Centrale hydro-éolienne d'El Hierro

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La centrale hydro-éolienne d'El Hierro est la première centrale de production d'électricité qui associe des aérogénérateurs, une usine de dessalement, des retenues hydrauliques pour le stockage et des générateurs hydroélectriques. Elle se situe sur l'île d'El Hierro, la plus petite avec moins de 300 km2, au sein de l'archipel des Canaries.

Présentation et originalité technique[modifier | modifier le code]

Installation de la première éolienne de 2,3 MW sur l'ile d'El-Hierro

La centrale hydro-éolienne d'El Hierro[1], inaugurée le 27 juin 2014, est conçue pour assurer l'autonomie énergétique de l'île et de ses 11 000 habitants dont 8 000 permanents.

Elle se substitue progressivement à l'ancienne centrale thermique à fioul lourd. Ce projet permettra à terme d'éviter l'importation d'environ 6 000 tep destinées à la production d'électricité, tout en évitant l'émission de 18 000 t de CO2[2] chaque année.

Le parc éolien est conçu pour fournir une puissance crête de 11,5 MW grâce à cinq éoliennes ENERCON E-70 de la catégorie de 2,3 MW, mesurant chacune 64 m de hauteur. L'énergie non consommée par la demande insulaire permet, grâce à un système de pompage, d'acheminer l'eau de mer, préalablement dessalée par une usine ad hoc, jusqu'à un réservoir supérieur situé à près de 700 m d'altitude. En cas d'absence de vent, l'eau du réservoir supérieur permet d'alimenter quatre turbines hydrauliques d'une puissance totale de 11,3 MW. En aval, l'eau est recueillie dans un second réservoir de 150 000 m3 situé au niveau de la mer. Le réservoir supérieur se comporte comme une batterie, en stockant l'énergie hydraulique. Ce dispositif est appelé une station de pompage-turbinage. El Hierro est la première station marine de pompage-turbinage qui utilise de l'eau dessalée. La station de pompage-turbinage de l'île d'Okinawa au Japon est de conception proche mais fonctionne à l'eau de mer, l'océan constituant son réservoir inférieur. Elle fournit quant à elle environ 3 % de la consommation électrique insulaire.

La mise en service de la centrale hydro-électrique, prévue initialement début 2013[3], a finalement eu lieu durant l'été 2014, après une phase d'essai débutée en février 2014, alors que le parc éolien était achevé depuis fin 2012. Le 9 aout 2015, pendant deux heures, la totalité de la production électrique de l'ile est assurée par l'installation[4].

Genèse et originalité institutionnelle[modifier | modifier le code]

Tomás Padrón, ingénieur en électricité et cadre sur El Hierro de la société d'électricité espagnole Unelco-Endesa, est à l'origine du projet. Il souhaitait surmonter les pénuries d'eau douce qui nécessitaient trois usines de dessalement d'eau de mer, fortement consommatrices d'énergie, sur une terre totalement dépendante à cet égard de l'importation de fioul lourd, un combustible à la fois coûteux et polluant [3].

Le projet fut conçu dans ses grandes lignes dès 1979, était prêt en 1986 mais il ne trouvait que peu de soutiens institutionnels jusqu'à celui de Loyola de Palacio, commissaire européen à l'Energie au début des années 2000[5]. Le financement fut bouclé fin 2006 et les travaux démarrèrent début 2007. Le coût total, de l'ordre de 25 millions d'euros au début du projet, a glissé jusqu'à plus de 80 millions d'euros. Toutefois c'est un prototype - appelé à se diffuser sur le plan mondial, selon l'Unesco -, et la crise économique espagnole - très forte aux Canaries et c'est la dernière terre de l'archipel -, s'est doublée d'une crise sismique et volcanique sur El Hierro en 2011 et 2012. L'État espagnol s'est engagé jusqu'à la hauteur de 35 millions, faisant d'El Hierro une de ses vitrines vers la transition énergétique. En Espagne, l'éolien est devenue la première source de la demande énergétique depuis 2013 et les énergies renouvelables couvrent plus de 42 % de celle-ci[6].

