Château de Montmélian

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Château de Montmélian
image illustrative de l’article Château de Montmélian
Un des vestiges de la citadelle encore visibles.
Période ou style Médiéval
Type Château fort
Début construction XIe siècle
Fin construction XVIIIe siècle
Propriétaire initial Comtes de Maurienne
Destination initiale Surveillance
Destination actuelle Ruiné
Coordonnées 45° 30′ 04″ nord, 6° 03′ 16″ est[1]
Pays Drapeau de la France France
Anciennes provinces du Duché de Savoie Savoie Propre
Région Auvergne-Rhône-Alpes
Département Savoie
Commune Montmélian

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Château de Montmélian

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Château de Montmélian

Le château de Montmélian est un ancien château fort du XIe siècle, dont les vestiges se dressent sur la commune de Montmélian, dans le département de la Savoie.

Résidence de certains comtes de Savoie, il fut le siège du bailliage de Savoie et d'une châtellenie. Il fut refortifié au XVIe siècle et démantelé au début du XVIIIe siècle[2].

Situation[modifier | modifier le code]

Les vestiges du château dominent de 80 mètres le bourg de la commune de Montmélian. La citadelle protégeait à l'origine un unique pont qui franchissait l'Isère et était donc garante du passage entre le val du Bourget et le Dauphiné d'une part et les vallées intra-alpines de Maurienne et de Tarentaise d'autre part.

Histoire[modifier | modifier le code]

Point stratégique dans la combe de Savoie, entre les marches dauphinoises, la cluse chambérienne, et en aval des vallées intra-alpines de Maurienne et de Tarentaise, et au-delà l'Italie, le château de Montmélian fut assiégé sans succès par les troupes dauphinoises en 1142 et en 1154.

En 1030[3], Aymon de Pierre-Forte en est le châtelain. Il serait un neveu d'Humbert aux Blanches Mains.

Il est assiégé, en 1142[3], par Guigues IV d'Albon ; surpris par une contre-attaque du comte Amédée III de Savoie, Guigues est mortellement blessé. Transporté au château de La Buissière, il y meurt trois jours plus tard dans les bras de son épouse. Voulant venger son père, Guigues V d'Albon, se porte à son tour devant le château de Montmélian, en 1154[3]. Il est mis en déroute par l'armée de secours du comte Humbert III de Savoie.

En 1197[3], c'est au château de Montmélian que naît Amédée IV de Savoie, ainsi que son frère Thomas II de Piémont, et comme avant lui Amédée III de Savoie.

Si le fief principal relevait en direct des comtes, plusieurs famille nobles possédaient au plan du château des maisons fortes. On relève notamment, Maître Albert de Boges, qui est, en 1189[3], précepteur du comte Thomas et médecin, la famille de Mareschal, qui ont la charge des ponts et la famille de Portier.

En 1253, Amédée donne en douaire à Cécile des Baux, sa femme, les châteaux de Montmélian, de La Rochette et la région de Tarentaise. Elle a comme châtelain Thibaud de Cors et ne conserve que celui de La Rochette[3].

En 1263[3], d'importants travaux sont lancés au château de Montmélian. À cette occasion, sont utilisés 9 000 tavaillons et 7 000 échandoles[Note 1], destinés à la couverture de différents bâtiments que sont la tour, la chapelle, la vieille salle ou aula, la maison neuve, la longue maison, la maison comtale, la maison du four, la cuisine ou encore le cellier. La voûte de l'unique tour est cimentée. En 1264[3], on réédifie le pont-levis de la tour. En 1289, le bailli Hugues de Chandée dresse l'inventaire de l'armement lors de la transmission de la charge à Antelme de Vigier.

Cette charge est occupée, de 1309 à 1315[3], par Humbert de Luyrieux, seigneur de La Cueille ; lui succède Mathieu de Moras. Le château est sujet à travaux, on construit un « rafour » (four à chaux), puis une terrasse. Participent à ses travaux les maîtres pierriers Lodru et Perret, dit l'Écureuil en 1311[3], pour « l'œuvre des tours ». On emploie de nouveau 20 000 tavaillons ou échandoles à la couverture de la grande tour et à la chambre de noble Portier. À cette occasion, on couvre également la tour neuve du portail ainsi que les autres « tours neuves » avec de gros tavaillons de chêne. Une nouvelle enceinte fortifiée voit le jour et on dresse quatre tours percées d'archères ; on reconstruit les maisons fortes, l'aula, la chambre dite de Chambéry et aussi de Chavors, ainsi que la logia, « brûlées fortuitement ». En 1316[3], on charge un maçon de Montmélian, Henriquet, de refaire le chœur de la chapelle. Le comte Amédée V de Savoie se rend sur le chantier en août 1318.

