Signe de Frank

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Anatomie d'une oreille normale, avec dénomination des différentes parties de l'oreille.
Ridules sur le lobe de l'oreille d'un patient japonais cardiaque

Le signe de Frank, ou signe de Lichtstein, est un signe cutané en forme de pli situé sur le lobe de l'oreille. Ce signe est associé aux maladies cardiovasculaires.

Anatomie[modifier | modifier le code]

Le signe de Frank est un pli sur l'oreille, une ride permanente, qui va du tragus à l’arrière du lobule, en diagonale. Ce pli s'étend « sur au moins un tiers de la distance »[1] et peut être plus ou moins profond. Il est souvent bilatéral, au même endroit sur chaque oreille[2].

Ce signe est associé à un risque plus élevé d'apparition de maladies cardiovasculaires[3] et à d'autres facteurs de problèmes touchant notamment l'artère carotide[4]. Ce signe est aussi lié à des effets morbides susceptibles d’apparaître en cas d'anesthésie générale[5] ou de risques cérébrovasculaires[4],[6]. Il est prédictif d'un risque cardiovasculaire accru en cas de diabète de type 2 mais ne signe pas un risque accru de rétinopathie chez ces mêmes patients[7], bien que ces patients diabétiques présentent aussi un risque accru d'angiopathie.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le lien entre le signe de Frank[8], ELC ou DELC pour « diagonal ear lobe crease »[9], et les maladies cardiovasculaires est décrit pour la première fois en 1973[10],[11] par S.T. Franck dans Aural sign of coronary-artery disease (1973 et dans Ear-crease sign of coronary disease (1977)[12].

L'américain Blodgett G. découvre que « 75% des cas de coronaropathie sont dotés d'un ELC, contre 35% des témoins (appariement selon l'âge et le sexe). » Il le relate en 1983 dans sa thèse universitaire The presence of a diagonal ear-lobe crease as an indicator of coronary artery disease. Depuis, de nombreuses études sont effectuées et présentent en général l'ELC comme marqueur de la coronaropathie[10].

Prévalence[modifier | modifier le code]

La prévalence du signe de Frank augmente avec l'âge. Ce signe est plus fréquent chez l'homme que chez la femme.

Cause, origine[modifier | modifier le code]

La plupart des études constatent une relation, mais n'établissent pas de chaîne de cause à effet, ou ne proposent pas de cause à ce pli.

Ce pli serait dû à une ischémie chronique locale, avec dégénérescence des fibres élastiques et sclérose vasculaire. Selon Griffing (2014), chez les personnes jeunes ou relativement jeunes, ce signe indiquerait un vieillissement prématuré de la peau, avec perte de derme et de fibres élastiques vasculaires[13]. Le lobe de l'oreille pourrait y être plus sensible car il se situe en fin de réseau artériel, dans une des zones du corps où la température cutanée est naturellement parmi les plus basses.

Association à un risque accru de maladies coronariennes et d’athérosclérose[modifier | modifier le code]

Selon des études statistiques, la présence de ce pli semble être prédictif de maladies coronariennes et d’athérosclérose[14],[3], chez un sujet de plus de 50 ans et de moins de 70 ans[15]. L'association est hautement significative ; « La sensibilité du signe de Frank atteint 75 %, sa spécificité 57,5 % et sa valeur de prédiction positive est de 80,3 %. Cependant la valeur la prévision dépend aussi du sexe de l'individu : elle est beaucoup plus faible chez les femmes (50 %) que chez les hommes (84,7 %) »[16].

Une étude publiée par Cumberland & al. en 1987[17] a recherché l'existence d'une éventuelle relation entre la présence d'un signe de Franck et le mauvais état des coronaires à partir des observations faites sur 800 autopsies médicolégales faites sur le corps de personnes décédées pour des raisons variées ; elle a conclu à des résultats similaires (corrélation dans plus de 75 % des cas). Les auteurs de cette étude concluent que le signe de Frank peut et doit être utilisé en conséquence. Cette même année 1987, Lesbre a également estimé que son absence ne permet en aucune façon d'exclure le diagnostic de la maladie coronarienne, mais que sa présence est un signe fort : elle correspond dans les trois quarts des cas à une maladie coronarienne établie[16].

En 2012, Shmilovich et ses collègues ont aussi montré que plus le pli est marqué, plus il est associé à un risque accru de problème plus grave et plus étendu[18].

