Loi de Baumol

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Évolution de l'indice des prix aux États-Unis : les coûts médicaux et universitaires ont fortement augmenté, ceux des vêtements et des automobiles sont restés bas.

La loi de Baumol ou maladie des coûts explique l'augmentation des salaires et des coûts dans les secteurs où la productivité n'augmente pas par la hausse de la productivité dans les autres secteurs, qui tirent les salaires vers le haut. Elle est formulée par les chercheurs américains William Baumol et William Bowen à partir de 1965, initialement pour le monde du spectacle[1].

Explication[modifier | modifier le code]

Les États-Unis se caractérisent par une hausse des emplois dans le secteur des services, et une stagnation dans le secteur des biens.

La théorie se propose de dénouer le problème du financement public dans l'industrie du spectacle vivant.

En 1965, les deux auteurs sont mandatés par la Fondation Ford de produire un diagnostic sur la santé et le fonctionnement économiques des théâtres de New York. Performing Arts : The Economic Dilemma (1966).

Ils souhaitent déterminer les raisons pour lesquelles les salles de spectacles de Broadway enregistrent une augmentation croissante de leurs coûts d'exploitation, de leur non-profitabilité chronique et d'une raréfaction de leur public.

Selon cette loi, l'économie est modélisée en deux secteurs :

  1. le secteur progressif qui se caractérise par une forte progression des gains de productivité, une forte intensité capitalistique ainsi qu'un haut niveau des salaires.
  2. le secteur archaïque qui se caractérise a contrario, par une faible progression voire une stagnation des gains de productivité, une faible intensité capitalistique ainsi qu'un bas niveau des salaires.

Baumol et Bowen constatent un écart important de productivité entre ces deux secteurs.

Le bien culturel spectacle se développe dans le secteur archaïque caractérisé par la stagnation de l'innovation technologique. Dès lors, les gains de productivité sont quasi inexistants (productivity lag) : un quatuor à cordes joue pendant la même durée et avec le même nombre de musiciens en 1865 et 1965[2]. Le facteur travail prédomine alors et reste incompressible (on ne peut par exemple retirer les ténors dans un opéra). De plus, la rémunération dans l'industrie du spectacle tend à s'aligner sur les autres secteurs. Les coûts de production s'élèvent dans les mêmes proportions. Les recettes quant à elles croissent moins rapidement (earnings gap), engendrant des tensions inflationnistes. Cette caractéristique est connue sous le nom de maladie des coûts croissants (Cost disease).

Au contraire, la durée de fabrication d'une automobile a été divisée par deux dans les usines de Renault entre 1995 et 2003. Pour la fabrication d'ordinateurs, la productivité augmente en moyenne de 60 % par an. Cela conduit à une hausse des salaires dans les secteurs où la productivité augmente. Afin d'embaucher des travailleurs compétents, les secteurs où la productivité n'augmente pas doivent augmenter les salaires à leur tour[3].

Conséquences[modifier | modifier le code]

L'endiguement de cette dynamique est préoccupant car les économies d'échelle y sont difficiles à réaliser. Dans un concert classique par exemple, il n'est pas considéré comme équivalent de remplacer une section de violons par son évolution technologique, un synthétiseur unique. Le nombre de représentations est limité. Le prix de la place de spectacle est fixé avant le lancement. La fréquentation (demande) est inélastique à la marge, la qualité étant prépondérante dans une fourchette de prix raisonnable dans le choix. L'unique marge de manœuvre reste l'augmentation qualitative.

Le public recherche toujours des spectacles plus audacieux, donc coûteux. Les prix des billets sont toujours de plus en plus élevés, ne permettant pas de séduire de nouveaux clients et risquant dans le pire des cas d'essouffler la demande existante. Les producteurs du marché spectacle vivant sont alors confrontés à un manque chronique de liquidités (fonds propres).

Pour les pouvoirs publics se pose un dilemme : soit ils financent des spectacles toujours plus coûteux, soit ils laissent de nombreux acteurs sortir du marché en paupérisant l'offre. Baumol conclut au besoin de financements externes, mécénat, fonds publics, prélevés auprès des secteurs modernes.

La majorité du service de l'État et du secteur public, comme l'enseignement, la justice ou la santé, est composée de services où les gains de productivité sont faibles ou inexistants. Par conséquent, leur coût va augmenter, se traduisant souvent par une hausse des prélèvements obligatoires, alors que la qualité n'augmente pas, voire diminue[3]. Baumol craignait que la hausse des coûts de la santé, de l'éducation et d'autres services essentiels les rendent inabordables, conduisant à une diminution de la qualité de vie[4].

L'utilisation de l'intelligence artificielle pourrait mettre fin à la loi de Baumol en permettant des augmentations de productivité, par exemple dans le secteur de la santé[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Timothy B. Lee, « William Baumol, whose famous economic theory explains the modern world, has died », sur vox.com, .
  2. ARNAUD PARIENTY, « La maladie des coûts », sur blogs.alternatives-economiques.fr, .
  3. a et b Alexandre Delaigue, « Qu’appelle-t-on « maladie des coûts » ? », sur econoclaste.eu (consulté le ).
  4. (en) Patricia Cohen, « William J. Baumol, 95, ‘One of the Great Economists of His Generation,’ Dies », sur nytimes.com, (consulté le ).
  5. Michel Guillaume, Daniel Walch et Xavier Comtesse, «L’intelligence artificielle permettra des économies de 4 milliards dans la santé», sur letemps.ch, (consulté le ).

Éléments bibliographiques[modifier | modifier le code]

  • (fr) Isabelle Barbéris et Martial Poirson, L'Économie du spectacle vivant, Que sais-je, Presses universitaires de France, 2013.

Liens externes[modifier | modifier le code]