Explosion de Halifax

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44° 40′ 09″ N 63° 35′ 47″ O / 44.66917, -63.59639 ()

Bâtiment partiellement soufflé par l'explosion d'un navire contenant des explosifs dans le port
Bâtiment partiellement soufflé par l'explosion d'un navire contenant des explosifs dans le port

L'explosion de Halifax se produisit le 6 décembre 1917 à Halifax, en Nouvelle-Écosse au Canada, lorsque le navire français Mont-Blanc (en), transportant des munitions à destination de l'Europe alors en guerre, entra en collision avec un navire norvégien, l'Imo. Le Mont-Blanc prit feu et explosa vingt minutes plus tard, tuant 2 000 personnes et en blessant des milliers d'autres. L'explosion engendra un tsunami et une onde de choc si puissante qu'elle cassa des arbres, plia des rails de chemin de fer et démolit des édifices, transportant les fragments sur des centaines de mètres. L'explosion fut entendue à 420 kilomètres de distance.

Ce fut la plus puissante explosion causée par l'activité humaine jusqu'au premier essai atomique en juillet 1945. Hors explosions atomiques d'Hiroshima et Nagasaki, elle est toujours aujourd'hui celle ayant fait le plus de dégâts et celle d'origine accidentelle ayant fait le plus de victimes (le record de l'explosion accidentelle la plus forte, estimée à 10 kilotonnes d'équivalent TNT, est détenu par l'explosion le 3 juillet 1969 de la seconde version du lanceur lunaire N-1 soviétique qui retomba sur son pas de tir et le détruisit totalement mais sans faire de victimes).

Événements[modifier | modifier le code]

En 1917, Halifax est alors avec Sydney le principal port canadien pour l'acheminement de troupes et de matériels vers l'Europe en guerre. La population de Halifax et de Dartmouth située juste sur l'autre rive est alors d'environ 65 000 personnes.

Nuage de fumée au-dessus du navire français le Mont-Blanc, en train de couler, avant l'explosion. Le navire perpendiculaire au Mont-Blanc, au centre, est le Imo, navire norvégien impliqué dans la collision.

Le 6 décembre 1917, à 8 h 45, le navire de transports français Mont-Blanc et le navire de secours norvégien Imo entrèrent en collision dans les détroits du port d'Halifax. Le Mont-Blanc, en provenance de New York où il avait chargé des munitions, arrivait à Halifax afin de joindre un convoi pour traverser l'Atlantique. Il attendait d'être admis au port le 5 décembre, car il était arrivé trop tard. Le port était protégé par des filets qui empêchaient les sous-marins allemands d'entrer ainsi que les autres navires. Au même moment, le Imo attendait de pouvoir sortir du port. Le 6 décembre, le Imo tenta de sortir par le canal droit, mais un autre navire bloquait le passage. Il s'engagea donc dans le canal gauche. Le Mont-Blanc était à ce moment en train d'entrer par le canal gauche, et aucun des deux navires n'accepta de céder le passage. Finalement, le Mont-Blanc décida de passer à côté du Imo par le centre. Le Imo stoppa alors complètement ses machines, mais cette action sur les propulseurs poussa le navire au centre, et les deux navires entrèrent en collision. Le Imo tenta alors de faire marche arrière, ce qui créa des étincelles qui mirent le Mont-Blanc en feu.

Les vapeurs du benzène qui était entreposé sur le pont du Mont-Blanc s'étaient répandues sur le côté du navire, et elles furent enflammées par les étincelles provoquées par la collision. Le Mont-Blanc transportait de grandes quantités de munitions pour l'Europe, qui était plongée dans la Première Guerre mondiale. Sa cale contenait plus de 2 400 tonnes d'explosifs, incluant du TNT, du fulmicoton et de l'acide picrique. Le feu, en se propageant, empêcha l'équipage d'accéder à l'équipement de lutte contre l'incendie et les marins abandonnèrent rapidement le navire sur les ordres du capitaine. L'équipage s'enfuit dans deux canots de sauvetage, rejoignant le rivage de Dartmouth, tandis que le navire en feu continuait de dériver vers le rivage d'Halifax. Pendant qu'il brûlait, d'autres navires tentèrent de lui venir en aide, et des spectateurs s'assemblèrent sur le rivage. Par la suite, le vaisseau en feu frappa la jetée, et le feu se propagea à terre. À 9 heures, 4 minutes et 35 secondes précisément, le contenu du Mont-Blanc explosa. Le navire fut instantanément pulvérisé, la plus grande partie étant vaporisée en une gigantesque boule de feu qui s'éleva à plus de 6,1 km dans les airs, formant l'un des premiers nuages champignons faits par l'homme. La puissance de la détonation déclencha un raz-de-marée qui s'éleva à plus de 18 mètres au-dessus du niveau des hautes eaux. Le raz-de-marée emporta le Imo jusqu'au rivage.

