Béjaïa

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Béjaïa  ⴱⴳⴰⵢⴻⵜ
(ar) بجاية
Béjaïa
Béjaïa
Noms
Nom arabe بجاية
Nom berbère ⴱⴳⴰⵢⴻⵜ
Administration
Pays Drapeau de l'Algérie Algérie
Wilaya Béjaïa
Daïra Béjaïa
Président de l'APC Hamid Merouani[1] (FLN)
2012-2017
Code postal 06000
Code ONS 0601
Démographie
Gentilé Bédjaoui ou Bougiote.
Population 177 988 hab. (2008[2])
Densité 1 481 hab./km2
Géographie
Coordonnées 36° 45′ 00″ nord, 5° 04′ 00″ est
Altitude Min. 1 m – Max. 550 m
Superficie 120,22 km2
Divers
Saint patron Yemma Gouraya
Budget 1,87 milliards de DA (2010)[3]
Localisation
Localisation de la commune dans la wilaya de Béjaïa.
Localisation de la commune dans la wilaya de Béjaïa.

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Béjaïa  ⴱⴳⴰⵢⴻⵜ

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Béjaïa  ⴱⴳⴰⵢⴻⵜ

Béjaïa (en berbère : ⴱⴳⴰⵢⴻⵜ [Vgayet[4] ou Bgayet[5], en arabe : بجاية], dans les langues latines on retrouve les noms de Bougie ou Bugia), est une commune algérienne située en bordure de la mer Méditerranée, à 180 km à l'est d'Alger, dans la wilaya de Béjaïa et la région de la Petite Kabylie. Elle est le chef-lieu éponyme de la wilaya de Béjaïa et de la daïra de Béjaïa.

Connue à l'époque romaine sous le nom de Saldae, elle devient capitale du royaume vandale avant d'être islamisée au VIIIe siècle. Cité berbère modeste, elle devient une prestigieuse capitale sous les Hammadides au XIe siècle et un foyer religieux, commercial et savant de la Méditerranée. Après un intermède Almohade elle redevient la capitale d'une branche des Hafsides[6].

D'abord connue en Europe grâce à la qualité de ses chandelles faites de cire d'abeille auxquelles elle a donné son nom, les bougies, Béjaïa a également joué un rôle important dans la diffusion des chiffres arabes en Occident et des savoir mathématiques locaux. Des savant comme Raymond Lulle, Fibonacci et Leonard de Vinci y étudient.

Conquise par les Espagnols en 1510, elle amorce un net déclin qui se prolongera avec la reconquête par la régence d'Alger en 1555. La culture savante se disperse alors dans les multiples zaouïas de Kabylie. Elle est alors éclipsée, à l’échelle du Maghreb Central, par Alger siège du pouvoir politique et de la marine. Elle continue de tirer un certain prestige grâce aux mystiques religieux et à l'exportation du bois issu de l'arrière-pays. Elle est prise par les Français en 1833 et continue son déclin pour n'être qu'une ville portuaire moyenne exportant des productions agricoles locales.

Lors de l'indépendance du pays, elle retrouve un certain rôle culturel. En effet, grande ville berbérophone, elle devient un des foyer de la revendication identitaire berbère. Elle est aussi progressivement un port de première importance, talonnant celui d'Alger et devançant Oran.

Avec ses 177 988 habitants au dernier recensement de 2008, Béjaïa est en termes de population la plus grande ville de Kabylie et capitale de la Petite Kabylie. Elle est aussi, grâce à sa situation géographique, le plus important pôle industriel de la région, notamment par la concentration de nombreuses industries et la présence d'un des plus grands ports pétroliers et commerciaux de Méditerranée. Elle est dotée d'un aéroport international.

Géographie[modifier | modifier le code]

Toponymie[modifier | modifier le code]

Béjaïa est un toponyme arabe dérivé du toponyme berbère (variante kabyle) Bgayet, notamment par translittération du son ǧ en dj (ج). Ce nom berbère — qui aurait été à l'origine Tabgayet, mais dont le t initial marquant le genre féminin serait tombé en désuétude — serait issu des mots tabegga, tabeɣayt, signifiant « ronces et mûres sauvages »[7].

Le nom de Béjaïa aurait ainsi à l'origine la même racine berbère que d'autres noms de villes du Maghreb, tels que Dougga (Thouga) et Béja (Vaga) en Tunisie et Ksar Baghaï (Bagaï) dans les Aurès[7]...

Dans les langues romanes médiévales, Bugaya (de l'arabe Bugāya ; en espagnol Bujía et en italien Bugía)[8] est nom donné à la ville qui fournissait une grande quantité de cire pour la fabrication des chandelles[9]. Bougie sera la forme française de cette transcription du nom arabe. Progressivement il va s'appliquer à la désignation de la cire qui était importée au Moyen Âge pour la fabrication des chandelles en Europe ; les chandelles seront dès lors couramment désignée en français par le mot «  Bougie »[10].

Situation[modifier | modifier le code]

Le Cap Carbon à l'ouest de la ville.
Vue aérienne de Béjaïa, de la vallée de la Soummam et des montagnes aux alentours.

Béjaïa doit son existence à son site portuaire remarquable qui fait également sa prospérité. Elle est située dans une baie en faucille protégée de la houle des vents du large (orientés nord-ouest) par l'avancée du Cap Carbon (à l'ouest de la ville). La ville est adossée au mont du Gouraya situé dans une position nord-ouest. Ce site portuaire, dans une des plus belle baie du littoral maghrébin et méditerranéen, est dominé à l'arrière-plan par les hautes montagnes du massif des Babors. Un autre avantage est que la ville est le débouché de la vallée de la Soummam, véritable couloir orienté sud-ouest. Cependant, depuis l'époque où la ville fut une capitale, il existe un véritable divorce entre la ville et la région (Kabylie) lié à la difficulté de s'assurer un hinterland. À une échelle macro-régionale, la ville est dos à la région : sa position à l'extrémité de la Soummam la place à l'interface entre Grande et Petite Kabylie. Mais ces deux ensembles sont renfermés sur eux-même et se cherchent des capitales intérieures (Tizi-Ouzou, Akbou, Kherrata...) en se détournant du littoral. La ville possède en quelque sorte un faible enracinement local ; les proximité rurales de la ville se limitent à 4 ou 5 communes[11]. À l'échelle micro-régional Béjaïa est le débouché d'une Algérie médiane, allant d'Alger à Skikda, déversoir des Hauts-Plateaux et port d'approvisionnement de 2 millions de personnes. Mais la liaison est complexe : au sud-est les liaisons avec Sétif ne se font qu'à travers les gorges escarpées de Kherrata ; une autre voie emprunte la Soummam, puis à l'est les Portes de Fer et la remontée vers Bordj Bou-Arreridj, c'est ce chemin qui est emprunté par la route nationale et la voie ferrée. Ces contraintes topographiques font que, malgré son fort dynamisme, la ville voit une partie des échanges lui échapper sur ses aires d'influences est et ouest[11].

Communes limitrophes de Béjaïa
Toudja Mer Méditerranée Mer Méditerranée
Toudja Béjaïa Mer Méditerranée
Toudja
Oued Ghir
Oued Ghir Boukhelifa
Tala Hamza

L'aire urbaine couvre une superficie de 12 022 hectares[12]. Béjaïa est située à 181 km à l'est de la capitale Alger, à 93 km à l'est de Tizi Ouzou, à 81,5 km au nord-est de Bordj Bou Arréridj, à 70 km au nord-ouest de Sétif et à 61 km à l'ouest de Jijel[Note 1]. Les coordonnées géographiques de la commune au point central de son chef-lieu valent respectivement 36° 45′ 00″ Nord et 5° 04′ 00″ Est.

Climat et Hydrographie[modifier | modifier le code]

La ville de Béjaïa fait partie du bassin versant de l'oued Soummam. Béjaïa et la vallée de la Soummam inférieure bénéficient d'un climat de type méditerranéen. Il est généralement humide avec un léger changement de température saisonnier[13]. Les température moyennes son globalement douces et varient de 11,1 °C en hiver à 24,5 °C en été.

Outre le fleuve Soummam qui permet des ressources suffisante pour l'agriculture dans les environs de la ville ; Béjaïa est située dans la Kabylie maritime et bénéfice d'une pluviométrie assez favorable comparée au reste du pays. La pluviométrie de la région peut aller de 800 mm à 1 200 mm ; mais certaines sources locales tendent à s'épuiser du fait de l'augmentation de la demande[14]. La ville tire également ses ressources hydrauliques de l'arrière pays montagneux et de divers sources, comme celle de Toudja qui fut reliée dans l'Antiquité par un aqueduc à la ville antique (Saldae)[15].

Données climatiques à Béjaïa.
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Température minimale moyenne (°C) 7,7 7,6 8,5 10,1 13,1 16,6 19,3 20,2 18,5 15 11,2 8,4 12,9
Température moyenne (°C) 12,1 12,3 13,1 14,7 17,6 21 24 24,8 23,2 19,7 15,8 12,7 17,6
Température maximale moyenne (°C) 16,4 16,8 17,7 19,3 22 25,3 28,7 29,3 27,8 24,3 20,3 16,9 22,1
Précipitations (mm) 99,7 85,9 100,4 70,7 41,2 16,2 5,8 13 40,4 89,5 99,7 135 767,5
Source : Hong Kong Observatory, statistiques de 1968 à 1990[16].
Diagramme climatique
J F M A M J J A S O N D
 
 
 
16,4
7,7
99,7
 
 
 
16,8
7,6
85,9
 
 
 
17,7
8,5
100,4
 
 
 
19,3
10,1
70,7
 
 
 
22
13,1
41,2
 
 
 
25,3
16,6
16,2
 
 
 
28,7
19,3
5,8
 
 
 
29,3
20,2
13
 
 
 
27,8
18,5
40,4
 
 
 
24,3
15
89,5
 
 
 
20,3
11,2
99,7
 
 
 
16,9
8,4
135
Moyennes : • Temp. maxi et mini °CPrécipitation mm

Réseaux de communication[modifier | modifier le code]

La ville de Béjaïa et ses liaisons à l'arrière-pays et son relief.