La société mixte chargée de la conception de la centrale depuis 2004 puis de sa construction et maintenant de sa gestion s'appelle Gorona del Viento. C'est pratiquement une régie insulaire de l'électricité où les intérêts de l'île pèsent 60 %, ceux de la Région des Canaries 10 % et ceux de la compagnie privée d'électricité espagnole Endesa 30 %. Il a fallu lutter pour obtenir ce partage pour une gouvernance en large partie auto-gestionnaire. Endesa a accepté le marché mettant en avant son implication dans les énergies renouvelables, sans effet de serre, et dans le volet de la mobilité électrique. Le Bulletin Officiel espagnol a publié un décret spécifique pour la gestion de Gorona del Viento le 25 septembre 2013, un préalable au démarrage de ses services[7].

Résultats techniques[modifier | modifier le code]

La centrale hydro-éolienne de Gorona del Viento a commencé à produire en régime de croisière en juin 2015 ; elle a couvert 49 % de la consommation de l'île en juillet et 55 % en août, atteignant parfois des pointes à plus de 80 % et même 100 % pendant deux heures le dimanche 9 août 2015[8]. Mais ces deux mois sont les plus venteux, et la part de la consommation couverte par Gorona del Viento a chuté à 19,9 % en septembre, 13,5 % en octobre, 27 % en novembre et 18,5 % en décembre ; au total, sur ce premier semestre de fonctionnement, le taux moyen de couverture a été de 30,7 %, selon les données en temps réel publiées par le gestionnaire de réseau Red Eléctrica de España (REE)[9] ; il apparait donc clairement que la centrale n'est pas capable, dans son état actuel, de couvrir 100 % des besoins d'électricité, en dehors de quelques courtes périodes bénéficiant de circonstances exceptionnelles[10].

Le site Diario Renovables donne le bilan de la première année de fonctionnement : les énergies renouvelables ont fourni 34,6 % de l'électricité d'El Hierro, le reste étant produit par la centrale diesel[11]. Le site eldiario.es précise que la part de l'électricité dans la consommation d'énergie de l'île est de 23 %, si bien que la centrale hydro-éolienne ne couvre que 8 % de la consommation totale, le reste étant couvert par les énergies fossiles[12]. Sur les deux premières années de fonctionnement (juillet 2015-juin 2017), le taux moyen de couverture de la consommation d'électricité a été de 39,1 % et celui de la consommation totale d'énergie de 9,0 %[13].

Selon le site de Gorona del Viento, en juillet 2017, la centrale a réussi à couvrir 80% des besoins électriques de l'île ; en juin : 62 %[14], mais ce site ne communique que sur les périodes où sa part de la production totale est la plus élevée.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Bueno, C. et Carta, J. A., « Technical-economic analysis of wind-powered pumped hydrostorage systems. Part I: model development, Part II: model application to the island of El Hierro, », Solar Energy, vol. 3, no 78,‎ , p. 382-395 & 396-405
  2. Article « El Hierro, futur Eldorado »
  3. a et b Article de GEO de janvier 2013, p. 47
  4. Article « À El Hierro, les 100 % d’énergies renouvelables deviennent réalité »
  5. Article de GEO de janvier 2013, p. 48
  6. « C’est une première mondiale : en Espagne, l’éolien est la source d’électricité la plus importante », sur Reporterre,
  7. « Orden IET/1711/2013, de 23 de septiembre, por la que se establece el método de cálculo de los costes fijos y variables de la instalación de producción eléctrica hidroeólica de Gorona del Viento », Boletín Oficial de España]], Ministerio de Industria, Energía y Turismo, vol. 230, no BOE-A-2013-9944,‎ , p. 77325-77332
  8. (es) « La Central Gorona del Viento supera las mejores previsiones », El Día, 2 janvier 2016.
  9. (es) El Hierro - Seguimiento de la demanda de energía eléctrica, Red Eléctrica de España.
  10. (en) El Hierro Renewable Energy Project – End 2015 Performance Review and Summary, Roger Andrews, Energy matters, 4 janvier 2016.
  11. (es) La verdad sobre Gorona del Viento. Análisis de los datos del primer año de funcionamiento, DiarioRenovables, 23 août 2016.
  12. (es) Gorona del Viento y la transición energética: seamos realistas, El Diario, 26 juillet 2016.
  13. (en) El Hierro June 2017 performance update – GdV completes two years of operation, Roger Andrews, Energy matters, 3 juillet 2017.
  14. (es)Gorona en las Redes Sociales, site de Gorona del Viento, consulté le 31 août 2017.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]