M44

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M44
L'amas ouvert M44 (NGC 2632). Sur la sphère céleste, les galaxies NGC 2624 et NGC 2625 sont situées en périphérie de l'amas.
L'amas ouvert M44 (NGC 2632). Sur la sphère céleste, les galaxies NGC 2624 et NGC 2625 sont situées en périphérie de l'amas.
Données d’observation
(Époque J2000.0)
Constellation Cancer[1]
Ascension droite (α) 08h 40m 22,2s[2]
Déclinaison (δ) 19° 40′ 19″
Distance environ 182 pc (∼594 a.l.)[3],[4]
Magnitude apparente (V) 3,1[5]
3,5 dans la Bande B [5]
Dimensions apparentes (V) 70[5]

Localisation dans la constellation : Cancer

(Voir situation dans la constellation : Cancer)
Cancer IAU.svg
Caractéristiques physiques
Type d'objet Amas ouvert
Classe II2m[5]
Galaxie hôte Voie lactée
Dimensions 12 al[6]
Âge 730 M a[7]
Découverte
Découvreur(s) Eudoxe de Cnide [1]
Date entre 380 et 360 av. J.-C. [1]
Désignation(s) NGC 2632
OCL 507
Praesepe
[5]
Liste des amas ouverts

M44 (également appelé NGC 2632, Praesepe, La Crèche ou La Ruche[8]) est un amas ouvert riche situé dans le Cancer connu depuis l'Antiquité qui se présente à l'œil nu sous forme d'un objet nébuleux.

Selon la base de données WEBDA, M44 est à environ 187 pc (∼610 a.l.) du système solaire, mais les mesures de la parallaxe de plusieurs étoiles par Hipparcos[3] et le dernier diagramme couleur-magnitude dans l'infrarouge[4] donne une distance très similaire d'environ 182 pc (∼594 a.l.). Selon la base de données WEBDA, l'âge de l'amas est d'environ 730 millions d'années, ce qui est du même ordre de grandeur que l'âge de l'amas des Hyades (Melotte 25) estimé à 790 millions d'années[9]. Le mouvement propre de ces deux amas est d'ailleurs similaire, suggérant ainsi une origine commune[10],[11].

La taille apparente de M44 est de 70 minutes d'arc, ce qui, compte tenu de la distance, donne une taille réelle maximale d'environ 12 années-lumière.

Selon la classification des amas ouverts de Robert Trumpler, cet amas renferme entre 50 et 100 étoiles (lettre m) dont la concentration est moyenne (II) et dont les magnitudes se répartissent sur un intervalle moyen (le chiffre 2). Cependant des études récentes révèlent que l'amas renferme au moins 1000 étoiles (voir section morphologie et composition). La magnitude visuelle de l'amas est égale à 3,1. Ses étoiles les plus brillantes sont bleu-blanc et de magnitude comprise entre 6,0 et 6,5.

Histoire[modifier | modifier le code]

M44 est facilement visible à l'œil nu et il est donc connu depuis les temps préhistoriques. Les Grecs et les Romains associait cette nébuleuse à une crèche dans laquelle deux ânes se nourrissaient : Asellus Borealis (l'âne du Nord) et Asellus Australis (l'âne du Sud). Ces deux ânes auraient été montés par Dionysos et Silène dans leur bataille contre les Titans[12]. Dans l'astrologie chinoise, M44 est dans la loge lunaire du Yugui. Les observateurs anciens de Chine voyaient l'amas comme un fantôme ou un démon à bord d'un chariot et ils ont comparé son apparence à un nuage de pollen soufflé par des chatons de saule.

Eudoxe de Cnide aurait été le premier observer cet objet nébuleux entre 380 et 360 av. J.-C.[1]. En 260 av. J.-C., le poète grec Aratos de Soles voit cet amas comme une «petite nuée». Hipparque entra l'amas dans son catalogue et l'appela «le Petit Nuage» ou «l'Étoile embrumée». M44 est l'une des sept nébuleuses figurant dans l'Almageste de Claude Ptolémée[12].