La ville est reliée à Alger, Tizi Ouzou, Bouira, Setif, Jijel et plusieurs localités kabyles par un important réseau routier. La ville de Béjaïa possède une gare routière. Des lignes de bus relient Béjaia aux villes du grand sud algérien, notamment Hassi Messaoud, Ouargla, Ghardaïa, Laghouat, Djelfa et Bou Saada.

La commune de Béjaïa est desservie par plusieurs routes nationales. Certaines empruntes des vallées et des gorges qui constituent des zones de passage naturelles :

D'autres empruntent des reliefs plus escarpés :

Un projet d’autoroute est en cours de réalisation, avec un certain retard, pour désengorger l'axe RN24 qui emprunte la vallée de la Soummam et permettre de relier la ville et son port (l'un des plus important d'Algérie) à l'autoroute Est-Ouest algérienne[17].

Béjaïa possède une gare ferroviaire. L'autorail relie la ville à Alger, Bordj-Bou-Arreridj et Sétif en liaison directe ; desservant au passage les gares de la région (Beni Mansour, Tazmalt, Allaghan, Akbou, Lazib Ben cherif, Ighzer Amokrane, Takriets, Sidi Aich, Ilmaten, El Kseur). Un train régional reliant spécifiquement Béjaïa à sa périphérie devrait être mis en service prochainement; il a été conçu pour désenclaver l'est de la région. La ligne bénéficierait d'une quinzaine d'aller-retours quotidiens et devrait desservir les étapes locales (Beni Mansour, Tazmalt, Allaghan, Akbou, Lazib Ben cherif, Ighzer Amokrane, Takriets, Sidi Aich, Ilmaten, El Kseur).

Béjaïa dispose d'un aéroport international dénommé Aéroport de Béjaïa - Soummam - Abane Ramdane situé à 5 km au sud de la ville. L'aéroport a d'abord été dénommé Aéroport de Béjaïa - Soummam entre 1982 et 1999, du nom du fleuve Soummam qui se jette dans la Méditerranée à proximité Béjaïa. L'aéroport a été inauguré en 1982 pour les vols nationaux et en 1993 pour les vols internationaux. L'aéroport a été renommé Aéroport de Béjaïa - Soummam - Abane Ramdane, en 1999, en hommage à l'homme politique algérien qui joua un rôle essentiel dans l'histoire de la guerre d'indépendance algérienne.

Vue panoramique de l'aérogare de Béjaïa.

Une ville portuaire[modifier | modifier le code]

Bab el Bhar : la Porte de la Mer, d'époque hammadide et l'entrée du port médiéval.
Article détaillé : Port de Béjaïa.

L'histoire de la ville est lié à son rôle portuaire, connu dès l'Antiquité et notoirement étudié dès la période de la dynastie Hammadide (berbère médiévale) au XIe siècle. Elle devient un port important munie d'installations, de constructions navales et abrite les escadres des pouvoirs sultaniens successifs qui règnent sur le Maghreb Central (Hammadide, Almohade, Hafside). La ville fut dès le XIIe siècle considérée comme l'un des trois emporia principaux du Maghreb (avec Tunis et Ceuta). Elle possède à cette époque des relations avec les marchands latins des trois principales cités de l'Italie médiévale (Pise, Gênes et Venise), les Andalous, puis les Catalans. La bourgeoisie de la ville joue alors le rôle d'intermédiaire entre les populations du Constantinois, eux-même parfois intermédiaires des Sahariens, et la Méditerranée. La crise du commerce au XIVe siècle tourne ensuite le port vers la course en Méditerranée[18]. Entrée sous l'autorité de la régence d'Alger au XVIe siècle, elle est marginalisée au profit de la nouvelle capitale du Maghreb central, Alger, et continue son déclin au point qu'au XIXe siècle, lors de la conquête française, elle n'est plus qu'une petite cité portuaire. Les aménagements coloniaux du port lui permettent de retrouver son rôle naturel de débouché de son arrière-pays, la Kabylie. La décision prise dans les années 1960 de faire parvenir l'oléoduc au niveau de la ville va donner un essor définitif à l'activité du port qui devient un port pétrolier de premier plan[19].

Vue générale de la ville de Béjaïa et son interface maritime.

Béjaïa dispose d'un port qui occupe le deuxième rang en Algérie par son volume d'activité, derrière celui de la capitale Alger ; débouché important pour une partie de la production régionale (minerais, vins, figues, prunes ou liège), il a donné depuis les années 1960 une place grandissante au pétrole et aux produits pétroliers tirés du Sahara (les hydrocarbures représentent 86 % de ses exportations en 2005). En 2008, il a été intégré au projet européen des « autoroutes de la mer » (ADM), aux côtés de Gabès, Agadir et Haïfa. Le port est destiné à devenir un hub portuaire de niveau mondial et par le lancement des travaux de réalisation de la plus importante gare maritime d’Algérie conçue aux normes internationales[20].

Flore et faune[modifier | modifier le code]

Paysage littoral rocheux
Le site préservé des Aiguades, dans le parc national de Gouraya.

La ville de Béjaïa fait partie de la Corniche kabyle, qui s'étend jusqu'à Jijel et qui constitue un site écologique remarquable. Immédiatement à l'ouest de la ville l'aire littorale est protégée, c'est le parc national de Gouraya (inclus en partie dans le territoire de la commune). À l'est une autre aire protégée au niveau du golfe, le parc national de Taza, entre Béjaïa et Jijel[21]. Ces aires protégées ont été classées par l'UNESCO dans les « réserves de biosphère mondiales », c'est à dire des zones modèles visant à concilier conservation de la biodiversité et développement durable[22].

Le parc de Gouraya se distingue par la présence d'euphorbes, espèces très menacées en Méditérranée, des formations de garrigue où se côtoient le chêne kermès et l'olivier sauvage, mais également des spécimens de pin d'Alep, de genévrier et d'absinthe[23]. Dans le parc de Taza on retrouve certaines essences comme le chêne zéen et le chêne-liège, qui constituent avec le chêne afarès les principales essences qui s’étendent jusqu'à la wilaya de Jijel[24].

S'agissant du chêne-liège et dans un pays qui représente lui-même plus de la moitié de la superficie occupée par cette essence sur la rive sud de la Méditerranée, la Kabylie et l'ensemble du Nord-Est algérien constituent la région des plus grandes subéraies : elles s'y étendent, le long du littoral, depuis Alger jusqu'à la frontière tunisienne et du bord de mer jusqu'à 1 200 m d'altitude[25].

La faune locale abrite quelques spécimens :le chat sauvage, le porc-épic, le lynx caracal, le macaque berbère (ou singe magot), espèce endémique d'Afrique du Nord qui sont des espèces menacées ; mais également le chacal doré, la genette, le sanglier. La hyène rayée, la belette, le renard roux, le lièvre brun et le hérisson d'Algérie sont signalés dans le parc de Taza ; le lapin de garenne à Taza et Gouraya. Les montagnes alentours sont le siège de plusieurs espèces d'oiseaux dont l'aigle de Bonelli, le vautour fauve, la tourterelle, la perdrix gambra et le hibou grand-duc et la buse féroce au niveau du parc du Gouraya ; l'aigle royal et le faucon crécerelle, également présents à Taza[26],[27]. Les hauteurs de Petite Kabylie abritent en outre la sittelle kabyle, espèce de passereau endémique qui n'a été découverte qu'en 1975, sur le mont Babor[28],[24].

Route qui longe le golfe de Béjaïa aux environs du parc national de Taza.

La faune et la flore marine sont également remarquables. L'aire marine du Gouraya abrite quatre espèces protégées de mammifères marins : marsouin et dauphin communs, dauphin souffleur et cachalot[29]. Les fonds marins des parcs recèlent six typologies de paysages d'intérêt écologique international : encorbellements à Lithophyllum lichenoides (en), trottoirs à vermets (en), bourrelets à Corallina elongata (en), forêts à Dictyopteris membranacea, herbiers tigrés à Posidonia oceanica et récifs-barrières à Posidonia oceanica[30]. Les eaux adjacentes au parc de Taza incluent le « banc des Kabyles », classé « aire spécialement protégée d’importance méditerranéenne » (ASPIM) par la convention de Barcelone : riches d'une communauté de corail en bon état de santé, elles abondent en plusieurs des espèces dans le cadre de la convention, ainsi qu’en espèces « bio-indicatrices » des eaux non polluées[31].

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de Béjaïa.

Antiquité : les débuts de la ville[modifier | modifier le code]

Citerne d'époque romaine.

Le site avantageux, abrité des vents par le Cap Carbon, fut sûrement occupé très tôt. La première trace de mention historique apparaît au Ve siècle av. J.-C. dans le « Périple de Scylax ». La région a fait partie du royaume de Numidie. De plus l'influence punique est présente ; elle parcourt les côtes nord africaine pour commercer et implanter des comptoirs commerciaux ; dans l'Antiquité on les désigne sous le terme emporioe[32],[33].

La défaite de Jugurtha face aux Romains change l'alliance de ces derniers en une suzeraineté ; Auguste découpe le territoire en province constituant la Maurétanie césarienne et selon Pline, Saldae (nom antique de la ville) est une colonie romaine fondée avec les premières annexions en 33 av. J.-C. Huit ans plus tard il rétrocède la province de la ville à Juba II en dédommagement de ses États héréditaires. La ville se dote d'une culture à dominante latine et est christianisée[32]. Les romains mettent en place divers réseaux hydrauliques qui seront réemployés à l'époque hammadide. L'aqueduc de Toudja est lui daté du règne de Antonin le Pieux. La ville ne connaît pas l'importance du développement de Hippone (Annaba) sous les Romains[34].

Auguste fonde également à quelques kilomètre sur les rives de la Nasava (Soummam) , Tubusuptus, les actuelles ruines de Tiklat. Dès le Ier siècle, la révolte de Takfarinas entraîne l'ensemble des population numides de la région ; il investi la vallée de la Soummam, prend Tiklat et arrive jusqu'à Saldae. Il est finalement repoussé par le proconsul Dollabella[35]. Une autre révolte contre les Romains éclate dans les montagnes voisines de Saldae au IVe siècle, elle est menée par Firmus qui rassemble les « Quinquegentiens  » (actuelles tribus kabyles du Djurdjura). Le comte Théodose arrive avec des troupes d'Europe pour mater la révolte ; il vient difficilement à bout des insurgés[35].