Plus de 2,5 km2 de la ville de Halifax furent rasés et des vitres furent fracassées jusqu'à 16 kilomètres de distance. Une ancre provenant du Mont-Blanc fut retrouvée à 3,2 kilomètres du port. Approximativement 2 000 personnes sont mortes dans le désastre (dont environ 1 600 sur le coup), 9 000 blessés (dont 6 000 gravement) et, selon une estimation minimale, à peu près 35 millions de dollars (en dollars canadiens de 1917) de dommages ont été occasionnés. Quelque 160 hectares d'aire urbaine furent détruits, laissant 6 000 sans-abris. Une estimation détaillée démontrait que, parmi les personnes tuées : 600 avaient moins de 15 ans ; 166 était des travailleurs manuels ; 134 étaient des soldats et/ou marins ; 125 étaient artisans ; et 39 étaient des travailleurs pour le chemin de fer[1]. Beaucoup des blessures furent handicapantes à vie, bien des gens étant partiellement rendus aveugles par les éclats de verre. Le très grand nombre de blessures oculaires entraîna de grands efforts de la part des médecins, à l'origine de grands progrès accomplis dans le traitement des yeux endommagés. Dernièrement, on a retrouvé dans les archives de la Bedford Academy de Halifax, une correspondance entre deux instituteurs traitant de l'événement : selon ces lettres, lors d'une sortie scolaire près de la ville, 11 enfants ont été balayés par un canot de sauvetage pneumatique en feu provenant du Imo[2].

Suite et séquelles[modifier | modifier le code]

Vue du port après le blizzard.
Autre explosion, moins conséquente, d'un magasin d'explosifs (le 18 juillet 1945).

Le lendemain, un blizzard frappa la ville, faisant obstacle aux secours. De l'aide immédiate arriva rapidement du Nouveau-Brunswick, de l'Île-du-Prince-Édouard et de Terre-Neuve. Dans la semaine qui suivit, de l'assistance arriva de partout en Amérique du Nord, et des dons parvinrent de partout dans le monde. L'effort le plus célèbre et le plus complet vint de la Croix-Rouge de Boston et du Comité de sécurité publique du Massachusetts. Depuis ce jour, les citoyens de Halifax font don d'un grand sapin de Noël chaque année à la ville de Boston. Cette amitié explique aussi pourquoi bon nombre de Néo-Écossais sont, encore aujourd'hui, fans des équipes sportives bostoniennes comme les Bruins et les Red Sox.

Une bonne partie du folklore local contemporain s'inspire de cet évènement. Une histoire concerne une fenêtre du côté à l'abri du vent, dans l'église St. Paul, sur Parade Square : le trou fait par l'explosion dans la vitre ressemble au buste d'un moine, et un morceau des débris provenant du désastre sont encore incrustés dans le mur du vestibule au-dessus de l'entrée du sanctuaire. Un des héros les plus célèbres de l'évènement fut Vince Coleman ; il prit le risque de retourner à son bureau du télégraphe pour envoyer un message à un train de passagers qui se rendait à la station de North Street pour les alerter du danger imminent. Il fut tué dans la déflagration, mais les trains reçurent son avertissement et s'arrêtèrent à l'orée de la ville de Rockingham ; ils échappèrent aux dommages de l'explosion et relayèrent le message pour appeler à l'aide.

Avant l'explosion de Halifax, l'explosion minière de Nanaimo en 1887 avait été la plus grande explosion artificielle au monde.

