Joola

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Page d'aide sur l'homonymie Pour l’article homonyme, voir Joola (tennis de table).

Joola
Image illustrative de l’article Joola
Le Joola à Ziguinchor en 1991
Type navire transbordeur à passagers
Histoire
Lancement 1990
Statut naufrage le
Équipage
Équipage 44
Caractéristiques techniques
Longueur 76,50 m (hors-tout)
73,60 m (flottaison)
71,65 m (entre perp.)
Maître-bau 12,50 m
Tirant d'eau 3,10 m
Port en lourd 500 tpl
Tonnage 2 087,76 tjb
Puissance 2 × 1 200 kW
Vitesse 14 nœuds
Caractéristiques commerciales
Passagers 550
Carrière
Pavillon Drapeau du Sénégal Sénégal
IMO 9019901

Le Joola est le ferry qui assurait la navette entre la capitale sénégalaise et la région naturelle de Casamance. Il sombre le causant 1 863 morts et disparus selon le bilan officiel, dont 18 français. Les associations de familles de victimes évaluent le nombre de morts à plus de 2 000, en toutes hypothèses, plus que le naufrage du Titanic (1 500 morts), constituant ainsi l'un des naufrages les plus meurtriers de l'histoire en temps de paix à ce jour[1]. Il n'y a que 65 survivants. Le Joola était conçu pour transporter 536 passagers[2].

Caractéristiques techniques[modifier | modifier le code]

Le Joola, ferry de 76,50 de longueur, 12,50 de largeur, de 2087 tonneaux, équipé de deux moteurs de 1600 Cv, effectuait, avec un équipage de 44 personnes, la liaison Dakar - Karabane - Ziguinchor ; il reliait la Casamance, province isolée, au reste du Sénégal, évitant de transiter par la Gambie. Il réalisait deux liaisons par semaine à partir de la capitale, les mardis et vendredis aux alentours de 20 h, et deux autres à partir de Ziguinchor les jeudis et dimanches vers 13 h. Le voyage durait 13 heures[3].

Pont des véhicules du Joola

Le naufrage[modifier | modifier le code]

Le 26 septembre 2002, peu avant 23 heures, le Joola surchargé de plus de trois fois le nombre normal de passagers, se retourne en moins de 10 minutes au large de la Gambie, à environ 40 km de la côte. Seuls deux canots pneumatiques de sauvetage peuvent être ouverts, plusieurs heures après le naufrage. Certains passagers se réfugient sur la coque du navire retourné, mais l'immense majorité reste piégée à l'intérieur ou se noie. Les pêcheurs présents sur place interviennent le lendemain matin au lever du jour. Les secours officiels arrivent en fin d'après midi.

Les poursuites judiciaires[modifier | modifier le code]

En 2003, la justice sénégalaise classe le dossier, concluant à la seule responsabilité du commandant de bord, disparu dans le naufrage[4]. Le gouvernement sénégalais indemnise les familles des victimes d'une somme de 19 000 euros. Des responsables officiels sont licenciés, sans être poursuivis. Le rapport officiel d'enquête est publié le 4 novembre 2002[5].

En août 2003, une information judiciaire est ouverte en France pour homicides involontaires par violation délibérée des règles de prudence ou de sécurité, blessures involontaires par violation délibérée des règles de prudence ou de sécurité, et non-assistance à personne en péril, à la suite d’une plainte de familles de victimes, parmi lesquelles figure le seul rescapé français Patrice Auvray. En octobre 2014 est rendue une ordonnance de non-lieu par les juges d'instructions du tribunal d'Evry, au motif de l'existence de dispositions internationales applicables à ce naufrage qui les empêchent d’engager des poursuites en France contre sept responsables sénégalais civils et militaires. L'ordonnance est confirmée par la cour d’appel en 2016, les juges constatant l’existence de charges suffisantes contre ces sept hommes, protégés toutefois par une « immunité de juridiction » qui leur permet d’échapper à la compétence des tribunaux français. Le 16 octobre 2018, la Cour de cassation valide cette analyse[4].

