Le centième singe

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Macaques japonais

Le centième singe est une légende contemporaine selon laquelle une technique se serait répandu depuis un petit groupe de singes à toute la population des singes de la même espèce, sans aucun apprentissage, après que les 99 premiers singes aient acquis cette technique par un processus d'apprentissage par imitation.

Dans le courant New Age, l'expression se rapporte à une propagation d’une idée, d’un savoir ou d’une capacité au sein d'une population humaine (comme dans le concept de résonance morphique de Rupert Sheldrake) sans qu’il y ait de transmission visible et une fois qu’un nombre clé de personnes aurait acquis ce savoir ou cette capacité.

Origine de la théorie[modifier | modifier le code]

Lyall Watson, dans son livre Lifetide, rapporte le constat de scientifiques japonais ayant étudié des macaques (Macaca fuscata) sur l’îlot de Kōjima (ou Kōshima) au sud de Kyushu de 1952 à 1965. Une femelle appelée Imo, avait pris l'habitude de tremper les patates douces dans l'eau d'une main et de retirer le sable qui les couvrait de l'autre avant de les éplucher et les manger[1]. En quelques années, les scientifiques ont observé que ce nouveau comportement s'était répandu à tous les jeunes singes de l’île par mimétisme[2].

À partir de ce constat, Watson initie cette nouvelle thèse de la « masse critique » en prétendant que ce comportement se serait répandu aux singes de toutes les îles avoisinantes sans qu’il y ait la moindre transmission visible et cela au moment où un nombre clé aurait été atteint, le fameux centième singe, à partir duquel l’espèce entière aurait acquis automatiquement un nouveau savoir.

« Disons, pour les besoins de l'argumentation, que le nombre de laveur de patates soit 99 et qu'à 11 heures du matin, le mardi, un centième converti s'ajoute aux autres. Mais l'addition de ce centième singe amène le nombre au niveau d'une sorte de « seuil », de masse critique, car, le soir toute la population de la colonie procédait de la même manière avec les patates. Non seulement cela, mais le procédé semblait avoir franchi les barrières naturelles et s'être manifesté spontanément, comme le font les cristaux de glycérine dans des récipients scellés d'un laboratoire, jusque dans les colonies d'autres îles et sur les terres dans un groupe de Takasakiyama »[3].

L’histoire a été rendue populaire en 1984 par Ken Keyes dans son livre Le Centième Singe où il applique le concept à l'ensemble de la société humaine. Depuis, cette histoire est apparue dans de nombreux ouvrages.

L’expérimentation examinée[modifier | modifier le code]

En 1985, Elaine Myers examina la recherche en question dans le journal In Context[4]. Elle y affirme que la recherche en référence (par le centre des singes japonais, vol. 2, 5 et 6 paru dans Primates) n’est pas suffisante pour étayer les affirmations de Watson. Elle y trouve bien la propagation naturelle d’un nouvel apprentissage mais n’y voit pas le supposé phénomène du centième singe en particulier dans sa diffusion aux autres îles.

Critiques[modifier | modifier le code]

L'histoire est devenue populaire dans le courant New Age et fait office d'anecdote favorite dans diverses conférences de ce type[5].

Les mouvements sceptiques ont critiqué l’interprétation de la recherche[6], en soulignant en particulier que la transmission du savoir ne se serait faite qu’aux jeunes singes et cela au fil de plusieurs années et qu’un des singes au moins aurait pu nager jusqu’à une autre île et transmettre cette méthode de lavage des patates douces[7]. Selon Les Sceptiques du Québec, l'histoire narrée par Lyall Watson dans Lifetide est fausse, la partie sur la transmission mystérieuse aux îles environnantes serait un mensonge de l'auteur[8].

En 1985, le professeur en philosophie des sciences et pseudosciences de l'Université d'Hawaï Ron Amundson publie dans le Skeptical Inquirer une contre-analyse de l'étude de Lyall Watson. En reprenant les données collectées, il étaye que le nombre 100 semble plus être un choix symbolique qu'une réalité mesurée. Il affirme également que les données ne permettent pas de valider qu'une transformation instantanée et généralisée s'opère à partir du moment où le 100e sujet est impacté par le comportement de la minorité visible[9].