Près d'un siècle après la catastrophe, on trouve encore au fond du port de la cordite (très peu soluble dans l'eau) et des munitions non-explosées qui polluent le milieu avec les oxydes de cuivre (colorant les douilles en bleu)[3]. Les munitions contenaient par ailleurs du mercure (sous forme de fulminate de mercure) et du plomb qui risquent un jour de contaminer l'environnement marin, la faune et la flore du port et des environs[4].

Impact psychologique immédiat et conséquences politiques à court et long terme[modifier | modifier le code]

L'analyse faite de l'impact psychologique et politique immédiat sur la population, d'une explosion dramatique faisant un maximum de victimes en un temps très court et dans un espace restreint n'est pas sans rapport avec le développement ultérieur, rapidement promu par les militaires, des armes explosives puis nucléaires, alors déjà convaincus que ce ne sont pas les millions de morts de la Première Guerre mondiale, ni le déploiement ruineux de quantité énormes d'armes, qui permettrait de mettre fin à un conflit (ce qui s'est vu aussi lors de la Guerre du Vietnam ou celle de Corée, et dans d'autres conflits qui se sont enlisés pour totaliser beaucoup de victimes mais jamais autant en même temps) : la course à l'arme de destruction massive s'est immédiatement enclenchée, généralement de nature explosive. Aussi ce n'est ni la puissance de l'explosion, ni le total des victimes qui donne cet impact psychologique et politique, mais leur grande concentration dans le temps et dans l'espace (les concentrations urbaines civiles sont devenues des cibles privilégiées, particulièrement lors de la Seconde Guerre Mondiale).

L'impact psychologique et politique a été relevé pour d'autres explosions artificielles survenues depuis la fin du XXe siècle en milieu urbain ou assez proche des villes aux conséquences quasi immédiates dans le monde entier (l'explosion chimique de l'usine chimique de Bhopal en Inde, l'explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl en 1986 précipitant la fin de l'Union soviétique, celle de l'usine d'AZF à Toulouse le 21 septembre 2001 dont l'origine reste cependant mystérieuse et couverte par certains secrets nationaux, et encore plus récemment les explosions en mars 2011 des centrales nucléaires de Fukushima, mettant un coup d'arrêt sévère au développement de l'énergie nucléaire civile au Japon).

Ces conséquences psychologiques et politiques immédiates des explosions artificielles dramatiques sont bien plus importantes que n'importe quelle catastrophe d'origine naturelle, même lorsqu'elle fait des dégâts ou des pertes civiles importantes sur une courte période (par exemple récemment les tremblements de terres et tsunamis dramatiques survenus régulièrement en Afrique du Nord ou en Asie, ou même celui en Italie, y compris le tsunami a pu causer en partie l'accident nucléaire de Fukushima), les catastrophes sanitaires ou la famine, et même les conflits armés qui s'enlisent (qui font pourtant de très nombreuses victimes, mais disséminées sur un espace très étendu et sur une période assez longue), ou les catastrophes sanitaires annoncées longtemps en avance sur lesquelles l'homme pourrait intervenir de façon utile (par exemple la raréfaction et le renchérissement des ressources essentielles, et l'appauvrissement progressif du plus gros des populations, problèmes causés par la pollution, les gaspillages, les changements climatiques, la surpopulation et une démographie incontrôlée).

Malheureusement, si cette analyse des explosions artificielles ou catastrophes industrielles majeures en milieu urbain a pu être faite en leur temps par les militaires, un impact politique dramatique similaire peut être observé suite à l'action d'autres groupes que les gouvernements lors de leurs conflits armés déclarés ; notamment celui des attentats (comme celui du métro de Madrid à la même période, et un impact similaire des attaques terroristes du 11 septembre 2001 contre les tours de World Trade Center, faisant là aussi immédiatement un grand nombre de victimes révélées au public en un temps très court) : une telle concentration de victimes en un temps très court et sur un lieu pourtant très limité, peut amener un pays à entrer en guerre et accepter et même soutenir démesurément le conflit armé pendant une durée assez longue, sans tenir compte du nombre des victimes qu'il va provoquer (directement ou indirectement) sur le lieu très étendu du conflit (par exemple en Irak depuis 1991 ou en Afgnanistan depuis 2001).