Mosaïque romaine représentant Océan, exposée à l'APC de Béjaïa.

Les Vandales font à leur tour leur entrée en Afrique du Nord, depuis l'Espagne, en 429. Conduit par Geneseric il portent le fer dans toutes les villes du littoral. Ils font de Saldae la capitale de leurs nouveaux États jusqu'en 439 et la prise de Carthage. Les luttes entre partisans de l'arianisme et catholicisme affaiblissent la région toute entière ; les Byzantins y trouvent alors un prétexte et une occasion d'intervenir. La ville bascule alors dans la domination byzantine, dès les conquêtes de Belisaire en 533. L'oppression byzantine lourde ne tarde pas également à susciter des velléités de révoltes des populations jusqu'à la conquête arabe de l'Afrique du Nord[36].

La conquête arabe[modifier | modifier le code]

Vue par les conquérants arabes omeyyades venus depuis Kairouan, les montagnes autour de Béjaïa sont surnommées el 'aduaa (l'ennemi) pour désigner la résistance opiniâtre dont elles sont le siège[37]. Les informations sur cette époque sont éparses, ou contradictoires ; il semble que la ville ait été conquise relativement tard, vers l'an 708. Une hypothèse peu probable voudrait que le nom Béjaïa viendrait de cette époque du mot arabe بفاية (Baqâyâ : « les restes, les survivants ») car elle aurait servi de repli aux populations chrétiennes et juives de Constantine et Sétif. Selon Ibn Khaldoun, le nom de Béjaïa serait plutôt issu de celui de la tribu qui habitait la ville : les « Bedjaïa »[38],[39].

Les trois siècles qui suivent la conquête son obscurs faute de récits sur sa situation ; la ville fait partie du territoire aghlabide, puis de celui des Kutama-Fatimide où elle connaît une certaine effervescence. Il semble que quand le souverain hammadide An Nasir quand il y fonde sa capitale An Nasirya, en 1067, les monuments de la Saldae antique sont en ruine. Là aussi plusieurs hypothèses portées par les traditions locales expliquent cet état : la ville aurait connu 7 tremblements de terre ou encore un nombre similaire d'attaques ennemies[40].

Il semble établi qu'au Xe siècle, la ville est aux mains des berbères sanhadja, dont sont issues les dynasties ziride et hammadides qui régneront sur le Maghreb Central. C'est alors une bourgade essentiellement peuplée d'Andalous quand la politique des Hammadides va donner un essor décisif à la ville[41],[42]. Ibn Hawqal, qui réalise un voyage descriptif du Maghreb au Xe siècle, cite Béjaïa comme port à l’ouest d’Alger, mais ne donne pas plus de détails, alors qu’il consacre une description étoffée à Bouna (Bône/Annaba).

Dynasties berbères : la gloire d'une capitale médiévale[modifier | modifier le code]

Au Xe siècle, la ville n'est qu'un petit port de pêche. Le souverain berbère de la dynastie Hammadide, An Nasir (1062 -1088), régnant sur le Maghreb Central, va réaliser des aménagements au niveau de la ville pour en faire sa capitale en 1067. En effet sa première capitale, la Qal'a des Beni Hammad, dans les Hauts-Plateaux est sous la menace des raids des nomades arabes hilaliens qui à partir du Moyen-Orient ont lancé une seconde vague d'invasion arabe sur le Maghreb au XIe siècle[43]. Il donne à la ville le nom de An Nasiriya, qu'elle peinera à conserver face à son toponyme Béjaïa déjà bien établi dans les usages.

La ville connu, avant l’acquisition de son statut de capitale, une dynamique remarquable, notamment sur le plan culturel ; elle était en effet le port à la croisée de la Qal'a des Beni Hammad et de l'Al Andalus. Les lettrés et les commerçants y transitent alors et elle est le débouché du triq sultan, la route royale des Hauts Plateaux à la Méditerranée et même un débouché du commerce transsaharien[44]. La ville connaît un certain rayonnement culturel, les émirs kalbites de Sicile s'inspirent des palais de Béjaïa pour établir ceux de Palerme. La ville plus qu'une place reconnue ou appréciée est un endroit de passage obligé ; elle est un véritable carrefour sur la route de l'Al Andalus à l'Orient (notamment pour les pèlerins allant vers La Mecque) mais aussi de l'Europe vers l'Afrique. C'est un lieu de rencontres et d'échanges des savoirs entre les communautés d'Europe, locales ou d'Orient[45].

Vue sur la casbah de Béjaïa
Casbah de Béjaïa (citadelle) au-dessus du port de Béjaïa, d'époque hammadide. Sa mosquée fut un lieu de savoir où enseigna Ibn Khaldoun.

L'implantation des souverains hammadides va en faire la capitale du Maghreb Central et la madinat at tarikh (la ville d'histoire) algérienne. Fait politique original à l’échelle du Maghreb ancien, elle est une capitale littorale. Elle devient un des principaux centre culturel et scientifique de la Méditerranée occidentale et une place commerciale importante pour l'Europe. Si l'état précis de la flotte marchande bougiotte est méconnu elle occupe une place non négligeable en Méditerranée sans toutefois être prépondérante face aux flottes de commerces européennes. Elle est fréquentée par des marchands latin, Pisans et Génois, Andalous et plus tard Catalans. Ces commerçants du midi de l'Europe lui donnent divers nom en langues romanes : Bugia, Buzia, Bugea, Buzana. C'est à cette époque que la cire de la ville exportée vers l'Europe pour la confection de chandelles donne le mot « bougie » au français et le mot « basane » pour désigner des peaux  ; emprunt lexicaux des noms transcrits de la ville (respectivement de Bougie et Buzana)[46][47]. La ville exporte en effet cire d'abeille et peaux en quantité, des écorces tanniques pour le travail des cuirs (l'iscorzia di Bugiea est célèbre au XIVe siècle), de l'alun, des céréales, des raisins secs, de la laine et du coton de Biskra et M'sila, des métaux et de la poterie[48]. La ville importe également divers marchandises comme des métaux, du tissus, des teintures et des herbes médicinales. La ville est également une base navale pour les Hammadides. Elle est le point de départ d'expéditions navales pour le « pays de Rum » (dont la Sicile à trois jours de navigation)[49]. La flotte hammadide joue un rôle important en Méditerranée occidentale ; elle freine les avancées européennes, notamment celles des Normands de Sicile au XIIe siècle.

Bab el Bounoud, la porte des étendards, d'époque hammadide.

Les Hammadides attirent les lettrés de tout horizon et pratiquent une politique ouverte, sur l'Europe notamment. Les Juifs et les Chrétiens bénéficient de conditions favorables ; l'émir An Nasir entretient ainsi une correspondance régulière avec le pape Grégoire VII et lui fait la demande de nommer un évêque pour sa ville. Les Hammadides mettent en place une politique pour attirer les lettrés qui fait de Béjaïa une ville de premier plan pour les sciences en Méditerranée avec une influence qui s'étale jusqu'en Europe. Une culture andalouse se mêle à l'inspiration orientale traditionnelle, les sciences profanes se développent comme les sciences sacrées. Contrairement à la Qal'a dans l'arrière-pays, elle fait figure de ville culturelle et « moderne » pour son époque ; une « cité berbère vivant à l'orientale »[49]. Beaucoup de savants illustres en sont issus ou s'y établissent tout au long de sa période médiévale : Al Madani (Xe siècle), Ibn Hammad, Yahia Zwawi, Leonardo Fibonacci (XIIe siècle), Raymond Lulle ou Ibn Khaldoun (XIIIe siècle)... Les divers érudits viennent compléter leur formation dans la ville comme ils le font au Caire, à Tunis ou à Tlemcen. Des centaines d'étudiants, dont certains d'origine européenne se pressent alors dans les écoles, les mosquées où enseignent les théologiens, juristes, philosophes et savants. Les principaux lieux de savoirs médiévaux sont la Grande Mosquée, Madinat al-`Ilm (la Cité des Sciences), la Khizana Sultaniya et l’Institut Sidi Touati. Le juriste Al Ghobrini (1246-1314), qadi de la ville, décrit les savants de Béjaïa comme « princes de la science », parmi lesquels Sidi Boumedienne, Abd al-Haq al-Isbili, al-Qurashi et Abu Tamim Ben Gebara. Ces savants se réunissent dans des audiences où il se consultaient sur divers sujets[50],[51]. Il existe une rivalité et des échanges intellectuels entre Tlemcen, la zénète et Béjaïa, la sanhadja ; les savants voyagent et complètent leur formation dans les différentes villes[52]. Cette tolérance de la ville est nuancée par une des versions du récit de la mort de Raymond Lulle. En effet selon une version il aurait été lapidé par les Bougiotes qui l'avaient accusé de vouloir les convertir au christianisme quand d'autres versions affirment que il a simplement fait naufrage à son retour vers Majorque depuis Tunis.

En 1202, Leonardo Fibonacci, mathématicien italien, en rapporta les « chiffres arabes » et la notation algébrique. Selon les versions l'inspiration de la suite de Fibonnacci serait due à l'observation des apiculteurs et la reproduction des abeilles de la région ou à un problème mathématique local concernant la reproduction des lapins qu'il décrit dans son ouvrage Liber Abaci[53],[47]

Mirhab de la mosquée Ibn Toumert à Oued Ghir.

À cette époque la ville a connu un tel développement que, selon Léon l'Africain, elle est peuplée de plusieurs dizaines de milliers de personnes venus de tout le Maghreb, du Levant, d'Europe et d'Asie. La population autochtone de la ville est composée essentiellement de Berbères venus de l'arrière pays kabyle et de la forte communauté de réfugiés andalous. L'estimation de la population à cette époque est estimée à 100 000 habitants par Al Idrissi.