Le primatologue japonais Masao Kawai a également repris les recherches de Lyall Watson et a observé pour sa part des singes nageant d'îles en îles, ainsi que l'apparition spontanée de la même technique de nettoyage à l'eau sur d'autres îles[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Edward O. Wilson, Sociobiology: the new synthesis, Harvard College Press, (présentation en ligne), p. 170
  2. Centre des singes japonais, vol. 2, 5 et 6 paru dans « Primates »
  3. New Age Religion and Western Culture de Wouter J. Hanegraaff cité p. 351
  4. Elaine Myers, « The Hundredth Monkey Revisited », In Context
  5. William J. Bausch, A World of Stories for Teachers and Preachers, Columba Press, (présentation en ligne), p. 246
  6. Robert Todd Carroll, The skeptic's dictionary: a collection of strange beliefs, John Wiley & sons, (présentation en ligne), p. 166
  7. Robert Todd Carroll (2005). The Hundredth Monkey Phenomenon, Skeptic’s Dictionary
  8. « Phénomène du centième singe », sur Sceptiques.qc.ca
  9. a et b (en) Boyce Rensberger, « Spud-Dunking Monkey Theory Debunked », sur Washingtonpost.com,

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lyall Watson, Lifetide, 1979
  • Ken Keyes, The Hundredth Monkey, Vision Books, 1984
  • Kendrick Frazier, The Hundredth monkey:and other paradigms of the paranormal, Prometheus Books, 1990
  • Kate Green, The Hundredth Woman, IUniverse, 2003
  • Chris Fenwick, The 100th Human, Sunbury Press, 2006
  • Brain/Mind Bulletin. 1982. The Hundredth Monkey. In Updated Special Issue: "A New Science of Life"
  • East-West Journal. 1985. Monkey Business, November, p.13.
  • Douglas R. Groothuis, 1988. Confronting the New Age. Downers Grove, IL: InterVarsity Press.
  • Elda Hartley (producer). 1983. The Hundredth Monkey (film and videotape). Hartly Film Foundation, Inc. Cos Cob, Conn.
  • Kinji Imanishi, 1963. Social behavior in Japanese monkeys. In Primate Social Behavior, Charles A Southwick, ed. Toronto: Van Nostrand.
  • Masao Kawai, 1963. On the Newly-acquired behaviors of the natural troop of Japanese monkeys on Koshima island. Primates, 4:113-115.
  • Masao Kawai, 1965. On the newly-acquired pre-cultural behavior of the natural troop of Japanese monkeys on Koshima Islet. Primates, 6:1-30.
  • Syunzo Kawamura, 1963. Subcultural propagation among Japanese macaques. In Primate Social Behavior, Charles A. Southwick, ed. Toronto: Van Nostrand.
  • New Scientist. 1985. Making a monkey out of Lyall Watson. July 11, p.21.
  • Maureen O'Hara, 1986. Of myths and monkeys, Whole Earth Review, Fall. Reprinted in Schultz, 1989.
  • Science Digest. 1981. The quantum monkey. Vol.8: 57.
  • Rupert Sheldrake, 1981. A New Science Life. Los Angeles: J.P. Tarcher.
  • Arthur Stein, 1983. The "Hundredth Monkey" and Humanity's Quest for Survival. Phoenix Journal of Transpersonal Anthropology, 7: 29-40.
  • Atsuo Tsumori, 1967. Newly acquired behavior and social interactions of Japanese monkeys. In Social Communication Among Primates.
  • Altman Stuart, ed. Chicago: University of Chicago Press.
  • Lyall Watson, 1986. Lyall Watson responds. Whole Earth Review, Fall. Reprinted in Schultz, 1989.

Liens externes[modifier | modifier le code]