Cette similitude dans la portée des effets psychologiques et politiques immédiatement causés par une concentration élevée de victimes dans le temps et l'espace (et non leur nombre total réel) provoque même dans l'opinion publique l'analyse inversée : de telles explosions artificielles, même lorsqu'elles résultent d'une cause accidentelle, sont très rapidement soupçonnées par l'opinion publique d'avoir des origines terroristes, ou de mettre à jour des intentions et complots gouvernementaux inavouables et donc secrets, ou sinon au mieux de révéler des incompétences de la part de ceux ayant eu en charge le site avant l'accident : le public cherche absolument un responsable (parce qu'il en faut nécessairement un puisque ce n'est pas une explosion naturelle) et que pour le public ce grand nombre de victimes ne peut pas être un accident involontaire.

Les régimes moins démocratiques utilisent immédiatement la censure, la propagande et la police politique, pour pendant un temps nier l'existence-même des victimes d'explosions artificielles ou d'autres accidents industriels majeurs en zone urbaine, mais avant tout pour « diluer » progressivement leur comptage dans le temps et l'espace (en employant si nécessaire les déplacements forcés et éloignements de certaines populations trop proches des sites concernés par l'explosion, même si leur évacuation ne se justifie plus nécessairement après, ou au contraire pour la ralentir en évitant la fuite panique et massive de celle-ci).

L'autre tentation de l'autorité au pouvoir, face à à une explosion artificielle dramatique (ou accident industriel majeur) qui vient de survenir dans un espace limité dans sa juridiction (en zone urbaine ou densément peuplée), est de vouloir le déguiser en évènement d'origine naturelle, ou de désigner d'office une origine étrangère (autre forme de dilution dans l'espace de la concentration des victimes) ou aujourd'hui terroriste, même sans aucune preuve mais juste force convictions ou mensonges patents répétés (par exemple les accidents liés à un forage profond, certaines épidémies).

Pour ces raisons, de nombreux pays du monde (surtout ceux qui sont les plus sensibles à l'opposition politique et les plus ouverts aux médias) tentent aujourd'hui de déplacer les sites industriels les plus dangereux hors des grandes concentrations urbaines, ou de les fermer, voire de les y interdire totalement du pays (même si pour cela il ira construire ces sites dans d'autres pays moins riches et surtout moins bien informés).

En termes de stratégie militaire, les explosions artificielles massives restent les armes « de choix ». En effet elles permettent (contrairement à l'armement nucléaire, bactériologique ou chimique, dont l'aire et la durée d’action ne peuvent facilement être limitées) de les utiliser encore comme armes de terreur psychologique et politique immédiate, tout en minimisant le nombre total réel de victimes et en concentrant les dégâts dans le temps et l'espace (du moins, cela est cru dans un premier temps jusqu'à ce que soient découvertes les conséquences indirectes à plus long terme), tout en réduisant le coût de leur développement ou leur démantèlement. Les questions éthiques des conflits armés persistent, sur l'emploi des explosions artificielles majeures sur une zone limitée, comme instrument de résolution rapide (et au départ relativement peu coûteuse) des conflits avec l'impact psychologique et politique attendu, car ces explosions artificielles font tout de même un nombre conséquent de victimes.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Un téléfilm fut réalisé en 2003 sur l'explosion de Halifax : Touchée en plein cœur (Shattered City: The Halifax Explosion), réalisé par Bruce Pittman.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Les chiffres cités dans ce paragraphe sont tirés du Halifax Explosion Remembrance Book, base de données officielle publiée en 2002 par la Nova Scotia Archives.
  2. (en)
  3. « Photo de balles et cordite, sur le fond du port d'Halifax où l'explosion du 6 décembre 1917 a détruit le cargo Mont-Blanc ; cargo chargé d'explosifs et de munitions à destination du front de la Première Guerre mondiale ».
  4. « Mont-Blanc », Centre de documentation, de recherche et d'expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux, mis à jour le 27 juillet 2011, consulté le 25 janvier 2014.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]