William Masters et Virginia Johnson

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William Howell Masters ( - ) et Virginia Eshelman Johnson ( - [1]) sont des sexologues américains. Ils furent pionniers en matière de sexologie humaine[2] ainsi que pour le diagnostic et le traitement des troubles et dysfonctionnements sexuels de 1957 aux années 1990[3].

Les travaux de Masters et Johnson ont commencé au Département d'obstétrique et de gynécologie de l'Université de Washington à St. Louis, et se sont poursuivis à l'institut de recherche indépendante à but non lucratif qu'ils ont fondé à St. Louis en 1964, à l'origine appelé "Reproductive Biology Research Foundation" et renommé ensuite "Masters and Johnson Institute" en 1978.

Dans la phase initiale de leurs études, de 1957 à 1965, ils ont enregistré certaines des premières données de laboratoire sur l'anatomie et la physiologie de la réponse sexuelle humaine basées sur l'observation directe de 382 femmes et 312 hommes dans ce qu'ils estiment prudemment être " 10 000 cycles complets de réponse sexuelle ". Leurs résultats, en particulier sur la nature de l'excitation sexuelle de la femme(en décrivant par exemple, les mécanismes de lubrification vaginale et démystifiant la notion largement répandue que la lubrification vaginale provenait du col de l'utérus) et l'orgasme.

Ils ont écrit conjointement deux ouvrages classiques dans le domaine, «Human Sexual Response» et «Human Sexual Inadequacy», publiés respectivement en 1966 et 1970. Ces deux livres sont des best-sellers et ont été traduits dans plus de trente langues.

Biographies[modifier | modifier le code]

William Masters était gynécologue. Avant ses travaux sur la sexualité, il s'est illustré dans la gynécologie « académique », en décrivant en particulier le syndrome de Master et Allen, avec un confrère. Il commence ses recherches en sexologie en 1957. Il engage Virginia Johnson en tant qu'assistante.

Après une phase de recherches cliniques, Masters et Johnson ouvrent une clinique pour traiter les troubles sexuels de couples, et sont les premiers à proposer une sexothérapie. Leurs principes thérapeutiques sont d'ordre cognitivo-comportementalistes. Ils recommandent que les thérapeutes soient deux, un homme et une femme, pour traiter les couples qui consultent. Un des points phares de leurs principes de sexothérapie est le sensate focus : retrouver le plaisir du toucher sensuel dans le couple, d'abord de façon non sexuelle.

Travaux de recherche[modifier | modifier le code]

Masters et Johnson se sont rencontrés en 1957 lorsque William Masters a engagé Virginia Johnson comme assistante de recherche pour entreprendre une étude approfondie de la sexualité humaine. Auparavant, l'étude de la sexualité humaine (sexologie) avait été un domaine d'étude largement négligé en raison des conventions sociales restrictives de l'époque, avec la prostitution comme exception notable.

Héritage des travaux d'Alfred Kinsey[modifier | modifier le code]

Alfred Kinsey et ses collègues de l'Université de l'Indiana avaient déjà publié deux volumes sur le comportement sexuel chez l'homme et la femme (connus sous le nom de rapports Kinsey), respectivement en 1948 et 1953, tous deux révolutionnaires et controversés à l'époque. À son apogée, le maccarthysme des années 50 et 60 tendait à imposer une morale victorienne selon laquelle le sexe était acceptable uniquement s'il avait un but procréatif, et créait une atmosphère culturelle et politique défavorable aux études scientifiques de la sexualité humaine. La légitimité de Masters en tant que gynécologue établi permet au fil du temps, et malgré les obstacles liés aux préjugés moraux de l'Amérique des années 60, de recruter 382 femmes et 312 hommes dont la grande majorité des participants vivaient maritalement, avec un niveau d'éducation supérieur.

Dans le sillage de Kinsey[4], William Masters et Virginia Johnson initièrent à leur tour une étude à grande échelle sur le comportement sexuel. Les travaux de Masters et Johnson coïncident avec la révolution sexuelle des années 1960. L'approche comportementale de Kinsey servit de fondation à l'étude de Masters et Johnson[5], qui approfondissent les aspects biologiques et physiologiques de l'activité sexuelle dans leur étude de la réponse sexuelle humaine. Ils furent pionniers en matière de sexologie et de sexothérapie[6].

Kinsey avait principalement enquêté sur la fréquence à laquelle certains comportements se produisaient dans la population, ses travaux étaient basés sur des entretiens personnels et non sur des observations en laboratoire. Masters et Johnson se sont orientés vers l'étude de la structure, la psychologie du comportement sexuel, en observant, en mesurant et étudiant de façon scientifique les effets physiologiques de la masturbation et des rapports sexuels en laboratoire. En plus d'enregistrer certaines des premières données physiologiques du corps humain et des organes sexuels pendant l'excitation sexuelle, ils ont également formulé leurs découvertes et leurs conclusions dans un langage qui présentait le sexe comme une activité saine et naturelle, qui pouvait être appréciée comme source de plaisir et d'intimité.

Modèle de la réponse sexuelle humaine en 4 étapes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Réponse sexuelle humaine.

Masters et Johnson ont analysé en détail la réponse sexuelle tant féminine que masculine ; ils ont décrit les quatre phases constituant le « cycle sexuel » :

Leur modèle fait pas la distinction entre les catégories d'orgasme vaginal et d'orgasme clitoridien envisagées par Sigmund Freud: leurs études concluent que la réponse physiologique est identique quelle que soit la stimulation.