Mohammad Ibn Toumert rencontre Abd al-Mumin, celui qui sera le calife de son mouvement et d'un nouvel État (les Almohades), à proximité de Béjaïa. Mohammad Ibn Toumert a prêché le retour aux sources de l'Islam à partir de Mellala, localité située à 10 km de Béjaïa. Des années auparavant, le guide des Almohades aurait été chassé par les gens de Béjaïa auxquels il reprochait avec force leurs mœurs. Le mouvement politique qu'il a fondé est la base de l'Empire Almohade qui s'empare de Béjaïa en 1152 et dépose les Hammadides. La ville garde son importance stratégique sous les Almohades ; elle devient une capitale provinciale. Abd el Mumin, le calife nomme un membre de sa propre famille comme gouverneur de la ville, preuve de son importance stratégique, et conserve la flotte hammadide pour en faire un des ports permanent de sa flotte.

Après la dislocation de l'Empire Almohade, Béjaïa rentre dans l'orbite des Berbères hafsides de Tunis. Mais dans les faits, l'émir ou sultan de Béjaïa se rend indépendant à la tête d'un véritable royaume dissident sur divers périodes, la dernière avant la conquête espagnole s'étend sur tout le XVe siècle, on parle alors du « royaume de Bougie ». Le commerce reste actif avec les États chrétiens et la ville est un des principaux point d’accueil des réfugiés andalous fuyant la Reconquista.

Monnaie ornée d'écriture coufique.
Pièce de monnaie hafside de Béjaïa (1249-1276).

La ville dotée d'une identité politique forte reste une ville importante sur le plan des sciences et du commerce. En effet, sa richesse et son emplacement de port stratégique en font un objet de convoitise pour les Zianides de Tlemcen. Ces derniers effectuent un grand siège de la ville en 1313. La ville est vue comme capitale des régions occidentales du sultanat hafside de Tunis et « place-frontière » du sultanat. Au XIIIe siècle et XIVe siècle, elle devient à diverses occasions le siège du pouvoir d'émirs-gouverneurs indépendants[note 1], ou de dissidents de la dynastie hafside. Ces « souverains de Béjaïa »[note 2] étendent leur autorité — qui va souvent de pair avec une dissidence politique — à l'ensemble du domaine de l'ancien royaume des Hammadides : Alger, Dellys, Miliana, Constantine, Annaba et les oasis du Zab. Ibn Khaldoun les décrit comme gouvernant « Biğāya wa al-ṯagr al-garbī min Ifriqiya » (la ville de Béjaïa et la marche occidentale de l’Ifrīqiya). Ibn Khaldoun sera d'ailleurs le vizir de l'administration indépendante d'un prince hafside de Béjaïa, en 1365[54]. Le XVe siècle voit globalement un retour à la centralisation de l’État hafside. Mais à la fin du XVe siècle et au début du XVIe siècle, Léon l'Africain et Al-Marini décrivent un prince de Béjaïa, séparé de celui de Tunis, avec une situation similaire à Constantine et Annaba, ce qui traduit un morcellement du territoire hafside[55]. Durant les dernières années du pouvoir hafside, face au déclin du commerce en Méditerranée, l'activité corsaire se développe, notamment grâce aux Andalous qui connaissent les rivages et les flottes d'Espagne.

Les siècles obscurs de Béjaïa[modifier | modifier le code]

Une cité convoitée[modifier | modifier le code]

Une porte de la Casbah aménagée par les Espagnols au XVIe siècle.

Les Espagnols sur la lancée de la Reconquista, effectuent des raids sur les ports d'Afrique du Nord. La ville est prise par l'Espagnol Pedro Navarro en 1510 au sultan Abdelaziz. Ils mettent fin au « royaume de Bougie » du Maghreb central. Les Espagnols font de la ville un de leur comptoir qui se maintient grâce aux relations avec Pise et Gênes. Mais les Espagnols trop hostiles à la population locale, provoquent sa fuite et sont en état d'hostilité avec les Berbères aux alentours. La ville ne peut plus servir de relais d'échange avec l'arrière pays et Abou Bakr, le frère de Abdelaziz et sultan tente de reprendre la ville en 1512 à partir de sa nouvelle capitale, Constantine (reprenant le dispositif de siège zianide du XIVe siècle).

Les Espagnols se contentent de contrôler un périmètre formant une sorte de triangle compris entre Bordj Abdelkader, la Casbah et le Bordj Moussa. La ville comprise en dehors de ces limites n'est pas défendable par la faible garnison espagnole et est ruinée. L'esprit de l'inquisition influence la politique espagnole locale, les Juifs sont chassés de la ville et les élites citadines, dont les lettrés, fuient. La tradition savante se déplace alors massivement vers les zaouïas de l'arrière-pays kabyle, les manuscrits sont également déplacés et dispersés. La population de la ville est en chute libre et même la garnison espagnole se réduit de plus en plus (500 hommes en 1555).

Gravure de la ville par Jan Vermeyen (1551), conservée à la BnF.

Les anciennes possessions de Béjaïa sont morcelées, ce qui entrave la reconquête de la ville. En Kabylie, El Abbès le fils du sultan de Béjaïa fonde sa principauté autour de la Kalâa des Béni Abbès emmenant une partie des élites de la ville ; sur la rive ouest de la Soummam il est concurrencé par Belkadi, descendant du juriste bougiote Al Ghobrini qui fonde le sultanat de Koukou. À Constantine c'est Abou Bakr, frère de l'ancien sultan, qui se proclame sultan sur tout l'est algérien. Ces divers protagonistes, rivaux entre eux, espèrent chacun reconquérir la ville et unifier ses anciennes dépendances.

C'est à cette époque que dans un Maghreb où les anciens États sont en déliquescence qu'apparaissent les frères Barberousse, corsaires grecs converti à l'islam qui s'implantent dans la ville voisine de Jijel. Ils se joignent aux différentes tentatives de reprendre la ville aux Espagnols grâce à leur connaissance en navigation. Ils finissent par fonder leur propre État autour d'Alger basé en partie sur l'activité corsaire et étendent rapidement leur influence sur l'Algérie septentrionale en rentrant progressivement dans l'orbite ottomane et en se présentant aux yeux de la population comme concurrents directs des Espagnols. Béjaïa devient rapidement un objectif stratégique ; les Barberousses évincent progressivement les Hafsides de Constantine et Annaba. Charles Quint se sert de la ville comme un repli après la désastreuse expédition de 1541 contre Alger.

Une cité marginalisée[modifier | modifier le code]

Carte maritime ottomane de Piri Reis du XVIe siècle représentant la côte : Alger (au nord), Dellys (au milieu) et Béjaïa (au sud) .

Les Barberousse n'atteindront jamais leur objectif de reprendre Béjaïa de leur vivant. C'est un de leur successeur, le beylerbey Salah Raïs qui finit par entrer dans la ville avec l'aide du sultan de Koukou. La ville est intégrée à l’État de la régence d'Alger et dépend du beylik de Constantine jusqu'en 1830. Le découpage territorial en trois beylik place la ville dans une position marginale. Le rêve politique des Barberousse d'implanter leur capitale dans Béjaïa est abandonné ; la régence est déjà installée à Alger qui est un port fortifié et dans lequel de nombreux aménagements ont été effectués. La seule institution d'envergure maintenue sur cette période est celle du dar senâa, les chantiers navals ou arsenaux de la ville qui fournissent des navires à la régence.

La ville est dotée d'un caïd turc, vue surtout comme une cité possiblement concurrente d'Alger et encerclée de montagnes hostiles. L'élévation d'une flotte corsaire est surveillée de près de peur de la voir concurrencer celle d'Alger ; la flotte d'Alger vient hiverner dans ses criques l'hiver où elle est naturellement à l’abri. La ville voit donc son déclin s'accentuer après le départ des Espagnols. Les habitants entretiennent une petite flotte de commerce d'une vingtaine de chebeks ou felouques qui commercent quand la météo est favorable avec Alger, Oran, Bouna et Tunis pour y exporter les productions de la région. L'hiver cette flotte est stationnée sur la plage de dar senâa sous la Casbah pour n'être remise à flot qu'au printemps. Les marchandises exportées étaient de l' huile, de la cire, des figues sèches, et des cuirs contre de l'importation de tissu ou de céréales. Ces navires pouvaient transporter du bois pour la karasta : l'exploitation du bois pour la construction navale d'Alger. L'activité corsaire se poursuit durant cette période, notamment avec celle de Jijel. En 1671, la ville est visée par les Anglais conduits par Edward Spragge qui la bombardent pour faire cesser les attaques corsaires contre leurs navires.

Durant toute cette période la ville n'est pas entretenue, et les descriptions de divers voyageurs traduisent la dégradation du bâti et le manque de réparation. Sidi M'hamed Amokrane, un marabout, fils du sultan des Aït Abbas, Sidi Naceur Amokrane (ou Mokrani), va s'installer vers Béjaïa vers 1630, avant d'aller vers Jijel. Il déplace sa zaouïa du village de Ama'dan vers la ville où les Turcs le chargent de diriger la karasta. À l'époque de Al Warthilani (1713 – 1779), la ville semble être entre les mains de trois personnages importants : le cadi, le caïd et les descendant du marabout Mokrani.

Les caïds demandent aux marabouts de passer sous laânaya (protection) des troupes de Béjaïa jusqu'à Alger. En effet, la ville située au cœur de la Kabylie, indépendante du pouvoir d'Alger, est souvent assiégée lors de conflits insurrectionnels des divers confédérations de la région. Lors de la grande révolte de 1806, menée par le chérif Ben el Harche, la ville est assiégée sans succès pour les insurgés. En 1823, les tribus des Bibans et de la Soummam s'emparent du caïd de la ville. En 1825, l'agha Yahia, commandant des troupes venues d'Alger, investit la ville et lance des opération de répression sur les tribus de la Soummam.

La chute de la régence et la période coloniale[modifier | modifier le code]

Le bordj Abdelkader au XIXe siècle.

En 1830, les Français se lancent à la conquête de l'Algérie. Au début, l'expédition est dirigée contre Alger. Mais très tôt, les envahisseurs cherchent à occuper l'ensemble du pays, notamment la Kabylie contre laquelle sont dirigées plusieurs expéditions. Béjaïa, passée sous le contrôle de la tribu des Mézzaïa après la chute du dey d'Alger, connaît plusieurs incidents avec des navires français et anglais. En 1831, deux expéditions visant à lui imposer comme caïd un dénommé Mourad, puis un certain Bou Setta, sont mises en échec. Une nouvelle expédition aboutit en 1833 à la prise de la ville, après une résistance intense de ses habitants. Cependant les Français ne parviennent pas à en conquérir les alentours.