En 1609, Galilée a observé M44 avec sa lunette et il a noté que cette nébuleuse n'était pas une seule étoile mais un groupe de plus de 40 étoiles. L'amas a probablement aussi été observé en 1611 par Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, le découvreur de la nébuleuse d'Orion (M42), puis reconnu en tant qu'amas par Simon Marius en 1612[12]. Charles Messier a ajouté l'amas à son célèbre catalogue le 4 mars 1764[12],[1] après avoir mesuré avec une bonne précision sa position. L'ajout de M44 à sa liste, ainsi que celui de la nébuleuse d'Orion (M42) et des Pléiades (M45) est un peu étonnante, car ces derniers étaient des objets brillants pouvant être difficilement confondus avec une comète[13].

Morphologie et composition[modifier | modifier le code]

L'amas de la Crèche contient au moins milles étoiles liées entre elles par la gravitation, pour une masse totale comprise entre 500 et 600 masses solaires[14],[15]. Une étude récente a révélé la présence hautement probable de 1010 étoiles, dont 68% sont des naines rouges, 30% des étoiles semblables au Soleil de types spectraux F, G et K et 2% des étoiles brillantes de type spectal A[14]. On y dénombre aussi 5 étoiles géantes, dont 4 sont de type K0 III et une de type G0 III[10],[14],[16].

Comme de nombreux amas ouverts, M44 a connu un processus dynamique de ségrégation de masse (en)[14],[15],[17]. Cela signifie que les étoiles massives et brillantes se trouvent surtout dans le noyau de l'amas tandis que les étoiles les moins massives peuplent son halo. Le rayon de base de l'amas est d'environ 11,4 années-lumière, son rayon de demi-masse d'environ 12,7 années-lumière et son rayon de marée s'étend jusqu'à 39 années-lumière[14],[15].

À ce jour, onze naines blanches ont été identifiés, ce qui représente la phase finale d' évolution des étoiles les plus massives du cluster, étoiles qui étaient à l'origine de type spectral B[11]. Quant aux naines brunes, elles sont extrêmement rares[18], probablement parce qu'elles ont été éjectées du halo par effet de marée[14].

Observation[modifier | modifier le code]

L'amas est observable à l'œil nu du fait de sa magnitude apparente visuelle de 3,1, cependant les étoiles qui le constituent ont une luminosité trop faible pour être résolues à l'œil nu. L'amas apparaît donc sous la forme d'une nébulosité couvrant une zone de 70 minutes d'arc. Avec des jumelles on peut cependant résoudre plusieurs dizaines d'étoiles. L'amas est magnifique à observer dès que le diamètre de l'instrument dépasse 150 mm : l'utilisation de faibles grossissements (20 fois) est alors requise du fait de l'étendue de l'amas. Au nord de M44 se trouve γ Cancri (Asellus Borealis), alors qu'au sud est situé δ Cancri (Asellus Australis).

Planètes[modifier | modifier le code]

En septembre 2012, deux planètes en orbite autour de deux étoiles différentes ont été découvertes dans l'amas de la Crèche. Ce n'était pas la première fois que l'on découvrait des planètes dans un amas ouvert, mais cette découverte était très significative, car c'était les deux premières planètes en orbite autour d'étoiles semblables au Soleil dans un amas ouvert. Les planètes ont été désignées Pr0201 b et Pr0211 b . Le 'b' à la fin de leur nom indique que les corps sont des planètes. Ces deux planètes sont des Jupiter chauds, c'est-à-dire des géantes gazeuses qui gravitent près de leur étoile et dont la température est élevée.

L'annonce des découvertes planétaires a été faite par Sam Quinn en tant qu'auteur principal. Elle a été publiée dans The Astrophysical Journal Letters. L'équipe de Quinn a travaillé avec David Latham du Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics, en utilisant l'observatoire Fred Lawrence Whipple du Smithsonian Astrophysical Observatory[19]. En 2016, d'autres observations ont mené à la découverte d'une autre planète dans le système Pr0211, planète maintenant nommée Pr0211c (en)[20].

