Phlogistique

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L'alchimiste, chimiste et médecin Johann Joachim Becher qui proposa la théorie du phlogistique

La théorie du phlogistique est une théorie chimique qui expliquait la combustion en postulant l'existence d'un « élément-flamme », fluide nommé phlogiston (du grec φλόξ phlóx, flamme), présent au sein des corps combustibles. Elle a été développée par J.J. Becher à la fin du XVIIe siècle, et développée par Georg Ernst Stahl. Cette théorie est devenue obsolète après la découverte de l'implication de l'oxygène de l'air dans le processus de combustion par Lavoisier au XVIIIe siècle.

L'idée de base est que, puisque les flammes sont évidemment réelles, il doit nécessairement exister un élément qui participe à la constitution des corps combustibles, fluide comme les flammes le sont manifestement et qui, suite à la combustion, serait le constituant concret principal de ces flammes. L'idée d'« élément » se rattache aux « 4 éléments » censés constituer toute chose selon la philosophie naturelle. La théorie du calorique est une théorie similaire à propos de la chaleur, dont l'existence évidente requiert elle aussi un élément correspondant, selon un principe de raisonnement analogue.

Théorie[modifier | modifier le code]

On a longtemps cru que la chaleur était constituée d'un fluide que l'on avait nommé le « phlogistique » (dérivé savant formé par J.J. Becher d'après le grec phlogistos : « inflammable »). On peut l'associer au feu. La perte de masse résultant d'une combustion était attribuée au départ du phlogistique — la masse qui partait était de la chaleur.

La théorie affirme que tous les matériaux inflammables contiennent du phlogiston, une substance incolore, inodore, impondérable, qui serait dégagée en brûlant. Une fois brûlée, la substance « déphlogistifiée » apparaîtrait sous sa vraie forme.

Lorsque Georg Ernst Stahl énonce sa théorie du phlogistique, il explique la combustion du feu, mais aussi l'alimentation/digestion ou la corrosion (rouille du fer). À cet égard, le dégagement du phlogistique renvoie à une règle moderne concernant le déplacement des équilibres. « Le phlogistique est du feu fixé dans la matière et qui s'en échappe lors des combustions. » Plus un corps contient de phlogistique, et mieux il brûle.

Les substances « phlogistifiées » sont donc celles qui n'ont pas encore brûlé. Étant donné le besoin d'air pour la combustion d'une substance, on pensait également que l'air avait une relation spéciale avec le phlogiston.

Par exemple, le charbon, ou le H2 (dihydrogène) contiennent du phlogistique presque pur.

Daniel Rutherford, un étudiant de Joseph Black, a découvert l'azote (Nitrogen) en 1772 et il s'est appuyé sur cette théorie pour expliquer ses résultats. Les résidus d'air laissés après la combustion - en fait, un mélange d'azote et de dioxyde de carbone -, étaient parfois appelés « air phlogistifié », ayant absorbé tous les phlogistons de la substance.

Ainsi, quand l'oxygène fut découvert par Joseph Priestley, ce dernier le baptisa « air déphlogistifié », capable de se combiner avec plus de phlogistons et pouvant ainsi brûler plus longtemps que de l'air « ordinaire ».

Livre de chimie de 1789 où le « gaz déphlogistifié » et le « gaz inflammable » pourraient former de l'eau.

Mise en cause de la théorie[modifier | modifier le code]

Par la suite, quantité d'expériences ont mis en évidence de nombreux problèmes, notamment le fait que des métaux, comme le magnésium, gagnaient de la masse en brûlant, bien qu'ils aient dû perdre des phlogistons. Certains partisans des phlogistons ont expliqué cela en concluant que ceux-ci avaient une « masse négative » ; d'autres, comme Louis-Bernard Guyton-Morveau, ont argué que le phlogiston était plus léger que l'air. Toutefois, une analyse plus détaillée, fondée sur le principe d'Archimède et les densités du magnésium, ont montré que le fait d'être plus léger que l'air ne peut démontrer l'augmentation de la masse selon cette théorie. La théorie des phlogistons est restée dominante jusqu'à ce qu'Antoine Lavoisier montre que la combustion nécessite la présence d'oxygène, résolvant ainsi le paradoxe pondéral et jetant les bases pour une nouvelle théorie calorifique de la combustion, grâce à une nouvelle notion énergétique – le calorique.

D'un certain point de vue, la théorie des phlogistons peut être vue comme opposée à la « théorie de l'oxygène » moderne. La théorie des phlogistons affirme que tout matériau inflammable contient des phlogistons libérés durant la combustion, laissant la matière « déphlogistifiée » sous sa « vraie » forme. Dans la théorie moderne, les matériaux inflammables (ou non rouillés) sont « désoxygénés » sous leur forme pure et oxygénés quand ils sont brûlés.

La remise en cause de cette théorie a été féconde et est à la base de la chimie organique et de l'étude des réactions d'oxydoréduction[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]