Vue générale de l'embarcadère de Béjaïa, 1880. Tropenmuseum.
Le souk de Béjaïa à proximité de la mosquée Sidi Soufi (début du XXe siècle).

La ville et sa région opposent une farouche résistance à la présence coloniale française ; d'ailleurs comme les Espagnols au XVIe siècle, les Français se contentent d'une occupation restreinte jusqu'en 1846. Divers ouvrage défensifs sont aménagés autour de la place, notamment sur les hauteurs.

Elle prend part à plusieurs soulèvements et insurrections, comme celle du chérif Boubaghla, et surtout la grande révolte du Cheikh El Mokrani et du Cheikh Aheddad en 1871.

Lors de la conquête française, la ville n'était plus qu'une très modeste bourgade d'environ 2 000 habitants. La ville est érigée en commune de plein exercice par décret du [56]. Les Français comblent partiellement la baie et aménagent le port et l'avant-port de la ville. Les travaux d'urbanismes (aménagement du front de mer et de grands axes) marquent son tissu urbain. Elle retrouve progressivement un rôle de débouché de la Kabylie, et de port d'export de produits agricoles locaux. Les habitants algériens maintiennent toujours leur activité de navigation marchande par cabotage le long des côtes. En 1906, le phare du cap Carbon est construit, c'est le plus haut au monde du fait de son emplacement naturel.

Le 8 mai 1945, la répression conduite par les forces coloniales françaises à Kherrata, où la marine de guerre est mise à contribution pour un bombardement naval des côtes de la région de Béjaïa, fait des milliers de victimes.

Pendant la guerre d'indépendance algérienne, l'organisation du FLN et de l'ALN crée pour la première fois un territoire administratif kabyle, la wilaya III, Béjaïa fait partie de cet ensemble[57]. Le congrès de la Soummam qui est la réunion politique du FLN qui fixe la ligne politico-militaire du mouvement national algérien dans la guerre a lieu à Ouzellaguen, dans l'arrière-pays.

L'agglomération moderne[modifier | modifier le code]

À la veille de la guerre d'Algérie en 1954 elle comporte 30 000 habitants dont 6 200 européens. Une des dernière décision de l'administration coloniale est de faire déboucher l’oléoduc au niveau de la ville en passant par la vallée du Ksob et les Portes de fer. Pour les années à venir Béjaïa va donc être un port pétrolier important, ce qui est source de revenus. En 1962, elle est intégré dans la wilaya de Sétif avant de devenir le siège de sa propre wilaya en 1974. La ville connaît un essor démographique, et une urbanisation de la plaine du Lekhmis, suite à l'afflux de ruraux, notamment de Kabylie.

Béjaïa, comme d'autres villes de la Soummam, est un des foyer de la revendication identitaire berbère lors du printemps berbère de 1980 ; et en 2001 lors du printemps noir. Si elle peine à s'imposer comme capitale économique de la Petite Kabylie, elle est indéniablement la capitale culturelle de la Kabylie, en concurrence avec Tizi-Ouzou. L'ouverture du champ politique a permis l’émergence de groupements, associations, manifestations artistiques et culturelles de tous types. Le Centre Universitaire, par sa présence, soutient le mouvement et il est programmé d'installer à Béjaïa l'institut de langue tamazight.

Cette expansion rapide de la ville est également un défi sur le plan de l'urbanisme ; la ville a en effet du mal à s'assurer un hinterland du fait du relief. D'autre part le patrimoine et la culture sont également un enjeu car menacé à long terme. Enfin le site exceptionnel pose la question environnementale et celle des pollutions liées aux activités domestiques et industrielles. L'augmentation de la population combiné à l'absence de planification et l’insuffisance des politiques publiques dégradent le cadre de vie de la ville ces dernières années, malgré des atouts certains pour son avenir.

Architecture et urbanisme[modifier | modifier le code]

Schéma de la structure urbaine de la ville de Béjaïa.

Paysage urbain[modifier | modifier le code]

Centre ville[modifier | modifier le code]

Le centre de la ville est composé du quartier colonial et de la vieille ville, la médina, elle même largement remaniée par les tracés urbains espagnols puis français. La vieille ville est adossée au massif du Gouraya ; elle fut marquée par la présence espagnole durant laquelle elle perdit des nombreux édifices médiévaux (comme le palais de l'Etoile hammadide), puis par les aménagements français. Ce secteur ne manque cependant pas d'édifices ou de vestiges, antiques (notamment sur le plan archéologique) ou médiévaux ; les quartiers de Acherchour, de Karamane et Bab El Louz possèdent encore des maisons mauresques. Mais faute d'entretien, de prise de conscience publique et de classement, l'introduction de matériaux non authentiques (béton, brique...) menace ce patrimoine. Les structures défensives de la villes sont encore présentes dans le secteur de la vieille ville à divers endroits (Bab el Bounoud, muraille hammadide près du port, Casbah...).

La partie coloniale de la ville s'illustre notamment par le quartier du front de mer, amputant une partie de la vieille ville, et du port. Inspiré de l'architecture haussmannienne, il comporte également la célèbre place du 1er Novembre, encore désignée comme place Geydon.

Quartiers périphériques[modifier | modifier le code]

Au lendemain de l'indépendance, les développements se font dans la continuité des plans d'urbanisation coloniale et ils conservent les mêmes les mêmes axes. L'extension de Béjaïa, à l'ouest et au sud, est marquée par la construction de nouveaux lotissements à Ighil Ouazoug et des cités étatiques à Sidi Ahmed, au quartiers de la Plaine, au boulevard Krim Belkacem et au boulevard des Aurès. Parallèlement à la construction de cités étatiques, un phénomène de construction plus anarchique et privé gagne du terrain sur la plaine. L'urbanisation de la zone de Ihadaden est celle la plus récente. Enfin sur le territoire de la commune, en périphérie de la ville se trouvent des espaces naturels (parc du Gouraya) ou agricole (plaine et vallée de la Soummam) qui participent à l'originalité de la ville.

Outre la ville de Béjaïa, la commune administrative de Béjaïa (dont le cadre est plus large que la ville car il comprend même une bonne partie du parc du Gouraya) est composée des localités suivantes[58] : Dar Naceur, P.K. 17, Boukhiama, Ihaddaden, Targa Ouzemour, Ighil Ouazzoug, Bir Slam, Iriyahen Est, Aérodrome, Boulimat, Oued Saket et Amtik Tafat. Ces localités sont plus ou moins éloignées de la ville.

Gestion du patrimoine[modifier | modifier le code]

En raison de son histoire très ancienne, Béjaïa est une ville qui possède une patrimoine riche. Il comprend une part au niveau de la ville, mais s'étend aussi au delà de la ville : les ruines de Tiklat, ou de l'aqueduc de Tikdja, la citadelle zianide à El Kseur où les manuscrits savants médiévaux des zaouïas déplacé lors de l'invasion espagnole de 1510, sont autant d'éléments patrimoniaux de l'arrière-pays en rapport direct avec l'histoire de la ville.

Un projet d'étude réhabilitation et de classement de la médina de Béjaïa mené par l'UNESCO, et impliquant les acteurs locaux est à l'étude depuis 2003[59]. L’État algérien a par ailleurs déjà classé certains sites de la ville sur la liste du patrimoine national[60] :

Bien que la ville ne bénéficie pas d'une reconnaissance mondiale pour son statut historique, son territoire dispose d'un patrimoine spécifique fruit des influences accumulées sur 2000 ans d'histoire. L'interaction de ce bâti avec un site exceptionnel donne toute sa complexité au tissus urbain de la ville. Cette offre patrimoniale diversifiée et non valorisée, pourrait être moteur d'emplois et de revenus en mettant en avant son potentiel culturel et touristique. Cependant le diagnostic de ce patrimoine fait état de dégradations importantes, malgré sa valeur et son rôle potentiel dans le développement durable de la ville. Cette situation est le résultat d'une prise en charge menée uniquement par des acteurs officiels aux compétences mal délimitées.

Médina[modifier | modifier le code]

Le secteur historique de Béjaïa, n'est toujours pas défini comme secteur sauvegardé. Les interventions de protection se limitent aux seuls monuments classés au patrimoine national, traduisant des lacunes dans l'approche de la sauvegarde du patrimoine de la ville. La ville de Béjaïa et sa wilaya ne comptent que 17 sites classés ; ce qui est insignifiant au regard de l’immensité du patrimoine de la ville. Les éléments classés sont cantonnées à des périodes spécifiques  : antique (classés pendant la colonisation) et hammadide (classés après la colonisation). Il y a absence de classement des édifices anciens et importants ayant subi transformations et des réhabilitations à l’époque coloniale[61] :

  • l'institut Sidi Touati d’époque hammadide XIIe siècle transformé en caserne ;
  • le mausolée d’Abou Zakaria d’époque hafside XIIIe siècle sur la baie de Sidi Yahia transformé en direction de la pèche ;
  • le fort Abdelkader ;
  • la mosquée et la place Sidi Soufi réaménagés à l’époque coloniale.
Le quartier de Karamane, un exemple de secteur de la vieille ville non classé et non sauvegardé.

Les édifices cultuels judaïques du quartier Karamane, antérieur à la colonisation, ne sont pas inventoriés ainsi que les découvertes archéologiques plus récentes. La priorité donnée au classement des éléments monumentaux et ponctuels est ainsi en contradiction avec les principes des conventions internationales orientées vers la classification des ensembles urbains (et la définition d’un périmètre à sauvegarder) en incluant les productions mineures. La patrimonialisation sélective d'éléments précis et triés a pour conséquence une mise à l'écart de pans entier du patrimoine local.

Outre les raisons politiques,la non-définition d'un secteur sauvegardé serait dû à la superposition des différents urbanismes ; les influences espagnoles et coloniales ayant largement remanié la médina. La loi algérienne prévoit d'inclure des ensembles patrimoniaux traditionnels et homogènes tels que les casbah, les ksours et agglomération traditionnelles. Dans le cas de Béjaïa, définir un périmètre impliquerait d'inclure des pans de quartier à la typologie coloniale ou bien, de définir un noyau très restreint. Le patrimoine de la ville est ainsi menacé par la paupérisation, la dévitalisation du noyau historique, l'effondrement des habitations et de perte des significations patrimoniales consécutives au départ de la population ancrée dans le tissu de la vieille ville[61]

Les structures défensives[modifier | modifier le code]

Vue sur la ville depuis le bordj du Gouraya, un aménagement tirant parti du site.

