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Zouaoua

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Les Zouaoua, Zwawa, ou Gawawa (en berbère : ⵉⴳⴰⵡⴰⵡⵏ (Igawawen), sont un ensemble, puis une confédération tribale berbère de Kabylie ; ils tirent leur nom d'un des massifs montagneux de la région : l'Agawa. Ils étaient localisés à Béjaia, et a Dellys[1].

Sous époque Ottomane, ils avaient pour réputation d'être les meilleurs soldats de toute la régence d'Alger.

Étymologie

Dans l’ouest algérien, les Kabyles peuvent être désignés sous le nom de Zouaoua/Zouaoui[2]. Zouaoua a donné en français zouave, puisque les premiers fantassins indigènes étaient originaires de cette confédération.

Selon certaines sources, Zouaoua serait une déformation par les arabophones du nom Amazigh Agawa, un massif au cœur de la Grande Kabylie, dont le pluriel Igawawen[3], était le nom d'une ancienne et puissante confédération de huit tribus organisées en deux groupes : At Betrun (At Yanni, At Budrar, At Bu Akkach, At Wasif) et At Mengellat (Ath Mengellat, Ath Bu Yusef, Ath Weqbil, Ath Attu, Ath ililltene et At Sedka).

Toutefois, selon le professeur Salem Chaker le terme Zouaoua/Zouaoui utilisé par les arabophones ne doit pas être relié à agawa/igawawen mais plutôt à azwaw/izwawen (prénom kabyle et nom de clan répandu en Kabylie).

Dans les premières sources arabes, le terme Zwāwa est utilisé pour désigner les combattants Kabyles plutôt que les Igawawen en particulier. Bien que le sens indique toujours les berbères, il n'est pas clair, la signification originale était un seul groupe ethnique en soi, ou avait d'autres implications ethniques-sociales telles que «guerriers berbères», «hommes kabyles», «bandits kabyles», etc. Salem Chaker démontre que Izwawen est le véritable nom ancien et autochtone des Kabyles qui « comble de la dépression historique ont presque oublié leur véritable nom[4]».

Dérivé

Au XIXe siècle, le terme zouaoua peut être employé pour désigner les Kabyles habitant la Grande Kabylie, ou même par extension le territoire correspondant. En arabe le terme zouaouïah permet même de désigner la langue parlée par les Zouaoua[5].

Historiquement, l'émigration des Zouaoua dans les grandes villes (Alger, Béjaïa et même Tunis), font qu'ils sont recrutés comme mercenaires pour former des troupes. Le mot « zouave » utilisé dans le vocabulaire militaire français pour désigner un certain type d'unité d'Afrique du nord serait ainsi dérivé du mot zouaoua. L'origine de ce mot remonterait à avant la conquête française, car il est déjà attesté dans les descriptions en français de la régence d'Alger, même s'il est peu usité[5].

Origine

Les Zouaoua étaient connus des Romains sous le nom de Jubalènes[6].

Leur existence est attestée depuis au moins l'époque Fatimide, où ils sont alliés des Kutamas dans le soutien à cette dynastie[7]. Ils sont décrits par Ibn Khaldoun au Moyen Âge comme occupant le littoral allant de Tadelles à Béjaïa (petite-Kabylie); cet ensemble de tribus, s'il dépend nominalement du sultan de Béjaïa se caractérise déjà par son autonomie voire son indépendance vis-à-vis du pouvoir central, trait qu'il conservera jusqu'au XIXe siècle. Au début du XVIe siècle, le pays zouaoua voit se constituer un sultanat ou principauté, appelé royaume de Koukou autour de la famille des Belkadi qui exerce son autorité sur un certain nombre de zouaoua. Ce sultanat et les zouaouas sont soumis à la pression de l'établissement d'un nouveau régime, la régence d'Alger, mais maintiennent leur indépendance. Au XVIIIe siècle, le pouvoir des Belkadis s’effondre, le royaume de Koukou éclate et les Zouaoua reforment alors une confédération tribale indépendante du pouvoir d'Alger jusqu'à la conquête française dans la deuxième moitié du XIXe siècle[5].

Ibn Khaldoun est l'un des historiens et sociologues à l'origine de ce nom propre de langue arabe visant à désigner ce groupement de tribus berbères et non arabes. Zouaoua est, chez les auteurs arabes (dont Ibn Battûta et Ibn Hazm), et selon les arabophones contemporains, un nom masculin pluriel, Zouaoui au singulier et Zouaouiya au féminin singulier (substantif et adjectif : de la tribu des Zouaoua : Al-Zwâwiz nom propre masculin).

Zwawa ou Zouaoua étant une transcription d'un pluriel en langue arabe, le nom propre ne peut pas prendre de "s" en français comme c'est parfois le cas.

Selon certains auteurs, les Zouaoua sont rattachés aux Zénètes. Toutefois il semble que cette thèse soit due à une confusion avec une tribu du nom de Zouaza faisant partie du groupe Zénète. Les généalogistes des Berbères tel Ibn Hazm classent plutôt les Zouaoua dans le groupe Kutama, opinion partagée et admise par Ibn Khaldoun. Dans tous les cas, ces deux historiens arabes spécialistes des traditions généalogiques berbères les comptent[8] au nombre des peuples kutamiens.

Histoire

Époque Ottomane

Les zouaoua étaient célèbre sous époque ottomane pour avoir fournis les Ottomans[9] en contingents à de nombreuses reprises, notamment lors de la prise de Fès en 1576[10], ou encore la bataille des trois rois en 1578[11]. ils avaient pour réputation d'être parmi les meilleurs soldats de toute la régence d'Alger[12].

