utilisation musicale[modifier | modifier le code]

Le thérémine est en premier lieu associé à la musique contemporaine et expérimentale du XXe siècle. Sa difficulté de jeu, où l’instrumentiste doit rester parfaitement immobile (à l’exception des bras), l’absence de clavier ont confiné sa diffusion à une certaine élite. La création des ondes Martenot, qui utilisent le même principe électronique mais qui sont pourvues d’un clavier, a rapidement contribué à sa marginalisation[3].

Compositions classiques et contemporaines[modifier | modifier le code]

Les théréministes se sont constitués un premier corpus en transcrivant des pièces classiques pour un instrument monodique (comme le violon, le violoncelle ou la flûte) et accompagnement. Néanmoins le besoin de pièces nouvelles spécialement écrites pour l'instrument s'est rapidement fait sentir, et des commandes ont été passées à différents compositeurs. La toute première pièce composée pour le thérémine est une pièce pour thérémine solo et orchestre composée en 1924 par Andrei Paschtschenko.

Un répertoire de pièces composées pour l'instrument s'est donc progressivement constitué. Pour le moment aucun catalogage général n'a été fait, mais on peut estimer le nombre de pièces originales à environ 250. Dedans il y a des pièces solos, avec orchestre (on compte une trentaine de pièces pour thérémine solo et orchestre, ce à quoi il faut ajouter une cinquantaine de pièces où le thérémine est incorporé dans l'orchestre), mais surtout beaucoup de musique de chambre (environ 160 œuvres, dont plus d'une trentaine pour thérémine et piano).

Parmi les compositeurs ayant exploité le thérémine, on peut par exemple citer Edgar Varèse ou Bohuslav Martinů (Fantaisie pour thérémine, hautbois, quatuor à cordes et piano composée en 1945). Mais c'est surtout depuis la fin des années 1980 qu'a été écrit le plus grand nombre de pièces.

Outre Varèse et Martinů, on trouve parmi les compositeurs à avoir écrit pour le thérémine : Charles Ives, Percy Grainger, Alfred Schnittke, Christian Wolff, Joseph Schillinger, Moritz Eggert, Jorge Antunes, Vladimir Komarov, Anis Fuleihan (en), Fazıl Say et Kalevi Aho (Eight Seasons, concerto pour thérémine et orchestre de chambre, écrit en 2011 pour Carolina Eyck).

Le compositeur français Vincent-Raphaël Carinola a composé une œuvre pour thérémine. Intitulée Toucher, elle fut interprétée les percussionnistes Claudio Bettinelli (dédicataire et créateur de la pièce)[4],[5], Pascal Viglino[6] et Philippe Cornus[7], ainsi que par le clarinettiste Dominique Clément[8] et par la harpiste Frédérique Cambreling[9].

Interprètes notables[modifier | modifier le code]

Lydia Kavina, virtuose du thérémine, sur son instrument.

Sont recensés dans cette section les théréministes réguliers. Pour les utilisateurs ponctuelles, voir la section sur les musiques populaires.

  • Lucy Bigelow Rosen (en) (1890-1968)
  • Clara Rockmore (1911-1998), lituanienne (née à Vilnius), collabora avec Léon Theremin au perfectionnement de son invention. De formation violoniste classique, elle s'appropria complètement le nouvel instrument, notamment grâce à sa parfaite maîtrise de la justesse des notes.
  • Samuel Hoffman (en) (1903-1967) : interprète dans de nombreuses musiques de films, dont The Thing (La Chose d'un autre monde), de Howard Hawks et Christian Nyby (1951).
  • Barbara Buchholz (1959 - 2012) , développa de nouvelles techniques et expérimentations du thérémine.
  • Lydia Kavina (en) (née à Moscou le ). Petite nièce de Léon Theremin, elle a appris à jouer avec lui dès l'âge de 9 ans. Concertiste virtuose internationale, elle compose également pour cet instrument.
  • Carolina Eyck (Allemagne), élève de Lydia Kavina, l'une des plus importantes interprètes en activité.
  • Pamelia Kurstin (nom de scène de Pamelia Stickney, États-Unis)
  • Dorit Chrysler (Autriche)
  • Masami Takeuchi (ja) (Japon), élève de Lydia Kavina, a également inventé un instrument dérivé, le matryomin.
  • Tim Blake (Royaume-Uni) joue régulièrement du thérémine, à la fois dans ses concerts avec le groupe Hawkwind et dans ses prestations en solo.
  • Thorwald Jørgensen (en), musicien néerlandais[10].
  • Christian Mason, compositeur britannique[11].
  • Katica Illényi (en), violoniste professionnelle, joue occasionnellement le thérémine en concert.
  • En France, parmi les théréministes les plus notables : Claude-Samuel Lévine (avec des adaptations du répertoire classique), Jimmy Virani[12], Jean Hurter, Thierry Frenkel (fondateur d'une académie d'été à Colmar), Thomas Suire.
  • Fay Lovsky, multi instrumentiste hollandaise (ukulélé, scie musicale, thérémine, guitare, chant, etc.) membre des Primitifs du Futur.
  • Taavi Kerikmäe, compositeur estonien.

