Article 125

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L'« article 125 » est une référence à une pratique et des motifs justifiant des exécutions sommaires ayant eu lieu en Côte d'Ivoire par des partisans de Laurent Gbagbo, sous sa présidence et lors de la crise ivoirienne de 2010-2011[1]. La parenté de l'article 125 est attribuée à Charles Blé Goudé, alors leader de la « galaxie patriotique » et des jeunes patriotes[2].

Contexte[modifier | modifier le code]

Depuis les années 1990, Laurent Gbagbo et son parti politique, le Front populaire ivoirien, exercent une influence forte auprès d'une partie de la jeunesse ivoirienne, victime d'une crise économique qui frappe le pays depuis le début des années 1980. Au fil des années, il tient une emprise grandissante sur cette jeunesse par le biais de la FESCI, un syndicat estudiantin proche du Front populaire montant en puissance, et des jeunes patriotes, dirigés par Charles Blé Goudé, qui par son charisme, exerce également une très forte influence auprès des jeunes désœuvrés et « indiqués » (sans orientation scolaire), et dispose d'une forte capacité de mobilisation[3].

Dans ce contexte de crise économique et sociale, Charles Blé Goudé introduit le concept de l'article 125 aux jeunes patriotes et aux autres groupes sous l'influence des personnalités proches ou issues du Front populaire. Malgré sa dénomination, il s'agit d'un article officieux, sans aucun lien avec les articles de la constitution ou du Code pénal ivoirien.

Principe et exactions[modifier | modifier le code]

L'article 125 est interprété comme préconisant la punition de toute personne soupçonnée d'être un dangereux opposant, selon des critères ethniques et politiques. Le slogan le plus connu se référant à cet article est « Essence : 100 francs! Allumettes : 25 francs! ». De nombreux jeunes gens ont ainsi été brûlés vifs : violemment battue, la victime était aspergée d'essence et un partisan mettait le feu[3]. Selon les cas, la victime pouvait également être emballée dans un matelas en polyester imbibé d'essence, ou pouvait porter un pneu autour du cou[2]. La victime pouvait également périr sur un tas de pneus ou de bois en flammes[1].

Toutes les exactions commises au nom de l'article 125 n'ont cependant pas toujours impliqué une immolation par le feu ; elles ont aussi pu impliquer des viols et des assassinats par armes à feu ou arme blanche. Pendant la crise ivoirienne de 2010-2011, des agents de la police nationale et du CECOS sont également impliqués dans des assassinats[1].

Ces exécutions ont souvent eu lieu dans les zones d'influence des milices, notamment à Abidjan, où les jeunes patriotes ont brûlé de jeunes ivoiriens dans l'ombre des quartiers populaires, ou dans les campus et cités universitaires publiques, dans lesquelles la FESCI régnait en maître.

De ces bûchers est apparu le verbe « braiser », pour désigner l'action de brûler une personne ou pour désigner les victimes de l'article 125[4]. Le verbe « Zébier » est une déclinaison du nom d'un étudiant, Thierry Zébié, lynché à mort par des étudiants de la FESCI. Zébier est synonyme, dans le jargon étudiant, de massacre collectif d'un individu par jet de projectiles[5],[6].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Voir pages 5-6 du rapport de Human Rights Watch d'octobre 2011, Ils ont tué comme si de rien n'était. Consulté le 20 janvier 2013.
  2. a et b Que devient l’article 125 ?Le Nouveau Réveil sur Abidjan.net. Consulté le 20 janvier 2013.
  3. a et b Akwaba Blé Goudé - Le Banco.net. Consulté le 20 janvier 2013.
  4. Voir Abobo-la-guerre: Côte d'Ivoire : terrain de jeu de la France et de l'ONU. Consulté le 20 janvier 2013.
  5. Pages 118 et 156 traitant du terme « Zébier » dans La jeunesse ivoirienne face à la crise en Côte d'Ivoire : Le point de vue des jeunes, Éditions L’Harmattan, 2011. Consulté le 20 janvier 2013.
  6. Définitions de « Braiser » et « Zébier » et origine des violences - Page 59 de Politique africaine, La Côte d'Ivoire en guerre sur Google Books, mars 2003

Articles connexes[modifier | modifier le code]