La ville comporte encore des pans entier de la muraille berbère médiévale, bâtie sous la dynastie hammadide (XIe siècle). Le principal ouvrage défensif de la ville, la Casbah, est d'époque almohade. Le fort Abdelkader, face à la mer, est aussi un leg de la période berbère médiévale. La période espagnole (1510-1555), et les conflits avec les Berbères aux environs, voit de nombreuse destructions dans la ville (palais, mosquées...) qui faisait la gloire de la cité médiévale. La structuration de la ville à des fins défensives par les Espagnols va dès lors marquer la ville à partir du XVIe siècle : la Casbah est aménagée, le bordj Moussa est construit à proximité des ruines de l'ancien palais de l'étoile et sur la montagne du Gouraya est aménagé un fort sur un ancien point d'observation à proximité d'un lieu de pèlerinage maraboutique consacré à Yemma Gouraya, une sainte locale. Ce dernier ouvrage permet, en tirant parti du relief, de dominer l'ensemble de la ville et la mer et sera remanié au XIXe siècle par les Français.

Édifices religieux[modifier | modifier le code]

Arrière-pays[modifier | modifier le code]

Timaamart de Tamokra fondée au XVe siècle par Sidi Yahia El Aidli un savant formé à Béjaïa.
Citadelle de Timzizdekt à El Kseur, bâtie lors du grand siège de la ville par les Zianides au XVIe siècle.

L'arrière-pays possède une organisation et un patrimoine en lien avec la ville de Béjaïa et son histoire. De nombreuses stèles aux écritures berbères lybiques ou néo-puniques datant de la période numide et de la diffusion des influences punique sont retrouvées dans la région. Ainsi dans la vallée de la Soummam, on retrouve les traces de la présence punique ou romaine qui ont marqué la ville (connue dans l'antiquité comme Saldae) ; c'est le cas des ruines de la cité de Tiklat (Tubusuptu)[62].

L'histoire médiévale de Béjaïa a également marqué les environs et la toponymie. Le triq sultan, la route royale, d'époque hammadide relie les Hauts-Plateaux, plus précisément leur première capitale : la Kalâa des Beni Hammad à Béjaiä. Les différentes luttes dynastiques pour s'emparer de la ville considérée comme stratégique ont laissé divers ouvrages fortifié dans la région.C'est le cas de la citadelle zianide à El Kseur qui bâtie par les assaillants avait pour but de s'emparer de Béjaïa alors aux mains des Hafsides.

Enfin l'exode des lettrés bougiottes au XVIe siècle, face aux Espagnols, va déplacer une partie de la riche tradition savante médiévale de Béjaïa vers les zaouïa ou timaamart de la région durant les « siècles obscurs » de la ville. Les plus illustres étant celles de Chellata, des Aït Yala et notamment de Cheikh el Mouhoub. Une partie des manuscrits de la ville, ou leur contenu recopié, ont été transmis par ce biais et ont permis aux historiens du XIXe siècle de se pencher sur l'histoire de la ville. Ces manuscrits abordent divers sciences pratiquées localement, notamment l'astronomie, traditionnellement pratiquée jusqu'au début du XXe siècle ; ils portent aussi sur la théologie musulmane dont Béjaïa fut un des centres d'étude de premier plan au cours de son histoire.

Les défis de la ville[modifier | modifier le code]

Un phénomène de « poissons morts » sur la Soummam.

La ville de Béjaïa est confrontée à de multiples défis urbains et environnementaux. C'est une ville en forte croissance démographique, dotée d'une interface portuaire et d'un secteur industriel dynamique ; mais l’insuffisance des politiques publiques urbaines font peser divers menaces sur la ville[63].

La ville a connut depuis la fin de période coloniale une urbanisation en « secteurs fonctionnels » qui n'a pas donné de résultat efficaces. La mise en place, au cours des années 1970, de vastes zones industrielles hétérogènes (pétrochimie, manufacture, agro-alimentaire...) à l'est de la ville (coté vallée de la Soummam) ont dépossédé l'urbanisation de la ville de toute logique urbaine. Leur proximité n'améliore pas leur efficacité et ils empiètent sur une partie stratégique de la ville en plus d'être source de pollution importante pour le fleuve, l'estuaire et la baie[64].

L'expansion démographique se fait au dépend des plaines fertiles du côté de la vallée de la Soummam et très peu sur les contrefort montagneux du Gouraya ; il s'en suit une bétonisation des surface cultivables et une altération de l’environnent immédiat de la ville. Le tournant des années 1970 voit ainsi la ville quitter la montagne pour envahir ces plaines qui servaient d'arrière-pays agricole. L'expansion de la ville se fait de manière anarchique, avec un manque de planification et donc de services publics dans les nouveaux quartier périphériques. Il y a également une saturation des axes routiers de la ville ou de sa périphérie, car aucune politique de transport d'envergure n'a été mise en oeuvre. L’autoroute devant desservir la ville est encore en travaux et les dessertes ferroviaires inefficaces contribuant à un certain inconfort des habitants dans leurs déplacements.

Ces éléments qui pèsent sur l'environnement se combinent à un afflux de touristes venant des villes algériennes intérieures sur le littoral en période estivale. Il n'y a pas de politique cohérente de gestion des déchets au niveau de la ville et des plages. La vallée de la Soummam est également bordée en amont par des zones industrielles comme celles d'Akbou qui déversent des polluants chimiques dans le fleuve sans aucun contrôle public rigoureux. Il existe d'ailleurs épisodiquement un phénomène de poisson mort sur le fleuve, dont on ne sait si il est lié à une réduction du débit du fleuve (et donc moins d'oxygénation pour les poissons) ou à la pollution[65]. Le site de la ville de Béjaïa apparaît donc comme fragilisé par les aménagements, les activités humaines et surtout le manque de planification et les insuffisances de l'État et des collectivités (wilayas et communes). La question d'un développement durable incluant la préservation du patrimoine, du site naturel et impliquant les habitants reste entière ; même si au niveau associatif ou universitaire une prise de conscience a déjà eu lieu, les actions ont une portée encore trop limitée pour améliorer durablement la situation[66].

Démographie[modifier | modifier le code]

Évolution historique de la population
Année Population
1901 14 600
1906 17 500
1911 10 000
1921 19 400
1926 15 900
1931 25 300
1936 30 700
1948 28 500
1950 43 900
1960 63 000
1974 104 000
1977 74 000
1987 114 500
1998 144 400
2008 177 988
Sources : Mokhtar Khelladi, Urbanisme et systèmes sociaux: la planification urbaine en Algérie et Office national des statistiques algérien[67].

La ville de Béjaïa a connu un début d'accroissement démographique dès la période coloniale. En effet elle réoccupe dès la fin du XIXe siècle son rôle de débouché naturel de la Kabylie, notamment de port d'exportation pour les produits agricoles. La ville attire donc une activité et une population nouvelle, facteurs combinés à des travaux d'urbanisme de grande ampleur ; mais avec un bilan contrasté. En effet il faut attendre la fin de la période coloniale pour voir une tendance durable à l'augmentation de la population citadine permanente. La décolonisation provoque l'exode des populations pieds-noires et juives de la ville. Cependant la courbe démographique irrégulière durant la période coloniale commença à se stabiliser après l'indépendance pour suivre une courbe ascendante nette sous les effets conjugués d'un accroissement naturel et surtout du flux d'habitants provoqué par un exode rural massif[67]. Le seuil des 100000 habitants est franchis dans les années 1970s. Il s'accompagne d'une urbanisation extensive et de plus en plus anarchique des environs, comme la plaine du Lekhmis. Sur 40 ans, s'étalant des années 1950 aux années 1990, la population et la surface de la ville se sont multipliés par 4. L'afflux des ruraux accentue le caractère berbère, et berbérophone de la ville en marginalisant numériquement la vieille population citadine au dialecte arabisé[Note 2].

Sur la période 1998-2008, le taux d'accroissement de la population est de 1,7 et le recensement de 2008 dénombre 177988 habitants selon l'Office national des statistiques. Le taux de scolarisation global est de 94,9 % (sur les six à quatorze ans). Le taux d'instruction dans l'enseignement supérieur il est de 11,2 % (des plus de six ans). L'analphabétisme de 18,5 % (des plus de dix ans).

Pyramide des âges de la commune de Béjaïa en 2008 en pourcentage[68].
Hommes Classe d’âge Femmes
0,21 
85 ans et +
0,25 
0,33 
80 à 84 ans
0,38 
0,63 
75 à 79 ans
0,67 
0,82 
70 à 74 ans
0,90 
0,97 
65 à 69 ans
1,04 
1,22 
60 à 64 ans
1,17 
2,14 
55 à 59 ans
1,80 
2,62 
50 à 54 ans
2,26 
2,85 
45 à 49 ans
2,68 
3,61 
40 à 44 ans
3,46 
4,07 
35 à 39 ans
3,95 
4,49 
30 à 34 ans
4,32 
5,38 
25 à 29 ans
5,20 
5,72 
20 à 24 ans
5,55 
4,73 
15 à 19 ans
4,69 
3,92 
10 à 14 ans
3,79 
3,30 
5 à 9 ans
3,22 
3,72 
0 à 4 ans
3,73 
0,09 
nd
0,12 


Administration et politique[modifier | modifier le code]

Institutions municipales et locales[modifier | modifier le code]

Siège de l'APC (assemblée populaire communale) de la commune de Béjaïa.

La commune de Béjaïa comporte une assemblée populaire communale (APC) composée de 33 élus élus au suffrage universel. Ils sont chargé d'élire le président de l'APC (ou maire). L’exécutif communal est composé de 06 Vices présidents et de 11 Délégués et l’exécutif de l’assemblée de 1 Président et 6 Adjoints[69]. Ces sièges sont répartis entre différents partis depuis les élections de 2012 : le FLN (14 sièges), le FFS (11 sièges), le RND (4 sièges) et le PT (4 sièges) ; le maire Hamid Merouani est issu de la majorité FLN-RND. La ville est également le siège de l'assemblée populaire de wilaya (APW) de la wilaya de Béjaïa, ainsi que de la daïra (qui gère les communes de Béjaïa et de Oued Ghir).