En 1353[3], on fait réparer les arbalètes, par crainte d'un nouvel affrontement avec les Dauphinois, qui ont pris et incendié la ville en 1330[3]. La guerre de Cent Ans entraîne la refortification de toute la Savoie entre 1380 et 1416, qui devait permettre de se prémunir des attaques de routiers. Sous le règne d'Amédée VI, dès 1361[3], on emploie 52 hommes à retailler le rocher sur lequel se dresse le château ; le fossé est recreusé et les terres portées vers la porte de Bertrand. En 1374[3], on répare les créneaux et les merlons des nouvelles bretèches ayant pourvu la muraille précédemment. On obstrue les merlons de la courtine entre la tour de guet et la chapelle, et les quatre fenêtres des deux tours encadrant la porte. La fenêtre de la chapelle est obstruée par un mur. Anthelme de Miolans en complète les défenses extérieures par onze bretèches ou chaffards. La barbacane, l'escalier pour y accéder et la grande tour sont recouverts. Sont réparées la poterne donnant sur la ville ainsi que la porte Péron ouvrant sur le plan du château. Cette dernière fermait le chemin, à hauteur de la tour des seigneurs de l'Ile et de l'ancienne église paroissiale ; aux XVIIIe siècle on en voyait les ruines ainsi qu'une chapelle dite du Péron. Sont également réparées les bretèches en bois de la tour de la porte, que l'on couvre à cette occasion.

Les « Bretons » se font menaçants, ils sont à Goncelin en Dauphiné. On dresse une palissade pourvue d'une haie entre la porte Péron et le rocher servant de base à la tour neuve. On y accède par un tornafol. Le maître charpentier Pierre Brasier, maître d'œuvre du comte, répare la tour de Chavors et en refait la couverture en bonnes lauzes. Jean Thyod, bourgeois de Montmélian, de son état « maître de bombardes » et également fondeur de couleuvrines, veuglaires et faulcons, on pense que dès 1385[3] le château est pourvu des premières bombardes. Le 26 juillet 1413[3], ce dernier refortifie la porte du château et en renouvelle les pièces d'artillerie.

La duchesse Yolande de france, lors de la régence qu'elle exerça, y fut enfermée à deux reprises par ses beaux-frères. Elle et son mari Amédée IX de Savoie sont faits prisonniers en 1469, lors de la prise de la place par ses deux beaux-frères, le comte de Bresse, Philippe II de Savoie, et le comte Jacques de Romont, du parti bourguignon, avant d'être conduits au château d'Apremont.

De 1470 à 1481[3], les maréchaux de Savoie, successeurs des baillis, poursuivent l'adaptation de la place aux nouvelles techniques de siège et au perfectionnement des armes à feu. Autour du château, on aménage des boulevards menant aux bastions, eux-mêmes faisant corps avec l'enceinte. La ville et le château voient leurs fossés faire l'objet de travaux pendant dix ans. La roche servant d'assise au château est taillée à coup de ciseaux afin de la rendre glissante.

Maître Jean Provent est chargé de construire une nouvelle prison. Hormis les réparations d'usage, il n'y aura dès lors plus de travaux et ce jusqu'à la guerre avec François Ier. En 1535, à la mort du duc de Milan François II Sforza, François Ier revendique l’héritage du duché. Au début de 1536[3], 40 000 soldats français envahissent le duché de Savoie. Le gouverneur de la place est alors François Chiaramonte, napolitain qui ne résiste aux Français que quelques jours, abandonne la forteresse et part se réfugier en France. Le château sera rendu au duc Emmanuel-Philibert suite aux traités du Cateau-Cambrésis en 1559.

En 1561[3], on entreprend de nouveaux travaux sous la direction de l'ingénieur Dominique Revel de Savonne. François Busca, fondeur de Milan, est responsable de la fonderie de canons de Montmélian. En 1590, Lesdiguières n'ose pas prendre la place dans un premier temps et se contente de la contourner. Il ne l'investit que le 14 août 1600[3], lors de la guerre franco-savoyarde.

Article détaillé : Siège de Montmélian (1600).

En 1624[3], on répare la palissade. Antoine Verney, Claude et Pierre Gavilliet relèvent la tour sise près de la porte de Chambéry, qui s'était écroulée. En 1625[3], le gouverneur de la place presse les bourgeois de faire des réparations aux murailles de la ville et de terminer l'édification de la tour ronde.

La place est de nouveau assiégée, en 1630[3], par Louis XIII, arrivé à Chambéry en mai. Le 18 juin 1630[3], Bassompierre note dans son journal de campagne : « nous conclûmes d'attaquer le château à la mine ». Malgré un siège de 13 mois, la citadelle commandée par Jaffré de Bens de Cavour ne capitule pas.

Le 21 septembre 1639[3], Christine de France, régente, se réfugie à Montmélian. Ses deux beaux-frères, Thomas et Maurice de Savoie, soutenus par l'Espagne, envahissent le Piémont.

Elie Brockenhoffer, en 1643[3], décrit la place comme « une belle forteresse, dont l'intérieur est spacieux, largement conçu. Elle est entourée de doubles fortifications et murailles, triples par endroits, qui suivent le roc. Elles sont épaisses et fortes, pourvues çà et là de grandes casemates. La partie inférieure ou bas-fort est séparée de la supérieure et close par une porte et un pont-levis qu'on lève toutes les nuits. La partie centrale comporte les greniers, caves, écuries, poudrières, le puits et la chapelle, les logements pour le commandant et les autres soldats, qui sont au nombre de 450 dont 50 officiers. Le fort est bien pourvu de grandes et belles pièces d'artillerie. ».