Liste de planètes découvertes dans l'amas :

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e (en) « Site du professeur C. Seligman » (consulté le 18 juin 2018)
  2. (en) « NASA/IPAC Extragalactic Database », Resultats pour NGC 2632 (consulté le 18 juin 2018)
  3. a et b van Leeuwen, « Parallaxes and proper motions for 20 open clusters as based on the new Hipparcos catalogue », Astronomy and Astrophysics, vol. 497 #1,‎ , p. 209-242 (DOI 10.1051/0004-6361/200811382, Bibcode 2009A&A...497..209V, lire en ligne)
  4. a et b D.J. Majaess, D.G. Turner, D.J Lane et T. Krajci, « Deep Infrared ZAMS Fits to Benchmark Open Clusters Hosting Delta Scuti Stars », The Journal of the American Association of Variable Star Observers, vol. 39 #2,‎ , p. 219 (Bibcode 2011JAVSO..39..219M, lire en ligne)
  5. a b c d et e (en) « Revised NGC and IC Catalog by Wolfgang Steinicke » (consulté le 18 juin 2018)
  6. On obtient la taille d'un objet par le produit de la distance qui nous en sépare et de l'angle, exprimé en radian, de sa plus grande dimension.
  7. (en) « WEBDA page for open cluster NGC 2632, A site Devoted to Stellar Clusters in the Galaxy and the Magellanic Clouds » (consulté le 18 juin 2018)
  8. « Messier 44 », sur Catalogue Messier de l'Observatoire de Paris (consulté le 13 août 2015)
  9. (en) « WEBDA page for open cluster Melotte 25 » (consulté le 18 juin 2018)
  10. a et b Klein, W.J. Wassink, « The proper motion and the distance of the Praesepe cluster. », Publications of the Kapteyn Astronomical Laboratory Groningen, vol. 112,‎ , p. 377 (Bibcode 1927PGro...41....1K, lire en ligne)
  11. a et b P.D. Dobbie, R. Napiwotzki, M.R. Burleigh, M.A. Barstow, D.D. Boyce, S.L. Casewell, R.F. Jameson, H. Hubeny et G. Fontaine, « New Praesepe white dwarfs and the initial mass–final mass relation », Monthly Notices of the Royal Astronomical Society, vol. 369 #1,11,‎ , p. 383-389 (DOI 10.1086/313771, Bibcode j.1365-2966.2006.10311.x, lire en ligne)
  12. a b c et d « Messier 44, Amas de la Ruche (Beehive), la Crèche (Praesepe) » (consulté le 18 juin 2018)
  13. (en) « Messier Questions & Answers » (consulté le 18 juin 2018)
  14. a b c d e et f Adam L. Krauss et Lynne A. Hillenbrand, « The Stellar Populations of Praesepe and Coma Berenices », The Astronomical Journal, vol. 134 #6,‎ , p. 2340-2352 (lire en ligne)
  15. a b et c Joseph D. Adams, John R. Stauffer, Michael F. Skrutskie, David G. Monet, Simon F.. Portegies Zwart, Kenneth A. Janes et Charles A Beichman, « Structure of the Praesepe Star Cluster », The Astronomical Journal, vol. 1570-1584,‎ , p. 377 (lire en ligne)
  16. Helmut A. Abt et Daryl W. Willmarth, « Binaries in the Praesepe and Coma Star Clusters and Their Implications for Binary Evolution », The Astrophysical Journal, vol. 521 #2,‎ , p. 682-690 (lire en ligne)
  17. Simon F. Portegies Zwart, Stephen L. W. McMillan, Piet Hut et Junichiro Makino, « Star cluster ecology — IV. Dissection of an open star cluster: photometry », Monthly Notices of the Royal Astronomical Society, vol. 321 #2,21,‎ , p. 199-226 (DOI 10.1046%2Fj.1365-8711.2001.03976.x, Bibcode 2001MNRAS.321..199P, lire en ligne)
  18. B.M. González-García, M.R. Zapatero Osorio, V.J.S. Béjar, G. Bihain, D. Barrado y Navascués, J.A. Caballero et M. Morales-Calderón, « A search for substellar members in the Praesepe and Orionis clusters », Astronomy & Astrophysics, vol. 460 #3,‎ , p. 799-810 (DOI 10.1051/0004-6361:20065909, lire en ligne)
  19. (en) « First Planets Found Around Sun-Like Stars in a Cluster » (consulté le 18 juin 2018)
  20. L. Malavolta et al., « The GAPS programme with HARPS-N at TNG XI. Pr0211 in M44: the first multi-planet system in an open cluster », Astronomy & Astrophysics, vol. 588,‎ , p. 377 (DOI 10.1051/0004-6361/201527933, lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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