En 35 ans, quelques études minoritaires n'ont pas réussi à identifier un lien avec l'athérosclérose[19],[20] et quelques auteurs ont relativisé l’importance de ce signe d’alerte, car sa prévalence augmente naturellement avec l’âge[21], mais il semble aujourd'hui y avoir consensus concernant la pertinence de ce signe qui est associé à un risque accru, indépendamment d'autres facteurs de risques (âge, histoire de tabagisme, diabètes et hypertension).

Précautions[modifier | modifier le code]

Avant toute opération chirurgicale nécessitant une anesthésie générale, les patients porteurs de ce signe devraient faire l'objet d'un bilan médical approfondi[5].

Personnes connues porteuses du signe de Frank[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sparsa, A., & Doffoel-Hantz, V. (2012) « Affections cardiaques et pulmonaires » In Manifestations dermatologiques des maladies d’organes (p.  125-135). Springer Paris.
  2. Mohammad Afzal Mir, Julien Haroche, Nicolas Limal, Atlas de diagnostic clinique, p. 123.
  3. a et b Virginie Guichaoua, « Signe de Frank : quand le lobe de l'oreille aide à diagnostiquer des problèmes cardiovasculaires », sur Maxisciences, (consulté le 13 janvier 2019).
  4. a et b (en) Gustavo Zapata-Wainberg, Jose Vivancos, « Bilateral Earlobe Creases », sur New England Journal Medecine, (consulté le 13 janvier 2019).
  5. a et b (en) Arthur H Friedlander, Crispian Scully, « Diagonal Ear Lobe Crease and Atherosclerosis: A Review of the Medical Literature and Oral and Maxillofacial Implications » [PDF], sur ResearchGate, (consulté le 13 janvier 2019).
  6. (en) Josip Glavić, D. Čerimagić, A. Lovrenčić-Huzjan, V. Vuković, & V. Demarin, « Frank's sign as a risk factor for cerebrovascular disease », sur Srce, (consulté le 13 janvier 2019).
  7. (en) T. M. E. Davis, M. Balme, D. Jackson, G. Stuccio, D.G. Bruce, « The diagonal ear lobe crease (Frank's sign) is not associated with coronary artery disease or retinopathy in type 2 diabetes: the Fremantle Diabetes Study », sur Wiley Online Library, (consulté le 13 janvier 2019).
  8. « Signe de Lichtstein ou signe de Frank », sur Association Médicale Mosellane de Perfectionnement Post Universitaire (consulté le 13 janvier 2019).
  9. (en) Haim Shmilovich, Victor Y.Cheng, Ronak Rajani, Damini Dey, Balaji K.Tamarappoo, Ryo Nakazato, Thomas W.Smith, Yuka Otaki, Rine Nakanishi, Heidi Gransar, William Paz, Raymond T.Pimentel, Sean W.Hayes, John D.Friedman, Louise E.J.Thomson, Daniel S.Berman, « Relation of Diagonal Ear Lobe Crease to the Presence, Extent, and Severity of Coronary Artery Disease Determined by Coronary Computed Tomography Angiography », sur Science Direct, (consulté le 13 janvier 2019).
  10. a et b (en) Shridhar Dwivedi, Rajat Jhamb, « Cutaneous markers of coronary artery disease », sur NCBI, (consulté le 13 janvier 2019).
  11. P. Le Borgne, « Signe de Frank et coronaropathie : la fin d’une controverse ancienne ? » [PDF], sur Springer, (consulté le 13 janvier 2019).
  12. (en) « Frank ST Author », sur NCBI (consulté le 13 janvier 2019).
  13. (en) George Griffing, « Frank's Sign », sur New England Journal Medecine, (consulté le 13 janvier 2019).
  14. Daudon P-Accelio J.C-Gofstein N-Nory J. « Le pli du lobe de l’oreille, un indice de risque coronarien ? » La semaine des hôpitaux de Paris 1986 vol.62 no 23.
  15. Lesbre J.P-Castier B-Taibouilloy C-labeille B-Isorni C.Signe de Frank et maladie coronarienne. Annales de cardiologie et d’angéiologie vol.36 no 1 1987 p. 37-41.
  16. a et b (en) Lesbre JP, Castier B, Tribouilloy C, Labeille B, Isorni C., « Frank's sign and coronary disease (résumé) », sur Europe PMC, In Annales de cardiologie et d'angeiologie (Vol. 36, N° 1, pp. 37-41), (consulté le 13 janvier 2019).