Leur soumission envers la régence était juste nominale, ils ne payaient pas de tribut, ils étaient assez connu à Alger, ou ils s'y rendaient pour commercer.

Au XIXe siècle, le dey d'Alger Ali Khodja s'entoure d'une garde exclusivement composée de Kabyles, notamment Zouaoua[13].

Liste des tribus

Ibn Khaldoun a dressé deux listes de tribus et confédérations qui composent la confédération des Zouaoua.

La première liste

La première liste se base sur une étude des appellations anciennes. Le regret est double d'une part, nous fait remarquer William Mac Guckin de Slane, elle est issue d'une ancienne traduction dont la source est de langue arabe et certainement altérée dans le temps, d'autre part elle ne distingue pas les tribus des confédérations qui composent l'immense confédération Zouaoua.

Ceci étant, elle a le mérite d'exister et de constituer une donnée unique sur l'histoire de cette époque et de cette région du monde.

  • les Medjesta,
  • les Melîkich,
  • les Béni Koufi,
  • les Mecheddala,
  • les Béni Zerîcof,
  • les Béni Gouzît,
  • les Keresfina,
  • les Ouzeldja,
  • les Moudja,
  • les Zeglaoua
  • et les Béni Merana.

La deuxième liste

Pour reprendre avec exactitude la liste d'Ibn Khaldoun, les tribus appartenant à une confédération sont listées entre parenthèses avec la confédération à laquelle elles appartiennent:

Un fait est cependant surprenant, en effet, Ibn Khaldoun ne mentionne pas dans cette liste quatre tribus qu'il intègre plus loin dans le texte. Notamment deux d'entre elles que l'on retrouve les lignes suivantes.

Ce qui donne lieu à une liste complémentaire que l'on peut qualifier de troisième liste.

La troisième liste

Lorsqu'on parle de la grande Kabylie, il est utile de distinguer la haute Kabylie de la basse Kabylie (Kabylie maritime), naturellement séparées par l'oued Sebaou. De cette manière on constate que les tribus et confédérations qu'Ibn Khaldoun rattache à la grande confédération des Zaououa sont toutes de la haute Kabylie à l'exception des, localisée sur le versant ouest du mont Akfadou et des Aït Ghobri. D'ailleurs ces deux groupements sont dans les us et coutumes rattachés aux tribus et confédérations de la basse Kabylie.

Aujourd'hui la tribu des At Waghlis (wilaya de Béjaïa), qui occupe le versant Est de l'Akfadou, s'étalant dans la vallée de La Soummam, et donc proche voisine des Aït Idjer se revendique aussi comme ayant appartenu à la confédération des Zaououa[16]

Notes et références

  1. Jane E. Goodman, Berber Culture on the World Stage: From Village to Video, Indiana University Press, , 256 p. (ISBN 9780253111456, lire en ligne), p. 181
  2. Malha Benbrahim, professeur à l'Inalco, Documents sur Fadhma N’Soumeur (1830-1861), Clio, numéro 9/1999, Femmes du Maghreb
  3. Il semblerait que dans l'Antiquité, les Igawawen aient porté le nom de Quiquegentiani, appellation administrative désignant cinq tribus (quinque gente). Une vieille légende rapporte en effet que les montagnards descendent d'un géant qui eut cinq fils, lesquels formaient les cinq tribus antiques (Boulifa, 1925), les fameux Quinquegentiani qui donnèrent tant de mal aux Romains
  4. Salem Salem. Note à propos du précédent article. In: Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, N°26, 1978. pp. 103-104.
  5. a, b et c Jacques Lanfry, « Les Zwawa (Igawawen) d'Algérie centrale (essai onomastique et ethnographique) », Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, vol. 26,‎ , p. 75–101 (DOI 10.3406/remmm.1978.1825, lire en ligne)
  6. Revue archéologique, Société française d'archéologie classique, page 28.
  7. Youcef Allioui, Les Archs, tribus berbères de Kabylie: histoire, résistance, culture et démocratie, L'Harmattan, (ISBN 9782296013636, lire en ligne)
  8. Ibn Khaldoun, Histoire des berbères
  9. Leïla Ould Cadi Montebourg, Alger, une cité turque au temps de l’esclavage : À travers le Journal d’Alger du père Ximénez, 1718-1720, Presses universitaires de la Méditerranée, , 480 p. (ISBN 9782367810836, lire en ligne)
  10. Comer Plummer III, Roads to Ruin: The War for Morocco in the Sixteenth Century, pp.232-233. Lire en ligne
  11. Younès Nekrouf, La Bataille des Trois Rois, Albin Michel, , 286 p., p. 87
  12. (en) Ed. M. Pierce, The Cottage Cyclopedia of History and Biography : A Copious Dictionary of Memorable Persons, Events, Places, and Things, with Notices of the Present State of the Principal Countries and Nations of the Known World, and a Chronological View of American History, O.S. Read, , 1 004 p. (lire en ligne)
  13. Kaddache 2011, p. 526, 407.
  14. Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique Septentrionale, Ibn Khaldūn
  15. https://books.google.fr/books?id=dXdBAAAAIAAJ&pg=PA228&dq=iraten+ibn+khaldoun&lr=
  16. rapport de la commission chargée de l'application du Senatus Consult, le 25 novembre 1869, présidée par M. AUGERAUD, colonel commandant la Subdivision de Sétif, Province de Constantine extrait en ligne

Articles connexes