Vers 1643[4], le gouverneur de la place est le comte Centorio Gagnoli.

Montmélian en ruine après sa prise par les Français en 1691.

Le 6 juin 1690[3], les troupes de Louis XIV, commandées par le marquis de Saint-Ruth, attaquent la Savoie. Catinat passe les Alpes, le siège est mis devant la ville. Après la prise de celle-ci, la nuit du 9 août 1691, on fit sauter les murailles et toutes les maisons de la ville. La garnison du château fit grand feu, mais sans effet.

Claude-Louis de Buttet, seigneur de Tresserve (1624-1714), lieutenant-général de l'artillerie du duc de Savoie, venu en renfort à la tête des milices savoisiennes, lors du siège de Montmélian, participe à la défense du fort avec ses trois fils, qui périrent lors des combats[5]. La place, commandé par Bagnasc, capitule après une ultime résistance le 21 décembre 1691[3].

Les Français occupent la place jusqu'au traité de Ryswick signé le 20 septembre 1697[3]. Victor-Amédée II de Savoie, la restaure de 1697 à 1703. De nouveaux assiégée lors de la guerre de Succession d'Espagne, elle résiste deux ans, face aux attaques du maréchal de Tessé et du duc de La Feuillade. Son gouverneur, le comte de Santéna, est contraint à la reddition le 11 décembre 1705 [3]. Montmélian, comme d'autres citadelles prises par les Français (Ivrée, Nice, Montalban (Nice), Suse, Verceil, Verrua Savoia) fut complètement rasée.

Les ruines du fort eurent à subir encore deux attaques. Le comte de Glimes, commandant des troupes espagnoles retranchées à l'intérieur, en fut délogé le 13 octobre 1742[3] par le duc Charles-Emmanuel III. En 1815[3], ce sont les Autrichiens qui le pilonnent et font sauter le pont de Montmélian.

Description[modifier | modifier le code]

Vestige d'une cave sur le Rocher.

L'ancien château présentait une muraille fossoyée de 70 X 60 mètres. Il sera intégré et subsistera à l'intérieur du fort bastionné élevé, au XVIe siècle par le duc Emmanuel-Philibert.

Aujourd'hui, il ne reste que de maigres vestiges : quelques pans de murailles, des anciens fours à chaux, deux caves, face à la crête de Blondet. L'une d'elle a sa voûte percée d'un trou circulaire et permettait l'accès à un souterrain, l'autre est voûtée également et percée obliquement d'un trou semi-circulaire. À proximité, une tranchée, probablement les vestiges des magasins, et un puits dont l'ouverture est à ras de terre. Sur la partie haute du rocher, désignée sous le nom de « grand donjon », il reste une vaste cave, probablement celle qui était située sous le donjon. Un grand nombre de souterrains, pratiquement tous obstrués, couraient sous le fort. On relève, côté Isère, la « cave du grand secours » ; celui communiquant avec la ville s'ouvrait sur la place de l'église actuelle. Côté ville, face au rocher de Calloudes, derrière le château de la Pérouse, il subsiste un fragment d'un des bastions dit de l'Annonciade. Des remparts, il reste le « parapet » et une partie du chemin de ronde dit « sur les murs ».

Châtellenie de Montmélian[modifier | modifier le code]

Le château de Montmélian est le centre du bailliage de Savoie et d'une châtellenie comtale, dit aussi mandement[6].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michèle Brocard (ill. Edmond Brocard), Les châteaux de Savoie, Yens-sur-Morges, Éditions Cabédita, coll. « Sites et Villages », , 328 p. (ISBN 978-2-88295-142-7), p. 185-190.
  • Général Auguste Dufour et François Rabut, Montmélian, place forte : Sièges qu'elle a soutenus, série de ses gouverneurs, etc., Paris, Le Livre d'histoire-Lorisse, coll. « Monographies des villes et villages de France », , 270 p. (ISBN 2-7586-0410-8 et 978-2-7586-0410-5, ISSN 0993-7129)
  • Société savoisienne d'histoire et d'archéologie, « Montmélian, place forte : Sièges qu'elle a soutenus, série de ses gouverneurs, etc. », Mémoires et documents publiés par la société, Chambéry, Imprimerie du Gouvernement, t. 20,‎ (ISSN 1967-4155, notice BnF no FRBNF41063627)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Étroite et mince languette de châtaignier assurant l'étanchéité du joint entre deux tuiles, ici les tavaillons.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Coordonnées trouvées sur Géoportail (France).
  2. Charles-Laurent Salch, Dictionnaire des châteaux et des fortifications du Moyen Âge en France, , 1304 p. (ISBN 2865350703), p. 800.
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w, x, y, z, aa, ab, ac, ad, ae, af et ag Michèle Brocard 1995, p. 185-190.
  4. Michèle Brocard 1995, p. 133
  5. Léon Ménabréa, Montmélian et les Alpes.
  6. Joseph Dessaix, La Savoie historique, pittoresque, statistique et biographique, Slatkine (1re éd. 1854), 781 p. (lire en ligne), p. 289.