Lénition

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La lénition, ou l'adoucissement[1], est une modification phonétique, par l'affaiblissement de l'articulation des consonnes par le passage d'une série dite « forte » (fortis) à une série dite « douce » (lenis). Le fait de lénifier les phonèmes se traduit par une élévation de la consonne affectée sur l'échelle de sonorité. C'est le phénomène inverse du durcissement.

Cet affaiblissement peut se produire en diachronie : par exemple, l'évolution des occlusives latines dans les langues romanes occidentales : latin vita > vida en portugais, galicien, espagnol, catalan, occitan (passage du t au d) et vie en français (disparition totale du t).

Il peut aussi se produire en synchronie quand il se produit alors de façon régulière dans la langue en tant que phénomène morphophonologique : par exemple, les mutations consonantiques des langues celtiques ou l'alternance consonantique du finnois (astevaihtelu).

La lénition se manifeste de manières variables en suivant la hiérarchie (du degré le plus fort au plus faible) : consonne non voisée > voisée ; consonne géminée (double) > simple ; occlusive > affriquée > constrictive > sonnante > semi-voyelle.

Elle intervient dans diverses positions:

Entre voyelles[modifier | modifier le code]

C'est le cas le plus fréquent, illustré par les exemples ci-dessus (d'autres exemples sont dans l'article sur la mutation consonantique).

En initiale absolue devant une voyelle[modifier | modifier le code]

L'adoucissement des occlusives tendues se produit dans certains parlers bavarois: Pech > Bech « malchance », Tag > Dåg « jour », Knecht > Gnecht « valet ».

Le corse[2] présente un cas intermédiaire et oppose la lénition des consonnes initiales après voyelle atone au phénomène inverse (durcissement) après voyelles toniques :

  • ['trɛ 'ppani] « trois pains » / [u 'banɛ] « le pain ».

Devant une consonne[modifier | modifier le code]

La spirantisation devant une consonne sonore se produit dans une série de mots du russe parlé : когда « quand », translittération kogda, transcription [kʌɣda].

En position finale[modifier | modifier le code]

La spirantisation de la finale se produit en hébreu : comparer מלך melex « roi » avec מלכה malka « reine ».

Amuïssement de la consonne[modifier | modifier le code]

En diachronie, la lénition continue souvent jusqu'à l'amuïssement (la chute complète) de la consonne : par exempla, la finale -ée, des participes passés français :

  • latin portata > ancien français porté(d)e (d se maintient dans de nombreuses langues latines modernes) > français moderne portée[3].

Un autre exemple est la réalisation fréquente du mot russe ci-dessus : [kʌda].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Georges Mounin, Dictionnaire de la linguistique, Paris, PUF (coll. Quadrige), 1993, [rééd.]), s. v.[Quoi ?]
  2. J.-Ph. Dalberra & M.-J. Dalberra-Stefanaggi, « Grands corpus dialectaux ou la phonologie indiscrète », revue en ligne Corpus.
  3. P. Fouché, Morphologie historique du français moderne, Paris, Klincksieck (collection « Tradition de l'humanisme », IV), 1981 (2e éd.), chap. IV.

Voir aussi[modifier | modifier le code]