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Musée d'Art et d'Histoire de Neuchâtel

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Musée d'art et d'histoire de Neuchâtel
Informations générales
Type
Musée d'art, institution patrimoniale (en), musée historique (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Ouverture
1884
Site web
Bâtiment
Protection
Bien culturel suisse d'importance nationale (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Localisation
Pays
Suisse
Division administrative
Commune
Adresse
Esplanade Léopold-Robert 1, CH-2000 Neuchâtel
Coordonnées
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Le Musée d'art et d'histoire de Neuchâtel (MahN) est un musée des beaux-arts situé en Suisse. Il se trouve dans un bâtiment construit entre 1881 et 1887 par Léo Châtelain.

Histoire du Musée et de ses collections

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Le Musée d’art et d’histoire de la Ville de Neuchâtel abrite de riches collections dans les domaines des arts plastiques, de l’histoire, des arts appliqués et de la numismatique[1].

Les objets formant le noyau dur des collections des musées de la Ville de Neuchâtel trouvent leur origine dans le cabinet de curiosités du général Charles Daniel de Meuron, remis à la Ville de Neuchâtel vers 1795. Au service de diverses puissances coloniales, il réunit au cours de ses campagnes des objets de type ethnographique, d’histoire naturelle ou d’histoire.

Au début du 19e siècle, la Ville de Neuchâtel ne dispose pas de musées au sens moderne du terme. Il existe en revanche des collections publiques d’ethnographie, de numismatique, d’archéologie et surtout d’histoire naturelle, qui sont conservées dans des bibliothèques notamment. En 1816, ces collections s’enrichissent de deux toiles offertes par Maximilien de Meuron, à la fois artiste, notable et mécène, issu d’une famille aristocratique neuchâteloise : Vue de la Rome ancienne et Vue de la Rome moderne, qui constituent les premières œuvres de la collection de peinture de la Ville[2].

Dans les années 1830, nombre de collections sont installées également dans des salles du Collège latin, nouvellement construit. On y recense des monnaies, médailles, instruments, vêtements et armes. En 1840, un petit Musée de peinture est également aménagé dans une salle du bâtiment du Collège latin.

En 1842, Maximilien de Meuron crée la Société des amis des arts qui contribue largement à l’enrichissement des collections de peinture. La SAA met sur pied dans divers bâtiments de la ville et, à partir de 1864, aux Galeries Léopold-Robert nouvellement construites, des expositions bisannuelles destinées aux artistes neuchâtelois.

Dans les années 1870, l’idée de construire un Musée de peinture prend corps. Au projet initial se greffe très vite l’idée d’y joindre d’autres collections, dites historiques et ethnographiques. Le projet final réunit dans un même bâtiment deux musées distincts : un Musée des beaux-arts et un Musée historique. Le premier est inauguré en 1884, au premier étage de la nouvelle construction, sous le terme de « Musée de peinture ». Le second est ouvert en 1885, au rez-de-chaussée du bâtiment sous l’appellation de « Musée historique » ; ce dernier accueille des collections non seulement d’histoire, mais aussi d’archéologie et d’ethnographie. La réunion de ces diverses collections fait de l’édifice neuchâtelois l’un des premiers bâtiments à vocation muséale nouvellement édifiés en Suisse, abritant sous un même toit plusieurs disciplines. En 1904, les collections ethnographiques quittent le Musée historique pour rejoindre le nouveau Musée d’ethnographie aménagé à Neuchâtel.

En 1952, la Société des amis des arts cède les Galeries Léopold-Robert à la Ville de Neuchâtel et obtient en échange un droit d’usage sur la nouvelle aile édifiée à l’ouest du Musée des beaux-arts. Les collections archéologiques sont remises à l’État de Neuchâtel et formeront dès 1962 le Musée cantonal d’archéologie.

Etape significative, le Musée des beaux-arts et le Musée historique se réunissent en 1989-1990 sous le nom de « Musée d’art et d’histoire ». Aujourd’hui, le caractère encyclopédique, qui a été longtemps plus subi que voulu par ses responsables, est reconnu comme l’un des principaux atouts de l’institution.

Les collections s’enrichissent notablement aux 20e et 21e siècles. Le Musée d’art et d’histoire conserve aujourd’hui plus de 150’000 objets et images qui couvrent une période qui s'étend de l'Antiquité à nos jours, auxquels s’ajoutent un riche fonds photographique. Les principaux ensembles sont accessibles en ligne[3].