Les résultats de Masters et Johnson ont également révélé que les hommes subissent une période réfractaire après l'orgasme au cours de laquelle ils ne sont plus en mesure d'éjaculer, alors qu'il n'y a pas de période réfractaire chez les femmes, expliquant la capacité des femmes à obtenir des orgasmes multiples[7]. Ils ont également été les premiers à décrire le phénomène des contractions rythmiques de l'orgasme chez les deux sexes se produisant initialement à 0,8 seconde d'intervalle, puis ralentissant progressivement à la fois en vitesse et en intensité.

Réponse sexuelle chez la personne vieillissante[modifier | modifier le code]

Masters et Johnson ont été les premiers à mener des recherches sur la réactivité sexuelle des personnes âgées, constatant qu'étant donné un état de santé raisonnablement bon et la disponibilité d'un partenaire intéressé et intéressant, il n'y avait pas d'âge absolu auquel les capacités sexuelles disparaissaient. Bien qu'ils aient noté qu'il y avait des changements spécifiques dans les schémas des réponses sexuelles masculines et féminines avec le vieillissement (par exemple, il faut plus de temps aux hommes plus âgés pour se réveiller, ils nécessitent généralement une stimulation génitale plus directe, la vitesse et la quantité de lubrification vaginale ont tendance à diminuent également avec l'âge). Ils ont noté que de nombreux hommes et femmes plus âgés sont parfaitement capables d'excitation et d'orgasme jusque dans la soixantaine et au-delà[8].

Dysfonction sexuelle, thérapies[modifier | modifier le code]

Leurs recherches sur l'anatomie et la physiologie de la réponse sexuelle ont été un tremplin pour développer une approche clinique du traitement des problèmes sexuels d'une manière révolutionnaire. Avant 1970, lorsqu'ils ont présenté leur programme de traitement au monde pour la première fois, les dysfonctionnements sexuels tels que l'éjaculation précoce, l'impuissance, le vaginisme et la frigidité féminine avaient généralement été traités par une psychothérapie ou une psychanalyse à long terme (pluriannuelles) avec des faibles taux de réussite.

Masters et Johnson ont révolutionné les choses en concevant une forme de psychothérapie de traitement rapide (2 semaines) impliquant toujours un couple, plutôt qu'un simple individu, travaillant avec une équipe de thérapeutes hommes-femmes qui a abouti à un taux de réussite de plus de 80%.

Spectatorisme[modifier | modifier le code]

Ils sont aussi à l'origine de quelques termes, comme par exemple spectatoring, qui désigne le fait pour une personne, lors d'une activité sexuelle, de se focaliser sur elle-même tout en entretenant un monologue intérieur critique sur sa propre performance ou ses attributs physiques, et ce au détriment de ses sensations.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) William.H. Masters et Virginia. E. Johnson, Human Sexual Response, Little, Brown and Co, (ISBN 0-3165-4987-8).
    • (fr) traduction par Francine Fréhel et Marc Gilbert : Les Réactions sexuelles, R. Laffont, 1967
  • (en) W.H. Masters et Johnson, V.E., Human Sexual Response, Toronto; New York, Bantam Books, (ISBN 0-5532-0429-7).
  • (en) W.H. Masters et Johnson, V.E., Human Sexual Inadequacy, Toronto; New York, Bantam Books, (ISBN 0-5532-0699-0).
  • (en) W.H. Masters et Johnson, V.E., The Pleasure Bond, Toronto; New York, Bantam Books, (ISBN 0-5532-0915-9).
  • (en) W.H. Masters et Johnson, V.E., Homosexuality in Perspective, Toronto; New York, Bantam Books, (ISBN 0-5532-0809-8).
  • (en) W.H. Masters et Johnson, V.E.; Kolodny, R.C, Heterosexuality, New York; London, HarperCollins, (ISBN 0-7225-3027-7).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Margalit Fox, « Virginia Johnson, Widely Published Collaborator in Sex Research, Dies at 88 », New York Times,‎ (lire en ligne).
  2. « Masters and Johnson » [archive du ], The Discovery Channel (consulté le 22 septembre 2011)
  3. (en) Federation of Feminist Women's Health Centers (FFWHC), A New View of a Woman's Body, Feminist Heath Press, (ISBN 978-0-9629945-0-0), p. 46
  4. Disorders of Desire: Sexuality and Gender in Modern American Sexology par Janice M. Irvine, page 37 « An ideological precursor: Kinsey blazed a trail for the later sex researchers, Masters and Johnson.» [1]
  5. Human Sexual Response, William Masters Virginia Johnson, page 3 « Kinsey and co-workers published a monumental compilation of statistics reflecting patterns of sexual behavior in this country from 1938 to 1952. These reports of human sexual practices obtained by techniques of direct interrogation offer an invaluable baseline of sociologic informations» [2]
  6. Lire à ce sujet les articles « Kinsey, Alfred », « Masters & Johnson » dans [Dictionnaire de la pornographie, Paris, Presses universitaires de France, 2005, p. 551-555.
  7. (en) John Archer, Barbara Lloyd, Sex and Gender, Cambridge University Press, , 85–88 p. (ISBN 978-0521635332, lire en ligne)
  8. Asgeir Helgason, Jan Adolfsson, Paul Dickman, Stefan Arver, Mats Fredrikson, Marianne Göthberg et Gunnar Steineck, « Sexual Desire, Erection, Orgasm and Ejaculatory Functions and Their Importance to Elderly Swedish Men: A Population-based Study », Age and Ageing, vol. 25, no 4,‎ , p. 285–291 (PMID 8831873, DOI 10.1093/ageing/25.4.285)