Budget[modifier | modifier le code]

Le budget primitif est de l'ordre de 3 251 253 599,27 DA (Dinars algériens) pour l'année 2016 ; équilibré en recettes et en dépenses. Les recettes sont constituées du produit de la fiscalité à hauteur de 30 250 448 460 DA, d'une subvention d'État à hauteur de 142 001 200,00 DA et de produits issus du patrimoine à hauteur de 84 207 553,27 DA. Les dépenses sont ventilées dans un pôle budget de fonctionnement de 2 196 111 624,93 DA qui lui-même se subdivise en crédit alloués à la masse salariale (1 091 320 458,55 DA) et en crédits consacrés aux fournitures et prestations (1 104 791 166,38 DA). L'autre pôle concerne les prélèvements pour les dépenses d'équipement et investissements qui s'élève à (1 055 141 974,34 DA).

Les recettes sont le produits, par ordre d'importance, de la taxe sur l'activité professionnelle, sur la valeur ajoutée, l’impôt forfaitaire unique, et les taxes sur le foncier et l'assainissement. Ils proviennent également de divers redevances administratives ou locatives et de dotation publiques (wilaya ou Etat). Les dépenses concernent l'aménagement et la voirie, les bâtiments et équipements administratifs, le fonctionnement des institutions scolaires, sportives et culturel, les équipements sanitaires et sociaux, l'urbanisme et l'habitat, les équipements industriels, artisanaux et touristiques et les services industriels et commerciaux[70].

Protocole d'amitié et jumelage[modifier | modifier le code]

Béjaïa a un protocole d'amitié avec :

Béjaïa est jumelée avec :

Économie[modifier | modifier le code]

Tableau général[modifier | modifier le code]

La ville est un nœud important pour la Kabylie ; elle sert d'interface entre la mer et la région, et au delà, pour les Hauts Plateaux. La ville est un carrefour industriel local ; les zones industrielles d'Akbou, de Sétif, et de la ville elle-même trouvent leur débouché par son port.

Cependant la géographie montagneuse de la région et le manque d'infrastructure de qualité sont les principaux freins à l'économie. Par exemple, la ville n'est desservie que par des routes nationales, l’autoroute est en cours de réalisation et doit être progressivement livrée par tronçon à partir de la fin de l'année 2017. Elle bénéficie cependant depuis les années 1960 de l'arrivée d'un oléoduc qui achemine les hydrocarbures sahariens et qui est pourvoyeur de capitaux. La ville a quand même réussi à se hisser à un rang important pour l'économie nationale, y compris dans les secteurs hors hydrocarbure. L’État algérien a investi au cours des années 1970 dans le pôle industriel de la ville avec des unités de production dynamiques. Cependant plusieurs faiblesses comme le manque d'investissement extérieurs, le manque de circuits pour favoriser l'exportation des productions locales (hors hydrocarbure) et l'absence d'un urbanisme cohérent entravent la croissance de la ville. Cet ensemble de facteurs minent le développement de la ville et son potentiel. Le taux de chômage officiel à l'échelle de la wilaya est de 12% en 2012[74]. Le taux d'activité est de 46.9% à l'échelle de la commune vers la fin des années 1990 parmi les plus de quinze ans[75].

Secteurs[modifier | modifier le code]

Usine Cevital en périphérie de la ville

La ville de Béjaïa possède un port de commerce international. Aujourd'hui la principale activité du port en terme de capitaux est l'exportation d'hydrocarbures. Cependant la ville de Béjaïa sert de marché local notamment aux produit locaux de l'artisanat, et des produits agricoles qui sont parfois sont exportées. Ainsi le port de Béjaïa est le second plus important du pays en termes de volume d'activité derrière celui d'Alger[76]. Les ports de Béjaïa et de Djendjen (Jijel) ont été retenus par les autorités algériennes pour participer à la nouvelle initiative de l’Union européenne portant création des Autoroutes de la mer (AdM) dont le but est d'augmenter les échanges intermodaux entre les ports des rives nord et sud de la Méditerranée, comme c'est le cas notamment pour les ports de Marseille, Agadir, Gabes et de Haifa. La ville de Béjaïa bénéficie également d'une activité de port de pêche, c'est un des secteurs qui est amené à se développer dans le futur[77]. Il faut donc remarquer que malgré le peu d'atouts naturels et l'enclavement de la ville, Béjaïa figure parmi les villes les plus dynamique de l'Algérie. Cependant les infrastructures restent insuffisantes et le développement de la ville en est tributaire.

La ville de Béjaia tire aussi profit de la production agricole de la région de Kabylie en ayant le rôle de marché local voir d'exportation des produits, avec l'oléiculture [78], la production de figues et l'apiculture. Au niveau national c'est aussi le siège de certaines entreprises agroalimentaires comme Ifri et des groupes comme Cevital s'y sont installés.

Au niveau de l'artisanat, la ville tire surtout profit de la production locale de vannerie et de poterie. La ville de Béjaïa essaye aussi d'exploiter son magnifique littoral méditerranéen et son patrimoine historique pour développer une activité touristique, cependant la majorité des touristes sont des algériens ou des immigrés originaires de la région[79].

Culture[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Musique kabyle et Musique arabo-andalouse.
Des Idheballen jouant de la musique à Béjaïa.

La ville comporte un patrimoine musicale riche mêlant les influences berbères et andalouses. Une partie de la culture bougiote est portée par un vieux dialecte citadin de la ville, l'arabe bougiote, d'origine médiévale. Le style de musique classique le çanâa est à l'origine indissociable de la culture religieuse de la ville. Il est en effet traditionnellement le domaine des lettrés, des cadis et cheikh de confréries, où l'initiation à cet art se faisait le plus souvent ; enrichi du patrimoines des musiques locales, notamment kabyles berbérophones. Cette transmission de la musique serait un héritage de la tradition savante médiévale de la ville. La ville doit également cette culture musicale à l'afflux d'Andalous et de Morisques au Moyen Âge. La ville est d'ailleurs un des centres (comme Alger, Constantine, Tlemcen...) de la musique andalouse en Algérie. Un illustre musicien de la ville, Cheikh Sadek El Béjaoui va remettre ce style au goût du jour au XXe siècle en entretenant un cercle musical puis en ouvrant une école qui formera divers musiciens reconnus dans des répertoires divers (traditionnels ou plus modernes)[80].

Un autre versant de la musique bougiote est un courant plus populaire, mêlant le chaâbi et la musique kabyle. Le chant kabyle trouve inspiration dans l'identité berbère de la ville, et ses poèmes ainsi que de l'afflux de population en provenance de l'arrière-pays. L'identité musicale de la ville est imbriquée : les musiciens sont formés aux chants kabyles lors de leur apprentissage du style andalou à Béjaïa et les musiciens kabyles s'appuient sur les instruments de la musique andalouse. La ville connaît, notamment depuis les années 1970, une ouverture aux sonorités du monde, particulièrement occidentales qui bénéfice à un renouveau de la musique d'expression kabyle[81].

En août, a lieu le festival annuel de la chanson engagée qui commémore la signature de la charte de la Soummam (août 1956), premier texte fondamental pour les institutions de l'Algérie moderne. L'association Project'heurts anime, chaque année les Rencontres Cinématographiques de Béjaïa, en 2010 ca sera la 9e édition. c'est l'une des manifestations culturelles les plus régulières de ce nouveau millénaire.

Musées et manifestations culturelles[modifier | modifier le code]

Dinar almohade local (XIIe siècle) exposé au musée bordj Moussa.

La ville de Béjaïa possède le musée du Borj Moussa, aménagé dans un ancien fort espagnol du XVIe siècle et où sont présentés des vestiges préhistoriques, romains et de l'époque hafside. Il abrite également une collection d'oiseaux et d'insectes de toute l'Afrique[82].

Depuis 2010, la ville voisine de Toudja abrite un musée de l'eau consacré aux techniques d'acheminement de l'eau, notamment à l'époque romaine. Les environs comportent encore les ruines de l'aqueduc permettant d'acheminer l'eau depuis Toudja à la ville durant l'Antiquité. Le site comporte des mosaïques, des thermes et des citernes d'époque romaine[83].

Bordj Moussa, fort du XVIe siècle converti en musée.

Arts et festivités[modifier | modifier le code]

Béjaïa accueille un festival international du théâtre, qui pour son édition 2016 à accueillis 17 pays. Outre les représentations en salle, il comporte divers ateliers populaires répartis de Béjaïa à Jijel [84].

La maison de la culture de la ville est également le siège de divers événements culturels. C'est le cas des célébrations de Yennayer (12 janvier), le nouvel an berbère, à l'occasion duquel un programme varié est mis en place. En effet la musique, la poésie et l'artisanat berbère sont particulièrement mis en valeur, mais également des thématiques environnementales et architecturales[85]. Des délégations du Maroc et de la Tunisie sont également présente, ainsi qu'une «  caravane berbère  » qui fait son entrée dans la ville le 12 janvier et qui comprend des participants venus de toute l'Algérie : des Touaregs d'Illizi, des participants de Ghardaïa, de Bouira, Tizi-Ouzou. Les festivités se terminent par un jeu de baroud le 13 janvier[85]. Le milieu associatif local est aussi le vecteur de divers champs artistiques ou culturels, allant des associations faisant la promotion de la peinture, ou de la photographie aux groupes d'étude universitaires sur les manuscrits scientifiques médiévaux de la ville[86].

Médias[modifier | modifier le code]

Comme toute les villes d'Algérie, Béjaïa est desservie par le bouquet terrestre national ENTV, comprenant entre autres la Chaîne 4 en langue tamazight. La ville est le siège d'une station spécifique à sa région : Radio Soummam, chaine de radio publique, généraliste et en langue tamazight (kabyle).

Situation linguistique[modifier | modifier le code]

Schéma des aires linguistiques du nord-est algérien, dont le kabyle.
Articles détaillés : kabyle et Arabe bougiote.