L'architecture

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Construit entre 1881 et 1887 d’après les plans de Léo Châtelain, le bâtiment qui sert d’écrin à l’actuel Musée d’art et d’histoire est inauguré en 1884/85 dans le nouveau quartier des beaux-arts gagné sur le lac. Il abrite durant plus de 100 ans deux musées distincts: un Musée des beaux-arts et un Musée historique. Deux ailes basses sont adjointes au bâtiment en 1952 et 1953. Architecture palatiale à l’image des musées de la même époque, le bâtiment présente une entrée monumentale, un ordonnancement symétrique et un décor qui comprend des pierres polychromes, des mosaïques et des sculptures, ainsi que des murs aveugles qui indiquent sa destination.

La distribution des salles est symétrique autour d’un grand vestibule central et d’une cage d’escalier monumentale décorée par Léo-Paul Robert. Les salles au rez-de-chaussée présentent à l’origine les collections historiques, archéologiques et ethnographiques, ainsi que la sculpture. Alors dévolu aux beaux-arts, le premier étage comprend neuf salles à l’éclairage zénithal[4].

Musée d'art et d'histoire de Neuchâtel. ©MahN. Photo: Stefano Iori

La cage d'escalier

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Le décor de la cage d’escalier du Musée d’art et d’histoire constitue un chef-d’œuvre d’art total unique en Suisse. Dû au peintre neuchâtelois Léo-Paul Robert, l’ensemble décoratif voit principalement le jour entre 1886, date de la commande des trois grandes peintures, et 1908, lorsqu’est posé le grand vitrail sur la façade du Musée.

Les toiles monumentales de Robert représentent les trois régions du canton, Neuchâtel, ou la vie intellectuelle et morale, Le Val-de-Ruz ou la vie rustique et La Chaux-de-Fonds ou la vie industrielle. Elles véhiculent un message religieux fort, qui est amplifié par l’ornementation des murs et de la coupole réalisée en collaboration avec l’artiste décorateur anglais Clement Heaton. Dans une célébration du divin à travers la représentation de plantes et d’êtres célestes, cet écrin est exécuté à l’aide de techniques novatrices créées pour ce chantier comme le papier peint repoussé et le cloisonné[5].

Cage d'escalier du Musée d'art et d'histoire de Neuchâtel. Photo: Stefano Iori

Automates Jaquet-Droz

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Pièces maîtresses des collections du Musée d’art et d’histoire, les trois célèbres automates sont réalisés dans l’atelier d’horlogerie de Pierre Jaquet-Droz à La Chaux-de-Fonds entre 1768 et 1774. Un mécanisme horloger complexe leur offre l’énergie motrice et un jeu de cames règle leurs mouvements. Le premier de la série est l’Écrivain, qui est aussi le plus compliqué des trois androïdes : programmable, il peut écrire n’importe quel texte de 40 signes sur quatre lignes. Son pendant visuel est le Dessinateur, qui peut exécuter quatre dessins différents. La Musicienne, quant à elle, joue cinq mélodies sur un orgue. Ces trois automates sont d’abord montrés à La Chaux-de-Fonds en 1774, puis présentés à un public choisi à Paris, à Londres, à Lyon et à Genève notamment.

Le Spectacle mécanique fera la renommée de la maison Jaquet-Droz à travers toute l’Europe. Après un long périple en Europe, les trois automates sont remis en don à la Ville de Neuchâtel en 1909 et rejoignent son Musée historique de l’époque.

Salle des automates Jaquet-Droz
Salle des automates Jaquet-Droz

Le Legs Amez-Droz

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En 1979, le Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel entre en possession d’une donation importante de James Adolphe Yvan Amez-Droz. Propriétaire fortuné d’une entreprise de parfums et de produits cosmétiques, Amez-Droz lègue le pan moderne de sa collection afin de témoigner son affection à Neuchâtel, le berceau de sa famille.

La collection, qui comprend 69 œuvres, réunit divers artistes français des 19e et 20e siècles, du pleinairisme à la première École de Paris. Au cœur de la collection se trouvent les célèbres artistes impressionnistes Edgar Degas, Claude Monet, Berthe Morisot et Auguste Renoir. Certaines œuvres, comme le Bateau-Atelier de Monet, figurent aujourd’hui parmi les chefs-d’œuvre de l’institution.

Réunie à Paris entre les années 1920 et 1960, la collection a fait l’objet d’une recherche de provenance entre 2019 et 2021 grâce au soutien de l’Office fédéral de la culture[6].

