Appel du 17 juin 1940

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L'Appel du 17 juin 1940 désigne un tract de Charles Tillon, qui aurait été diffusé à Bordeaux.

Le contexte politico-diplomatique et militaire[modifier | modifier le code]

Ce même jour, le maréchal Pétain, nommé président du Conseil par le président Albet Lebrun[1] fait un discours radiophonique :

« À l’appel de Monsieur le Président de la République, j’assume à partir d’aujourd’hui la direction du gouvernement de la France. Sûr de l’affection de notre admirable armée qui lutte, avec un héroïsme digne de ses longues traditions militaires, contre un ennemi supérieur en nombre et en armes ; sûr que, par sa magnifique résistance, elle a rempli ses devoirs vis-à-vis de nos alliés ; sûr de l’appui des anciens combattants que j’ai eu la fierté de commander, sûr de la confiance du peuple tout entier, je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur. En ces heures douloureuses, je pense aux malheureux réfugiés, qui dans un dénuement extrême sillonnent nos routes. Je leur exprime ma compassion et ma sollicitude.
C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat. Je me suis adressé cette nuit à l’adversaire pour lui demander s’il est prêt à rechercher avec moi, entre soldats, après la lutte et dans l’honneur, les moyens de mettre un terme aux hostilités. Que tous les Français se groupent autour du gouvernement que je préside pendant ces dures épreuves et fassent taire leur angoisse pour n’obéir qu’à leur foi dans le destin de la patrie[2]. »

Ce discours et cette nomination font suite à la démission de Paul Reynaud du poste de Président du Conseil.

Entre le et le , l'armée belge faisait défection, et la Grande-Bretagne décidait, sans concertation avec le commandement français, de replier son armée en rembarquant par Dunkerque la totalité de son corps expéditionnaire de 200 000 hommes, ainsi que 140 000 Français, laissant le reste de l'armée française seule face aux Allemands.

Le représentant de Churchill auprès du gouvernement français, le général Edward Spears, est venu à Bordeaux le pour tenter de convaincre Paul Reynaud et Georges Mandel, ministre de l'Intérieur, de rejoindre Londres, mais sans succès[3],[4]. Reynaud allait démissionner et Mandel était sur le point d'embarquer à bord du paquebot Massilia pour continuer la guerre depuis l'Afrique du Nord. Résolu de longue date à refuser la défaite et à continuer le combat, de Gaulle décide de repartir à Londres ce même jour et Spears l'accompagne dans l'avion mis à disposition de De Gaulle par Churchill pour son voyage de retour en France la veille[5].

Le tract[modifier | modifier le code]

Ce texte a pu être présenté comme un appel à la résistance au fascisme hitlérien (il revendique notamment la « formation d'un gouvernement populaire (…) luttant contre le fascisme hitlérien et les 200 familles »). Selon Yves Santamaria, il n'est toutefois que « modérément décalé par rapport aux analyses kominterniennes », dénonce la guerre comme impérialiste et rejette l'alliance avec l'Angleterre[6]. Pour leur part, Jean-Pierre Besse et Claude Pennetier sont sensibles à la différence de ton entre ce tract, offensif envers l'hitlérisme, et les comportements plus ambigus à la même période d'autres membres de la direction du parti (dont Jacques Duclos). Le tract de Charles Tillon leur semble symptomatique de la pensée d'un dirigeant proche des milieux syndicalistes, davantage en prise avec la classe ouvrière, et qui ne s'est rendu qu'une fois (en 1931) en Union soviétique[7].

Un texte plus long, d'une vingtaine de pages, publié également à Bordeaux le 18 juillet (le « manifeste de Bordeaux »), reprend et développe les mêmes thèmes, vilipendant plus vivement encore l'hitlérisme mais aussi le régime de Vichy et l'armistice, qualifié de « pacte de bourreaux »[7].

Texte de l'Appel du 17 juin 1940[modifier | modifier le code]

« Les gouvernements bourgeois ont livré à Hitler et à Mussolini : l’Espagne, l’Autriche, l’Albanie et la Tchécoslovaquie… Et maintenant, ils livrent la France. Ils ont tout trahi. Après avoir livré les armées du Nord et de l’Est, après avoir livré Paris, ses usines, ses ouvriers, ils jugent pouvoir, avec le concours de Hitler, livrer le pays entier au fascisme. Mais le peuple français ne veut pas de la misère de l’esclavage du fascisme. Pas plus qu’il n’a voulu de la guerre des capitalistes. Il est le nombre : uni, il sera la force. Pour l’arrestation immédiate des traîtres. Pour un gouvernement populaire s’appuyant sur les masses, libérant les travailleurs, établissant la légalité du parti communiste, luttant contre le fascisme hitlérien et les 200 familles, s’entendant avec l’URSS pour une paix équitable, luttant pour l’indépendance nationale et prenant des mesures contre les organisations fascistes. Peuple des usines, des champs, des magasins, des bureaux, commerçants, artisans et intellectuels, soldats, marins, aviateurs encore sous les armes, UNISSEZ-VOUS DANS L’ACTION ! »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ferro 1987, p. 84-85.
  2. Ferro 1987, p. 85-86.
  3. Lacouture 1984, p. 349-354.
  4. Roussel 2002, p. 117-124.
  5. Roussel, p. 117-124.
  6. Yves Santamaria, article cité en bibliographie, p. 331. Cité par Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre, L'affaire Guy Môquet. Enquête sur une mystification officielle, Larousse, 2009, p. 76.
  7. a et b Jean-Pierre Besse et Claude Pennetier, Juin 40, la négociation secrète, éd. de l'Atelier, 2006, p. 157-159.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Yves Santamaria, « L'appel du 17 juin de Charles Tillon », dans Max Lagarrigue (dir.), 1940, La France du repli. L'Europe de la défaite, Toulouse, Privat, 2001.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]