Musiques de films et de séries[modifier | modifier le code]

Dans les années 1950, le thérémine a été largement utilisé pour créer les ambiances sonores des films de science-fiction, comme Le Jour où la Terre s'arrêta (1951). On le retrouve aussi dans certaines séries télévisées fantastiques (comme Le Sixième Sens (The Sixth Sense) en 1972, pour souligner certains passages de l'action), ou policières anglaises à l'instar d'Inspecteur Barnaby (Midsomer Murders) dont le thème musical a été composé par Jim Parker (en). Celui-ci n'est pas interprété avec une scie musicale mais bien avec un thérémine, par Celia Sheen (1940-2011), avec un instrument fabriqué par l'ingénieur britannique Anthony Henk[13]. Parmi les utilisations récentes, notons les compositions de Danny Elfman, notamment dans la bande originale du film Mars Attacks! ou dans celle de Frankenweenie

Utilisation dans les musiques populaires[modifier | modifier le code]

Présence dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

  • Le thérémine apparaît brièvement dans la série les Simpson (saison 15, épisode 14 et saison 22, épisode 20).
  • Il apparait également dans l'adaptation cinématographique du manga Nodame Cantabile, lorsque Nodame rencontre le fantôme du conservatoire, à Paris.
  • Le thérémine est utilisé dans la série The Big Bang Theory (saison 4, épisode 12), lorsque Sheldon l'utilise pour jouer le thème de Star Trek et la chanson Nobody knows the trouble I've seen.
  • Dans le roman de Glenn Taylor La Ballade de Gueule-Tranchée, Zizi Kozma est une virtuose de thérémine.
  • Dans la saison 3 de la série American Horror Story, Myrtle Snow joue du thérémine.
  • Le thérémine apparaît dans le film canadien Les Aimants d’Yves Pelletier.
  • Le personnage d'Hannibal Lecter dans la série du même nom joue également du thérémine.
  • Dans la serie Weeds (saison 5, épisode 5)
  • Dans My Little Pony, Equestria Girls, Rainbow Rocks : l'instrument est utilisé par Pinkie Pie comme exemple d'instrument possible à jouer.
  • Dans le film L’Élève Ducobu, Ghislaine Rateau (incarnée par Joséphine de Meaux) joue du thérémine à Noël.
  • Dans la série Futurama (saison 6, épisode 19) le Docteur Zoidberg joue un requiem pour l'enterrement de Bender avec cet instrument.

Simulateur de thérémine[modifier | modifier le code]

Il existe un exemple de simulateur ou émulateur de thérémine utilisant l'interface homme-machine naturelle Kinect pour Xbox 360, capable de reconnaître les mouvements du corps, développé par le designer Ken Moore[14]. Jean Girvès[15] a proposé dans les années 80, un système (le LUM) qui utilise des faisceaux lumineux pour suivre les mouvements d'un danseur et produire les sons correspondant, à l'aide de divers appareils de transduction. Il existe des logiciels pour ordinateur qui émulent un thérémine à la souris.

Le , Google propose un Doodle pour les 105 ans de la naissance de Clara Rockmore[16],[17], célèbre joueuse de thérémine. Celui-ci permet à l'internaute de jouer du thérémine via son navigateur à l'aide de sa souris. Il permet notamment de choisir plusieurs réglages comme la clef utilisée, la gamme, l'octave ou le timbre de l'instrument.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Électronique - Réalisations - Thérémine - Présentation
  2. (en) « Theremins », sur www.moogmusic.com (consulté le 28 juin 2015)
  3. Notes musicales - 08/07/2011, « Le Theremin et les ondes Martenot », sur notesmusicales.wordpress.com (consulté le 28 juin 2015)
  4. https://www.vrcarinola.com/toucher
  5. Claudio Bettinelli, « Theremin Vincent Raphaël Carinola / Claudio Bettinelli », (consulté le 3 septembre 2017)
  6. Stage In Focus, « Pascal Viglino », (consulté le 3 septembre 2017)
  7. https://www.vrcarinola.com/single-post/2017/09/16/29-septembre-2017---Nuit-des-chercheurs-Dijon
  8. Ensemble Aleph, « Levande Musik Festival - Göteborg - Part 1 HD - Ensemble Aleph & Curious Chamber Players », (consulté le 3 septembre 2017)
  9. Toucher, de Carinola, sur le site accents online, le webmag de l'ensemble intercontemporain.
  10. http://thorwaldjorgensen.com/fr/bio
  11. http://www.christianmason.net/
  12. « Jimmy Virani », sur Jimmy Virani (consulté le 20 septembre 2016)
  13. (en) « Thème musical de la série TV Inspecteur Barnaby, interprété au thérémine, par Celia Sheen », sur www.youtube.com (consulté le 27 juin 2015).
  14. kenmooredesign.com.
  15. Bernard Auriol, La Clef des Sons, L'Union, Eres, , 287 p. (ISBN 2865861791, lire en ligne), p. 179
  16. « Google: Un Doodle en hommage à Clara Rockmore, virtuose du thérémine (vidéo) », France-Soir, (consulté le 10 mars 2016).
  17. « 105e anniversaire de la naissance de Clara Rockmore », sur Google, (consulté le 10 mars 2016).

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Albert Vincet Glinsky et Ann Arbor, The theremin in the emergence of electronic music, Ed. U.M.I, 1992.
  • Clara Rockmore, Method for Theremin, révision par David Miller et Jeffrey McFarland-Johnson, 1998. Disponible en pdf.
  • Albert Glinsky, Theremin: Ether Music and Espionage, Urbana, Illinois, University of Illinois Press, 2000, ISBN 0-252-02582-2.
  • Mark Brend, Strange Sounds: Offbeat Instruments and Sonic Experiments in Pop, San Francisco, Backbeat, 2005 ISBN 9780879308551.
  • Carolina Eyck, The Art of Playing the Theremin, Berlin, SERVI Verlag, 2006, ISBN 3-933757-08-8.
  • T. J. Pinch et Frank Trocco, Analog Days: The Invention and Impact of the Moog Synthesizer, Harvard University Press, 2009, ISBN 978-0-674-04216-2.
  • Coralie Ehinger et Jimmy Virani, Manuel d’initiation au theremin, Éditions des Sentiers, 2012 (deuxième édition revue et corrigée en 2014), traduit en anglais et en japonais.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]