Écolinguistique

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L’Écolinguistique, apparue dans les années 1990, est un paradigme de la recherche linguistique qui ne prend pas en compte uniquement le contexte social dans lequel le langage est ancré, mais aussi le contexte écologique dans lequel les sociétés se trouvent. L’article de Michael Halliday New ways of Meaning: the challenge to applied linguistics, paru en 1990, est souvent considéré comme le travail précurseur qui a motivé les linguistes à prendre en compte le contexte écologique et ses répercussions sur le langage. Entre autres, le défi mis en avant par Halliday était d’adapter la linguistique aux problèmes du XXIe siècle, en particulier à la destruction massive d’écosystèmes. L’exemple phare donné par Halliday a été « economic growth » (la croissance économique) ; il décrit comment les connotations qu’ont les termes « forte », « croître », « grande » et « bonne » en langue anglaise donnent un aspect positif à la croissance, malgré ses conséquences négatives sur l’écologie. Depuis les premières remarques d’Halliday, le champ de l’écolinguistique s’est considérablement développé, en premier lieu pour l’analyse de l’impact écologique qu’ont certains discours plutôt que l’impact qu’ont les langues en général. Le principal forum de recherche en ligne sur l’écolinguistique, le Language & Ecology Research Forum, définit l’écolinguistique ainsi :

« L’écolinguistique examine l’influence du langage sur la capacité de ce dernier à rendre possible la cohabitation durable des humains entre eux, avec d’autres organismes et avec leur environnement naturel. Le champ des recherches s’étend de l’impact du discours publicitaire qui encourage une consommation destructrice pour l’environnement, jusqu’au pouvoir de la poésie sur la nature qui encourage le respect du monde naturel. »

Il existe deux approches principales utilisant le terme d’« écolinguistique ». Elles peuvent être appelées « analyse du discours écocritique » et « écologie linguistique ».

Analyse du discours écocritique[modifier | modifier le code]

L’analyse du discours écocritique comprend – mais n’est pas limitée à – l’analyse de discours critiques relatifs à l'environnement et à l'écologie, afin de révéler des hypothèses et messages tacites, et commente l’efficacité de ces derniers dans une optique d’accomplissement écologiques (e.g. Stibbe 2012, Harré et al. 1999). Dans sa forme la plus complète, elle comprend l’analyse de tout discours ayant des conséquences potentielles sur les futurs écosystèmes, comme le discours économique néolibéral et les constructions discursives du consumérisme, du genre, de la politique, de l'agriculture et de la nature (par exemple Goatly, 2000 et Stibbe, 2004). L’analyse du discours écocritique ne se contente pas de dévoiler les idéologies potentiellement destructrices, mais tente aussi de trouver des représentations discursives pouvant contribuer à une société plus écoresponsable. Les buts et les techniques d’approches telles que la sémiotique écologique (Selvamony 2007), la communication écologique et l’écocritique sont très similaires à celles de l’analyse du discours écocritique.

Écologie linguistique[modifier | modifier le code]

Le terme d’« écologie linguistique » a été utilisé pour la première fois dans un article sur « la situation du langage » en Arizona (Voegelin, Voegelin and Schutz, 1967). Il a été apporté par Einar Haugen, qui a inventé une forme de linguistique utilisant la métaphore d’un écosystème pour décrire les relations au sein des différentes formes de langages présentes dans le monde, et des groupes de populations qui les parlent. Que l’écologie linguistique soit une forme d’écolinguistique ou qu’elle soit plus conformément caractérisée comme sociolinguistique est sujet à controverse. L’écologie linguistique s’intéresse à la façon dont les langages interagissent entre eux et aux endroits où ils sont parlés, et milite fréquemment pour la préservation des langages en voie de disparition, en faisant l’analogie avec la préservation des espèces biologiques. Certains affirment qu’il ne s’agit pas d’écolinguistique car l’écologie linguistique se concentre sur le langage plutôt que sur de véritables écosystèmes biologiques ou physiques. Cependant, d’autres affirment que séparer l’écologie linguistique de l’écolinguistique serait réductionniste (Steffensen, 2007), car la forte diversité linguistique est associée à la forte diversité biologique (voir Bastardas-Boada, 2002) ; la relation entre la diversité linguistique et la biodiversité tend à prendre de l’importance puisque les connaissances sur une écologie locale sont intégrées dans les formes du langage local et donc menacées lorsque le langage local est menacé lui-même par un autre langage dominant (voir Mühlhäusler, 1995). Le compromis trouvé est de considérer l’écologie linguistique comme une forme d’écolinguistique si la « fin » est la préservation de véritables écosystèmes soutenant la vie et les « moyens » sont la préservation de la diversité linguistique, mais comme une forme de sociolinguistique si la diversité linguistique en est la seule « fin » (Stibbe, 2010).

Ressources[modifier | modifier le code]

Language & Ecology Research Forum (http://www.ecoling.net), contient un large éventail de ressources comprenant le journal en ligne Language & Ecology, et qui est un réseau international d’écolinguistes.

Le site Web de l’écolinguistique (http://www-gewi.kfunigraz.ac.at/ed/project/ecoling).

Références[modifier | modifier le code]

  • (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Ecolinguistics » (voir la liste des auteurs).
  • Bastardas-Boada, Albert (1996) Ecologia de les llengües. Medi, contactes i dinàmica sociolingüística [Ecology of languages. Context, contacts and sociolinguistic dynamics]. Barcelona: Proa.
  • Bastardas-Boada, Albert (2002) "Biological and linguistic diversity: Transdisciplinary explorations for a socioecology of languages" Diverscité langues, vol. VII.
  • Bastardas-Boada, Albert (2002) "The Ecological perspective: Benefits and risks for Sociolinguistics and Language Policy and Planning", in: Fill, Alwin, Hermine Penz, & W. Trampe (eds.), Colourful Green Ideas. Berna: Peter Lang, pp. 77–88.
  • Bastardas-Boada, Albert (2007) "Linguistic sustainability for a multilingual humanity" Glossa. An Interdisciplinary Journal vol. 2, num. 2.
  • Calvet, Jean-Louis (1999) Pour une écologie des langues du monde. Plon
  • Döring Martin & Francesca Zunino (2011) NatureCultures in Old and New Worlds. Steps towards an Ecolinguistic Perspective on Framing a 'New' Continent. In S. V. Steffensen & A. Fill (eds) "Ecolinguistics: the Ecology of Language and Science". Language Sciences, Special Issue
  • Fill, Alwin (1996): "Ökologie der Linguistik - Linguistik der Ökologie." In: Alwin Fill (ed.): Sprachökologie und Ökolinguistik. Tübingen: Stauffenburg Linguistik. Pp. 3–16.
  • Fill, Alwin and Peter Mühlhäusler (2001) The ecolinguistics reader. London: Continuum.
  • Goatly, Andrew (2000) Critical reading and writing: an introductory coursebook. London: Routledge
  • Halliday, Michael (1990) New ways of meaning: the challenge to applied linguistics. Reprinted in Fill and Mühlhäusler (2001) pp175–202
  • Harré, Rom and Jens Brockmeier and Peter Mühlhäusler (1999) Greenspeak: a Study of Environmental Discourse. London: Sage.
  • Mühlhäusler, Peter (1995) Linguistic Ecology; Language Change and Linguistic Imperialism in the Pacific Rim. London: Routledge.
  • Sánchez Carrión, José María (1985): "La nueva sociolingüistica y la ecología de las lenguas". Donostia-San Sebastián: Eusko Ikaskuntza.
  • Selvamony, Nirmal; Alex, Rayson K. (eds.) (2007). Essays in Ecocritics. New Delhi: OSLE.
  • Steffensen, Sune Vork (2007): "Language, Ecology and Society: An introduction to Dialectical Linguistics." In: Bang, Jørgen Christian and Jørgen Døør (eds) Language, Ecology and Society. A Dialectical Approach. Edited by Sune Vork Steffensen and Joshua Nash. London: Continuum. Pp. 3–31.
  • Stibbe, Arran (2012) Animals Erased: Discourse, Ecology and Reconnection with the Natural World. Middletown, CT: Wesleyan University Press
  • Stibbe, Arran (2010) Ecolinguistics and globalisation. In Nikolas Coupland (ed) The Blackwell Handbook of Language and Globalisation. London: Blackwell
  • Stibbe, Arran (2004) 'Masculinity, health and ecological destruction' Language & Ecology available http://www.ecoling.net/articles
  • C.F. Voegelin, F. M. Voegelin and Noel W. Schutz, Jr. The language situation in Arizona as part of the Southwest culture area" in Studies in Southwestern Ethnolinguistics: Meaning and history in the languages of the American Southwest, ed. by Dell Hymes and William E. Bittle, 403–51, 1967. The Hague: Mouton.