Le Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel a inauguré en 2022 une nouvelle exposition permanente qui fait dialoguer ses riches collections à travers le prisme du mouvement. Le sujet permet d’établir des liens avec les enjeux contemporains, que ce soit les migrations, l’impact des crises et des guerres, la participation de Suisses à l’entreprise coloniale, la circulation de marchandises et de techniques à l’échelle internationale, les liens entre les réseaux commerciaux et la traite transatlantique ou encore les échanges artistiques, qui mettent le canton de Neuchâtel en relation avec le reste du monde.

Le parcours, qui se fonde sur les collections des quatre départements de l’institution, intègre également le regard d’artistes contemporains, dont les œuvres questionnent de manière universelle et intemporelle le thème du mouvement et révèlent sous un angle inédit les collections du Musée[7].

Les expositions

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Le Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel propose trois types d’expositions : des grandes expositions temporaires dans les salles du premier étage, des expositions-dossiers et des expositions permanentes ou semi-permanentes. Ces manifestations s’inscrivent dans un programme qui alterne les différents domaines de compétence du Musée, à savoir les arts plastiques, l’histoire, les arts appliqués et la numismatique. Le Legs Yvan & Hélène Amez-Droz, le décor d’art total de la cage d’escalier du Musée, le clavecin Ruckers, les maquettes historiques de la ville de Neuchâtel et le parc de sculptures sur l’Esplanade Léopold-Robert font également partie des présentations permanentes de l’institution[8].

Organisées depuis 2025, les expositions-dossiers sont des manifestations de taille réduite qui mettent en lumière divers aspects des riches collections de l'institution, les nouvelles acquisitions ou des créations contemporaines.

Notes et références

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  1. Chantal Lafontant Vallotton, « Le Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel : aux origines du modèle encyclopédique », in Le Musée cantonal 1818-2018. Histoires et enjeux des musées encyclopédiques, textes réunis par Julia Genechesi, Philippe Kaenel, Olivier Meuwly, Lionel Pernet et François Vallotton Lausanne : Bibliothèque historique vaudoise, 2021, pp. 135-148. Chantal Lafontant Vallotton, « La naissance du Musée historique de Neuchâtel. Déclinaisons et reconfiguration du modèle encyclopédique », in Pamella Guerdat, Cecilia Hurley, Valérie Kobi et Dora Sagardoyburu (éd.), Pèlerin sans frontières. Mélanges en l’honneur de Pascal Griener, Recueil de travaux publiés par la Faculté des Lettres et Sciences humaines, Genève- Librairie Droz, Université de Neuchâtel, 2020, pp. 365-380.
  2. Nicole Quellet-Soguel, « Historique de la collection des peintures 1500-1900 », in Peintures et dessins 1500-1900 : collection des arts plastiques du Musée d'art et d'histoire de Neuchâtel, ouvrage publié sous la direction scientifique de l’Institut d'histoire de l'art et de muséologie de l'Université de Neuchâtel, du département des arts plastiques du Musée d'art et d'histoire de la Ville de Neuchâtel, Lausanne : Ides et Calendes, 2012, pp. 17-21.
  3. https://collections.mahn.ch/fr/
  4. Pierre von Allmen, Léo Châtelain, architecte 1839-1913, Neuchâtel, Musée d’art et d’histoire, 1985, pp. 69-100 ; Claire Piguet, INSA Inventaire suisse d’architecture 1850-1920 Neuchâtel, Berne, Société d’histoire de l’art en Suisse, 2000, pp. 159, 206-207.
  5. Clement Heaton 1861-1940 Londres - Neuchâtel - New York, cat. exp., Neuchâtel, Musée d'art et d'histoire (13.10.1996-09.02.1997), Nicole Quellet-Soguel et Walter Tschopp dir., Hauterive, Editions Gilles Attinger, 1996, pp. 99-168.
  6. Lucie Girardin-Cestone et Gitta Ho, Le Legs Yvan et Hélène Amez-Droz. Historique des œuvres et liens avec le marché de l’art français de 1933 à 1945, Neuchâtel, Musée d’art et d’histoire, 2021.
  7. Chantal Lafontant Vallotton et Antonia Nessi (Dir.), Mouvements, cat. expo, Neuchâtel, Musée d’art et d’histoire, Neuchâtel : Alphil, 2024, 158 p.
  8. Lien vers les expositions du Musée d'art et d'histoire: https://www.mahn.ch/fr/expositions

Liens externes

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