  17. (en) Cumberland G. D., Riddick, L., Vinson, R., « Earlobe Creases and Coronary Atherosclerosis: The View from Forensic Pathology (résumé) », sur The American journal of forensic medicine and pathology, (consulté le 13 janvier 2019).
  18. (en) Shmilovich H, Cheng VY, Rajani R, et al, Relation of diagonal ear lobe crease to the presence, extent, and severity of coronary artery disease determined by coronary computed tomography angiography, Am J Cardiol, .
  19. (en) Aris P. Agouridis, Moses S. Elisaf, Devaki R. Nair, Dimitri P. Mikhailidis, « Ear lobe crease: a marker of coronary artery disease? - Studies showing no association between ELC and CAD », sur NCBI, (consulté le 13 janvier 2019).
  20. Cheng T.O (2000) More research needed on the association between diagonal ear lobe crease and coronary artery disease. Arch Intern Med 160:2396
  21. Mark Lebwohl.Peau et maladies systémiques.p.60.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Borgne P (2014) Signe de Frank et coronaropathie: la fin d’une controverse ancienne?. Annales françaises de médecine d'urgence, 1(4), 44-44.
  • Edston E (2006), The ear lobe crease, coronary artery disease, and sudden cardiac death: An autopsy study of 520 individuals. Am J Forensic Med Pathol 27:129,
  • Glavić, J., Čerimagić, D., Lovrenčić-Huzjan, A., Vuković, V., & Demarin, V. (2007). Franks Sign as a Risk Factor for Cerebrovascular Disease. Acta Clinica Croatica, 46(1), 11-14.
  • Isunado T, Ito I, Katabira Y, et al (1982), Histological study on the ear-lobe crease (in Japanese). 24:352,
  • Kieny, A., Wettlé, C., Lipsker, D., & Cribier, B. (2015). Signe de Frank et maladie des emboles de cholestérol. In Annales de Dermatologie et de Vénéréologie. Elsevier Masson, juin 2015.
  • Lesbre, J. P., Castier, B., TAIBOUILLOY, C., LABEILLE, B., & ISORNI, C. (1987). Signe de Frank et maladie coronarienne. In Annales de cardiologie et d'angéiologie (Vol. 36, No. 1, pp. 37-41). Elsevier.
  • Lucenteforte, E., Zagli, G., Romoli, M., & Vannacci, A. (2010). The diagonal ear lobe crease (Frank's sign) as a marker of cardiovascular disease. A systematic review. European Journal of Integrative Medicine, (2), 208-208.
  • Lucenteforte, E., Romoli, M., Zagli, G., Gensini, G. F., Mugelli, A., & Vannacci, A. (2014). Ear lobe crease as a marker of coronary artery disease: A meta-analysis. International journal of cardiology, 175(1), 171-175.
  • Montazeri, M., Montazeri, M., Rashidi, N., Montazeri, M., & Montazeri, M. (2014). Diagonal earlobe crease and coronary artery disease in Iranian population: A marker for evaluating coronary risk. Indian Journal of Otology, 20(4), 208.
  • Montazeri, M., Rashidi, N., Montazeri, M., Maleki, A., Montazeri, M., & Montazeri, M. (2014). Is Diagonal Earlobe Crease a Marker for Coronary Artery Disease?. Heart India, 2(4), 104.
  • Pellen, J. C. (2014). Signe de Frank et manifestations de l'athérosclérose: revue systématique de la littérature (Thèse de Doctorat).
  • Shmilovich, H., Cheng, V. Y., Rajani, R., Dey, D., Tamarappoo, B. K., Nakazato, R., ... & Berman, D. S. (2012). Relation of diagonal ear lobe crease to the presence, extent, and severity of coronary artery disease determined by coronary computed tomography angiography. The American journal of cardiology, 109(9), 1283-1287 (résumé).
  • Tranchesi, B., Barbosa, V., de Albuquerque, C. P., Caramelli, B., Gebara, O., dos Santos Filho, R. D., ... & Pileggi, F. (1992). Diagonal earlobe crease as a marker of the presence and extent of coronary atherosclerosis. The American journal of cardiology, 70(18), 1417-1420 (résumé).
  • Zapata-Wainberg, G., & Vivancos, J. (2013) Bilateral earlobe creases. New England Journal of Medicine, 368(24), e32 (résumé).