Postérité[modifier | modifier le code]

Du fait de l'importance du trafic entre Dakar et Ziguinchor, le manque d'infrastructure constitue une entrave à la bonne marche de l'économie sénégalaise. Après plus de trois ans d'absence, la liaison maritime Dakar - Ziguinchor reprend le avec un nouveau bateau, le Wilis géré par des Marocains, puis, depuis mars 2008, avec l’Aline Sitoé Diatta.

Commémoration[modifier | modifier le code]

Place des naufragés du bateau le Joola à Ziguinchor
Monument dédié aux victimes à Ziguinchor

Un monument commémore la tragédie à Ziguinchor dans un parc au bord du fleuve.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Nassardine Aidara, Aux victimes du bateau Le Joola. L'hommage d'un père, Dakar, Imprimerie Saint-Paul, 2003, 142 p.
  • Bruno Parizot, Le Joola, le naufrage de la honte !, 2004, AAPédition, 146 p.
  • Philippe Bernard, « Joola : un juge français met en cause des ex-ministres sénégalais », Le Monde, 27 septembre 2007
  • Patrice Auvray, Souviens-toi du Joola. Témoignage d'un rescapé en mémoire des 2000 victimes abandonnées, éd Globophile, 2012
  • Nassardine Aïdara, Le Joola, an IV. Le régime de l'alternance et le naufrage du Joola, Dakar 2006
  • Berhault-Legrand Françoise, Travail de deuil, actes thérapeutiques chez les Diola suite au naufrage du bateau le « Joola », Paris, Paris VIII 2003
  • Bouaré Mady Marie, L'Affaire H.Habré et l'Affaire du Joola : Une justice pénale controversée ? Paris, L'harmattan 2011
  • Travail collectif présidé par M. Seydou Madani Sy, Commission d'enquête technique sur les causes du naufrage du bateau le Joola, Rapport d'enquête. Dakar, le 4 novembre 2002
  • Dasylva Eusébio, Le Joola, la mémoire contre l'oubli, Ziguinchor, 2005
  • Lombard Jérôme, Des dérives du système des transports sénégalais à la catastrophe du « Joola », Afrique contemporaine 2007
  • Ndaw Ibrahima, Une fleur dans la mer, ou le naufrage du bateau le « Joola », Gaitersburg éditions Phénix, 2011
  • Panos IPAO, Le Naufrage du Joola. Responsabilité citoyenne des médias sénégalais ? Dakar IPAO 2003
  • Panos IPAO, Le Naufrage du Joola. Médias et société civile face au drame, Dakar IPAO 2004
  • Sall Babacar, Sel de mer. Poèmes pour les naufragés et les rescapés du « Joola », Paris, L'Harmattan 2003
  • Thomas Jean-Raymond, Tricot Michel, Naufrage du transbordeur sénégalais le « Joola ». Rapport d'expertise pour le tribunal de grande instance d'Évry. 2008
  • Verschatse Alain, Le Joola, une affaire d'État, Le Croquant, Lyon, 2004
  • Wane Almamy Mamadou, Le Sénégal entre deux naufrages, le Joola et l'alternance, Paris, L'harmattan, 2003
  • Ndaw Ibrahima, L'espoir Immergé, Poèmes en hommage aux victimes du Joola, Dakar, Athena.édif, 2014
  • Patrice Auvray, L'au-delà Casamance, Poèmes aux oubliés du Joola, Dakar, Athena.édif, 2014
  • Lombard Jérôme, « Sénégal : des dérives du système des transports à la catastrophe du Joola », Afrique contemporaine,‎ 2003-3 (n° 207), p. 165-184 (lire en ligne)

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le naufrage du Doña Paz, en 1987 aux Philippines, aurait fait en 1500 et 4000 victimes.
  2. « Naufrage du Joola : non-lieu dans l'enquête française », TV5MONDE,‎ (lire en ligne)
  3. Collectif, Guide du routard, « Sénégal-Gambie », 2002, Paris, Hachette, 2002, p. 88.
  4. a et b « Non-lieu définitif dans l’enquête française sur le « Titanic » sénégalais », sur Le Monde.fr (consulté le 18 octobre 2018)
  5. Commission d'enquête technique sur les causes du naufrage du ‘’JOOLA’’, Rapport d'enquête, 04/11/2002

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :