École de Glasgow

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L’école de Glasgow est un mouvement littéraire fondé par Alasdair Gray, James Kelman et Tom Léonard au début des années 1970. L'école tire son nom d’un groupe de peintres de Glasgow dont faisait partie Alasdair Gray (Glasgow School of Art). Elle a commencé à Glasgow et s’y concentre toujours aujourd’hui, même si d’autres auteurs écossais y ont depuis été rattachés. Le mouvement a influencé la littérature écossaise, britannique et même mondiale.

Pour le critique littéraire André Clavel, l'école de Glasgow « est un aréopage de romanciers aux idées noires, qui peignent le naufrage des grandes cités industrielles en réinventant Dickens et Zola dans la patrie de Stevenson »[1].

Les écrivains de l’école de Glasgow ont en commun une tradition écossaise de réalisme social, le goût du détail vrai, l’intérêt pour les classes populaires, l’emploi intensif du parler écossais et la protestation sociale contre l’abaissement des classes populaires, contre la vacuité de la vie contemporaine. En outre, comme dans tout mouvement réaliste, ils sont en recherche constante de sujets d’actualité, souvent dérangeants : drogue, sexe, crime, violence, corruption. Ainsi coupée « délibérément de tout passé littéraire », l’école décrit « la réalité sociale de l’Écosse contemporaine[2].

Politiquement, les fondateurs étaient tous de « tendance socialiste », opposés à la guerre du Viêt-Nam et à la politique de Margaret Thatcher. Cependant, la « fiction prime toujours sur la politique » et les écrivains écossais plus jeunes semblent moins engagés[3].

Pour un écrivain écossais, employer la langue écossaise est un acte politique. Les écrivains de Glasgow insistent particulièrement sur le fait que l’utilisation dans leurs œuvres du parler écossais tel qu’il est pratiqué dans cette ville restaure la dignité et la culture de la classe populaire : écrire sur ces gens sans se servir de leur langage serait leur faire insulte.

Alan Warner (Morvern Callar) et James Kelman (Le Poinçonneur Hines) « soutiennent l’hypothèse de l’égalité linguistique : toutes les langues se valent, il n’existe ni règle fixe ni point de référence unique ; le système politique central est refusé comme est rejetée Londres, capitale culturelle »[4]. Lorsque James Kelman obtint le Booker Prize en 1994 pour How late it was, how late, plusieurs jurés démissionnèrent contre son utilisation trop fréquente du mot « fuck »[5].

Irvine Welsh est très souvent associé à l’école de Glasgow par son attachement à reproduire le vrai langage et la culture des classes populaires. Bien qu’il soit originaire d’Édimbourg, son univers entièrement consacré à cette ville rappelle la passion des écrivains de Glasgow pour la leur et ils partagent bien sûr une même culture écossaise. La différence la plus notable est plutôt politique : Welsh n’est absolument pas nationaliste et il raille même l’indépendantisme écossais (Gray, Kelman, Banks sont officiellement indépendantistes) et ses nouvelles élites dans ses romans. Dans Recettes intimes de grands chefs, un indépendantiste perd sa virilité alors qu’il fabrique une bombe entre ses cuisses : puissante métaphore et antithèse d’un Alasdair Gray qui vante les mérites d’une Nouvelle-Écosse.

Une des caractéristiques du courant a été le recours au fantastique. Aladstair Gray, George MacBeth, Margaret Elphinstone, Ron Butlin ont tous utilisé dans leurs œuvres le fantastique ou le bizarre. Lanark d’Aladstair Gray est un des plus importants romans contemporains de fantasy et de science-fiction. Iain Banks est considéré comme un écrivain majeur et particulièrement novateur de la science fiction[6].

L’école de Glasgow a influencé aussi des auteurs de noir et de polar, Ian Rankin (originaire d’Edimbourg) est parfois cité comme en faisant partie[7].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Iain Banks, Le Cycle de la Culture
  • John Burnside, Les Empreintes du diable, traduit par Catherine Richard, Métailié, 2008
  • Ron Butlin, Appartenance, traduit par Brice Matthieussent, Stock, 2008
  • Hal Duncan, Vélum, traduit par Florence Dolisi, Denoël, 2008
  • Alasdair Gray, Lanark, traduit par Céline Schwaller, Métailié, 1981
  • Alasdair Gray, James Kelman et Agnes Owen, Histoires maigres, traduit par Catherine Richard, Passage du Nord-Ouest, 2008
  • James Kelman, How late it was, How Late, non traduit en français, 1994
  • Tom Léonard, Glasgow Poem, non traduit en français, 1976
  • Ian Rankin, L'étrangleur d'Édimbourg, traduit par Frédéric Grellier, Le Livre de poche, 2004
  • Irvine Welsh, Trainspotting, traduit par Eric Lindor Fall, Point, 1996
  • Irvine Welsh, Recettes intimes de Grands Chefs, traduit par Laura Derajinski, Au Diable Vauvert, 2008
  • Alan Warner, Le Dernier Paradis de Manolo, traduit par Brice Matthieussent, Christian Bourgois, 2007
  • Janice Galloway, The trick is to keep breathing, 1989

Sources[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le Temps, 23 février 2002
  2. »Christine Jordis, Le Monde des livres, 22 février 2008
  3. Fabrice Lardreau,Transfuge n°5, janvier 2005
  4. Christine Jordis, Le Monde des livres, 22 février 2008
  5. Fabrice Lardreau, Transfuge n°5, janvier 2005
  6. Le Cafard cosmique
  7. Catherine Argand, Bernard Morlino, Lire, septembre 2000.