La ville est située en Kabylie, dans une région berbérophone. La ville possède, en partie, et depuis le Moyen Âge un dialecte arabe spécifique, l'arabe bougiote, qui est pratiqué notamment dans la haute ville[87].

Cet arabe bougiote, appelé tabğawit en kabyle, est pratiqué dans les quartiers les plus anciens de la haute ville (Karamane, Bab el Louz...) ; et attribué aux « grandes familles » de la ville. Il y a une opposition entre la Plaine(Lexmis) dont son quartier le plus ancien, Lhouma-ou-Bazine, peuplé de ruraux berbérophones et les quartiers de la haute ville. La ville s'étant agrandie jusqu'à inclure le village des Imezzayen. Ce noyau urbain berbérophone est reconnu comme authentiquement citadin même par les arabophones, a donné les bases d'un dialecte kabyle spécifique à la ville[87].

La persistance de l'arabe bougiote dans une ville berbère s'explique par le fait que historiquement la langue tamazight s’accommode mal avec le cadre urbain. Les montagnard berbérophones arrivant en ville furent surnommé les mouhouches ou imouhouchen (provenant de la forme tronquée Muḥ, du prénom typiquement kabyle Muḥand) et s'adaptaient au parler local une foi arrivés dans la haute ville. Cependant l'exode rural massif des berbérophones (et leur arrivé en ville) après l'indépendance du pays, va provoquer une nette progression du berbère qui s'accompagne d'une progression sur le plan administratif. Le printemps berbère de 1980 voit la ville revendiquer son identité berbère. Ainsi en 1991, le berbère est officiellement enseigné à l'université de Bejaïa et par la suite à l'école. Il s'en suit une valorisation du fait berbère et une dépréciation de l'arabe bougiote. L'arabe bougiote, menacé, il se maintient dans les quartiers de la haute ville désormais largement berbérisés. Pour les berbérophone il n'est d'ailleurs qu'une variante arabisée du kabyle[87].

Enseignement[modifier | modifier le code]

Béjaïa est un pôle universitaire important, la ville est dotée d'une université baptisée au nom de Abderrahmane Mira un martyr de la guerre d'Algérie. L'université est créée en 1983 avec un effectif de 205 étudiants et 40 enseignants pour passer à 22 792 étudiants pour 698 enseignants en 2006. L'université se déploie sur deux principaux sites: Targa Ouzemmour et Aboudaou. Elle compte actuellement sept facultés :la Faculté de Technologie, la Faculté des Lettres, des Sciences Humaines et du sport, la Faculté de Droit, la Faculté des Sciences Économiques, des sciences de gestion et des sciences commerciales, la Faculté de Médecine, la Faculté des Sciences Exactes, la Faculté de la Nature et de la Vie. L’évolution de la recherche scientifique au sein de l’université de Béjaïa est en progression permanente, elle est représentée actuellement par 20 laboratoires de recherche, agréés par le Ministère de L’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique.

La ville de Béjaïa comporte par ailleurs de nombreuses écoles de commerce et de gestion, dont l'École de sciences de gestion (ESG) et l'Institut International de Management (INSIM). La ville compte aussi plusieurs écoles de langues étrangères qui enseignent le français, (qui devient de plus en plus important dans la ville[88] et qui est souvent utilisé aux côtés de l'arabe dans l'administration), mais enseignant aussi parfois l'anglais, l'espagnol et l'allemand.

Artisanat[modifier | modifier le code]

Poterie traditionnelle kabyle.
Marchand ambulant d'objets artisanaux aux environs de Béjaïa.

La ville de Béjaïa possède un artisanat qui est l'expression de la culture citadine de la ville, comportant des legs andalous, et des influences berbères qui se confondent avec celles de l'arrière-pays. La ville sert d'ailleurs de débouché à l'artisanat de Kabylie (poterie, vannerie, produit dérivés de l'agriculture locale...) [89]. La ville est par ailleurs dotée d'une Chambre De L'artisanat Et Des Métiers qui gère ce secteur au niveau des wilayas de Béjaïa et Bouira[90].

Historiquement la ville doit son nom à la fabrication des bougies à base de cire d'abeille hérité du Moyen Âge alors que les bougies modernes sont faite à partir de paraffine. Ce savoir faire se perd au cours du temps, même si une poignée d'artisans et de familles le maintiennent toutefois[91]. La bougie en cire d'abeille n'a jamais connu historiquement un usage populaire rependu, en effet, onéreuse elle était le privilège des seigneurs ou de l’exportation et fut localement concurrencée par les lampes à huile en argile[89].

Une ville sainte ?[modifier | modifier le code]

La ville bénéficie d'une histoire religieuse riche et de nombreux mausolées et zaouïas sont présents dans la ville et l'arrière-pays. Elle est ainsi connue comme « la ville aux 99 saints » ; selon les tradition orales, les Kabyles affirment qu'il ne lui en manque qu'un pour égaler la Mecque[92]. La ville est d'ailleurs surnommée la « Petite Mecque » dès le Moyen Âge par Ibn Arabi et tel que rapporté par Ibn Khaldoun (El Mekka Es-Saghira)[93]. La sainte patronne de la ville est Yemma (qui signifie « maman ») Gouraya dont le mausolée est inclus dans le fort au sommet de la Montagne du même nom[94].

Visite au marabout Sidi Mohand Amokrane (début du XXe siècle).
La grande prière du 27e jour du ramadan (début du XXe siècle).

La ville est d'ailleurs le siège d'un pèlerinage au mois de ramadan qui attire des populations du Maghreb. Il comporte une grande prière le 27e jour de ce mois, qui est restée très populaire avant de tomber en désuétude au XXe siècle. Le statut de sainteté de la ville est d'ailleurs tombé progressivement en désuétude au cours des siècles, même si les visites des tombeaux des marabouts entretiennent cette mémoire[94].


Notes et références[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

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  2. « Wilaya de Béjaïa : répartition de la population résidente des ménages ordinaires et collectifs, selon la commune de résidence et la dispersion ». Données du recensement général de la population et de l'habitat de 2008 sur le site de l'ONS.
  3. « Brèves de Béjaïa — Avec 187 milliards de centimes, la commune n’est pas si riche », Liberté, no 5342,‎ , p. 9 (ISSN 1111-4290, lire en ligne).
  4. Gaya Hamimi, Grammaire et conjugaison amaziġ, L'Harmattan, (ISBN 978-2-7384-5406-5, lire en ligne), p. 23-24.
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Notes[modifier | modifier le code]

  1. Distances orthodromiques, dites aussi à vol d'oiseau
  2. Voir la sous-section « Situation linguistique », pour l'évolution des rapports entre l'arabe bougiote et le kabyle.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages
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  • Charles-André Julien, Histoire de l'Afrique du Nord : Des origines à 1830, Paris, Payot, (1re éd. 1951)
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  • Jeannine Verdès-Leroux, L'Algérie et la France, Robert Laffont, (ISBN 9782221109465, lire en ligne)
  • Gaya Hamimi, Grammaire et conjugaison amazigh, Editions L'Harmattan, (ISBN 9782296340473, lire en ligne)
  • Haddadou, Dictionnaire toponymique et historique de l'Algérie: comportant les principales localités, ainsi qu'un glossaire des mots arabes et berbères entrant dans la composition des noms de lieux, Achab, (ISBN 9789947972250, lire en ligne)
  • Achou Cheurfi, Dictionnaire des localités Algériennes, Casbah, (ISBN 9789961643365, lire en ligne)
  • Sid-Ahmed Souiah, Villes intermédiaires dans le monde arabe, Harmattan, (ISBN 9782296042124, lire en ligne)
  • Gilbert Buti et Philippe Hrodej, Histoire des pirates et des corsaires : De l'Antiquité à nos jours, CNRS Editions, (ISBN 9782271093134, lire en ligne), « Les opérations navales »
  • Achour Cheurfi, L'encyclopédie maghrébine, Casbah éditions, (ISBN 9789961646410, lire en ligne)
  • Ministère de l'information, Bejaïa, Ministère de l'information; diffusion: SNED, (lire en ligne)
  • Laurent-Charles Féraud et Nedjma Abdelfettah Lalmi, Histoire de Bougie, Éd. Bouchène, (ISBN 9782912946287, lire en ligne)
  • Djamil Aïssani et Mohammed Djehiche, Les échanges intellectuels Béjaia-Tlemcen, Tlemcen, capitale de la culture islamique, , 144 p. (ISBN 978-9961-9981-8-2)
  • (en) Gilles Ferréol et Abdel-Halim Berretima (éd.), La Ville méditerranéenne : Défis et mutations: Actes de colloque international (28-29/11/13, Béjaïa), EME éditions, (ISBN 9782806635341, lire en ligne)
  • Atlas des aires protégées en Algérie : Parcs nationaux, réserves naturelles et zones humides vus par Alsat-1, Alger, Agence spatiale algérienne, , 41 p. (lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Ali Loukkas (conception) et al., Atlas des parc nationaux algériens, Théniet El Had, Parc national de Théniet El Had, , 92 p. (lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
Contributions à une publication périodique
  • Nedjma Abdelfettah Lalmi, « Du mythe de l’isolat kabyle », Cahiers d’études africaines, no 175,‎ , p. 507-531 (lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
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  • (en)T.C. Scott et P. Marketos, « On the Origin of the Fibonacci Sequence », MacTutor History of Mathematics archive, University of St Andrews,‎ (lire en ligne)
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  • Zahia Dali Bouchemal, « La Poésie populaire arabe bougiote : le cas de Sadeq el Bedjawi », Thèse de Doctorat, Université de Paris IV Sorbonne,‎
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  • Youcef Allioui, Les Archs, tribus berbères de Kabylie: histoire, résistance, culture et démocratie, L'Harmattan, (ISBN 9782296013636, lire en ligne)
  • Youssef Benoudjit, La Kalaa des Béni Abbès au XVIe siècle, Dahlab, (ISBN 9789961611326, lire en ligne)
  • Ministère de l'information, Bejaïa, SNED, (lire en ligne)
  • Annales algériennes de géographie, Institut de géographie de l'Université d'Alger, (lire en ligne)


Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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